30 avril 2011 6 30 /04 /avril /2011 15:51

I- L’INDE, TERRE DE SPIRITUALITE

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A- L’hindouisme : origines et caractères.

               ■ Répartition de la communauté hindoue en Inde :

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          ■ Voici une présentation simplifiée mais très claire de l’hindouisme, extraite du site : http://indianred.pagesperso-orange.fr/hindouisme.htm  Vous y retrouverez en grande partie ce que j’ai expliqué lors de la conférence.

            04« La religion hindoue est une évolution de l’ancienne religion védique. Apparue il y plus de 5000 ans, c’est la plus ancienne des grandes religions du monde. Le mot hindouisme est dérivé du sanskrit "sindhu" signifiant fleuve (particulièrement l’Indus). Elle rassemble plus de 900 millions de fidèles à travers le monde dont 800 millions en Inde (…).

            Parce que les hindous appartiennent au cycle des réincarnations, on ne devient pas hindou, on naît hindou. Ceci explique qu’il y ait généralement peu de conversions, qui sont généralement mal vues.

            Les hindous ne font pas de prosélytisme, c’est-à-dire qu’ils ne tentent pas d’imposer leurs idées en prétendant que leur religion est la meilleure. L’Hindouisme a la faculté d’intégrer et d’indianiser des croyances extérieures. Ainsi, certains voient en Jésus-Christ ou en Mahomet le dixième avatar de Vishnu.

            Un hindou est soumis au cycle des réincarnations (samsara), en fonction des actions accomplies dans les existences antérieures (karma), il peut renaître dans une caste plus ou moins élevée. L’objectif ainsi poursuivi est l’immortalité aux côtés des dieux. 

            Il existe quatre castes. Selon les écritures védiques, les brahmanes (prêtres) seraient sortis de la bouche de Brahmâ, les ksatriya (nobles et guerriers) de ses bras, les vaysas (commerçants et paysans) de ses hanches et les sûdra (artisans et serviteurs) de ses pieds. Les chandala ou intouchables (professions ayant un lien avec la naissance et la mort) sont exclus de la société indienne car considérés comme impurs, puisqu’ils seraient nés de la terre.

            Cependant, cette ségrégation ne semble pas tenir son origine des Védas mais de l‘invasion aryenne en 1500 a.v. J.C. Elle aurait ainsi permis d’asservir la population dravidienne locale à peau noire. C’est pourquoi le mot sanskrit " varna ", signifiant couleur, est nominatif des castes. Chaque caste est divisée en une multitude de sous castes, en fonction de la profession exercée. On compte ainsi près de 1886  sous castes pour la seule caste brahmanique. Bien que Nehru ait aboli théoriquement le système des castes et interdit toute discrimination, le concept d'appartenance à une caste est encore bien vivant en Inde.

            Les quatre buts poursuivis pendant l’existence sont les suivants :

- le dharma : loi de perfection que se doit de suivre chaque hindou$

- l'artha : réussite matérielle et richesse

- le kama : vrai désir

- le moksha (liberté en hindi) : libération du cycle infernal des réincarnations et union à dieu. Seule la caste la plus élevée et donc la plus pure peut accéder au moksha.

            La religion organise l'existence et partage la vie d'un hindou en quatre étapes.

- La première est consacrée à l'étude des textes sacrés, ceci en fonction de sa caste.

- Puis vient le temps d'amasser des richesses, de se marier et d'avoir des enfants.

- A la fin de sa vie, l'hindou entre dans une retraite religieuse.

- Lors d'une quatrième étape, il peut devenir renonçant et adopte une vie d'ermite.

            Les hindous sont appelés les "3 fois nés" :

- La première est la naissance physique.

- La seconde s'opère par le mariage, grâce auquel l'homme peut faire des sacrifices.

- La troisième naissance est la renaissance parmi les dieux, après la crémation sur le bûcher funéraire.

            L’hindou prie quotidiennement, choisissant lui-même son dieu personnel (ishta), émanation du dieu unique parmi un panthéon impressionnant de plus de 33 millions de dieux. Certains peuvent être ainsi regroupés en adorateurs de Shiva (les shivaïtes) ou de Vishnu (les vishnuïtes).

            L’Hindouisme a pour base la Trimûrti (triade). La Trimûrti supplante Indra (divinité védique) au sommet du panthéon hindou, les trois éléments en sont : Brahmâ, Vishnu et Shiva.

                  - Brahmâ est l'Être Immense et peut être comparé au dieu créateur originel. les hindous considèrent que Brahmâ habite le cœur de l'homme. Bien qu'il soit l'Absolu primordial, il est si lointain qu'il n'a plus guère de sanctuaires

                  - Vishnu est le dieu aux deux visages, qui préserve la monde du mal. Lorsque le dharma est menacé, il descend sur Terre sous forme d'avatar (neuf au total) afin de rétablir l'ordre. Il siège au niveau du nombril, source de nourriture durant les neuf mois de la grossesse.

                  - Vishnu prend la forme de Shiva lorsqu'il veut détruire pour recréer à nouveau. Ainsi les hindous vénèrent le linga, symbole de puissance créatrice.

            Les dieux sont très souvent représentés avec quatre bras ou trois têtes. Il se s'agit pas là de créer des formes monstrueuses, comme on pouvait le croire au XVIIe siècle, mais de traduire un aspect particulier de la divinité. Les quatre bras désignent les quatre directions de l'espace, les nombreuses mains portent des armes, et les trois têtes indiquent des formes complémentaires du dieu qui peuvent faire l'objet de vénération ».

  

B- L’Inde, berceau ou terre d’adoption de nombreuses religions 

1) L’islam

          ■ Répartition de la communauté musulmane en Inde :

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           ■ La mosquée Haji-Ali de Bombay :

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            ■ La grande mosquée de Delhi :

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2) Le christianisme

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           ■ Répartition de la communauté chrétienne en Inde :

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          ■ Eglises catholiques de Pondichéry :

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3) Le sikkhisme

            ■ Répartition de la communauté sikhe en Inde :

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           ■ Récit de voyage : « Au Temple d'or d'Amritsar, la communauté sikh offre le gîte et le couvert », par Axelle Guptan, pour Aujourd’hui l’Inde, 12-11-2008.

11       « Le "Sri Harmandar Sahib" d'Amritsar, au Pendjab, n’est pas seulement un lieu de culte. Comme tout temple sikh, il comporte un réfectoire et un dortoir où s'arrêtent des visiteurs de tous les horizons. L'occasion d'une plongée dans l'univers des hommes à turbans, à la veille de la célébration de l’anniversaire de Guru Nanak, le père fondateur du sikhisme.

           Il y a de ces lieux qu'on quitte avec regret. Le Temple d'or d'Amritsar en fait partie. Après avoir vu scintiller puis s'enflammer le lieu saint des sikhs sous la lumière du jour, difficile d'aller rejoindre un troquet fadasse ou une guesthouse déprimante...

           Heureusement, dans chaque temple, on trouve une cantine et un dortoir gratuits, ouverts sans distinction d'origine, de religion et surtout de castes. Car la communauté sikh prône l'égalité et le partage. Il n'en faut pas plus pour convaincre les routards de passer la nuit dans le complexe du Temple d'or.

           Première étape, un dîner au réfectoire. M.Singh, habitué du lieu, donne le tuyau aux touristes. Sur les bords du bassin sacré, il explique que "bien sûr, il y a une cantine ici" et "qu'on y sert jusqu'à 80 000 repas par jour". Perplexes, ses interlocuteurs se lancent dans des calculs pour vérifier la faisabilité d'une telle entreprise, mais M.Singh révèle le secret de la maison : une "machine à chapatis" capable de produire "10 000 pains par heure".

           14La cantine sikh, c'est un peu le taylorisme appliqué aux thalis. Dans une ambiance de gare, sous la verrière d'un bâtiment en briques, on y suit les étapes d'une mécanique bien huilée. Un bénévole vous tend une assiette, vous la saisissez au vol, bien vite poussé vers la salle à manger par des pèlerins affamés.

           Assis par terre par ordre d'arrivée, on y dîne en tailleur, courbé vers son repas dans une tentative désespérée de manger proprement quand la raideur de ses vertèbres n'y incite pas vraiment. Un jeune homme préposé aux lentilles remplit les assiettes à la louche. Puis vient le moment du dessert, de l'halwa, un mélange de sucre et de semoule. Karen, une Britannique d'une vingtaine d'années, est terrifiée. "Je n'en peux plus", affirme t-elle au responsable du réfectoire. Ferme mais souriant, lui n'en démord pas: "Il faut finir, c'est obligé".

          Une fois le repas expédié, chacun rend sa cuillère, son gobelet et suit des yeux l'assiette qui, portée par une chaîne humaine, s'achemine vers l'évier. Après un dernier regard au Temple d'or, il n'y a plus qu'à rejoindre le Guru Ram Das Sarai, qui offre des centaines de lits répartis dans 400 chambres, contre une simple donation.

15           Il est près de minuit et la cour est encore remplie. Dans un coin à gauche, c'est le foreign dormitory. Chouchoutés par deux grands sikhs aux turbans bleus et à la barbe noire, les étrangers sont logés dans ce qui ressemble à première vue à un dispensaire d'autrefois. Mêmes lits en bois alignés, même odeur de désinfectant à l'ancienne et mêmes ventilateurs qui tournent mollement sur les murs gris-vert.

           Cosmopolite, la communauté des voyageurs échange des conseils. "Y'a t-il de la neige à Dharamsala ?", s'enquière un Américain auprès d'un Chilien, qui discute en anglais avec une Canadienne. Les lumières s'éteignent vers une heure du matin et commence un demi-sommeil où parviennent toute la nuit des cris d'enfants et des chants religieux.

Au réveil les deux gardes du dortoir font le compte des effectifs: "C'est aujourd'hui que vous partez ?", demandent-ils aux pensionnaires. Dehors, sacs de voyage sur le dos, un couple de routards attend déjà sa place ».
 

4) Le bouddhisme

          ■ Répartition de la communauté bouddhiste en Inde :

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5) Le jaïnisme

           ■ Répartition de la communauté jaïn en Inde :

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          ■ Le temple jaïn de Ranakpuhr (Rajasthan) :

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6) Le zoroastrisme

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II- L’IMPORTANCE DU FAIT RELIGIEUX EN INDE.

 

A- Religion hindouiste, culture hindoue.

            ■ Quelques éléments de compréhension des rituels.

            http://ganapati.perso.neuf.fr/dieux/rituel.html

            « La civilisation ancienne dont les Veda sont le remarquable et toujours vivant témoignage accordait une importance de tout premier plan aux rites destinés à permettre la communication entre le plan divin et le plan humain.

            On sait d'ailleurs que le védisme est avant tout une religion du rite, de même d'ailleurs que l'hindouisme de nos jours. La stricte et précise application du rite est absolument requise : elle seule est garante de l'"efficacité" de la pratique religieuse. C'est pourquoi la réalisation du rite est confiée aux spécialistes que sont les brahmanes, dûment formés pendant de nombreuses années. La non-observation du rite ou son exécution erronée sont, par conséquent, considérés comme susceptibles d'entraîner de grands désordres dans l'ordre du monde. Bien entendu, une analyse rationnelle occidentale de ce concept nous conduirait à postuler qu'il s'agit d'une imposture des brahmanes pour conforter leur suprématie sur les autres couches de la société; mais qu'en savons-nous ?

            La notion chrétienne de foi est assez différente de l'approche hindoue. Le terme de shraddha, souvent traduit par foi dans les livres, doit s'entendre par confiance totale dans les pouvoirs du divin et en l'efficacité du rite. Ce n'est pas une croyance théologique.

            Le culte védique s'appuie essentiellement sur la notion de sacrifice, yajña. Ce sacrifice est une offrande que l'on fait aux dieux dans un but pratique, c'est à dire pour obtenir quelque chose en échange. Il ne s'agit pas, là, de "rendre grâce à Dieu", mais de demander quelque chose (santé, réussite, etc.) à une puissance divine.

            On objectera peut-être que cette approche est bassement intéressée. Mais l'action complexe et très longue du rituel requiert de l'officiant une concentration totale qui peut l'amener vers des plans de méditation avancée dans lesquels la communication avec les Sphères supérieures est facilitée.

            De plus, le sacrifice rituel a valeur de sublimation. Au-delà des fleurs, fruits, nourriture, encens, lumière, etc; présentés à la divinité en même temps que sont récités les mantra et textes adaptés, il faut comprendre que le pûjâri (officiant, prêtre) fait don aux dieux de son ego et tente de fusionner avec eux.

            On distingue essentiellement deux sortes de rites : les grihya ou rites domestiques simplifiés, que chacun peut réaliser chez soi (dans les castes supérieures seulement) et les rites solennels (shrauta) qui requièrent des officiants spécialisés, de caste brahmane.

           Les rituels domestiques comportent les offrandes quotidiennes de céréales (riz, blé, orge) en l'honneur de plusieurs divinités comme Agni, Prajapati, Sûrya. A ces rites quotidiens, s'ajoutent les cinq grands rites (mahâyajña) pratiqués tous les jours tôt le matin et le soir.

            Tous les évènements particuliers (les fêtes agricoles, la construction d'une maison, l'achat d'une voiture, un changement de domicile, un examen, l'ouverture d'un commerce, etc.) font l'objet de rituels particuliers.

            Les étapes de la vie sont également jalonnées de rites spéciaux que l'on nomme les samskara. On cite :

- Le garbhadana, pour obtenir la fécondation de la nouvelle épouse,

- Le pumsavana, au cours du troisième mois de grossesse ou un peu après, afin d'obtenir un héritier mâle,

- Le jatakarma qui s'étend sur plusieurs jours après la naissance du bébé,

- Le namakarana, une douzaine de jours après la naissance, au cours duquel on donne son nom à l'enfant,

-  L'annaprashana ou cérémonie du sevrage

- Le chudakaranam, entre le troisième et le cinquième anniversaire, lorsque l'on coupe les cheveux de l'enfant pour la première fois, ne lui laissant qu'une touffe de cheveux sur le haut du crâne,

- L'upanâyâna, rite très important, après quelques années de prise en charge de l'enfant par un maître spirituel (guru) pour lui inculquer les éléments d'éducation sacrée (essentiellement les rituels dont il aura besoin comme adulte). C'est alors que l'enfant reçoit le cordon sacré (yajñopavita) qui marque sa deuxième naissance. L'âge de l'upanâyâna dépend de la caste. Après ce rituel de l'upanâyâna, le jeune homme est un brahmachârin

- Le keshanta à l'occasion du premier rasage de barbe de l'adolescent

- Le samavartana marque la fin des études de l'adolescent, et sa préparation au mariage

- Le vivâha, ou mariage, qui est un rituel complexe, à l'issue duquel le jeune homme est un maître de maison (grihashtha) (chez nous, on dira chef de foyer). Pour les filles, le mariage est la seule cérémonie d'initiation

- L'antyeshti, ou funérailles par crémation, est l'ultime rituel de la vie. Il est destiné à faciliter le passage du défunt dans l'Au-delà

- Le shraddha, quelques temps après la mort (entre 10 et 31 jours), est pratiqué ensuite chaque mois pour nourrir l'âme du défunt de boulettes de riz, ce qui lui permet d'accéder au statut d'ancêtre bienveillant (pitri).

          Les rituels publics

          Comme indiqué plus haut, ils sont compliqués. Le nombre des officiants requis dépendra du type de sacrifice pratiqué. L'agnihotra, ou offrande au feu, ne demande qu'un seul prêtre (de caste brahmane); c'est donc le rite le moins complexe. Il consiste en une offrande de ghee (beurre clarifié) versé sur le feu sacré pour l'entretenir, tout en récitant des mantra appropriés; il est effectué chaque jour le matin en l'honneur de Sûrya et de Prajapati. Nous ne détaillerons pas des rituels tels que le darshapurnamasa, l'agnistoma, le parvargya, le vajapeya, ou à plus forte raison l'antique ashvamedha (sacrifice du cheval), car ils sont surtout d'intérêt historique.

           Les pûjâ quotidiennes sont menées plusieurs fois par jour dans les temples en l'honneur des divinités. Elles comportent en particulier l'âratî, offrande du feu à la divinité, accompagnée de mantra (...).

           Généralement, les étrangers qui visitent un temple (c'est particulièrement sensible en Inde du sud) ont une impression de bruit et d'agitation, mais pas de recueillement. Les gens s'installent dans tous les coins, assis tranquillement au sol, ou vaquant à leurs occupations. Dès qu'une pûjâ débute, annoncée par des clochettes ou des gongs, tout le monde se rassemble devant l'entrée du sanctuaire pour avoir le darshan (vision) de l'image divine (mûrti) honorée ici.

            La pûjâ est une longue suite de présentations de la flamme des lampes devant la divinité, de mantra psalmodiés sur un rythme rapide, d'aspersions d'eau, d'eau de coco, de lait sur la forme divine, le tout accompagné de cloches, gongs ou autres instruments dont il semble que le but soit de faire le plus de bruit possible, pour éveiller la divinité et s'assurer de son regard bienveillant sur les gens rassemblés ».

           

          ■ Les pèlerinages en Inde :

 23* Exemple : celui du Kumbh Mela, ou "fête de la jarre". Selon la mythologie hindoue, les dieux et les démons, qui se disputaient le pot recelant le nectar de l'immortalité, en ont fait tomber des gouttes dans quatre villes d'Inde du Nord. Tous les 3 ans un pèlerinage a lieu dans l'une de ces villes, le plus important étant célébré tous les 12 ans à Prayag près d'Allahabad, au confluent du Gange, de la Yamuna et d'une rivière mythique et invisible, la Sarasvati. Sur la photographie ci-contre, un tracteur tire ici le char du dieu. La couleur safran, celle de l'hindouisme, domine sur les drapeaux et les vêtements.

           

          * VARANASI (Bénares) – Photos personnelles 

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            ■ La pratique familiale de l’hindouisme. Célébration d’une puja à Calcutta.

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           ■ Temples de rue à Calcutta et Jaïpur – Photos personnelles

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          ■ « Le culte d’Hanuman ou comment avoir un corps de rêve dans un temple hindou », par Iris Deroeux et Laurent Gayer, pour Aujourd’hui l’Inde, 07/09/2007

           35« Dans une ruelle du Vieux Delhi, un temple dédié au dieu singe Hanuman. A l’intérieur de la cour, de jeunes Indiens soulèvent des altères pendant des heures. Leur modèle : l’athlétique Hanuman bien sûr mais aussi les "divinités" modernes, les acteurs de Bollywood.

            Il entre dans la cour après avoir fait une courte prière, se recueille quelques instants devant l'icône du singe Hanuman et commence ses exercices. Vijay a 20 ans, tous les soirs après ses cours, il rejoint ce temple d'Hanuman qui fait office de salle de musculation dans une ruelle du Vieux Delhi. Un rituel qu'il perpétue depuis qu'il a 15 ans.

            "Hanuman est mon modèle, explique le jeune homme au corps massif. Comme lui, je veux dédier ma vie à protéger les miens. Je me considère comme un disciple. Je dois donc m'entraîner sans relâche et rester célibataire", confie Vijay, les yeux apaisés, perdus dans d'autres sphères. Quelques tractions et exercices de barres parallèles plus tard, il se dévoile un peu plus : "Quand j'étais jeune, ma mère m'a appris qu'il fallait se débarrasser de ses peurs. Ma force physique m'aide. Je n'ai plus peur aujourd'hui, comme Hanuman."

36            Dans les quartiers populaires et les villages, le singe fait l'objet d'une dévotion particulière de la part des hindous de basses castes, qui lui attribuent puissance et virilité. Dans la mythologie hindoue, Hanuman est le celui qui utilise sa force exceptionnelle pour porter secours aux divinités en difficulté. Dans l'un des épisodes les plus célèbres du Ramayana, il sauve ainsi la promise du dieu Rama, la princesse Sita, enlevée par le démon Ravana. Avec sa puissante armée de singes, il délivre la princesse retenue par le démon sur l'île de Lanka.

            Dans la salle de musculation du Vieux Delhi, un autel est dressé autour d'une statue dorée du dieu singe. Dans un recoin, plusieurs icônes le représentent grand, musclé et tenant une massue dans la main droite. Au sol, ces gourdins en bois pesant 15 à 25 kilos chacun. Ce sont des joris, des instruments d'exercice propre aux lutteurs. Un jeune Indien tout en muscle en  attrape un et le fait tourner au-dessus de sa tête, admirant ses muscles dans un vieux miroir.

            Tous les jeunes qui fréquentent cette salle n'ont pas la même ferveur que Vijay. S'ils avouent ne jamais commencer leurs exercices sans une prière en l'honneur d'Hanuman, leur "panthéon" compte d'autres divinités, plus modernes. Ils admirent le physique du célèbre Salman Khan, star de Bollywood au corps bodybuildé, et de ses comparses. "J'étais tout maigre et j'avais simplement envie d'être beau en débardeur", témoigne Shyam, 22 ans.

34            "La plupart de ces jeunes font mauvais usage de leur force", analyse Joginder, la quarantaine, doyen et gardien autoproclamé des lieux. "Rares sont ceux qui l'utilisent pour aider les gens dans le besoin, comme Hanuman. La plupart sont issus des basses castes et les muscles leur permettent seulement de se sentir plus importants. Leurs corps les aident surtout à trouver du travail, comme videurs ou gardes du corps par exemple."

            Dans la cour de cette salle publique, autour des vieilles machines payées par le gouvernement, les jeunes discutent, se détendent, se jaugent… Joginder corrige les nouveaux venus et montre des exercices aux plus motivés. Un jeune arrive en moto. Il la gare devant l'entrée, entre fièrement et découvre immédiatement ses biceps. En jean taille haute et tongues en plastique usées, il commence à soulever de la fonte et va s'échiner ainsi pendant des heures ».

           

            ■ Les saddhus – Photos personnelles

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B- Quelles relations intercommunautaires dans l’Inde d’aujourd’hui ?

            ■ « L’Inde tourmentée par l’émergence d’un "terrorisme hindou" » par Morgane Jézéquel pour Aujourd’hui l’Inde, 20/11/2008

58            « Jusqu’ici, les attentats récurrents perpétrés en Inde étaient systématiquement attribués à des extrémistes musulmans. Mais pour la première fois, plusieurs personnalités hindoues ont été arrêtées ces dernières semaines dans le cadre d’enquêtes sur des attaques à la bombe.

            Elle s'appelle Pragya Singh Thakur. Suspectée d'être la tête pensante de l'attentat du 29 septembre à Malegaon, elle est devenue, en quelques semaines, le symbole de l'émergence d'un "terrorisme hindou" jusqu'ici inconnu. Cette femme aux cheveux courts et aux habits safran fait ainsi la Une des journaux depuis son arrestation, suscitant au passage l'incompréhension de nombreux Indiens.

            Pragya Singh Thakur, 38 ans, est en effet une Sadhvi, sorte de guide spirituel respecté dans l'hindouisme. D'autres personnalités hindoues assez haut-placées ont également été interpellées par les brigades anti-terroristes (ATS) de différents Etats de l'Union, notamment le leader d'un ashram. Un député régional de l'Etat de l'Uttar Pradesh, Yogi Adityanath, doit aussi être interrogé dans le cadre de l'enquête. De quoi provoquer un véritable tollé.

            Car si l'Inde est habituée aux attentats terroristes, récurrents depuis une bonne quinzaine d'années, ceux-ci étaient jusqu'ici systématiquement imputés à des extrémistes musulmans soutenus par le Pakistan voisin. Les arrestations récentes sont donc inédites et posent, pour la première fois, l'existence d'un "terrorisme hindou", qui plus est soutenu par des personnalités religieuses respectées.

            L'affaire ne cesse de prendre de l'ampleur puisqu'au fil de l'enquête, les ATS remontent désormais à des attentats plus anciens, comme celui déjà perpétré à Malegaon en 2006 qui, à l'époque, avait été hâtivement attribué à des musulmans bien qu'il ait été commis dans une mosquée.

            Reviennent aussi sur le devant de la scène des événements passés relativement inaperçus. Comme la mort, en avril 2006 au Maharastra, de deux jeunes hindous dans l'explosion d'une bombe qu'ils étaient en train de manipuler, et un incident similaire survenu en août dernier dans l'Uttar Pradesh. Toutes les victimes étaient membres du Bajrang Dal, la branche jeunesse du Vishwa Hindu Parishad (VHP), un mouvement nationaliste hindou radical. Et les enquêtes semblent indiquer qu'elles préparaient des attentats contre des musulmans.

            Paradoxalement, ces affaires avaient cependant été mises de côté, probablement parce qu'aucun enquêteur ne croyait alors à l'hypothèse d'un "terrorisme hindou". Après les récentes arrestations, les autorités sont cependant confrontées à une nouvelle problématique, et envisagent même d'interdire certains groupes comme le Bajrang Dal ou sa branche féminine    Durga Vahini. Les enquêtes remontent également à diverses mouvances d'extrême-droite, appartenant toutes à la même nébuleuse des nationalistes hindous.

            A quelques mois des élections fédérales, ces arrestations mettent le BJP - facette politique de ce nationalisme hindou et principal parti d'opposition au niveau fédéral - dans une situation embarrassante. Le fait que les attentats soient jusqu'ici attribués aux islamistes renforçait en effet son discours anti-musulmans, chaque explosion attisant d'une certaine manière le sentiment nationaliste.

            Mal à l'aise, le BJP a cependant choisi de défendre les suspects et voit dans ces arrestations une conspiration politique visant à ternir le nationalisme hindou. "Il s'agit de détourner l'attention du public sur l'échec du gouvernement à prévenir les attentats de ces quatre dernières années", affirme dans l’Hindustan Times Rajnath Singh, le président du BJP. »

           

           ■ « Déferlement de violences anti-chrétiennes en Orissa », par Dilip Kaliya pour Aujourd’hui l’Inde, 29/08/2008

57            « La persécution des chrétiens en Orissa par des militants hindous dure depuis bientôt une semaine. Incapable d'arrêter les violences, le gouvernement indien est aujourd'hui montré du doigt.

            Ce vendredi matin en Inde, les portes des 30 000 institutions chrétiennes d'enseignement sont restées closes, en signe de protestation contre les violences dont sont victimes les chrétiens de l'Orissa depuis cinq jours. Dans cet État de l'est de l'Inde, le meurtre samedi dernier d'un dirigeant local du Vishwa Hindu Parishad (VHP, ou Conseil mondial hindou), a en effet déclenché des émeutes, certains activistes hindous accusant la communauté chrétienne d'être à l'origine de l'attaque bien que la police l'ait, elle, attribué à la guérilla maoïste.

            Le bilan officiel est de 11 morts et de 25 églises incendiées. Des centaines d'institutions et de maisons chrétiennes ont par ailleurs été saccagées, notamment dans le district de Kandhamal, où se concentre l'essentiel de l'agitation. Dans cette zone rurale reculée, plusieurs milliers de chrétiens ont fui dans les collines et forêts alentours, de peur d'être pris pour cible par les extrémistes hindous. Les premiers camps de réfugiés se sont mis en place.

            Malgré la proclamation ce mardi d'un couvre-feu, puis de l'ordre de tirer à vue le lendemain, les autorités locales ne parviennent pas à enrayer le cycle de violence. Le rétablissement de la paix civile semble d'autant plus compromis que les forces de l'ordre sont régulièrement suspectées de collusion avec les émeutiers hindous. "Les policiers sont restés immobiles et ont regardé la scène entière" témoignait au Indian Express Pishpalata Digal, un jeune chrétien qui a échappé à une foule hystérique, armée de barres de fer et de lathis.

            Le Premier ministre Manmohan Singh a fait part hier de sa "honte" à une délégation catholique venue demander au gouvernement de prendre les mesures adéquates afin de restaurer l'ordre en Orissa. Mais malgré 167 arrestations rapportées jusqu'à maintenant, les violences se poursuivent ce vendredi et plusieurs routes sont toujours bloquées par les émeutiers. Selon les sources officielles, de nouvelles troupes paramilitaires sont attendues à Kandhamal.

            Majoritairement tribal, ce district est l'un des plus pauvres de l'Orissa, mais aussi, depuis quelques années, le plus tristement célèbre. Des vagues de persécution anti-chrétienne ressurgissent épisodiquement, la dernière remontant à noël dernier. Les chrétiens, qui représentent 20% de la population (contre 2,3% au niveau national, ndlr), sont régulièrement pointées du doigt par les organisations de l'hindouisme militant. Le religieux assassiné ce samedi avec quatre de ses fidèles, Swami Laxamanananda Saraswati, 85 ans, était d'ailleurs à la tête d'une campagne contre les conversions au christianisme.

            Le prosélytisme chrétien reste une question très sensible dans le pays, particulièrement lorsqu'il concerne les tribus et les intouchables, où le zèle des missionnaires est souvent perçu comme agressif. Depuis plusieurs décennies, des activistes comme Saraswati militent ainsi pour "ramener" ces populations convertis dans le giron de l'hindouisme. Le gouffre entre les deux communautés s'agrandit donc un peu plus chaque jour. La dimension politique des récentes violences ne peut cependant être ignorée, les élections législatives locales en Orissa se tenant dans quelques mois.

            Quoiqu'il en soit, le gouvernement indien est aujourd'hui sous pression. Alors que le Vatican a déjà fait savoir qu'il condamnait "fermement" les attaques, le ministre des Affaires Etrangères italien a convoqué l'ambassadeur de l'Inde à Rome pour exiger que des mesures soient prises pour protéger les chrétiens ».

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