19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 08:30

34Par Philippe Pons, Lemonde.fr, 19 décembre 2011.

« La première succession dynastique dans un régime communiste ne s'est pas opérée sans résistance et elle a pris plus de vingt ans. Kim Il-sung avait évité de justesse que la déstalinisation n'affecte la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et il avait assisté, non sans appréhension, à la "démaoïsation" en Chine. Aussi, pour garantir la continuité de son régime, sa propre place dans l'histoire (comme sa sécurité personnelle) et éviter des batailles de clans, il décida de placer au pouvoir son propre fils.

Au début des années 1970, le "Grand Dirigeant" disposait d'un pouvoir absolu. Bien qu'une succession du fils par le père ait pu apparaître "naturelle" à une partie de la population passée du colonialisme nippon au socialisme sans avoir connu d'expérience démocratique, elle était loin d'aller de soi pour l'élite. Le processus commença par des campagnes idéologiques destinées à promouvoir l'image de Kim Jong-il, dans les années 1970.

NÉPOTISME

A cette époque apparaît le terme de "Centre du Parti" pour désigner, sans le nommer, le futur héritier. L'autorité du Parti du travail de Corée est censée émaner de ce "Centre", auquel il est fait référence comme à une personne puisque les membres étaient invités à lui témoigner "affection" et "fidélité". En février ­1977, un texte publié par l'Association des Coréens au Japon, pro-Pyongyang, et destiné à ses cadres, annonçait la décision du comité central de désigner le "Cher Dirigeant" comme successeur du "Grand Dirigeant".

Selon la biographie officielle de Kim Jong-il (2001), ce dernier avait été désigné successeur dès 1974 "conformément à la volonté unanime du Parti". Ce népotisme suscita quelques résistances. Au sein du clan des Kim, d'abord­ : de la part de Kim Jong-ju, frère de Kim Il-sung, qui avait un temps fait figure successeur, et de la belle-mère de Kim Jong-il, qui entendait placer son fils aîné sur les rangs. D'autres vinrent du Parti et de l'armée. Une opposition qui n'apparut jamais au grand jour, mais ces "déviationnistes" furent peu à peu rayés des rangs du Comité central. Une bonne partie de la "vieille garde" se rallia à l'idée d'une succession dynastique. Outre les capacités à gouverner que les anciens partisans reconnaissaient à l'héritier, cette formule évitait d'ouvrir une lutte pour le pouvoir qui pouvait être désastreuse pour le régime.

Lors du sixième congrès du Parti du travail, en octobre­ 1980, Kim Jong-il fut intronisé comme le successeur désigné. Membre du présidium du bureau politique et premier secrétaire du comité central, il occupait la troisième position dans la commission de défense, derrière son père et le maréchal O Jin-u. »

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