4 novembre 2014 2 04 /11 /novembre /2014 21:06

Première partie : L’ENJEU DEMOGRAPHIQUE.

01

 

A) Les transitions démographique : typologie des pays asiatiques. 

■ Le processus de transition démographique.

1) définition :

La transition démographique correspond au passage d'un régime dit traditionnel (stade "pré-transitionnel") caractérisé par une fécondité et une mortalité élevées à un régime démographique dit moderne, caractérisé par une fécondité et une mortalité faibles.

02 2) analyse :

Le schéma de la transition démographique a été mis en place à partir d'un constat fait sur un grand nombre de pays développés : avec le développement, le taux de mortalité s'effondre, mais le taux de fécondité ne chute que dans un second temps, d'où (pendant une période transitoire) une très vive croissance de la population. C'est le démographe français Landry, en 1909, qui parle le premier de cette révolution démographique mais la théorie ne sera véritablement mise en forme qu'au lendemain de la seconde guerre mondiale.
L'une des questions importantes des années 1960 était de savoir si les pays en développement connaîtraient la même transition. La chose est aujourd'hui certaine. Rétrospectivement, cela permet de relativiser tous les discours néo-malthusiens ou catastrophistes du type "bombe D" (D comme démographique) : les peuples du Tiers-monde ne garderont pas longtemps leur structure démographique actuelle, eux aussi connaîtront un jour les délices du vieillissement, et après une vive progression la population mondiale va connaître un plateau.

3) les stades de la transition

1. Le régime démographique traditionnel

Le régime traditionnel est caractérisé par des taux élevés de natalité et de mortalité. Les taux de mortalité sont par ailleurs très fluctuants, avec des pics lors des famines et des épidémies. L'accroissement de la population est nul ou très faible. C'est le régime "de croisière" de la quasi-totalité de l'humanité pendant les siècles et les millénaires précédant l'âge des révolutions industrielles.

2. La transition démographique

La transition démographique comporte deux phases :

a. Dans la première, la mortalité commence à baisser, tandis que la natalité reste forte ou même s'élève du fait de l'amélioration de l'état de santé des femmes. Par conséquent l'accroissement naturel augmente fortement, dans certains pays de plus de 2% par an.  Quelques pays d'Afrique sub-saharienne se situent encore à ce stade, tandis que d'autres ont été quasiment renvoyés récemment au stade "pré-transitionnel" par les guerres civiles (Grands Lacs) ou par le Sida (Afrique australe).

b. Dans la seconde, la natalité, à son tour, se met à décliner lentement, ce qui entraîne une baisse de l'accroissement naturel et donc une décélération progressive de la croissance démographique. C'est le stade atteint par la majorité des pays d'Asie et d'Amérique latine depuis les années 1970.

3. Le régime démographique moderne

Le régime moderne (ou situation "évoluée"), une fois terminée la transition, est caractérisé par des taux faibles de natalité et de mortalité. Désormais, c'est la natalité qui connaît certaines fluctuations avant de se stabiliser ; la mortalité est à peu près stable d'une année sur l'autre car il n'y a pratiquement plus de poussées épidémiques (quasi disparition des maladies contagieuses). La croissance de la population devient faible ou nulle (hors immigration). Certains pays comme la Russie et d'autres pays de l'ancien bloc de l'Est ont même prolongé ce schéma classique : la mortalité y est devenue supérieure à la natalité ; ce qui, joint à l'émigration des jeunes et aux problèmes occasionnés par l'alcool, entraîne parfois un recul de la population en terme absolu.

4) les facteurs explicatifs

L'explication de la baisse du taux de mortalité est globalement simple et universelle. Si elle a été aussi forte dans les pays en développement, c'est en partie grâce au transfert de médicaments et de compétences médicales des pays du Nord dans les pays du Sud. On note :

a. Les progrès alimentaires, qualitatifs et quantitatifs (diversification…),

b. L'amélioration de l'hygiène, individuelle et publique (meilleur accès a l'eau…)

c. Les progrès médicaux, comme l'antisepsie, la chirurgie et les vaccins

L'explication de la baisse du taux de natalité est plus délicate.

a. La baisse de la mortalité, notamment infantile

Les enfants qui meurent à la naissance ou peu après sont souvent remplacés. Certains portent même le prénom de leur frère décédé. Avec la baisse du taux de mortalité périnatale, le taux de fécondité baisse quasi naturellement. Il faut donc moins de grossesses pour un nombre d'enfants vivant équivalent.

b. Le recul de l'agriculture familiale implique des besoins inférieurs en main d'œuvre

A la campagne, l'enfant est une charge, mais aussi rapidement, un facteur de production. A la ville, il est d'abord une charge. On constate donc que l'urbanisation s'accompagne souvent d'une réduction rapide de la fécondité, accentuée par la promiscuité et des conditions de vie urbaines.
c. Les méthodes contraceptives, l'éducation et le travail des femmes se développent.

d. Des politiques de limitation des naissances ont été mises en place, soit incitatives, soit coercitives, dans de nombreux pays en développement (campagnes de stérilisation en Inde, politique de l'enfant unique en Chine…).

 La transition démographique et la sortie de la trappe malthusienne s'expliquent principalement par l'accélération du progrès technique et des gains de productivité. Par exemple, certains modèles de croissance endogène montrent un processus en boucle tel que :

- Le progrès technique augmente la rentabilité de l'investissement en capital humain (moins d'enfants mais mieux élevés), d'où la demande de scolarisation croissante à partir de la seconde moitié du XIXème.

- L'amélioration de la formation du capital humain a un effet d'entraînement sur la productivité et le progrès technique.

-L'accélération du progrès technique entraîne l'allégement de la contrainte budgétaire sur les ménages qui peuvent consacrer plus de moyens au profit des enfants.

5) conclusion

La transition est un modèle d'évolution, un modèle général de compréhension, elle ne s'est pas effectuée partout au même moment, ni selon le même rythme, ni pour les mêmes raisons. Le phénomène a débuté à la fin du XVIII° siècle en Europe du Nord-Ouest, s'est étalé sur deux siècles et est achevé aujourd'hui dans tous les pays de l'OCDE. Ceux-ci sont donc caractérisés par un accroissement naturel faible et des générations imparfaitement renouvelées ; le recours à l'immigration permet toutefois une croissance de la population, parfois vive (Australie, Israël, Canada,…). Au contraire, dans les pays en développement, la transition a démarré tardivement, dans les années 1940/1960 (selon les continents), et se déroule à un rythme extrêmement rapide, ce qui a conduit temporairement à des croissances démographiques explosives. Celles-ci sont en ralentissement aujourd'hui, mais certaines restent fortes. Il est ainsi possible de distinguer deux modèles généraux, eux mêmes divisés en une grande variété de situations.

 

■ Typologie des pays asiatiques :

Tous les pays d'Asie sont engagés dans le processus de transition démographique, mais tous n'en sont pas à la même étape.

- Le Japon, Taïwan, la Corée du Sud et Singapour ont depuis longtemps atteint la dernière phase de la transition démographique.

- La Chine, confrontée au risque de surpopulation, s'est lancée en 1978 dans une politique de contrôle des naissances.

-  Dans les pays en voie de développement, on en est encore à la deuxième étape de la transition démographique (Inde, Laos, Cambodge, Myanmar, Philippines, Vietnam).

- Enfin, des pays comme la Thaïlande, la Malaisie ou l'Indonésie sont entrés dans la troisième phase de la transition démographique.

 

B) Le Japon : une population vieillissante.

  ■ La croissance démographique au Japon au XXe s.

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■ Evolution de la structure par âge de la population japonaise.

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■ La pyramide des âges actuelle.

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■ Evolution de la natalité et de la fécondité au Japon, 1900-2010.

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■ Evolution du pourcentage de femmes parmi les cadres au Japon.

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■ Les étrangers au Japon.

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■ Plutôt la prison que l’isolement et la pauvreté - Courrier International, 23.04.2009

Sur fond de délitement des liens sociaux,  les personnes âgées commettent des délits pour échapper à un quotidien de plus en plus difficile.

 « En raison de la dénatalité et du vieillissement de la société japonaise, la population des plus de 64 ans a doublé au cours des vingt dernières années. Dans le même temps, le nombre de personnes âgées arrêtées pour des motifs autres que les infractions au code de la route a augmenté de façon telle qu’il a aujourd’hui quintuplé (environ 48 600) par rapport au début des années 1990, tandis que celui des personnes âgées traduites en justice et condamnées a été multiplié par six. Qu’arrive-t-il à ces seniors censés incarner la sagesse ?

Il ressort du dernier livre blanc sur la criminalité que les personnes âgées aux prises avec des difficultés économiques ont de plus en plus tendance à commettre des délits. Chez les hommes, 65 % des délits – le plus fort pourcentage – sont des vols, notamment à l’étalage, et dans 66 % des cas ils sont motivés par “les difficultés de la vie”. De leur côté, 59 % des femmes enfreignent la loi “pour des raisons économiques”. Bref, il semble que la paupérisation progresse aussi chez nos aînés. De surcroît, comme les liens avec la famille et la communauté locale sont de plus en plus distendus, certains, envisageant l’avenir avec pessimisme ou las de s’occuper de leur conjoint malade, finissent par commettre des crimes graves. Les difficultés économiques ne sont pas les seuls motifs de cette criminalité ; il y a aussi l’isolement, comme le relève le livre blanc.

Quoi qu’il en soit, quelque 70 % des personnes âgées remises en liberté après avoir purgé leur peine retournent en prison au plus tard cinq ans après leur sortie [pour certains, la prison représente la garantie d’un repas et d’un logement]. Cela montre que les mesures classiques de lutte contre la criminalité ne suffisent pas. Une nouvelle politique s’impose pour combler le fossé entre le monde carcéral et le monde extérieur.

Et cette politique doit aller de pair avec des mesures de protection sociale. Quand un détenu est remis en liberté, il ne peut vivre sans logement. Beaucoup de personnes âgées qui sortent de prison ne savent pas comment bénéficier du revenu minimum ou se procurer une carte d’invalidité. Certaines au­raient également besoin d’être admises dans des établissements publics médicalisés.

Pour faire face à ces problèmes, il faudrait créer un service de conseil en protection sociale dans le milieu carcéral. Les anciens détenus qui n’ont pas de famille devraient pouvoir s’adresser à des organismes d’aide à la réinsertion pour être admis en maison de retraite ou percevoir le revenu minimum. Ceux qui ont la force et l’envie de travailler devraient également bénéficier d’une aide à l’emploi. Bien que le ministère de la Justice et celui de la Santé et du Travail s’y soient attelés, ils n’en sont encore qu’aux tâtonnements. Le secteur privé doit lui aussi comprendre que l’équilibre économique est générateur de stabilité sociale. La part des plus de 64 ans dans la société japonaise, aujourd’hui de 22,1 %, devrait s’élever à 25,2 % en 2013 et à 28,6 % en 2018. Le sentiment d’isolement étant un facteur de criminalité, la société tout entière doit reprendre conscience de l’importance des relations avec la famille et avec la communauté locale ».

 

C) La chine : le défi démographique a-t-il été relevé ?

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■ Evolution de la population de 1960 aux années 2000.

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■ La pyramide des âges en Chine aujourd’hui.

11■ La politique nataliste de Mao.

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■ La politique de l’enfant unique.

« La mise en place de la politique démographique extrême que l'on nomme la « politique de l'enfant unique » est quelque peu surprenante de premier abord. En effet, la fécondité chinoise a fortement chuté entre 1970 et 1978, passant de 5,75 à 2,75 enfants par femme ce qui montre que la politique démographique précédente (wan-xi-shao) fut particulièrement efficace. Toutefois, en raison d'une fécondité particulièrement élevée lors des années pro-natalistes, la densité du nombre de femmes en âge de procréer va progresser jusqu'au début des années 1990 et la natalité va donc demeurer très élevée pendant encore plusieurs décennies.

13L'origine de la politique fait débat. Certains, dont Susanne Greenhalgh, sont d'avis qu'elle trouve ses racines dans la peur malthusianiste d'une surpopulation. D'autres auteurs, notamment Pascal Rocha da Silva, avancent l'hypothèse que la politique ait avant tout une motivation économique. En effet, elle est mise en place par Deng Xiaoping concomitamment avec les Quatre Modernisations. Celles-ci indiquent que la nouvelle légitimité de l'État chinois se trouve non plus dans le dogme mais dans l'amélioration concrète du niveau de vie. Limiter drastiquement le nombre d'enfants permet d'allouer les maigres ressources de l'État plus pleinement à la croissance économique. En 1995, l'État indique que tel est le but de la politique en ces termes : « le planning familial doit servir et être subordonné à la tâche centrale du développement économique ». Une raison secondaire est que les Quatre Modernisations vont entraîner, de manière prévisible, une baisse de la supervision étatique des campagnes : il n'est dès lors plus possible de poursuivre la politique de wan-xi-shao, qui repose sur la structure de la période maoïste (qui permet de surveiller chacun en tout temps).

14Cependant, à la toute fin des années 1970, la République populaire de Chine, afin de limiter la croissance de sa population, a adopté une règlementation limitant le nombre d'enfant par couple à 1. Les minorités ethniques (à l'exception des Zhuang, la première minorité ethnique de Chine) ne sont, dans un premier temps, pas concernées. En 1984, face au constat que la Politique est insupportable pour les paysans, l'État publie le document 7. Cette préférence pour les garçons découle surtout du simple fait que les assurances sociales (et notamment vieillesse) sont quasi inexistantes à la campagne. Lors du mariage, l'épouse entre dans la famille de son mari et s'occupera de ses beaux-parents et non pas de ses parents biologiques.

15Depuis 2002, le versement d'une somme de 510 euros (5 000 yuans à rapporter au salaire moyen urbain de 1 200 yuans) permet la naissance légale d'un deuxième enfant. Dans le cas de naissances illégales, des pénalités sont prévues : amendes et non délivrance du hukou, petit livret permettant, entre autres, la gratuité des transports, scolarité, etc. Un nombre inconnu d’enfants noirs - ou enfants cachés par les familles par peur de représailles - existe en RPC. D'autre part, les nouveaux riches chinois peuvent payer les amendes.

Toujours dans le but de ralentir l'accroissement naturel, la Constitution chinoise limite les mariages en imposant l'âge minimal de 22 ans pour les hommes et de 20 ans pour les femmes. En retardant la formation des foyers, elle espère réduire la période de fécondité.

16Le 28 mars 2006, Zhang Weiqing, responsable de la Commission d'État pour la population et le planning familial, a indiqué dans une interview accordée au site internet du gouvernement chinois que la politique du planning familial avait aidé la Chine à éviter la naissance de quatre cents millions de bébés au cours des trois dernières décennies. Il a fait remarquer que la Chine avait mis environ trente ans pour réaliser l'objectif du contrôle de la population, alors que cela en avait pris cent dans les pays développés. « L'objectif d'assurer au peuple chinois une vie relativement confortable n'aurait pas pu être réalisé si nous avions quatre cents millions de personnes supplémentaires », a souligné Zhang Weiqing. La Chine faisant actuellement face à un nouveau pic de ses naissances, la politique de l'enfant unique ne sera pas changée dans un futur proche ».

http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_de_l%27enfant_unique

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Le phénomène de l’enfant empereur

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■ « Quand la Chine grisonnera » - Par Isabelle ATTANE, juin 2011 - Démographe et sinologue à l’Institut national d’études démographiques (Ined), Paris, auteure notamment des essais En espérant un fils... La masculinisation de la population chinoise, INED-PUF, Paris, 2010, et Au pays des enfants rares. Vers une catastrophe démographique chinoise, à paraître chez Fayard.

« Si le poids de sa population — et notamment celui des Chinois en âge de travailler — a constitué un atout pour le dynamisme économique du pays, son déclin relatif et la montée du nombre de personnes âgées inquiètent les dirigeants.

Avec 1,35 milliard de personnes en 2010, soit un habitant de la planète sur cinq, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. Elle le restera pendant une vingtaine d’années. Dès 2030, elle devrait céder la place à l’Inde, qui compterait alors plus de 20 millions de personnes de plus qu’elle. En 1950, la Chine représentait 22 % de la population mondiale, contre moins de 20 % aujourd’hui. Cet effacement démographique relatif tient en partie au formidable essor de la population de certaines régions du monde en développement, notamment de l’Afrique, dont le poids est monté de 9 % à 15 % entre 1950 et 2010, et de l’Inde, passée de 15 % à 18 %. Mais pas seulement.

L’autre raison tient à la politique de limitation des naissances pratiquée depuis les années 1970 — la plus stricte jamais mise en œuvre sur une aussi longue durée. Après avoir prôné, pendant une petite dizaine d’années (1971-1978), deux enfants par couple dans les villes et trois dans les campagnes, le pouvoir a rapidement radicalisé son contrôle et, dès 1979, la règle de l’enfant unique a été imposée à la majeure partie de la population. A l’époque, la mesure est présentée comme la condition sine qua non pour atteindre l’objectif de modernisation économique porté, à partir de 1978, par le dirigeant réformateur Deng Xiaoping : elle permet d’allouer les ressources de l’Etat à la croissance, tout en améliorant le niveau de vie.

Alors que les Chinoises donnaient encore naissance à près de six enfants en moyenne en 1970, elles en ont actuellement moins de deux, c’est-à-dire presque aussi peu que dans les pays les plus développés de la planète. Ainsi, la population, qui grimpait de 20 millions par an au début des années 1970, ne s’est accrue que de 7,5 millions chaque année durant la décennie 2010 — soit près de trois fois moins. Au milieu du siècle, la prépondérance démographique de la Chine disparaîtra : 16 % de la population mondiale, contre 18 % pour sa rivale indienne et 22 % pour l’Afrique.

Jusqu’à présent, le ralentissement de sa croissance démographique a sans conteste constitué un formidable atout, tant pour son développement économique que pour l’amélioration globale du niveau de vie de ses habitants. En ce début de XXIe siècle, la Chine est ainsi devenue un acteur essentiel sur la scène économique mondiale. Ce succès a pris sa source dans la réforme en profondeur du système de production entamée par Deng Xiaoping à la fin des années 1970, grâce à laquelle la productivité du travail s’est fortement accrue. Mais cette transition économique n’aurait pu être aussi porteuse si elle n’avait bénéficié d’une conjoncture démographique très favorable.

Depuis le milieu des années 1980, la Chine détient une carte maîtresse : un bonus démographique exceptionnel. En effet, la natalité y a fortement baissé alors même que sa population âgée reste encore, en proportion, peu nombreuse. Ainsi elle compte 2,1 adultes par personne économiquement dépendante en 2010, contre 1,3 adulte au Japon, 1,6 en Inde ou 1,8 au Brésil. A l’heure actuelle, près de 70 % des Chinois sont d’âge actif (15-59 ans), contre 56 % des Japonais, 61 % des Indiens et 66 % des Brésiliens. Mais dès 2050 ils ne seront plus que 54 % alors que l’Inde, sa concurrente la plus directe, en comptera 63 %.

Or la force actuelle de la Chine sur la scène économique mondiale tient en partie à ce contexte démographique privilégié, mais transitoire. Dès le milieu du siècle, son bonus démographique aura fait long feu, et la Chine comptera alors presque autant de dépendants que d’actifs, avec un ratio de 1,1 adulte pour une personne dépendante, deux fois moins qu’en 2010.

Les retraités sont souvent à la charge de leur famille.

Ce bouleversement structurel qui se manifeste par un vieillissement exceptionnellement rapide de la population vient davantage de la réduction de la fécondité que de l’allongement de la durée de vie. Il s’agit bien là d’une particularité chinoise : un vieillissement créé de toutes pièces par la politique de contrôle des naissances qui, en restreignant le nombre des enfants, a fait mécaniquement augmenter la part des seniors. D’ici 2050, la proportion de Chinois âgés de 60 ans ou plus aura triplé, atteignant 31 %, et les seniors seront alors... 440 millions, l’équivalent de la population européenne actuelle. Un Chinois sur deux aura plus de 45 ans, contre un sur quatre encore en 2000. Alors, la population atteindra un niveau de vieillissement comparable à celui que connaît actuellement le Japon, pays à la proportion de population âgée la plus forte du monde. Ce qui ne sera pas sans effet sur l’économie chinoise.

L’Etat et la société devront supporter une charge financière accrue, sous le double effet d’une hausse des dépenses de retraite et de santé et d’une baisse des recettes fiscales. Si cela peut présenter certains atouts pour un pays comme le Japon qui, malgré ses 30 % de seniors, reste la troisième puissance économique mondiale, pour la Chine l’équation est plus délicate. D’une part, l’économie nippone est principalement une économie de services : le secteur tertiaire occupe les deux tiers (68 %) de la population active (contre 27 % en Chine en 2008) et assure les trois quarts de son produit intérieur brut (PIB), contre 40 % chez son voisin. D’autre part, alors qu’au Japon, où le revenu disponible des seniors avoisine celui des actifs, le vieillissement est en passe de se transformer en dynamique d’innovation et de consommation, cela est loin d’être le cas en Chine : les personnes âgées, toujours largement exclues du système de retraite, ont un niveau de vie globalement faible. Tout reste à faire, ou presque.

Le régime de retraite par répartition, hérité de l’ancienne économie collective, ne bénéficie qu’à une minorité, presque exclusivement des citadins, et n’octroie bien souvent qu’un minimum vital. L’Etat tente de mettre en place un système de protection sociale généralisé qui pourrait bénéficier à tous. Mais si quelques municipalités vont d’ores et déjà dans ce sens — certaines ayant réussi à instaurer des dispositifs privés qui fonctionnent grâce aux cotisations des entreprises et à celles des salariés —, à l’échelle du pays cela reste une gageure, en particulier dans les campagnes.

Au milieu des années 2000, seul un retraité sur quatre vivait de sa pension. Un autre quart continuait à vivre d’un revenu d’activité tandis que la moitié restante, elle, subsistait principalement grâce à un membre de la famille — souvent un enfant.

Par ailleurs, la cohabitation des générations sous un même toit, qui a longtemps été l’unique solution pour la prise en charge des personnes âgées, atteint ses limites. Si une loi datant de 1996 fait obligation aux familles, et nommément aux enfants, d’assurer la subsistance de leurs parents, la conjoncture actuelle rend ces solidarités familiales difficiles à mettre en œuvre. Avec le renversement de la pyramide des âges consécutif à l’allongement de la vie et à la forte baisse du nombre d’enfants, la charge portée par chaque actif devient insupportable. Comment un jeune Chinois, a fortiori s’il est enfant unique, peut-il, avec son épouse, assurer la subsistance de deux parents retraités — voire quatre, si l’on compte ses beaux-parents ? De plus, les modes de vie, en particulier dans les villes, se prêtent de moins en moins à une cohabitation des générations : les logements, de plus en plus coûteux, restent exigus ; les exigences de confort et d’intimité se font de plus en plus grandes ; la vie est de plus en plus chère.

En outre, le marché du travail oblige bien souvent les jeunes gens à quitter leur localité de naissance pour trouver un emploi qui les éloigne de leurs parents, ce qui complique encore leur prise en charge. Près d’un ménage sur cinq est actuellement composé d’au moins trois générations, mais cette tradition pourra-t-elle résister longtemps aux contraintes de la vie moderne ?

Quant à l’éventualité d’un report de l’âge de la retraite, relativement précoce (60 ans pour les hommes et 55 ans pour les femmes), elle est provisoirement écartée. Tout au moins pour les hommes. Le gouvernement envisage de retarder le départ des femmes pour le fixer au même niveau que celui de leurs collègues masculins.

D’une façon plus générale, le pouvoir peine à s’accommoder du vieillissement de sa population. Si le pays veut conserver, à l’avenir, un rythme de croissance soutenu, il devra réorganiser sa fiscalité pour financer la prise en charge durable de son troisième âge et lui garantir ainsi un niveau de vie décent. Il ne pourra sans doute pas non plus échapper à une restructuration de son économie, en l’axant davantage sur les services et la consommation intérieure, notamment celle des seniors.

Une majorité de Chinois épargnés  par la politique de l’enfant unique.

20Si le vieillissement s’impose comme un défi majeur pour la société et l’économie chinoises, il n’est pas le seul. Car la Chine doit aussi faire face à un déficit croissant de femmes dans sa population alors que les autorités continuent à limiter les naissances. Certes, à l’heure actuelle, seuls 36 % des couples sont soumis à la règle de l’enfant unique. Dans les campagnes de dix-neuf provinces, ils sont autorisés à avoir un second enfant si le premier est une fille — ce qui concerne 53 % de la population. Les 11 % restants, pour la plupart des couples issus des minorités ethniques, peuvent en avoir deux ou plus quel que soit le sexe du premier.

Il reste qu’on estime à 60 millions le nombre de femmes manquantes. Ce déficit résulte d’une forte préférence des Chinois pour les fils qui les conduit, dans certains cas, à éliminer leurs filles soit par des avortements, soit, après leur naissance, par des inégalités de traitement débouchant souvent sur un décès prématuré. La Chine est ainsi devenue le pays du monde comptant la plus forte proportion d’hommes dans sa population (105,2 pour 100 femmes en 2010). D’un point de vue strictement démographique, la situation des femmes est la plus mauvaise qui soit.

Or un tel déséquilibre entre les sexes n’a rien d’anodin. D’abord, en termes de croissance démographique stricto sensu : qui dit moins de femmes aujourd’hui dit moins de naissances demain, et donc une croissance encore ralentie. On estime ainsi qu’à l’horizon 2050 près de 20 millions de naissances n’auront pu survenir du seul fait du déficit féminin. Cette situation atypique contraindra également un nombre croissant d’hommes au célibat : entre 1 et 1,5 million de Chinois pourraient chaque année ne pas se marier, faute de partenaires.

21L’économie chinoise risque d’être directement touchée. Dans l’industrie, qui apporte la moitié des richesses, les femmes sont surreprésentées. Elles sont majoritaires dans les usines qui produisent des jouets, des textiles ou du petit matériel électronique. Dans l’agriculture, de plus en plus délaissée par les hommes, elles compteraient aujourd’hui pour plus des deux tiers de la main-d’œuvre.

A l’avenir, la population active deviendra de plus plus masculine : 54 % d’hommes chez les 15-49 ans en 2050, contre 51 % actuellement. Soit au bas mot, dans cette tranche d’âge, 100 millions de femmes en moins sur le marché du travail. A terme, cela pourrait entraîner une pénurie de main-d’œuvre dans les secteurs industriel et agricole.

Au-delà de ces aspects économiques, la question posée est celle du respect des droits des femmes et de l’égalité entre les sexes — une problématique aujourd’hui relativement délaissée.

Dans les prochaines décennies, la Chine devra donc résoudre deux problèmes d’envergure : pallier les effets du vieillissement de sa population et remédier à sa masculinisation. Une solution globale consisterait à mettre un terme à la politique de contrôle des naissances pour relancer la natalité. En rajeunissant la pyramide des âges, cela permettrait non seulement de ralentir le vieillissement, mais encore de réduire la propension des couples à éliminer leurs filles, et donc d’endiguer progressivement la masculinisation.

A Shanghaï, près d’un habitant sur quatre a d’ores et déjà plus de 60 ans et une pénurie de main-d’œuvre commence à se faire sentir dans certains secteurs. Elle sert de « ville test ». C’est la seule municipalité du pays à mener des campagnes de sensibilisation encourageant activement une partie des couples (ayant été eux-mêmes enfants uniques) à donner naissance à un second enfant. Effort méritoire... mais sans effet. La fécondité y reste parmi les plus faibles du monde : 0,7 enfant par femme en 2005 !

Autant dire que, si le contrôle sur les naissances devait être relâché, il n’est pas certain que cela suffise à juguler le vieillissement de la population chinoise. Contraintes de la vie moderne et hausse des coûts pour l’éducation et l’entretien des enfants obligent, la plupart des couples sont amenés à se limiter d’eux-mêmes. Incontestablement, la solution passe par une réforme en profondeur du système de protection sociale et de l’économie afin d’absorber ces nouvelles contraintes démographiques ».

 

■ « En Chine, les violences de la politique de l'enfant unique continuent d'être taboues » - Le Monde, 3 novembre 2011.

« Les mesures draconiennes du planning familial, mélange de persuasion et de coercition, ont été en Chine la source de multiples conflits depuis l'entrée en vigueur de la politique de l'enfant unique en 1980. Notamment quand les cadres locaux soucieux de ne pas être pénalisés – les résultats du planning familial sont un critère majeur de promotion au sein du parti – lancent des campagnes de rectification des statistiques qui conduisent aux pires violences.

A Linyi, dans le Shandong, le militant aveugle Chen Guangchen a rassemblé en 2005, avec l'aide de deux juristes pékinois, Teng Biao et Guo Yushan, des dizaines de témoignages sur les violences subies par les familles dans lesquelles une femme tentait d'accoucher hors quota, souvent en se rendant dans une autre région. Juriste autodidacte, Chen Guangcheng était une figure locale auprès de qui les paysans prenaient conseil quand ils s'estimaient victimes d'une injustice. Jeté quatre ans en prison en 2006 sous prétexte d'avoir "perturbé la circulation" et "nuit au maintien de l'ordre public", il fut libéré en 2010, mais est aujourd'hui encore séquestré chez lui, avec sa famille, en représailles de son rôle de sonneur d'alarme.

Le rapport auquel a participé Chen Guangcheng, intitulé "Note d'enquête sur le planning familial à Linyi", de Teng Biao, est en ligne, en chinois. Voici une traduction de quelques-uns des témoignages rassemblés par les enquêteurs : Fang Zhongxia habite le village de Xiajiagou (bourg de Liangqiu, comté de Feixian, ville de Linyi). Elle a eu deux filles, puis s'est fait poser un anneau de contraception. Elle est partie travailler dans une autre région. Pendant ce temps, elle est de nouveau tombée enceinte. Les personnels du planning familial se lancent à sa recherche.

Pour la faire revenir, ils arrêteront en tout vingt-deux personnes dont trois enfants, une femme enceinte et une femme de 70 ans. Ils seront maltraités et doivent payer au moins 1 000 yuans pour être libérés (114 euros). Finalement, Fang Zhongxia revient au village alors qu'elle en est à 7 mois de grossesse. Elle se fait avorter. Puis se fait ligaturer les trompes. Ce n'est qu'à ce moment que sa tante, qui avait été séquestrée, est libérée.

Song Houhua, 60 ans, habite le village de Maxiagou, également dans le bourg de Liangqiu. Sa belle-fille Liu Shanhua a eu un fils et n'a pas le droit d'avoir un second enfant. Mais elle découvre qu'elle est enceinte de 5 mois, en novembre 2004. Liu Shanhua dit n'avoir pris aucun médicament et les bilans de santé ne l'ont pas découvert plus tôt. Elle se cache, mais sa belle-mère Song Houhua est alors arrêtée en plein hiver. On lui demande de payer 3 000 yuans pour sortir, mais elle n'en a que 500. Elle sera séquestrée une nouvelle fois pendant vingt-six jours, avec son frère de 65 ans, sa belle-sœur et ses voisins. Les agents du planning familial lui demandent de battre son frère. Elle refuse. Ils demandent à son frère de la battre. Son frère a perdu plusieurs de ses bêtes à cause de la séquestration. Il est en colère contre sa sœur et veut qu'elle lui rembourse 3 000 yuans.

Hu Bingmei, 34 ans, habite le village de Nanjiashi, (bourg de Sunzu, comté de Yinan). On l'a forcée à aller se faire ligaturer. Elle refuse et on l'emmène de force à l'hôpital. Mais les médecins disent qu'elle souffre d'hypertension et qu'il ne faut pas faire l'opération. La vice-directrice du service de planning familial du comté décrète qu'il n'y a pas de problème. Hu Bingmei est forcée de subir l'opération. On l'oblige à signer un document qui atteste qu'elle l'a fait de sa propre volonté. Depuis cette opération, elle dit qu'elle souffre d'un mal au ventre.

Les slogans de planning familial sont extrêmement violents à Linyi : "Posez un anneau de contraception après le premier enfant. Faites-vous ligaturer après le deuxième enfant. Sinon la loi sera appliquée" ; "Faites-le sortir en frappant et en l'avortant. Empêchez-le par tous les moyens de naître" ; "Sans la ligature, la maison s'écroule. Sans l'avortement, les bêtes partent" ; "Mieux vaut dix tombes fraîches qu'un enfant de trop"... »

 

D) L’Inde : bientôt le pays le plus peuplé du monde.

■ Evolution de la population, de 1960 aux années 2000.

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■ Quelques statistiques :

Taux de fécondité : 2,9 enfants/femme

Moins de 15 ans : 35% de la population totale

Plus de 60 ans : 7% de la population totale

Age moyen au mariage pour les femmes : 20 ans

 

■ La structure par âge de la population indienne.

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■ Interview de Bénédicte Manier, auteur de l’ouvrage Quand les femmes auront disparu. L'élimination des filles en Inde et en Asie. Ed. La Découverte, 2006.  

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- Qu'appelle-t-on les "femmes manquantes" en Asie ?

- Ce sont les 163 millions de femmes (nombre estimé par des études démographiques des Nations Unies) qui auraient dû vivre sur ce continent, mais qui n'existent pas : elles ont soit été éliminées par avortement, soit tuées après leur naissance ou bien on les a laissées mourir en bas âge, faute de soins et de nourriture. L'Asie est devenue le continent le plus masculin au monde, parce que les familles y sélectionnent les naissances au profit des garçons. L'accès de plus en plus facile à l'échographie (bien qu'en Inde les médecins aient officiellement interdiction de révéler le sexe aux parents) et à l'avortement favorise cette pratique. En Inde, il manque ainsi une soixantaine de millions de femmes.

- Pourquoi en 2009 la fille est-elle toujours un fardeau pour les familles indiennes ?

- Parce que la dot prend de l'importance. Elle est pourtant interdite depuis 1961, mais en réalité, de plus en plus de catégories sociales la pratiquent. La dot prend de l'ampleur parce que le pays entre dans l'ère consumériste : en plus des cadeaux traditionnels (vêtements, argent, têtes de bétail…), les parents de la mariée doivent désormais offrir réfrigérateur, climatiseur, TV, téléphone portable, scooter ou voiture… Beaucoup de parents économisent toute leur vie ou s'endettent pour payer la dot de leur fille, ce qui les empêche d'accéder eux-mêmes aux biens dont ils rêvent. La dot est donc devenue une charge plus lourde qu'avant. D'autant qu'une dot importante est souvent la clé d'une forme d'ascension sociale : marier sa fille à un homme qui a une bonne situation implique d'offrir une montagne de cadeaux…

- Est-ce que ce sont seulement les filles de milieux pauvres qui sont les victimes de fœticides et d'infanticides ?

- Justement non, ce ne sont pas les pauvres qui éliminent le plus les filles, mais les catégories les plus aisées et éduquées, où la dot est la plus coûteuse, et où, par ailleurs, il faut absolument un garçon pour transmettre ses biens (ferme, entreprise, maison…). C'est pourquoi les régions qui voient naître le moins de filles sont les Etats riches (Punjab, Haryana, Gujarat…), et les zones urbaines, plus prospères que les campagnes. Une ville aisée comme Chandigarh, par exemple, ne compte plus qu'une proportion de 77 femmes pour 100 hommes dans sa population. Dans les villes, les quartiers où vit la classe moyenne émergente (par exemple à New Delhi : Defence Colony, Vasant Vihar, Hauz Khas…) sont aussi davantage touchés que les quartiers populaires. Dans les campagnes, ce sont les fermiers riches. Enfin, dans tout le pays, les hautes castes sont plus concernées que les basses castes. Voilà donc le paradoxe: le développement économique actuel de l'Inde se retourne contre les filles, car il accélère l'inflation de la dot.

- On va célébrer le premier Girl child day, pensez-vous qu'il y a désormais une prise de conscience en Inde des conséquences de ce déficit hommes-femmes ?

- Oui, la presse indienne parle de plus en plus de l'avortement sélectif, les ONG indiennes font de la sensibilisation de terrain et les autorités lancent des campagnes publiques contre l'élimination des filles. En 2008, le lancement du programme expérimental Dhan Laxmi (allocation de 200 000 roupies aux familles qui élèvent et scolarisent une fille) a aussi beaucoup fait parler de lui. Et peu à peu, la société indienne réalise que le manque de filles a un prix : beaucoup de célibataires ne trouvent pas de femme, on constate une montée du trafic d'épouses et une hausse des agressions sexuelles envers les jeunes femmes. Au point que la ministre des droits des femmes Renuka Chowdhury a rendu obligatoire l'an dernier les cours d'autodéfense pour filles dans les écoles publiques de New Delhi. Cela dit, sur le fond, rien n'est vraiment fait pour contrer l'inflation croissante de la dot chez les classes moyennes, ni pour réprimer les milliers de cliniques privées qui prospèrent sur l'avortement sélectif. Les sanctions restent inadaptées à l'ampleur du problème.

- Combien de temps faudra-t-il pour rétablir l'équilibre de ce ratio hommes-femmes en Inde ?

- Même si l'équilibre des naissances filles-garçons se rétablit dans les prochaines années, le déficit actuel ne sera pas rattrapable. Selon le démographe Christophe Guilmoto, l'Inde connaîtra jusqu'à 2040 un surplus d'hommes supérieur à 15% de sa population adulte masculine : concrètement, cela signifie plusieurs dizaines de millions d'hommes de plus que de femmes. Et donc d'hommes qui devraient rester célibataires. Ce qui n'empêche pas d'espérer un changement : le pays compte en effet de plus en plus de femmes qui montrent qu'elles ont autant de valeur qu'un homme, et on voit des jeunes couples qui n'affichent aucune préférence pour le sexe de leur enfant. A terme, les mentalités devraient évoluer et il naîtra peut-être un jour autant de filles que de garçons en Inde. Mais pour le moment, on se trouve bien face à une "génération amputée" de filles. »

 

 ■ La préférence des garçons. Chanson populaire indienne :

« Pourquoi es-tu venue au monde, ma fille,

Quand un garçon je voulais ?

Vas donc à la mer remplir ton seau :

Puisses-tu y tomber et t'y noyer. » 

 

■ En principe, la détermination du sexe du fœtus est interdite. « Ici, la détermination prénatale du sexe (garçon ou fille avant la naissance) n’est pas faite, c’est un acte punissable ».

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■ « En Inde, la coutume de la dot tue toujours », par Neeli Hawa, Aujourd’hui l’Inde, 2008.

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C'est la saison des mariages en Inde. Au cœur de ces unions, la pratique de la dot. Malgré son interdiction en 1961, elle est toujours la norme. Outre le fait de réduire les femmes au rang d’objet, cette coutume est aussi responsable de milliers de victimes chaque année.

 « Soir de mariage dans le petit village de Kalpa, dans les montagnes de l'Himmachal Pradesh. Sous le regard attentif de tout le village, deux hommes comptent et recomptent des liasses de billets. Il s'agit de la dot. Deux lakhs, soit près de 3000 euros, une petite fortune pour ces producteurs de pommes.

En plus de l'argent, la famille donne aussi un réfrigérateur, une machine à laver, une télé couleur, un lit, des meubles et un service de vaisselle. Et en prime, la mariée. Ce soir, elle est couverte de billets de 10 roupies pour mieux souligner sa valeur marchande.

27Avec un sourire un peu crispé, la mère de la mariée se déclare "soulagée". Marier sa fille n'est pas une mince affaire. Cette charge rebute plus d'une famille : avec un ratio de 927 filles pour 1000 garçons, (rapport de l'UNICEF 2007), l'Inde est le deuxième pays après la Chine à avoir situation aussi déséquilibrée. Malgré l'interdiction de révéler le sexe de l'enfant, les avortements sélectifs et les infanticides sont monnaies courantes. "Élever une fille, c'est comme arroser le jardin d'un voisin", dit un vieux proverbe indien.

28Selon le Fond des Nations Unies pour la population, l'Asie a vu le nombre de femmes manquantes passer de 100 à 163 millions entre 1990 et 2005. Mohammed Ahmed, petit employé, est père de deux garcons et d'une petite fille. "Je ne regrette rien mais Dieu ne devrait pas donner de filles aux pauvres gens comme moi. Cela coûte trop cher", explique-t-il.

La sélection à la naissance n'est pas la seule conséquence meurtrière de la dot. Les femmes indiennes sont également victimes de la dowry death, la mort pour cause de dot. Le schéma est généralement le suivant : la famille de la mariée est dans l'incapacité d'honorer la dot ou de l'augmenter. La belle famille, mari compris, commence alors à violenter la jeune femme qui finit par se donner la mort ou par se faire assassiner. Le mari peut alors se remarier et toucher une nouvelle dot.

29Les statistiques officielles sont effrayantes. En 1999, le gouvernement faisait état de 98 victimes par jour. Mais on semble encore loin de la réalité. Vimochana, une association basée à Bangalore, a mené une étude systématique de 1997 à 1999. Elle a établi, que sur les 100 cas de morts violentes de femmes établis par la police de Bangalore tous les mois, la très grande majorité était des dowry crimes. La plupart des victimes sont des jeunes femmes récemment mariées. Les 2/3 d'entres elles ont péri par le feu.

Les assassinats bénéficient du silence des témoins, de la police et des médecins. En effet, même taboue, cette pratique est largement acceptée. En 2000, la Cour Suprême du Karnataka a sévèrement épinglé la police et les magistrats : seuls 6% des poursuites des criminels aboutissent.

30Pour D. Fernandes, activiste de Vimochana, "ce système meurtrier se développe en grande partie sur la mentalité de plus en plus consumériste et matérialiste des Indiens. Le mariage n'est plus qu'une question d'argent et la seule valeur de la femme, c'est sa valeur marchande". On est loin de la tradition originelle de la dot qui consistait à offrir des bijoux et de l'or à sa fille pour la dédommager de la terre dont elle n'héritait pas. »

 

■ « Les quatre commandements du mariage indien », par Dorothée Gieux, Aujourd’hui l’Inde, 2008.

La saison des mariages bat encore son plein en Inde et avec elle son défilé de femmes parées de bijoux, de musiciens folkloriques, et même d’éléphants dans les rues... Plus qu’une union, le mariage indien est un événement social majeur qui répond à des règles traditionnelles parfois compliquées pour des non-initiés. Voici un petit guide.

31 « "Mariage, indien", pris séparément, ces deux mots font déjà rêver. Mis ensemble, c'est un cocktail explosif. Les films de Bollywood véhiculent l'image souvent réaliste d'une profusion de couleurs, de danse, de musique, d'invités... Mais comment s'y retrouver dans ces cérémonies si strictement codifiées ? Si chaque communauté ajoute sa touche personnelle, le mariage indien répond à certaines règles basiques, dont voici quelques extraits.

Arrêter de travailler... et prendre des vitamines. Le mariage indien pourrait aussi bien être le sport national tant il s'apparente à un marathon. Avant le mariage, des rituels très importants sont menés pendant plusieurs mois. Après la soirée des fiançailles, les femmes et les hommes font la fête séparément. Tandis que les femmes organisent la cérémonie du Mehndi (peinture des mains au henné) et la soirée du Sangeet, pendant laquelle elles chantent et dansent toute la nuit, les hommes se réunissent pour le rituel de la tika, pastille de poudre rouge déposée au front du futur marié comme signe de son engagement. La cérémonie du mariage a généralement lieu en plein air sur un autel : les futurs époux font sept fois le tour du feu sacré tout en récitant leurs vœux d'amour.

33S'accorder les faveurs des astres et des dieux... Les familles consultent un astrologue qui fixe la date et l'heure les plus auspicieuses pour le mariage. De même, les gestes et rituels ancestraux sont effectués dans un but symbolique et porte-bonheur. Le henné appliqué sur les mains de la mariée doit être foncé et persistant, comme signe de joie dans le couple. Avant de rejoindre son nouveau foyer, la mariée jette derrière sa tête cinq poignées de riz, signifiant ainsi qu'elle souhaite prospérité à ses parents. Au moment où la voiture des nouveaux mariés va partir, les hommes lancent de l'argent sur les routes pour conjurer le mauvais sort.

Dépenser sans compter... et faire en sorte que les autres le sachent. Le mariage indien célèbre l'amour mais aussi l'argent. De nombreuses familles n'hésitent pas à s'endetter pour offrir des cérémonies fastueuses, devenues une véritable démonstration de pouvoir financier. Et cette tendance ne fait que s'accentuer. L'industrie du mariage en Inde est estimée à 60 milliards de roupies (1 milliard d'euros), avec un taux de progression de 20 à 25 % par an. Les soirées ressemblent parfois à de véritables scènes de films, avec tenues de grands designers, danseurs venus tout droit de Bollywood et plusieurs centaines d'invités.

32Etre blagueur... mais pas trop. L'humour est aussi présent dans le mariage indien, mais les plaisanteries sont codifiées et laissent peu de place à l'improvisation. Ainsi depuis plusieurs siècles, la mère de la mariée essaie de pincer le nez de son gendre pendant le mariage, symbolisant le fait qu'il soit venu demander la main de sa fille en furetant près de la maison. Les plus malines sont les sœurs de la mariée qui, le jour du mariage, prennent les chaussures du marié en otage et ne les rendront qu'en échange de cadeaux. »

 

■ « Les mariages d’enfants, une tradition encore très répandue en Inde », par Julie Tissot, Aujourd’hui l’Inde, 2008.

Bien qu’ils soient interdits par la loi, les mariages d’enfants sont encore très fréquents en Inde, en particulier au Rajasthan. On estime que plus de 15 millions d’enfants indiens sont mariées avant l’âge de 18 ans. Au mois de mai, des centaines de mariages précoces ont lieu pendant la fête de Akha Teej, censée apporter chance et réussite.

34« Dans le calendrier hindou, il y a un jour dans l'année où la Lune et le Soleil brillent au maximum. Parasurama, la sixième incarnation de Vishnu, serait né ce jour-là. Alors tout événement qui a lieu pendant cette journée du mois de mai est une promesse de réussite et de chance.

Les parents choisissent d'organiser le mariage de leurs enfants pendant ce jour propice et béni. À l'âge où ils devraient simplement taper dans le ballon et aller à l'école, ces enfants se retrouvent époux et épouses et déjà futurs parents.

Le quotidien The Hindustan Times raconte comment, dans un district de Jodhpur, Likhma, 8 ans a épousé Genu, une fillette de 5 ans. C'était le jour d'Akha Teej, il y a une dizaine de jours. Un invité explique qu'ils "appartiennent à la caste des Intouchables. Les petites filles pas mariées sont une source constante d'inquiétude pour les parents. Alors nous les marions avant qu'elles atteignent la puberté".

36Au Rajasthan, cette coutume est ancrée depuis des siècles. Pour les parents, c'est une façon de d'organiser la transmission de la propriété et de la richesse au sein des familles. Pourtant, depuis exactement 30 ans, la loi indienne interdit le mariage des filles avant 18 ans et des garçons avant 21 ans.

Les conséquences de ces unions précoces sont graves tant au niveau physique que psychologique. Privés d'enfance et d'adolescence, c'est aussi la fin de toutes chances d'accéder à une éducation. C'est la fin aussi de l'apprentissage de la vie adulte. Ces enfants doivent prématurément assumer les tâches des grands.

Les grossesses précoces vont de pair avec ces mariages. Elles sont dangereuses pour les jeunes filles. Selon un rapport de l'Unicef, les filles de moins de 15 ans ont cinq fois plus de risques de mourir suite à leur grossesse que les femmes d'une vingtaine d'années. Et il est prouvé que la mortalité infantile est plus élevée, deux fois plus dans certains cas, parmi les enfants nés de mères très jeunes que parmi ceux de mères plus âgées.

38Il y a une dizaine d'année, le gouvernement du Rajasthan a mis en place un programme pour retarder ces mariages. Cela consiste à ouvrir un compte d'épargne aux petites filles. Des années plus tard, 25000 roupies (450 euros environ) attendent les jeunes filles majeures si elles sont toujours célibataires. Une aide financière qui sert alors à payer la dot… pour le mariage. »

* * *

 

g>DEUXIEME PARTIE : L’ASIE, TERRE DE CONTRASTES. 

A) D’importants flux migratoires. 

■ Evolution de l’urbanisation depuis les années 1970

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■ Les villes d’Asie, en 2005 et en 2020.

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■ Les flux migratoires.

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■ Les migrations asiatiques – Typologie :

- Pays d'émigration exclusive : Philippines / Indonésie / Vietnam / Birmanie

- Pays d'immigration exclusive : Corée du Sud / Taïwan / Japon / Singapour / Brunei

- Pays d'émigration & immigration : Cambodge / Thaïlande.

 

B) Entre misère et opulence.

L’I.D.H. (Indicateur de développement humain) en Asie.

44L'IDH est un indice composite, sans dimension, compris entre 0 et 1, calculé par la moyenne de trois indices :

- la santé / longévité (mesurées par l'espérance de vie à la naissance), qui permet de mesurer indirectement la satisfaction des besoins matériels essentiels tels que l'accès à une alimentation saine, à l'eau potable, à un logement décent, à une bonne hygiène et aux soins médicaux. En 2002, la Division de la population des Nations Unies a pris en compte dans son estimation les impacts démographiques de l'épidémie du sida pour 53 pays, contre 45 en 2000.

- le savoir ou niveau d'éducation. Il est mesuré par la durée moyenne de scolarisation pour les adultes de plus de 25 ans et la durée attendue de scolarisation pour les enfants d'âge scolaire. Il traduit la satisfaction des besoins immatériels tels que la capacité à participer aux prises de décision sur le lieu de travail ou dans la société.

- le niveau de vie (logarithme du produit intérieur brut par habitant en parité de pouvoir d'achat), afin d'englober les éléments de la qualité de vie qui ne sont pas décrits par les deux premiers indices tels que la mobilité ou l'accès à la culture.

 

■ Les bidonvilles d’Asie. L’exemple de l’Inde.

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Bombay

48Calcutta

 

 C) Chine : une population pauvre dans un pays riche.

■ Nombre d’habitant vivant sous le seuil de pauvreté.

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■ L’I.D.H. en Chine.

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■ En 2020, les villes chinoises compteront 300 millions d’habitants de plus qu’en 2008.

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■ La santé en Chine.

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C) Inde : un lent recul de la pauvrété.

■ « Une publicité contre la mendicité dans les journaux indiens », Aujourd’hui l’Inde,M. Jézéquel. 07/01/2009.

Pour lutter contre la mendicité, la municipalité de New Delhi a lancé une grande campagne publicitaire dans les journaux. Elle y dénonce les réseaux d’exploitation des mendiants. Le message est simple : ne donnez pas.

53« "Ne tuez pas leurs rêves de demain !" En bonne place dans les journaux, une publicité du département de la protection sociale de New Delhi incite les lecteurs à ne pas donner aux mendiants. "Vous avez pris pitié d'un mendiant et vous lui avez donné l'aumône. Vous n'avez pas réalisé que ces personnes sont forcées de mendier par d'autres qui les exploitent et gagnent de l'argent en profitant d'eux. Alors, la prochaine fois que vous ressentirez de la pitié pour un mendiant, arrêtez vous et réfléchissez ! Aidez vous vraiment les nécessiteux ?"

En Inde, chacun a été confronté à la question de la mendicité. Dans les lieux touristiques, les gares, à la sortie des temples, aux feux rouges ou tout simplement dans la rue… les formes de mendicité sont très variées.

Il y a les vieillards et les infirmes. Les enfants des rues, livrés à eux mêmes, envoyés mendier par leur famille ou exploités par d'autres. Il y a les femmes qui, avec un bébé – souvent loué pour mieux mendier – ne demandent pas de l'argent mais du lait en poudre. Elles ont en fait un marché avec l'épicier du coin : elles emmènent le touriste chez l'épicier complice. Le touriste achète une boîte de lait qu'elles viennent rendre quelques minutes plus tard à l'épicier qui leur donne la moitié de l'argent.

A qui donner ? A qui ne pas donner ? Faut-il donner tout court ? Ces questions, toute personne séjournant en Inde s'y trouve confrontée. Pour le département de la protection sociale de New Delhi, il ne faut rien donner, pour ne pas encourager cette pratique. D'autant qu'un certain nombre de personnes, capables de travailler, font le choix de la mendicité, parfois plus rentable.

La municipalité a dit qu'il n'y aurait plus de mendiants en 2010, à l'occasion des jeux du Commonwealth qui se dérouleront dans la ville. Mais comment y parvenir ? Empêcher les gens de donner limitera peut-être la mendicité, mais ne réglera pas le problème de la pauvreté pour autant.

Pour lutter contre ce phénomène, l'Inde a mis en place des maisons de réhabilitation pour les mendiants. Mais leur taux de remplissage se limite à 50 %. Les conditions de vie dans ces établissements sont en effet très mauvaises. Des emplois spécifiques ont aussi été créés pour réintégrer les mendiants dans le monde du travail. Mais pour le moment, aucune de ces initiatives n'a eu d'impact notable ».

 

■ Pauvreté comparée entre l’Inde et quatre autres pays en développement.

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■ L’alphabétisation – inégalités régionales.

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■ L’évolution de la mortalité infantile depuis 1960.

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■ « UNICEF : Deux millions d’enfants meurent chaque année en Inde », par Thomas Pekish, Aujourd’hui l’Inde, 2008.

Un rapport du Fond des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF) sonne aujourd’hui l’alarme sur la santé des enfants indiens : malgré sa croissance économique rapide, le second pays le plus peuplé du monde "ne parvient pas à fournir des soins adaptés aux enfants les plus démunis".

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« Plus de 20% des enfants qui meurent dans le monde avant leur cinquième anniversaire sont indiens, soit près de deux millions d'enfants qui disparaissent chaque année. C'est ce qu'annonce un rapport de l'Unicef, The State of The Asia Pacific's Children Report 2008 (…) qui examine les tendances en matière de santé maternelle et infantile en Asie. Le Sous-continent tient là un triste record, loin devant la Chine, qui ne compte "que" 400 000 enfants morts par an. D'autant que pour l'Unicef, le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans est le baromètre mesurant les progrès réalisés par un pays en matière de développement humain.

La fulgurante croissance économie indienne a pourtant permis à des millions de personnes de "sortir de la pauvreté" ces dernières années. De 115 morts pour 1000 enfants de moins de cinq ans en 1990, le taux de mortalité infantile est ainsi passé à 76 pour 1000 en 2006, une baisse de près d'un tiers. Mais ces progrès sont insuffisants, affirme l'organisation des Nations Unies : "le fossé entre riches et pauvres s'accroît à un rythme inquiétant dans le pays, mettant en danger des millions de mères et d'enfants. Les soins de santé ne parviennent toujours pas à toucher les plus pauvres".

Le "miracle" économique a paradoxalement amplifié les inégalités, particulièrement prégnantes en Inde, explique le rapport. En effet, aux inégalités sociales et géographiques – la mortalité infantile est de 50% supérieure dans les zones rurales - s'ajoutent les discriminations de sexe et de caste. La plupart des quelques 240 millions de miséreux que comptent aujourd'hui le pays sont en effet issus des "basses castes", dont la couverture médicale est quasi nulle : "plus des trois quart des enfants de ces castes sont anémiques, et la grande majorité n'ont jamais vu de médecin", affirme l'Unicef.

La discrimination à l'égard des femmes est également un facteur majeur alimentant la mortalité infantile : selon une récente étude de l'ONG ActionAid, il y aurait plus de 500 000 avortements de fœtus féminins chaque année, et le ratio femmes/hommes vient d'atteindre un taux historiquement bas, avec 927 filles pour mille garçons nés. "Si la discrimination à l'encontre des femmes et des filles n'est pas prise en compte dans les stratégies générales visant à améliorer la santé de la mère et de l'enfant, leurs taux de mortalité resteront obstinément élevés", avertit le rapport.

Touchant de plein fouet ces populations marginalisées, la sous-alimentation (responsable de 50 % de la mortalité infantile) et la pneumonie (30%) sont les principaux responsables de l'hécatombe, dans un pays où les deux-tiers de la population sont de facto exclus des services de santé de qualité. Le taux de malnutrition indien est en effet le plus élevée d'Asie : "Une femme sur trois souffre d'un poids insuffisant : le risque de décès de son enfant est alors 20 fois supérieur à celui de bébés en bonne santé", affirme l'Unicef. Pour l'organisation, seule une augmentation conséquente des dépenses de santé publique -qui ne représentent actuellement qu'1% du PIB- à destination des plus pauvres pourrait améliorer significativement la survie des enfants indiens.

Une étape fondamentale : l'Inde détient la "clef" pour que le monde atteigne les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), conclut le rapport. En 2000 en effet, les 189 pays membres de l'ONU ont signé les OMD, huit objectifs à atteindre d'ici 2015, parmi lesquels figure la réduction de la mortalité infantile. "A moins que l'Inde ne fasse des progrès majeurs sur la santé, la nutrition, l'hygiène, l'éducation, l'égalité des sexes et la protection infantile, les efforts mondiaux pour attendre les OMD sont voués à l'échec", alerte l'Unicef ».

 

■ « L’Inde prend enfin soin des orphelins du sida », par Thomas Pekish, Aujourd’hui l’Inde, 2008.

Le sida demeure un sujet tabou en Inde, et les discriminations envers les séropositifs sont monnaie courante. Le gouvernement vient de prendre une première mesure afin de porter assistance aux orphelins du sida, en première ligne de cette marginalisation.

58« Selon les estimations de l'Onusida, 2.5 millions d'indiens sont aujourd'hui atteints du sida. Dans un pays où la pandémie, apparue à la fin des années 1980, reste un tabou culturel associé à des pratiques sexuelles décadentes, séropositivité est synonyme de marginalité, pour ne pas dire pire.

Qu'ils soient porteurs ou non du virus, les orphelins du sida sont sans doute les plus exposés aux discriminations. L'année dernière, dans l'Etat du Kerala, des parents d'élèves ont par exemple décidé de boycotter une école chrétienne, refusant que leurs enfants y côtoient cinq orphelins séropositifs. Ce n'est que sous l'impulsion du gouvernement qu'ils ont pu réintégrer l'établissement. Selon un rapport publié en 2004 par Human Right Watch, "les cas d'enfants porteurs du virus renvoyés par les écoles, les hôpitaux et les orphelinats sont très nombreux. Pour le moment, la situation des enfants n'a pas été prise en compte par le gouvernement".

Quatre ans après ce lugubre état des lieux, le gouvernement vient enfin de se résoudre à prendre soin des enfants infectés ou affectés par le VIH.  Le numéro deux du ministère de la Santé, Naresh Dayal, vient de donner son feu vert à la National Aids Control Organization (NACO), organisme chargé de mettre en œuvre les programmes gouvernementaux, pour la création de centres d'accueils destinés aux orphelins du sida. "Les enfants dont les deux parents sont morts du sida peuvent trouver des familles d'adoption, mais pour ceux qui ont hérités de la maladie, c'est impossible.  Même leur propre famille refuse de prendre soin d'eux. La création de ces centres est une nécessité", explique le Dr Damodar Bachani, directeur adjoint de la NACO, au Times of India.

Les centres prendront entièrement en charge ces enfants, en leur fournissant un hébergement, des médicaments, des vêtements et de la nourriture. Ils pourront y séjourner jusqu'à ce que la NACO leur trouve une famille d'accueil. Pour l'instant, dix centres d'une capacité de cinquante lits chacun vont être construits, dans les Etats les plus touchés par le VIH, comme l'Andrah Pradesh ou le Karnataka.

Un premier pas qui paraît bien dérisoire face à l'ampleur du phénomène. Il y a aujourd'hui 80 000 enfants de moins de 15 ans atteints du sida en Inde, selon les dernières estimations de la NACO. Seule une moitié d'entre eux est répertoriée, et un sur huit bénéficie d'un traitement antirétroviral gratuit. Selon l'Onusida, seul un traitement débuté dès les premiers mois peut permettre d'augmenter significativement le taux de survie d'un enfant séropositif. »

 

■ Pour plus d’informations sur la population et la société indienne, vous pouvez vous reporter à deux conférences données l’année dernière dans un cycle entièrement consacré à l’Inde contemporaine :

Conférence 4

Conférence 5

     

 

           
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