13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 17:04

Restée en retrait sur le dossier syrien malgré un soutien indéfectible à Bachar Al-Assad, la Chine entend peser davantage sur les scénarios de sortie de crise qui s’élaborent. Pékin a désigné, le 29 mars, son premier émissaire pour la Syrie, Xie Xiaoyan, un diplomate de carrière qui fut ambassadeur en Iran, puis en Ethiopie et auprès de l’Union africaine. Cette nomination doit permettre de « contribuer plus efficacement en sagesse et en propositions chinoises », avait alors déclaré Hong Lei, le porte-parole du ministère des affaires étrangères.

Les premières interventions de M. Xie sur le dossier résument la position chinoise : la résolution de la crise syrienne passe par un compromis politique, pas par des opérations militaires. « Par la négociation, un consensus sera atteint et une solution peut être trouvée, a voulu croire M. Xie le 9 avril, nous insistons pour que la recherche d’une solution politique soit la ligne directrice pour régler le problème. »

Sur le dossier syrien, la Chine a jusqu’à présent collé aux positions russes, exerçant à quatre reprises son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU aux côtés de Moscou pour bloquer les projets de résolutions occidentales entre 2012 et 2014. « La Chine est restée relativement conservatrice sur le dossier syrien. Elle n’est pas assez sûre d’elle-même, ou pas assez prête, pour intervenir dans les troubles au Moyen-Orient », analyse Zhu Feng, directeur adjoint du Centre d’études internationales et stratégiques de l’université de Pékin. « Maintenant que la Syrie va avoir besoin d’investissements pour sa reconstruction, la Chine estime que c’est le bon moment, et la nomination d’un envoyé spécial indique qu’elle est prête à devenir plus active », poursuit-il.

Partenaire commercial privilégié

La Chine tire plus de 50 % de ses approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient. Elle est la première cliente aussi bien de l’Arabie saoudite que de l’Iran, deux acteurs-clés du jeu syrien. « Il est évident que les Chinois veulent jouer un rôle plus important au Moyen-Orient et apparaître comme partie prenante de ce qui s’y décide, explique Jean-Pierre Cabestan, auteur de La Politique internationale de la Chine. Entre intégration et volonté de puissance (éditions Presses de Sciences Po, 2015). Cela participe de leur montée en puissance et fait suite à la tournée du président Xi Jinping en Arabie saoudite, en Egypte et en Iran de janvier. »

Pékin, qui a eu un rôle-clé dans l’accord sur le nucléaire iranien de juillet 2015 en jouant de son statut de partenaire commercial privilégié de la République islamique, émerge comme un acteur incontournable dans la région, d’un point de vue économique, mais aussi politique. « Après la fin de la guerre en Irak, les Chinois ont placé très vite leurs billes en achetant du pétrole. Certes, avec l’Iran, ils sont conscients du fait que les Iraniens vont désormais vouloir faire plus avec l’Occident : le consul iranien à Hongkong a parlé récemment de “relations plus réalistes” de l’Iran avec la Chine. Avec la Syrie, en tout cas, ils entendent faire partie de l’équation et participer aux contrats d’infrastructures et de financement », poursuit M. Cabestan, qui est basé à Hongkong.

Islamistes ouïgours

Le programme des nouvelles « routes de la soie » et son cortège d’investissements en infrastructures sont l’outil idoine pour promouvoir l’influence économique de la Chine dans la région. Pékin s’engage toutefois à petits pas sur une nouvelle voie depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping : celle d’une présence militaire en dehors de la zone Asie-Pacifique. La Chine va ouvrir une base navale à Djibouti et a annoncé fin mars qu’elle se dotait, dans le cadre de la restructuration de ses forces armées, d’un nouveau département d’action outre-mer destiné à coordonner ses « activités non combattantes » sur les territoires extérieurs. En outre, de nouvelles lois antiterroristes autorisent désormais l’Armée de libération à intervenir en dehors de ses frontières.

Cette inflexion discrète de sa traditionnelle politique de non-interférence est pour l’instant motivée par le besoin d’assistance à ses ressortissants en Afrique et au Moyen-Orient et sa politique de participation aux opérations de maintien de la paix onusiennes. Personne n’imagine par exemple Pékin s’engager dans une intervention militaire comme la Russie l’a fait en Syrie.

La Chine n’en a pas moins un intérêt crucial à une stabilisation de la Syrie. La guerre syrienne sert de terrain d’entraînement à des islamistes ouïgours, issus de la minorité musulmane et turcophone du Xinjiang, essentiellement en soutien aux rebelles du Front Al-Nosra, affilié à Al-Qaida. La chaîne saoudienne Al-Arabiya, dont les informations sont à prendre avec des pincettes, faisait état, début mars, de milliers de combattants ouïgours et de leurs familles nouvellement installés dans les zones rebelles. La Chine est toujours restée évasive sur ce qu’elle sait de l’implication d’Ouïgours en Syrie.

LE MONDE | 13.04.2016

http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/article/2016/04/13/la-chine-s-invite-dans-les-negociations-sur-la-syrie_4901186_3218.html

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