12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 11:05

Depuis son accession au pouvoir, le Premier ministre indien a sillonné le monde. Il a déjà visité 27 pays et n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

Par C.LEBLANC, L'opinion, oct.2015

« Le Premier ministre était impressionnant, innovant et tourné vers l’avenir. L’Inde reste l’une de nos principales priorités. » C’est en ces termes que Don Schulman, patron de Paypal, a réagi au discours prononcé par Narendra Modi après le grand dîner offert par ce dernier lors de son séjour new-yorkais. Il y avait convié les dirigeants de 40 des plus importantes entreprises américaines. Son objectif était de leur « vendre » l’un de ses nombreux projets – Make in India, Start-up India, Skill India – pour qu’ils investissent et permettent au pays d’atteindre rapidement le statut de troisième puissance de la planète.
Le Premier ministre indien est ambitieux et il entend donner à l’Inde la place qu’elle mérite. Pour cela, il n’hésite pas à donner de sa personne à l’image d’un chanteur de rock en tournée. Il bouscule les diplomates indiens qui n’étaient pas habitués à une telle agitation. « C’est parfois difficile de le suivre », reconnaît l’un d’entre eux. Il faut dire que le chef du gouvernement a décidé de donner un rythme qui tranche avec le style bonhomme de son prédécesseur Manmohan Singh.
«De l'énergie à revendre». Au cours des cinq jours de son dernier déplacement aux Etats-Unis, Narendra Modi est monté deux fois à la tribune des Nations Unies, a rencontré 30 chefs d’Etat et de gouvernement et s’est entretenu avec une cinquantaine de grands patrons américains, parmi lesquels Mark Zuckerberg de Facebook, Marillyn Hewson de Lockeed Martin ou encore Ellen J. Kullman de DuPont. Il s’est aussi adressé à la diaspora indienne lors d’un show digne des meilleurs artistes. « Il a de l’énergie à revendre », confie le même diplomate qui préfère conserver l’anonymat. « Il veut être sur tous les fronts à la fois, mais sans toujours faire très attention », ajoute-t-il.

A la différence de Manmohan Singh qui se contentait de lire scrupuleusement les notes de ses collaborateurs, Narendra Modi se montre proactif et exige un engagement plus fort de son administration. Plutôt que d’offrir des objets traditionnels à ses interlocuteurs, il demande qu’on lui fournisse des gadgets fabriqués en Inde pour faire la démonstration de la créativité indienne. Son approche presque agressive ne manque pourtant pas de séduire la plupart des responsables étrangers qu’il a rencontrés depuis son arrivée au pouvoir en mai 2014. Pas un mois sans qu’il ne voyage pour aller défendre les intérêts de son pays. Le Premier ministre veut que l’Inde ait sa place dans le concert des nations et fasse entendre sa voix.
Un siège permanent à l'ONU. Parmi ses objectifs figure l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Pour y parvenir, il doit obtenir le soutien des deux tiers des 193 membres de l’organisation internationale. Toutes les voix sont bonnes à prendre, celles des grands pays comme celles des micro-Etats. Lors de son entretien avec Barack Obama, le cinquième depuis qu’il est devenu Premier ministre, il a rappelé à l’hôte de la Maison Blanche sa promesse de soutenir la demande indienne. Mais il a aussi rencontré Ralph Gonsalves, le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, pour le convaincre de porter la candidature de son pays.
Le sommet qu’il a tenu avec les autres membres du G4 (Allemagne, Japon et Brésil) a été l’occasion de rappeler leur aspiration à jouer un rôle plus grand au sein des instances mondiales. Cette insistance en agace certains, y compris au sein des Affaires étrangères. Son activité débordante semble déranger. « Il se croit en meeting électoral », estime notre diplomate indien, peu sensible à la débauche d’énergie de son Premier ministre.
Pour sortir des situations de blocage, Narendra Modi n’hésite pas à trouver des solutions originales. Le dossier du Rafale en est la meilleure illustration. Alors que les négociations traînaient en longueur entre Dassault et son partenaire indien, il a décidé de conclure un accord de gouvernement à gouvernement pour l’achat de 36 avions français. Un choix qui n’a pas manqué de surprendre, mais qui reflète bien l’état d’esprit du numéro un indien quand il s’agit de défendre les intérêts de son pays. Les relations avec son voisin pakistanais étant loin de se détendre, Narendra Modi veut renforcer les capacités de défense de l’Inde. L’acquisition des Rafale répond en partie à ce besoin, tout comme les efforts entrepris pour moderniser sa marine.
Sur le plan diplomatique, le Premier ministre cherche à maintenir la pression sur Islamabad afin que ce dernier se montre moins entreprenant au Cachemire et qu’il ne serve plus de base au terrorisme. Parmi les 27 pays qu’il a visités au cours des seize derniers mois, il a misé sur les Etats d’Asie centrale et du Moyen-Orient en insistant sur la lutte contre le terrorisme. Au mois de juillet, sa tournée en Asie centrale a été l’occasion pour lui de tenir pas moins de 57 rendez-vous – un record –, illustrant l’importance que ce thème occupe dans son agenda.
Clairvoyant comme Clinton. Il en sera de même en Arabie Saoudite, où il doit se rendre dans les prochains jours. Le dégel avec le voisin chinois participe aussi de cette volonté de peser sur le Pakistan. Pragmatique, Narendra Modi a choisi le dialogue et le renforcement des échanges avec Pékin pour améliorer leurs relations bilatérales et pour obtenir des Chinois qu’ils incitent Islamabad à se montrer moins agressif vis-à-vis de l’Inde.
Néanmoins, le rapprochement avec la Chine a aussi des visées économiques. New Delhi voudrait bénéficier des investissements chinois pour renforcer sa base industrielle et créer ainsi des emplois pour des millions d’Indiens désireux de mieux gagner leur vie. La diplomatie économique occupe d’ailleurs une grande partie de l’emploi du temps du Premier ministre. Ses efforts pour attirer les investisseurs sont plutôt couronnés de succès puisque les sommes investies en provenance des pays qu’il a visités depuis mai 2014 ont augmenté de 47 %.
Ses programmes Make in India – dévoilé à l’automne aux Etats-Unis et relancé au printemps lors de la foire de Hanovre, en Allemagne – tout comme le petit dernier, baptisé Start-up India, suscitent un intérêt croissant de la part des étrangers, sensibles à son discours volontariste. « Modi est un visionnaire lorsqu’il évoque les technologies de l’information. Il est l’homme politique le plus clairvoyant et le plus capable à saisir le potentiel de ce secteur comme l’avait été avant lui Bill Clinton quand il était président », estime d’ailleurs John Chambers, patron de Cisco et président de l’US-India Business Council.
Pas étonnant dans ces conditions que le Premier ministre se sente pousser des ailes et entreprenne de nombreux déplacements à travers le monde. En l’espace d’à peine 18 mois à la tête du gouvernement, il a réussi à attirer les regards de la planète sur l’Inde. Toutefois, il doit désormais passer la vitesse supérieure sur le terrain local, en mettant en œuvre de nouvelles réformes susceptibles de convaincre les investisseurs de renforcer leur présence sur le territoire national. C’est justement le point le plus compliqué auquel est confronté le chef du gouvernement et vis-à-vis duquel il va devoir faire preuve d’une plus grande résolution.

http://www.lopinion.fr/12-octobre-2015/en-dix-huit-mois-narendra-modi-a-place-l-inde-centre-monde-29001

 

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