24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 08:14

LE MONDE - 23.04.2015

La furia médiatique et son obsession de l’immédiateté font vite tomber aux oubliettes l’actualité d’hier. Qui se souvient que des dizaines de milliers de jeunes gens très polis sont descendus dans les rues de Hongkong plusieurs semaines durant à l’automne 2014 ? Ils voulaient plus de démocratie pour la Région administrative spéciale, la RAS, comme on appelle l’ancienne colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Les gaz lacrymogènes les ont fait rentrer chez eux – au bout d’un mois, tout de même. Aujourd’hui, Pékin vient officiellement de rejeter leurs revendications, signe supplémentaire d’une crispation politique au sommet du Parti communiste chinois (PCC).

Le mouvement de protestation voulait obtenir le changement du projet de loi sur la prochaine élection au suffrage universel du chef de l’exécutif – premier ministre – de la RAS. Cette élection a été prévue dans l’accord de rétrocession conclu entre Londres et Pékin, qui conserve à Hongkong nombre de ses traditions démocratiques. Le projet, tel qu’il a été présenté une première fois l’an passé, soumet la sélection des candidats à un comité aux ordres du PCC : impossible pour un impétrant de l’opposition libérale de franchir le barrage.

Avec une concession mineure, le projet revient ces jours-ci devant le Parlement de Hongkong. Il est de même nature que le précédent. Certes, il y aura bien un vote au suffrage universel en 2017, comme prévu en 1997, mais n’entreront en lice que des candidats proches du PCC. Le mouvement de protestation est divisé sur la suite à donner. Les sondages indiquent qu’une bonne partie de l’opinion hongkongaise hésite aussi. Le débat aura lieu au Parlement local, où il manque des voix au gouvernement de la RAS pour faire passer le projet à la majorité des deux tiers.

Politique de la main de fer

Sans trop de brutalité, Pékin a su étouffer la « révolte des parapluies », comme on a appelé la protestation de l’été et de l’automne derniers. Mais la volonté de ne rien céder à Hongkong fait partie de cette politique de la main de fer que conduit le président Xi Jinping. Partage des tâches : au moment où le premier ministre, Li Keqiang, libéralise progressivement l’économie, le chef de l’Etat et patron du PCC écrase toute dissidence. Milieux associatifs et caritatifs, ONG diverses, avocats des droits de l’homme, militants environnementalistes : la moindre opposition est réprimée.

Pourquoi ? Parce que le président Xi est obsédé par le précédent de l’effondrement soviétique. Sa hantise, c’est la « jurisprudence Gorbatchev » : comment la volonté du patron du PCUS de libéraliser le système politiquement – la perestroïka – avant de le réformer économiquement a conduit à l’effondrement du parti et de l’URSS. Tout cela ne serait pas arrivé si l’URSS avait alors eu à sa tête "un homme à poigne" a dit le président Xi.

Et c’est sans doute parce qu’il redoute que la transition économique en cours dans le pays – relative désétatisation de l’économie, internationalisation du yuan, ouverture des marchés financiers – n’ébranle le monopole du PCC sur le pouvoir que M. Xi traque tout ce qui pourrait l’affaiblir : la corruption comme la moindre contestation. Les petits jeunes gens polis de Hongkong, qui ne réclamaient pas grand-chose – juste un peu d’Etat de droit, le maintien de l’originalité hongkongaise – en font, eux aussi, les frais.

Lire aussi : Révolution des parapluies » contre Pékin

Partager cet article
Published by bc - dans Actualité Conférences - Chine