14 avril 2016 4 14 /04 /avril /2016 16:58

Les électeurs sud-coréens ont infligé un camouflet à la présidente Park Geun-hye. Le Parti conservateur Saenuri, dont elle est issue, sort minoritaire des législatives du 13 avril. Avec 122 élus – contre 152 auparavant – sur 300, il est devancé par le Parti Minjoo (123 sièges), principale formation d’opposition.

Le scrutin marque également l’affirmation du tout jeune Parti du peuple comme troisième force politique du pays. Avec 38 élus, la formation issue fin 2015 d’une scission du Minjoo pourrait jouer les arbitres au cours d’une 20e législature qui retrouve le tripartisme pour la première fois depuis 1996.

Le président du Saenuri, Kim Moo-sung, a présenté le 14 avril sa démission, « pour assumer la responsabilité de la défaite ». D’autres dirigeants de la formation conservatrice devraient faire de même.

De quoi affaiblir un peu plus la présidente Park Geun-hye à moins de deux ans de la fin de son mandat. Autrefois qualifiée de « reine des élections » pour sa capacité à forcer la décision lors des scrutins serrés, elle semble s’être fourvoyée. Mécontente de l’inertie des débats parlementaires, elle a tenté d’imposer au Saenuri des candidats lui étant entièrement dévoués, provoquant des affrontements entre différentes factions pour s’assurer les nominations.

Dans le même temps, Mme Park a toujours joué la confrontation avec l’opposition. Défaite, « sa seule chance de terminer en douceur son mandat est de passer à une logique de coopération », estime Yoon Hee-woong, de l’institut de sondage Opinion Live cité par l’agence Yonhap.

C’est sans doute désormais l’unique moyen pour faire avancer ses projets, en matière économique principalement. Son gouvernement veut modifier la législation du travail pour instiller plus de flexibilité dans le secteur des services. Le projet, présenté par son gouvernement, fait l’objet d’une vive opposition car il faciliterait les licenciements et toucherait le domaine médical, suscitant la crainte d’une privatisation progressive de la santé. Or, selon la législation sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale, un texte est adopté uniquement s’il réunit 60 % des voix des élus.

Marge de manœuvre réduite

Autre dossier important pour Mme Park, la Corée du Nord. Le scrutin s’est déroulé alors que Pyongyang semble préparer un nouveau tir de missile. Ayant choisi la fermeté contre le Nord, Mme Park pourrait voir sa marge de manœuvre réduite, le Minjoo et le Parti du peuple prônant la reprise du dialogue et la réouverture du complexe industriel de Kaesong. Géré par les deux Corées, ce site a été fermé en février à la suite du quatrième essai nucléaire du Nord en janvier et au lancement d’une fusée interprété comme un test de missile balistique.

Idem pour les relations avec le Japon. Une amélioration a été observée, en partie sous pression américaine et motivée par le positionnement de Mme Park contre la Corée du Nord et pour l’économie. Elle s’est traduite par la reprise des échanges, notamment dans le domaine militaire, et par l’adoption, fin décembre 2015, d’un accord sur les femmes dites « de réconfort ». Mais l’opposition reste fermement opposée à cet accord, dont l’adoption finale s’annonce complexe.

Le scrutin du 13 avril marque le coup d’envoi des préparatifs pour la présidentielle de décembre 2017. Mme Park ne peut se représenter, la loi limitant à un le mandat présidentiel. La défaite de son camp pourrait l’exclure du choix du candidat conservateur.

Le succès du Parti du peuple pourrait conforter son cofondateur, l’ancien entrepreneur Ahn Cheol-soo dans ses ambitions présidentielles. La réussite du Minjoo pourrait favoriser son ex-président Moon Jae-in, élu de Busan (Sud-Est) et candidat malheureux à la présidentielle de 2012. Selon un sondage réalisé début avril par Realmeter, M. Moon est pour l’heure favori, avec 20,7 % des intentions de vote.

Il n’en est pas moins contesté, notamment dans les provinces de Jeolla du Nord et du Sud, les bastions traditionnels de l’opposition où le Minjoo a cette fois cédé le leadership au Parti du peuple. L’implantation régionale reste déterminante en politique sud-coréenne. Si cette région devait lui retirer son soutien, M. Moon a déclaré le 8 avril qu’il en tirerait les conséquences : « Je quitterai le devant de la scène politique et renoncerai à me présenter à la présidentielle. »

LE MONDE | 14.04.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/04/14/coree-du-sud-la-presidente-park-geun-hye-perd-sa-majorite_4902080_3216.html

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