12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 12:21

I- Bilan AU LENDEMAIN DE la COP 22 ET INCERTITUDES AMERICAINES

1) Tout comprendre aux négociations de la COP22. Le Monde, 7.11.2016

Lundi 7 novembre débute à Marrakech, au Maroc, la 22e conférence des Nations unies (ONU) sur les changements climatiques, ou COP22. Présidente depuis un an, la France passe le relais au Maroc, qui promet une « COP africaine ».

Qu’est-ce qu’une COP ?

La COP22 est la 22e Conférence des parties (en anglais « Conference of the Parties », COP) à la convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC, ou UNFCCC en anglais). Cette convention universelle, qui offre un cadre global de négociations sur le climat, reconnaît l’existence d’un changement climatique d’origine humaine et donne aux pays industrialisés le primat de la responsabilité pour lutter contre ce phénomène.

Elle a été adoptée au cours du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, le 9 mai 1992, avant d’entrer en vigueur le 21 mars 1994. Elle a été ratifiée par 196 Etats – auxquels il faut ajouter l’Union européenne (UE) – parties prenantes à la Convention, la Palestine étant le 196e Etat à avoir intégré officiellement la CCNUCC, le 17 mars 2016.

La Conférence des parties, qui constitue l’organe suprême de la convention, se réunit chaque année lors d’un sommet mondial où sont prises des décisions pour respecter les objectifs de lutte contre le changement climatique. Elles ne peuvent être prises qu’à l’unanimité des parties ou par consensus.

Cette 22e conférence climat se tient à Marrakech, au Maroc, du 7 au 18 novembre. Elle se déroulera dans le quartier de Bab Ighli, qui fut pendant des siècles l’entrée principale de la médina, sur un site aménagé autour de cinquante-cinq tentes. Comme pour chaque COP, la partie réservée aux négociations, la « zone bleue », sera placée sous l’autorité de l’ONU. Une « zone verte » rassemblera la société civile, les entreprises et les autres acteurs non étatiques.

Quels ont été les temps forts des négociations ?

La 3e Conférence des parties à la convention cadre de l’ONU sur les changements climatiques (COP3) a permis l’adoption du protocole de Kyoto, le premier traité international juridiquement contraignant visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Signé en 1997 et entré en vigueur en 2005, ce traité ne fixe des objectifs contraignants qu’à seulement 55 pays industrialisés, représentant 55 % des émissions globales de CO2 en 1990.

Le protocole visait alors à réduire d’au moins 5 % leurs émissions de six gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote et trois substituts des chlorofluorocarbures), entre 2008 et 2012, par rapport au niveau de 1990.

Si certains ont respecté leurs engagements (comme l’UE), les gros pollueurs n’ont pas rempli leurs objectifs : les Etats-Unis ne l’ont jamais ratifié, le Canada et la Russie s’en sont retirés et la Chine, devenue le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, n’est pas concernée. Aujourd’hui obsolète, le protocole de Kyoto doit expirer en 2020 et devrait être remplacé par un nouveau texte, qui est l’objet de la COP21.

En 2009, la 15e Conférence des parties, qui se tenait à Copenhague, au Danemark, devait permettre de renégocier un accord international sur le climat. Cette fois, il devait concerner les pays industrialisés comme ceux en développement, pour remplacer le protocole de Kyoto. Mais, après deux ans de négociations, le sommet s’est soldé par un échec : s’il affirme la nécessité de limiter le réchauffement planétaire à 2 °C, le texte de l’accord ne comporte aucun engagement chiffré de réduction des émissions de gaz à effet de serre, se contentant de prôner la « coopération » pour atteindre un pic des émissions « aussi tôt que possible ».

Depuis 2011, les COP, qui se sont tenues à Durban (Afrique du Sud), Doha (Qatar), Varsovie et Lima, ont toutes eu pour objectif de parvenir à un accord universel d’ici à la fin 2015, c’est-à-dire au plus tard durant la COP21, accueillie par la France du 30 novembre au 12 décembre 2015.

En quoi consiste l’accord de Paris scellé à la COP21 ?

Adopté par consensus lors de la dernière séance plénière de la COP21, le 12 décembre 2015 au Bourget, l’accord de Paris est le premier accord climat à portée universelle puisque le protocole de Kyoto de 1997 n’était destiné qu’aux pays industrialisés, considérés alors comme les principaux responsables du réchauffement de la température planétaire.

Le document de 39 pages se compose de deux parties, un accord nécessitant une ratification des Etats membres de la CCNUCC (selon la législation propre à chacun d’eux) et les « décisions d’adoption » qui, elles, ne nécessitent pas d’être ratifiées par les 196 Etats.

La finalité de l’accord de Paris est de contenir le réchauffement « bien au-dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C ». Cet objectif, plus ambitieux que la mission initiale des négociateurs (rester sous le seuil des 2 °C), correspond à une revendication appuyée pendant la COP21 par l’ensemble des Etats insulaires, parmi les plus vulnérables aux effets du réchauffement.

Mais ce plafond de 1,5 °C a une portée essentiellement symbolique. Car les projections de l’ONU indiquent, rapport après rapport, que la courbe actuelle des émissions mondiales de gaz à effet de serre devrait se traduire par un réchauffement de l’ordre de 3 °C.

L’accord de Paris est affaibli aussi par l’absence d’objectifs chiffrés à long terme. Le texte invite seulement la communauté internationale à atteindre « un pic des émissions mondiales de gaz à effet de serre dès que possible », puis de parvenir à « un équilibre entre les émissions d’origine anthropique et les absorptions par des puits de carbone au cours de la deuxième moitié du siècle ».

Pour entrer en vigueur, l’accord doit remplir une double condition, stipule le texte du 12 décembre 2015. Il doit être ratifié par au moins 55 pays (sur les 196 Etats membres de la CCNUCC) représentant au moins 55 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

La cérémonie de signature de l’accord de Paris, le 22 avril 2016 au siège de l’ONU à New York, a donné le top départ de ce processus de ratification. Contre toute attente – en raison notamment du volontarisme d’acteurs majeurs comme les Etats-Unis et la Chine, et des efforts de la présidence française de la COP21 –, le double seuil des 55/55 a été franchi le 4 octobre grâce à la ratification de l’UE. En vertu des règles onusiennes, l’accord de Paris est entré en vigueur un mois plus tard, le 4 novembre 2016.

Quels sont les principaux enjeux de la COP22 ?

« Le gros sujet de la COP22 sera de préciser les règles de mise en œuvre de l’accord de Paris et de se mettre d’accord sur la date de finali­sation de ces règles communes », prédit Laurence ­ Tubiana, l’ambassadrice chargée des négociations sur le changement climatique pour la France. L’entrée en vigueur étant effective depuis le 4 novembre, la première réunion des parties à l’accord de Paris (la CMA dans le vocabulaire onusien, sigle de COP serving as Meeting of the Parties to the Paris Agreement) sera donc convoquée dès la COP22.

Cette CMA s’ouvrira le 15 novembre, journée lors de laquelle plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus à Marrakech, dont François Hollande et le secrétaire d’Etat américain John Kerry. La proposition suivante y sera défendue : puisque la nouvelle organisation se met en place plus vite que prévu, pourquoi ne pas finaliser la discussion sur les règles communes dès 2018, l’année du point d’étape prévu par l’accord climat ?

L’autre enjeu de la COP22 est de faire le point sur les engagements volontaires pris par les pays pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et contrer les effets du réchauffement. Mises bout à bout, ces 189 « contributions nationales » développées à l’horizon 2025-2030 ne permettent pas de contenir le réchauffement sous le seuil de 2 °C. La COP22 devrait inviter les Etats à engager des actions additionnelles pour rehausser le niveau de leurs ambitions.

Depuis la COP21, de nombreuses dynamiques ont vu le jour : l’alliance solaire internationale, l’initiative africaine pour les énergies renouvelables, la mission innovation, la coalition pour le prix du carbone, etc. Face à la difficulté de dresser un bilan de ces initiatives, la ministre de l’environnement marocaine, Hakima El Haite, et Laurence Tubiana vont proposer à Marrakech qu’un dispositif de suivi de ces coalitions soit mis sur pied d’ici à mai 2017, autour de critères précis et d’un registre d’enregistrement.

Au Maroc, les délégations devraient évoquer la lancinante question des financements. Les pays en développement gardent notamment en tête la promesse faite à leur égard, en 2009, par les nations industrialisées : mobiliser au moins 100 milliards de dollars (90 milliards d’euros) par an, d’ici à 2020, de financement climat du Nord vers le Sud. Rendue publique le 17 octobre, à la veille de la pré-COP22, une expertise de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que le financement (public et privé) pourrait atteindre entre 77 milliards et 133 milliards de dollars

Comment la conférence de Marrakech s’organise-t-elle ?

Plus de 20 000 participants sont attendus à Marrakech du 7 au 18 novembre. S’y croiseront les délégations des 196 Etats, la société civile – les entreprises, les ONG, les scientifiques, les collectivités territoriales, les populations autochtones, les syndicats – et les médias du monde entier.

Mais les discussions ont commencé bien plus tôt dans l’année. Les équipes de négociations ont échangé régulièrement depuis l’adoption de l’accord de Paris, en décembre 2015, et se sont retrouvées à Bonn, en Allemagne, en juin 2016, pour la session de travail annuelle de la CCNUCC. Depuis le 6 juillet, une nouvelle secrétaire exécutive de la convention cadre supervise ces négociations, la diplomate mexicaine Patricia Espinosa, en remplacement de la Costaricienne Christiana Figueres.

La France, qui a assuré la présidence de la COP21 depuis le 30 novembre 2015 – d’abord par Laurent Fabius, puis par Ségolène Royal, depuis mars 2016 – va passer le relais lundi 7 novembre, au pays hôte de la COP22, le Maroc. Le ministre des affaires étrangères et de la coopération marocain, Salaheddine Mezouar, devrait donc succéder, lundi, à la ministre de l’environnement française à la tête de la COP22, jusqu’à la prochaine conférence sur le climat, prévue dans un an en Asie.

http://www.lemonde.fr/conferences-climat/article/2016/11/07/tout-comprendre-aux-negociations-de-la-cop22_5026432_5024922.html

 

2) Bilan de la COP 22 : action ou échec ? Interview de B. Alex, IRIS, 24 novembre 2016

La COP 22 a-t-elle débouché sur des avancées et des mesures concrètes en termes de lutte contre le réchauffement climatique ? Quel bilan peut-on en dresser ? A-t-elle été un succès pour le Maroc ?

Annoncé comme une COP de l’action après celle de Paris, Marrakech n’a pas été à la hauteur des attentes. Peu de décisions ont été prises, si ce n’est la fixation de l’agenda des années à venir. 2018 sera une année cruciale car les objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES) pourraient être revus à la hausse par les pays développés. Certains pays comme l’Allemagne ont ainsi annoncé leur plan pour 2050 (réduction des émissions de 80 à 95% par rapport à 1990). Une plateforme des stratégies 2050 a d’ailleurs été créée. Côté financement, si la dotation de l’enveloppe de 100 milliards progresse, les discussions sur les modalités d’utilisation des fonds demeurent difficiles. Les Etats ne sont pas toujours d’accord sur les priorités à donner à l’atténuation, ce que demandent les pays développés, ou à l’adaptation, exigence des pays en développement qui, pour la plupart, affrontent déjà les conséquences des changements climatiques.

L’initiative AAA (Adaptation pour l’agriculture africaine), portée par le Maroc, a aussi été critiquée par certaines ONG (Rabat, premier producteur de phosphate est en effet suspecté de vouloir capter une partie des fonds en promouvant le recours aux engrais phosphatés). Le principal problème reste l’absence de discussion sur l’écart à combler entre les contributions nationales proposées et les efforts restant à faire pour atteindre les objectifs de limitation à 2°C – voire l’hypothétique limite de 1,5 – inscrits dans l’Accord de Paris. Le PNUE rappelait dans un rapport publié juste avant la conférence que celles-ci nous plaçaient pour l’heure sur une trajectoire d’augmentation de la température de 2,9 à 3,4°C d’ici la fin du siècle. C’est insuffisant.

Onze Etats ont profité de la COP 22 pour ratifier l’Accord de Paris, ce qui porte le nombre de ratifications à 110 en plus de celle de l’Union européenne. D’autres pays, notamment la Russie, se font attendre. Quels sont ces pays réticents à une ratification et pour quelles raisons ? Existent-ils des leviers pour les inciter à passer à l’acte ?

Le fait que l’Accord de Paris entre en vigueur quelques jours avant l’ouverture de la COP22 constitue une bonne nouvelle, et une première mais cela est bien loin de résoudre l’ensemble des problèmes.

Si la Russie ne ratifie pas, c’est parce qu’elle préfère voir venir et qu’elle n’a pas encore de contrepartie suffisamment intéressante. Rappelons que sa ratification du Protocole de Kyoto, nécessaire à son entrée en vigueur après le désistement américain, avait été obtenu contre son adhésion à l’OMC et à la condition que l’année 1990 constitue la date de référence pour l’effort de réduction (l’économie et l’Union soviétique s’étant effondrées l’année suivante, cela permettait à Moscou d’atteindre ses objectifs dès la signature). L’Accord de Paris étant entré en vigueur, il n’y a pas lieu de se presser pour la Russie qui souhaite prendre son temps pour évaluer l’impact de l’Accord de Paris – guère populaire au sein des entreprises – en Russie, dont l’économie reste largement dépendante des exportations de pétrole et de gaz. Le gouvernement souhaite ainsi élaborer une stratégie de développement bas carbone avant de ratifier le texte et peut-être voir les sanctions internationales maintenues à son encontre s’assouplir…

L’annonce de la victoire de Trump aux élections présidentielles américaines a eu cours pendant la COP22. A-t-elle impacté son bon déroulement ? Concrètement, un climato-sceptique à la tête des Etats-Unis peut-il remettre en cause les engagements du pays pris en faveur du climat ?

La victoire de Trump a surpris tout le monde, y compris le secrétariat de la Convention climat. Cela a eu un impact sur l’ambiance de la COP22 et aurait pu être un facteur de démobilisation, mais finalement, les Etats ont plutôt fait bloc pour ne pas totalement briser l’élan de l’année dernière. Ban Ki-Moon s’était montré rassurant à la tribune, les faits semblent lui donner raison puisque que le futur président américain a annoncé qu’il restait ouvert sur cette question, déclarant, au New York Times le 22 novembre, qu’il pensait qu’un lien existait entre les activités humaines et le changement climatique. Interrogé sur la sortie de l’Accord de Paris, il n'a répondu ni par l’affirmative ni par la négative, arguant qu’il « suivait la question de très près ». La nomination du climato-sceptique Myron Ebell à la tête de l’Agence pour la protection de l’environnement n’est toutefois guère encourageante. Ce « revirement » pose surtout deux questions distinctes : d’abord celle de la capacité des candidats, dits populistes, à respecter les engagements pris devant leurs électeurs et ensuite celle du poids et de la manière dont peut s’exercer la contrainte internationale. Malgré le fait que l’Accord de Paris ne soit quasiment pas contraignant, y participer demeure important. L’idée est que la contrainte est exercée par le groupe ; tout Etat qui cherche à s’y soustraire prend le risque de s’opposer à ses partenaires, de détruire le texte et de rompre la confiance engendrée jusque-là. C’est une lourde responsabilité. C’est aussi la preuve qu’il est très délicat – voire impossible – d’établir des pronostics sur le comportement de Donald Trump et sur les mesures qu’il choisira d’appliquer ou non, sur les postures qu’il prendra. Une nouvelle leçon pour les sondeurs et prévisionnistes...

http://www.iris-france.org/83826-bilan-de-la-cop-22-action-ou-echec/

 

3) Le discours confus de Donald Trump sur le climat. Le Monde, 28.11.2016

Le président élu des Etats-Unis a accordé, la semaine dernière, un entretien au « New York Times » dont la lecture in extenso laisse perplexe quant à ses intentions réelles en matière de lutte contre le changement climatique.

Le président élu des Etats-Unis a accordé, la semaine dernière, un entretien au « New York Times » dont la lecture in extenso laisse perplexe quant à ses intentions réelles en matière de lutte contre le changement climatique.

Tout le monde est rassuré : le président élu des Etats-Unis ne s’apprêterait pas à sortir de l’accord de Paris sur le climat. Il l’aurait dit au New York Times. Il serait même, en réalité, disposé à lutter contre le changement climatique. Pour le climat comme pour tant d’autres choses — les poursuites contre Hillary Clinton, la déportation de 11 millions d’immigrés sans papiers, la vaste fortification entre le Mexique et les Etats-Unis, etc. — Donald Trump semble donc avoir eu, pendant sa campagne, des mots en léger décalage avec ses intentions. En définitive, tout n’est pas si inquiétant. Après la rencontre, mardi 22 novembre, entre la rédaction du New York Times et le futur locataire de la Maison Blanche, cette petite musique tranquillisante a été jouée par de nombreux titres de la presse américaine. Hélas ! Pour qui prend la peine de lire ce qu’a réellement déclaré M. Trump sur le climat, la réalité n’est pas aussi rassurante.

Outre un compte rendu formel de la rencontre, publié dans son édition du 23 novembre, le Times a effet pris l’initiative salutaire de publier sur son site Web, in extenso, la retranscription de l’entretien, brut de décoffrage. Dans ce texte interminable, le quotidien n’a pas édité les propos de M. Trump, il ne les a pas soumis à la chirurgie lourde qui eût été nécessaire à la publication d’un entretien classique sous la forme de questions-réponses. Les propos de l’intéressé ont été laissés dans leur désarmante oralité, leur absence de structure et de sens, livrés dans leur vérité nue, offrant ainsi au lecteur un voyage fascinant au cœur des brumes sibyllines de la pensée trumpienne.

Divagations

Sur le climat, celle-ci est libellée en phrases qui semblent ne commencer ni ne finir nulle part, entrecoupées de digressions et de divagations, comme autant de parenthèses qui s’ouvrent et ne se referment jamais. Rendre en langue française l’échange, avec le juste niveau de langage, est une gageure. Mais tentons l’exercice. Question du chroniqueur Thomas Friedman : « Allez-vous retirer à l’Amérique son rôle moteur dans la lutte contre le changement climatique ? »

Réponse : « Je regarde ça de très près, Tom. Je vais vous dire quoi. J’ai l’esprit ouvert là-dessus. On va regarder très soigneusement. C’est une question intéressante parce qu’il y a peu de choses où il y a plus de divisions que sur le changement climatique. Vous avez tendance à ne pas l’écouter, mais il y a des gens de l’autre côté de cette question qui ne sont, tenez, même pas… » Arthur Sulzberger, le patron du journal, relance la conversation. M. Trump poursuit : « Mais beaucoup de gens intelligents sont en désaccord avec vous. J’ai un esprit très ouvert. Et je vais étudier beaucoup de choses qui se sont produites là-dessus et nous allons les regarder très soigneusement. Mais j’ai un esprit très ouvert. »

L’accord de Paris ? « Je vais y jeter un œil »

Le président élu poursuit : « Vous savez, le jour le plus chaud, c’était en 1890 et quelque, en 1898. Vous savez, vous pouvez faire grand cas de différents points de vue. J’ai un esprit totalement ouvert. Mon oncle a été pendant trente-cinq ans professeur au MIT [Massachusetts Institute of Technology]. Il était un grand ingénieur et scientifique. C’était un type bien. Et il était… il y a longtemps, il avait son sentiment — c’était il y a longtemps —, il avait son sentiment à ce sujet. C’est un sujet très complexe. Je ne suis pas sûr que personne saura jamais. Je sais que nous avons, ils disent qu’ils ont la science d’un côté, mais ensuite ils ont aussi ces e-mails horribles qui ont été échangés entre scientifiques. C’était où donc, à Genève il y a cinq ans ? Terrible. Là où ils se sont fait prendre, vous savez, donc vous voyez cela et vous vous dites, à quoi ça rime ? »

On reconnaît là une référence au piratage et à la divulgation, fin 2009, de courriels de climatologues britanniques. L’opération avait emballé la grande machine à propager la rumeur et la calomnie ; elle a porté ses fruits puisque l’épisode demeure gravé dans le cerveau de M. Trump. Celui-ci poursuit : « J’ai un esprit absolument ouvert. Je vais vous dire quoi : un air pur est extrêmement important. Une eau pure comme du cristal est extrêmement importante. La sécurité est extrêmement importante. »

Les entreprises d’abord

Les journalistes du Times persistent. Ils demandent à l’intéressé s’il pense que le réchauffement est lié aux activités humaines. « Maintenant, je pense… disons, je pense qu’il y a une connexion. Il y a quelque chose. Cela dépend à quel point. Cela dépend aussi de combien cela va coûter à nos entreprises. Vous devez bien comprendre, maintenant, nos entreprises ne sont pas compétitives. » La véracité d’un fait dépend donc, dans l’esprit de M. Trump, de son coût pour les entreprises américaines.

Un journaliste insiste : les Etats-Unis vont-ils, oui ou non, se retirer de l’accord de Paris ? « Je vais y jeter un oeil », répond simplement M. Trump. Connaissant la passion du président élu pour le golf, Thomas Friedman tente : « Je détesterais voir [le parcours de] Royal Aberdeen [en Ecosse] sous l’eau. » A quoi répond un énigmatique : « La mer du Nord, ça se pourrait, ç’en est un bon celui-là, n’est-ce pas ? » (« The North Sea, that could be, that’s a good one, right ? », en version originale).

Il faut donc une forte dose de méthode Coué pour se sentir rassuré par ces propos, tenus par le futur chef de la première puissance mondiale sur le plus grave problème environnemental de notre temps. D’autant que les intentions n’ont pas changé. Le lendemain de cet entretien au New York Times, l’un des conseillers de M. Trump annonçait le démantèlement, à la NASA, des activités d’observation de la Terre et de recherche climatique, qualifiées de « science politiquement correcte ». Assurément, l’esprit de M. Trump est « ouvert ». Aux quatre vents.

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/11/28/donald-trump-et-le-climat-suite_5039359_3232.html

II- POURQUOI LA CHINE POURRAIT TRES VITE DEVENIR LE CHAMPION MONDIAL DE L'ENVIRonnnement.

Alantico, 20.11.2016

En l'espace de quelques années, la Chine a su s'imposer de manière spectaculaire comme l'un des leaders en matière d'infrastructures et de production des énergies propres. Suite à l'élection de Donald Trump, elle a mis en garde ce dernier contre son scepticisme lié aux enjeux climatiques.

Myriam Maestroni, présidente d'Economie d'Energie, a remporté le Women's Award de La Tribune dans la catégorie "Green Business". Elle a accompli toute sa carrière dans le secteur de l'énergie. Après huit années à la tête de Primagaz France, elle a crée Ede, la société Economie d'énergie. Elle est l'auteure de plusieurs ouvrages majeurs: Intelligence émotionnelle (2008, Maxima), Mutations énergétiques (Gallimard, 2008) ou Comprendre le nouveau monde de l'énergie (Maxima, 2013). A la veille de la Cop 21, elle vient de publier le livre Understanding the new energy World 2.0 (Dow éditions).

Atlantico : Après l'élection d'un président américain climatosceptique en la personne de Donald Trump, certains Etats, comme la Chine, seraient tentés de devenir le nouveau leader dans le domaine environnemental. Pensez-vous que l'empire du Milieu puisse devenir une figure de proue dans l'écologie mondiale ?

Myriam Maestroni : « La victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, le 8 novembre dernier, à quelques heures du démarrage de la Cop 22 à Marrakech, a douché un enthousiasme général pourtant dopé par un sens de l’urgence, lui même alimenté par une série de mauvaises nouvelles sur le climat qui se dégrade à une vitesse supérieure aux prévisions.

Ainsi l’année 2016 est déjà en train de se profiler comme une nouvelle année record en termes de température; la concentration de CO2 dans l’atmosphère a dépassé le seuil tabou des 400 ppm (parties par millions); on a recensé plus d’événements climatiques extrêmes que jamais, partout dans le monde, occasionnant des dommages désormais chiffrables dans une unité calée en multiples de milliards de dollars.

Bref, à un moment où on a plus que jamais besoin d’un alignement général pour limiter à 2°C (si possible moins) le réchauffement climatique, on s’est soudain retrouvés à acter les positions de campagne largement climato-sceptiques du nouveau président américain, favorable à l’industrie pétrolière renaissante, grâce au pétrole et gaz de schiste qui ont converti le pays en premier exportateur mondial devant l’Arabie saoudite et la Russie. Acter ne veut bien sûr pas dire accepter… car les négociateurs sur le climat se doivent de cultiver une bonne dose de psychologie positive, et ainsi, tout en restant lucide, doivent continuer à rêver d’une mobilisation suffisamment forte des différentes parties prenantes, qui vont des entreprises ayant bien compris que la lutte contre le changement climatique pouvait se révéler un excellent relais de croissance jusqu’aux opinion makers à l’américaine plus mobilisés que jamais, en passant par les citoyens victimes de catastrophes naturelles imputables au réchauffement de la planète. De surcroit, qui sait, on n’est jamais à l’abri d’une possible bonne nouvelle dont seul Hollywood en a le secret, comme pourrait l’être la nomination d’un Républicain un peu plus sensibilisé sur ces sujets…. Il y en a bien sûr… dont un qui se distingue particulièrement, à savoir l’ex-gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger. Ce dernier fait désormais partie des figures reconnues pour avoir compris notre vulnérabilité aux effets du réchauffement, passant du Hummer au rang de leader de la lutte contre le changement climatique, en créant notamment le R20. Malgré ses protestations envers Trump, il n’en reste pas moins républicain… L’avenir nous en dira plus.

Ainsi, face aux spéculations agitant les esprits troublés par la situation aux Etats-Unis, on commence à voir poindre, ici et là, des positions essayant de faire valoir la Chine comme le nouveau champion de la lutte climatique. Dans la pratique, il convient encore, pourtant, de nuancer cet enthousiasme naissant.

En effet, même si le pays semble plus engagé que jamais dans sa bien nécessaire transition écologique, d’ailleurs d’abord dictée par des raisons de santé publique (certains chiffres évoquent près d’1 million de morts par an du fait de la pollution), et par une mobilisation citoyenne excédée par des conditions de vie fortement détériorées par une qualité de l’air sans cesse scrutée, on revient de loin… avec, à ce jour, certes de bonnes raisons d’espérer mais en restant tout de même prudents.

Evoquons d’abord la question de la nécessaire transparence (une question au cœur des discussions pour la mise en œuvre de l’accord de Paris). Il semble loin le temps où l’ambassade des Etats-Unis en Chine révélait, à des millions de Chinois convaincus de vivre dans le brouillard, que ce dernier était en fait dû à des niveaux de pollution détectés dépassant les seuils communément admis dans les pays plus transparents sur ce sujet, et, provoquant, de facto, cet effet de ciel "bas et lourd pesant comme un couvercle" comme l’aurait sans doute décrit Baudelaire. On avait alors frôlé l’incident diplomatique. Depuis, le sujet reste sensible. Chai Jing, ancienne journaliste vedette de la télévision d’Etat CCTV en a fait les frais, avec son documentaire Under the dome. Après avoir enquêté plus d’un an sur les problèmes environnementaux de la Chine, et investi 1 million de yuan (plus de 150 000 $), elle a sorti son film Internet le 1er mars 2015. En quelques jours, celui-ci a été visionné plus de 150 millions de fois, provocant des millions de commentaires sur les réseaux sociaux (Weibo, le Twitter chinois) avant d’être interdit par les autorités. Il faut dire que cette journaliste, parfois qualifiée d’Al Gore chinoise, mettait en évidence des carences en termes de mesures prises, d’une part, et de leur application effective sur le terrain, d’autre part (du fait d’intérêts économiques contraires ou de problèmes de corruption).

Corollaire de cette difficulté, le diagnostic écologique en tant que tel. En juin 2013, Greenpeace, qui vient d’appeler l’Europe et la Chine à prendre le leadership sur le climat, publiait une étude sur la province de Hebei, au Nord-Est du pays, vue comme la plus polluée de Chine, car l’usage du charbon y est le plus élevé (étude prenant en compte les 196 centrales à charbon situées en périphérie de Pékin). L’Ong dénonçait alors une concentration en particules fines au delà des seuils recommandés par l’Organisation mondiale de la santé, qui aurait provoqué, sur cette zone, de 1981 à 2001, une diminution de l’espérance de vie de 5 ans et demi, et provoqué 1,2 million de morts prématurées en 2010 (soit près de 40% du total mondial des morts prématurées dues à la pollution dans le monde). Rappelons que ces particules fines (PM 2.5 pour Particulate Matter classifiés en fonction de leur taille, en l’occurrence ayant un diamètre inférieur à 2,5 micromètres) proviennent de la combustion du charbon, mais également des gaz d’échappement, des rejets industriels et des émissions de poussière. Au-delà des six villes de la province de Hebei, présentant des indices PM 2,5 les plus élevés, on dénombrait au total en 2013, 29 villes chinoises, rassemblant 90 millions de citadins, ayant connu plus d'un mois d'alerte à la pollution avec des concentrations au-delà des seuils d'alerte déclenchés à partir de 150 microgrammes par mètre cube d'air de particules fines. Le pays, au global, continue à être toujours fortement dépendant du charbon qui compte encore pour trois quarts de la production électrique nationale.

A cet exemple, on pourrait ajouter celui des pluies acides générées par l’industrie chinoise (qui, selon une étude de l’Académie américaine des sciences, seraient responsables de près d'un quart de la pollution aux sulfates constatée dans l'Ouest des Etats-Unis), ou celui de la pollution de l’eau (en 2011, selon le ministère chinois des ressources hydrauliques, 40% des cours d’eau du pays ont été pollués par le déversement d’eaux usées et déchets divers, dont le cadmium que l’on retrouve dans le riz), ou encore celui de la pollution des sols (dont 10% seraient contaminés par des métaux lourds), ou enfin, et sans volonté d’exhaustivité, celui de la gestion des déchets (la Chine est le pays qui produit le plus de déchets industriels ou municipaux avec 300 millions de tonnes par an dont moins de 20 % sont recyclés, dont un volume estimé à 8,8 millions de tonnes de déchets plastique rejetés dans les océans).

Face à ces nombreux défis, il faut aussin pour être juste et comprendre les nouveaux espoirs placés dans ce pays, rendre hommage à une volonté affichée de changement et à des efforts qui commencent à porter leurs fruits. Ainsi, en 2014, Li Keqiang, Premier ministre chinois, avait déclaré "le gouvernement punira sévèrement les émetteurs (polluants) illégaux" et ajouté que "nous allons déclarer la guerre à notre propre modèle de développement et notre mode de vie non durable et inefficace". Dans la foulée, le pays s’est engagé à ce que 20% de l’énergie qu’il consomme soit de source propre à l’horizon 2030.

Depuis d’ailleurs, le pays multiplie les records.

Si on prend, par exemple, le développement de l’éolien, force est de constater que l’an dernier, à elle seule, la Chine a installé la moitié des nouvelles capacités éoliennes dans le monde (30,5GW soit 48,4% du total mondial). Cette progression la situe comme leader en matière des capacités installées, avec 33,6% de la puissance totale installée dans le monde, soit près du double de la capacité américaine (17,2%). Il n’en demeure pas moins que la part de l’éolien continue à rester très minoritaire dans le mix énergétique de ces deux pays (4,5% de la production pour les Etats-Unis face à 3.3% pour la Chine.

En ce qui concerne le développement de l’énergie solaire, la Chine affiche également des performances spectaculaires. Ainsi, la Chine, devenue premier producteur de panneaux photovoltaïques au monde (un panneau sur deux serait de fabrication chinoise), a également décidé de devenir un champion mondial de la production d’électricité photovoltaïque. En 2015, elle produisait 16% de la production photovoltaïque mondiale et se place désormais au premier rang mondial devant l’Allemagne. La progression a été spectaculaire. Sur la seule année 2015, le pays, qui partait de quasiment 0, a installé plus de 15GW, portant sa puissance installée cumulée à 43,2 GW (face au parc allemand de 39,8 GW qui était jusqu’alors le numéro 1 mondial). Ainsi, dans la province du Gansu (Nord-Ouest de la Chine), dans l’immense désert de Tengger, les panneaux du champ photovoltaïque fleurissent pour créer une ferme de près de 400 hectares qui fait figure d’oasis sur le chemin de la transition énergétique.

La Chine est également en tête des pays producteurs de solaire thermique, avec 67 % du parc mondial fin 2012.

Pour ce qui est du solaire thermodynamique à concentration, la Chine s’est également lancée un défi ambitieux, en passant du stade expérimental au stade industriel avec la construction en cours de huit centrales d'une puissance cumulée de 542 MW et dix-sept projets en développement, totalisant 1 150 MW,. Delignha, situé à Haixi dans la province de Qinghai, au cœur du désert de Gobi, est une autre illustration parfaite de ces projets comme seule la Chine en a le secret et qui ont vocation à contribuer à un développement économique plus durable pour les 1,3 milliards d’habitants de plus en plus sensibles et conscients des enjeux environnementaux. Ce complexe s’étendra sur 25 km2, et sera ainsi la plus grande centrale solaire civile jamais construite. Issue de la collaboration entre la société californienne Bright Source Energy et le groupe Shangai Electric, cette centrale vise l’approvisionnement en énergie verte de plus d’un million de foyers, et serait équipée d’un système de stockage basé sur un principe de sels fondus capables de conserver la chaleur emmagasinée le jour afin de garantir une production stable et continue d’électricité. Au-delà d’une production propre d’électricité, la centrale devrait remplacer l’équivalent de 4,69 millions de tonnes de charbon par an soit une réduction de 896 000 tonnes d’émissions de dioxyde de carbone chaque année et de 8 906 tonnes de dioxyde de soufre.

On peut apprécier l’ampleur du travail entrepris pour accélérer la transition énergétique dans l’empire du Milieu.

En terme d’investissements, la Chine ne lésine pas sur les moyens, et s’est également illustrée en 2015 comme l'un des pays ayant le plus investi avec 103 milliards de dollars, soit 36% du total mondial, face aux Etats-Unis, qui, eux n’ont investi que 44 milliards (ce qui, malgré tout, représente une hausse respective de 17% et 19% en termes d’effort annuel).

C’est donc avec une bonne dose de détermination qu’en 2015, le pays s’est engagé à améliorer son intensité énergétique et à maîtriser ses émissions pour les réduire à partir de 2030 (si possible avant). Ainsi, il y a quelques semaines à peine, le président chinois Xi Jinping et Barack Obama se retrouvaient pour une déclaration commune sur leur engagement respectif en matière de lutte contre le changement climatique tout en ratifiant, côte à côte, l’accord de Paris.

Ce faisant, les deux puissances les plus représentatives en matière d’émissions - puisque pesant à elles deux près de 40% du total - donnaient un signal fort au reste du monde. Un signal qui avait d’ailleurs été fort bien entendu. En effet, dans les quelques semaines qui ont suivies, la majorité des pays ont ratifié l’accord. Ainsi la Cop 22 démarrait sous les meilleurs auspices avec plus de cent pays représentant 73% des émissions ayant déjà signé, ce qui était clairement au-delà du minimum fixé pour l’entrée en vigueur de l’accord qui prévoyait la ratification par cinquante-cinq pays représentant 55% au moins des émissions.

La question est maintenant de savoir si cette belle dynamique se maintiendrait intacte dans le cas où les Etats-Unis se délieraient de leurs engagements. Force est de souligner le propos de Xie Zhenhua, chargé des négociations sur le climat pour le compte de la Chine, qui a rappelé qu’il était important que "Donald Trump honore les engagements pris par les Etats-Unis", en ajoutant qu’un "homme politique sage était celui qui savait prendre en compte les tendances globales". »

http://www.atlantico.fr/rdv/atlantico-green/pourquoi-chine-pourrait-tres-vite-devenir-champion-mondial-environnement-myriam-maestroni-2883277.html

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Published by bc