20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 16:20

Défilé de la garde militaire, spectacle vivant faisant la part belle à l’histoire métissée de Formose et long discours, prononcé d’un ton posé mais ferme, face à la foule assemblée devant le palais présidentiel de Taipei : vêtue d’un tailleur écru, la nouvelle présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, 59 ans, a pris ses fonctions vendredi 20 mai, ouvrant un nouveau chapitre pour la démocratie taïwanaise – et ses relations avec la Chine irrédentiste. Elle a appelé à un « dialogue positif » entre les « deux partis qui gouvernent de part et d’autre du détroit » – le sien, le Parti progressiste démocratique (DPP), et, en Chine, le Parti communiste (PCC).

Mme Tsai, élue le 16 janvier, est la première présidente de la République de Chine (le nom officiel de Taïwan) issue du DPP à gouverner avec une majorité absolue au Parlement, dans un système politique longtemps dominé par le Kouomintang (KMT). La nouvelle majorité législative est d’ores et déjà montée au créneau sur le dossier délicat de la justice transitionnelle – l’exploration des crimes du KMT lorsque celui-ci était un parti unique, avant la démocratisation des années 1990.

Pragmatique et modérée

La nouvelle présidente doit s’atteler à des dossiers pressants, dont la récession économique. Perçue comme pragmatique et modérée, elle devra répondre aux attentes d’une jeunesse très attachée à la démocratie et à l’identité de Taïwan, en composant avec les extrémistes des deux bords : ceux qui, dans son propre camp, poussent pour la reconnaissance d’une République de Taïwan – en lieu et place de l’actuelle République de Chine. Et un KMT certes laminé aux élections, mais dont la faction prochinoise, dominante dans le parti, utilise à son avantage les tensions avec Pékin.

L’équilibre délicat à trouver avec la Chine – et la place de Taïwan dans l’arène internationale – sera l’un des enjeux du mandat de Tsai Ing-wen. Depuis sa victoire, Pékin a réclamé la reconnaissance par la nouvelle présidente du « consensus de 1992 » – l’accord tacite entre le KMT et le PCC qui a permis le rapprochement entre les deux rivages au motif que chaque côté défendait l’existence d’une seule Chine – chacun avec sa propre interprétation.

Or, pour le DPP, il a toujours reflété la vision du KMT : « Le principe sous-jacent du consensus de 1992 est celui d’une unification à terme. Or, il est de plus en plus problématique pour les Taïwanais, qui veulent décider de leur propre avenir de nation libre et démocratique », estime le sinologue Gerrit van der Wees, qui édite à Washington la lettre d’analyse Taïwan communiqué.

Mme Tsai, qui n’a pas employé le mot « consensus », a concédé « le fait historique » de la rencontre de 1992 entre les agences semi-officielles des deux gouvernements et les « résultats cumulés » de « vingt ans d’interactions et de négociations ». Mais elle a rappelé comme fondation essentielle du dialogue avec la Chine le respect de la Constitution de la République de Chine et de sa démocratie.

Défiance croissante

Son discours a été reçu avec froideur par Pékin. Dans un communiqué, le Bureau des affaires de Taïwan a dénoncé « la position vague » de Mme Tsai, car elle n’a ni « reconnu clairement le “consensus de 1992” » ni « proposé une manière concrète d’assurer le développement stable et pacifique des relations entre les deux rivages ».

Le nouveau gouvernement va cependant bénéficier de la défiance croissante que suscite la Chine dans la région et du « pivot » américain. « Je suis persuadé que les Etats-Unis et les autres démocraties d’Asie-Pacifique sont en train de revoir leur politique vis-à-vis de Taïwan. Tous suivent déjà de facto une politique “une Chine, un Taïwan”, même si aucun ne l’admet officiellement », estime Bruce Jacobs, expert de l’histoire de Taïwan à l’université Monash, en Australie.

La Chine a mené, depuis le triomphe du DPP en janvier, une campagne d’intimidation de faible intensité. Des exercices militaires ont été organisés dans le sud-est du pays depuis le début du mois de mai. En mars, Pékin a convaincu la Gambie d’établir des relations diplomatiques avec la Chine – rompant la trêve diplomatique consentie depuis l’élection de Ma Ying-jeou, le président sortant, en 2008.

Il y a quelques jours, le Global Times, quotidien nationaliste chinois, annonçait la mort du panda Tuan Tuan, cadeau de la Chine à Taïwan en 2008. Avant de présenter ses excuses : il s’était trompé. Certains y ont vu une erreur peu susceptible de rassurer les Taïwanais de la bonne foi de Pékin.

LE MONDE | 20.05.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/20/taiwan-la-nouvelle-presidente-tsai-ing-wen-tend-la-main-a-pekin_4923129_3216.html

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