3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:02

Introduction :

La démocratie constitue un concept qui a longtemps été étranger aux pays asiatiques. A l'issue de la décolonisation, le monde asiatique s'est retrouvé entraîné dans la tourmente de la guerre froide. L'Asie s'est scindée entre régimes autoritaires proaméricains et régimes totalitaires communistes, alignés sur l'URSS ou sur la Chine. La politique de non-alignement amorcée en 1955 à Bandung s'avère rapidement impraticable. L'Indonésie se rapproche ainsi de la Chine communiste sous la férule de Sukarno, ancien promoteur du neutralisme. Par la suite, l'armée indonésienne dirigée par le général Suharto, réprime l'insurrection communiste avant d'évincer Sukarno du pouvoir. Pourtant, la contagion démocratique gagne l'Asie orientale en plusieurs vagues successives.

Qu'entend-t-on au juste par démocratie ? La définition la plus simple et la plus courante de la démocratie est la possibilité pour le peuple de désigner son propre gouvernement par des élections libres. Générale, universelle, cette définition n'est toutefois pas entièrement satisfaisante.

Le constitutionnaliste Georges Burdeau distingue trois caractéristiques de la démocratie : la Liberté, la Justice et le contrôle de la croissance afin qu'elle soit au service de la collectivité. Le principe de Liberté constitue la caractéristique principale de la démocratie. Le peuple doit pouvoir élire librement ses représentants, désigner librement son gouvernement. Des élections libres vont de pair avec la liberté de la presse, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, ta liberté syndicale et la liberté religieuse. Le second fondement de la démocratie est ta Justice. La démocratie se confond avec l'Etat de droit. L'Etat, seul détenteur de la violence légitime, régule la société par la loi. En troisième lieu, la démocratie doit s'appuyer sur ta croissance. Cela ne signifie nullement que la démocratie est nécessairement synonyme de croissance, mais plutôt que dans une démocratie, l'Etat s'efforce de réguler la croissance, de la mettre au service de la collectivité. On peut parler de justice sociale lorsque l'Etat s'efforce de corriger les inégalités sociales au profit des plus démunis, par le biais de la redistribution.

Les trois grands principes de la démocratie sont appliqués dans les démocraties asiatiques. Toutefois, en Asie, la démocratie peut adopter des formes extrêmement variées. Certaines spécificités culturelles ancrées dans la tradition peuvent sembler totalement étrangères à la démocratie, telle qu'on la conçoit en Occident. L'Inde se présente comme « la plus grande Démocratie du monde » (par le nombre d'habitants). Pourtant, le système des castes, profondément inégalitaire, qui tend à exclure une partie de la population (les Intouchables), apparaît contraire à la démocratie. En Malaisie, la communauté malaise, qui représente 60 % de la population, bénéficie d'une politique de discrimination positive. Les Bumiputras (Fils du sol malais) se voient accorder la priorité dans l'accès aux postes au sein de l'administration, de l'armée et du gouvernement. Mais peut-on parler d'une discrimination positive en faveur d'une ethnie majoritaire ? Les politiques de discrimination positive s'appliquent généralement à des minorités raciales, ethniques ou religieuses, traditionnellement reléguées au bas de l'échelle sociale (les Noirs aux Etats-Unis, les Intouchables en Inde). Favoriser les membres d'une ethnie numériquement majoritaire équivaut à exclure les minorités de ta vie politique. C'est effectivement le cas des Chinois et des Indiens de Malaisie, qui représentent respectivement 30 % et 8 % de la population du pays.

 

I- L’INDE, LA PLUS GRANDE DEMOCRATIE DU MONDE ?

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• Présentation du système politique indien.

Avec un corps électoral de 714 millions d'électeurs, l'Inde est souvent présentée comme « la plus grande démocratie du monde ».

La constitution indienne, adoptée en 1950, trois ans après l'Indépendance, a fait du pays une république parlementaire fédérale dans laquelle le pouvoir est partagé entre le gouvernement central et les États et territoires. 

Institutions

Promulgué le 26 janvier 1950, la Constitution crée la « République d'Inde » et la dote d'institutions inspirées du parlementarisme britannique.

Le Président de l'Inde est le chef de l'État, mais ses pouvoirs sont avant tout symboliques. Avec le Vice-président, il est élu au suffrage indirect pour un mandat de cinq ans.

L'essentiel du pouvoir exécutif est dans les mains du Premier ministre et du Conseil des ministres de l'Inde. Celui-ci est responsable devant la Lok Sabha (« Chambre du peuple »), élue tous les cinq ans au suffrage universel direct. Le Parlement comprend également la Rajya Sabha (« Chambre des États »), une chambre haute élue au suffrage indirect et renouvelée par tiers tous les deux ans.

La Cour suprême de l'Inde est la plus haute juridiction du pays. Elle est à la fois tribunal fédéral, cour d'appel et cour constitutionnelle. Au fil des ans, la Cour s'est dotée d'un très important pouvoir de contrôle de constitutionnalité des lois et même des amendements à la Constitution. Elle dispose également de pouvoirs particuliers pour remédier aux atteintes aux droits humains. Ses membres sont nommés par le Président de l'Inde.

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Etats et territoires

Après l'Indépendance, les États ont été organisés sur la base des anciennes provinces et États princiers qui existaient pendant le Raj britannique. En 1956 est adopté le States Reorganisation Act, qui réorganise les États selon des bases linguistiques. Cette politique se poursuit dans les années qui suivent par la création de nouveaux États pour atteindre le chiffre actuel de 28.

Dans chaque État, le pouvoir exécutif est détenu par un Gouverneur nommé par le Président de l'Inde, et dont le pouvoir est surtout symbolique, et un Chief Minister responsable devant la législature de l'État. Celle-ci comprend une Vidhan Sabha (Assemblée législative) et, pour sept États plus importants, un Vidhan Parishad (Conseil législatif). En cas d'instabilité dans un État, le gouvernement central peut imposer le President's rule : les institutions représentatives de l'État se voient retirer leurs pouvoirs au profit du Gouverneur, normalement pour un temps limité.

Les territoires de l'Union sont au nombre de sept. À la différence des États, ils sont directement gouvernés par l'État central. Toutefois, deux d'entre eux, Delhi et Pondichéry, ont obtenu le droit d'élire leur propre Vidhan Sabha et Chief Minister.

Depuis 1992, un amendement à la Constitution de l'Inde oblige tous les États à mettre en place des panchayats. Tous les cinq ans dans chaque village est élu au suffrage universel un gram panchayat présidé par un sarpanch. Ces institutions sont chargées de l'administration locale et de préparer les plans de développement économique et pour la justice sociale.

En fonction de leur nombre d'habitants, les villes sont administrés par un nagar panchayat (conseil municipal), nagar palika (municipalité) ou nagar nigam (corporation municipale) élu tous les cinq ans au suffrage universel.

Pour ces institutions locales, un système de quotas existe afin d'assurer la représentation des femmes, des Dalits (intouchables) et des Adivasis (aborigènes).

Contexte politique

Dans les années qui suivent l'Indépendance, le Congrès national indien, le parti du Mahatma Gandhi et de Jawaharlal Nehru (premier Premier ministre de 1947 à sa mort en 1964) domine largement le paysage politique. En 1975, Indira Gandhi, la fille de Nehru, devenue Première ministre en 1966 et impliquée dans des scandales de fraudes électorales, déclare l'état d'urgence et suspend les libertés fondamentales et les élections. À la fin de l'état d'urgence, le Congrès perd les élections de 1977 au profit d'une coalition d'opposition : c'est la première fois que le Congrès se retrouve dans l'opposition.

Depuis, le paysage politique indien se caractérise par la montée progressive de partis régionaux, contraignant les principaux partis à s'engager dans des coalitions parfois instables. En 1999, le Bharatiya Janata Party (BJP, droite nationaliste), devenu au fil des années 1990 le principal opposant au Congrès, parvient à former un gouvernement de coalition qui, pour la première fois, se maintient au pouvoir jusqu'au terme de son mandat de cinq ans. Cependant, en 2004, le Congrès remporte les élections et forme l'Alliance progressiste unie. Cette coalition est reconduite en 2009.

L'actuel Président de l'Inde est Pranab Mukherjee depuis 2012. Comme le Premier ministre Manmohan Singh, il est issu du Congrès national indien. L'Alliance progressiste unie dispose d'une majorité de 262 sièges au Parlement et le Congrès dirige, seul ou en coalition, 13 États sur 28. 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Inde#Institutions

 

• Inde : ombres sur la démocratie (F. BOBIN, Le Monde, 13-02-2013)

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"La plus grande démocratie du monde." La formule relève du cliché lorsqu'on évoque l'Inde politique. Techniquement, le titre de gloire est mérité. L'Inde est en effet une démocratie parlementaire fonctionnant cahin-caha au sein d'une population de plus de 1 milliard d'habitants à la vertigineuse diversité. On peut lui trouver bien des imperfections : corruption, émeutes, culture dynastique... Mais le génie indien aura maintenu vivant et vibrant cet héritage unique puisant dans ce que l'économiste et historien Amartya Sen a appelé l'"argumentative India" ("l'Inde ergoteuse"). Et les Indiens ont raison de l'opposer à la Chine autoritaire qui, si elle brille dans la performance économique, végète dans l'archaïsme politique.

C'est justement parce que ce titre de noblesse démocratique du géant d'Asie du Sud suscite respect et admiration qu'il faut s'inquiéter des ombres qui viennent en ternir l'éclat. Depuis quelques années s'enchaînent à un rythme alarmant des incidents altérant gravement la liberté d'expression. Artistes et intellectuels deviennent la cible de groupes imposant leur censure sous la menace de la violence.

A chaque fois, l'argument est le même : l'oeuvre ou le texte visé aurait "blessé les sentiments" de telle ou telle communauté (définie par une affiliation à une religion, une caste, une langue). Dans le pire des cas, c'est l'auteur qui se retrouve brutalement persona non grata dans telle localité.

Salman Rushdie, dont le roman Les Versets sataniques (1988) ne cesse d'empoisonner sa relation avec son pays d'origine, est probablement celui qui personnifie le mieux cette traque des mal-pensants dans l'Inde contemporaine. En janvier 2012, il avait dû renoncer à sa venue au Salon du livre de Jaipur, le rendez-vous littéraire le plus couru d'Asie, sous la pression de groupes musulmans locaux. Un an plus tard, le scénario se répète. Début février, il a dû annuler un déplacement prévu à Calcutta, où il devait assurer la promotion de l'adaptation cinématographique de son roman Les Enfants de minuit (1981).

La même semaine avait été émaillée de deux autres incidents. Le sociologue Ashis Nandy, intellectuel de renom, a dû affronter la justice en raison de ses propos tenus à Jaipur sur l'articulation entre castes et corruption. Des intouchables s'estimant "offensés" ont porté plainte. Quant au cinéaste Kamal Haasan, l'une des vedettes du cinéma tamoul, il a vu son film Vishwaroopam, qui évoque le terrorisme djihadiste, interdit de sortie dans les salles en raison de l'agitation de groupes musulmans. Dans l'espoir d'acheter la paix, l'artiste a dû consentir à une série de coupes dictées par ces censeurs autoproclamés.

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Ce "terrorisme culturel", selon la formule en vogue, avait déjà pris une tournure pathétique en 2006 avec l'exil à Qatar que s'était imposé Maqbool Fida Husain, le monstre sacré de la peinture d'avant-garde indienne. Musulman et auteur d'oeuvres jugées hérétiques - tableaux représentant des déesses du panthéon de l'hindouisme sous la forme de femmes nues et lascives -, le peintre avait été forcé au départ à la suite d'un violent harcèlement orchestré par des groupes extrémistes hindous.

Dans tous ces cas d'intimidation, un point commun émerge : la pression est de nature sociétale et non étatique. Elle monte d'en bas au lieu de tomber d'en haut. Tous les films dans le collimateur de tel ou tel groupe religieux ou social ont en général été agréés par le bureau de certification du cinéma. Cruelle ironie, c'est dans une période où les instances officielles du film indien sont particulièrement libérales qu'un courant rétrograde se déchaîne venant du tréfonds de la société indienne.

L'évolution est d'autant plus consternante qu'elle consacre un dévoiement de ce qui avait été loué un moment comme un approfondissement de la démocratie indienne, à savoir l'affirmation politique des minorités ou des groupes les plus désavantagés. A l'heure où la démocratie élitiste cadenassée par les hautes castes s'essoufflait, la montée en puissance des basses castes dans les années 1990 puis 2000 avait rafraîchi l'enjeu de la démocratie en Inde.

Mais, mêlée à la polarisation religieuse, cette irruption de groupes capitalisant dans le champ électoral sur une mémoire victimaire a accentué une dérive communautaire de la démocratie indienne dont on perçoit aujourd'hui les effets nocifs sur la liberté d'expression. N'importe quel citoyen indien peut porter plainte au motif qu'en qualité de membre de telle communauté ses "sentiments ont été blessés" par un texte ou une oeuvre. Lors de la sortie du film à succès Slumdog Millionnaire, du Britannique Danny Boyle, fin 2008, des habitants d'un taudis de Patna (Bihar) avaient porté plainte, jugeant offensante l'association des mots "bidonville" (slum) et "chien" (dog). Tout est à l'avenant.

Le jeu de ces nouveaux acteurs ne doit toutefois pas dédouaner de leurs responsabilités les partis traditionnels, au pouvoir à New Delhi ou dans les Etats fédérés, qui exploitent habilement à des fins électoralistes les émotions des groupes défavorisés en quête de reconnaissance. Aussi la dérive est-elle plus perverse qu'elle n'y paraît. Et l'inquiétude sur la bonne santé de "la plus grande démocratie du monde" n'en est que plus vive.

 

• L'Inde, "une démocratie à l'épreuve des inégalités" (C. JAFFRELOT, 27 décembre 2012)

3Corruption, castes, fractures sociales... Le système indien tente de guérir ses maux. Quel est son état ? Le politologue Christophe Jaffrelot analyse en spécialiste ses forces et ses faiblesses. Propos recueillis par Laurent Chabrun.

Où la démocratie indienne plonge-t-elle ses racines ?

La démocratie indienne est un héritage du colonialisme britannique. On y retrouve le "système de Westminster": une chambre basse, élue au suffrage universel, d'où est issu le gouvernement, l'homme fort du régime étant le Premier ministre. Ce parlementarisme est stable en Inde depuis plus de soixante ans. C'est donc une république qui a trouvé ses marques. Elle possède, pour atout majeur, un pouvoir judiciaire fort que la Cour suprême incarne. Cette institution serait l'équivalent de notre Conseil constitutionnel, de notre Conseil d'Etat et de notre Cour de cassation réunis. Elle jouit d'un prestige considérable et ses décisions ne souffrent aucune discussion.

Une démocratie accomplie, donc ?

Oui, mais ce dispositif formel a tourné à vide pendant des décennies car le système manquait d'ouverture sociale. Les élites exerçaient une forme d'hégémonie : elles représentaient 15 % des Indiens et 65 % des députés dans les années 1950... Cette mainmise des puissants répondait, de plus, à une logique clientéliste.

C'est encore le cas ?

Non, les lignes ont bougé dans les années 1960-1970. La "révolution verte" a permis à certains paysans de s'émanciper de la tutelle des grands propriétaires fonciers. Ce qui a conduit à l'organisation du monde paysan. En syndicats, d'abord, puis en partis politiques. Ce mouvement a été suivi, dans les années 1980-1990, de l'entrée en scène des basses castes et même des intouchables, qui ont pu profiter de la discrimination positive appuyée sur des quotas. Ces basses castes ont même pu prendre le pouvoir dans certains Etats indiens.

Le système indien, perfectionné par ces avancées sociales, est-il aujourd'hui irréprochable ?

Toute médaille a son revers. L'arrivée des nouveaux partis a provoqué de l'instabilité, surtout entre 1989 et 1999. Ensuite, l'expérience aidant, le système a trouvé un équilibre: l'Inde est entrée à la fin des années 1990 dans l'ère des coalitions. Mais cette stabilité est fragile, car tenir ensemble 15 ou 16 partis n'est pas chose aisée. Et les partis régionaux ont acquis une telle influence que la cohésion nationale est mise à mal.

D'autres difficultés sont-elles apparues avec cette nouvelle donne ?

Oui, d'autres changements ont pesé sur la démocratie indienne. A partir des années 1990, le gouvernement, qu'il soit à majorité BJP (Parti du peuple indien, nationaliste-hindouiste) ou du parti du Congrès, a lancé une politique de réformes économiques soutenue par le FMI. L'économie indienne, jusqu'alors planifiée, s'est libéralisée, ce qui a permis une croissance sans précédent jusqu'à 7 % par an en moyenne dans les années 2000-2010. Mais cette dynamique a eu pour effet de creuser les inégalités ; un processus typique des pays émergents. Des nouveaux riches sont apparus. En gros, ils représentent désormais 10 % de la population, alors qu'ils n'étaient que 2 % auparavant.

La forte croissance n'a-t-elle pas permis de compenser ce creusement des inégalités ?

Tout le monde a bénéficié du fort taux de croissance. Mais seules des miettes sont allées aux couches les plus basses de la société. Du coup, la cohésion sociale a été mise à l'épreuve et le gouvernement a dû réagir.

Comment ?

Ne voulant pas revenir à l'économie administrée et socialisante antérieure, le gouvernement indien a mené deux politiques complémentaires. D'un côté, il a laissé les entrepreneurs s'enrichir, espérant que ce flux financier allait irriguer la société -les entreprises étaient censées investir dans les zones les plus pauvres à mesure que les coûts de production s'élevaient dans les plus développées. De l'autre, le gouvernement a mis en place des programmes d'aide aux plus défavorisés. Les familles rurales dont les membres sont sans emploi perçoivent ainsi une sorte de RMI qui correspond à cent jours de travail par an.

Cela suffit-il à endiguer la colère des plus pauvres ?

Certaines victimes de cette nouvelle économie sont en révolte. Ils ont quitté le jeu démocratique et ont nourri, à partir de 2004, les rangs de la guérilla maoïste, en particulier dans la région du "corridor rouge" -qui s'étend à l'est de l'Inde, du Bihar à l'Andhra Pradesh. Un espace habité par de nombreux aborigènes, des tribus forestières parmi lesquelles, pour échapper à la répression dans les années 1960-1970, des étudiants maoïstes s'étaient réfugiés ; cela explique en partie le poids de ce courant politique dans cette partie du pays. Mais les maoïstes s'y sont aussi développés parce que c'est là que se concentrent les réserves minières les plus importantes. Du coup, les populations locales en ont souvent été délogées, ce qui a nourri leur rancoeur.

Cette guérilla est-elle un danger pour la démocratie ?

Elle est loin d'être anecdotique, mais elle ne fera pas basculer l'Inde. Elle pèse en revanche plus lourdement sur certains Etats que sur d'autres.

Et la minorité musulmane ?

Pendant longtemps, sous le règne du parti du Congrès, une forme de sécularisme a prévalu. La question religieuse n'était pas au centre du jeu politique. A partir des années 1980-1990, la bipolarisation entre hindous et musulmans s'est accentuée. Les nationalistes hindous, pour mobiliser -et unifier- leur communauté avant les élections ont ciblé les musulmans (170 millions d'habitants) comme des ennemis. Les émeutes qui ont suivi ont causé des milliers de morts. Depuis, les musulmans sont toujours victimes d'ostracisme, car même un parti comme le Congrès hésite à les promouvoir dans ses rangs. Ces derniers sont donc, désormais, dans une logique de ghettoïsation. Le système indien tente pourtant de résister. Les autorités viennent, ainsi, de nommer un musulman à la tête des services secrets ; ce qui n'est pas rien. Mais, dans la société indienne, cette promotion demeure isolée car les musulmans décrochent socialement et, en particulier, en matière d'éducation et de logement.

Autre mal de la société indienne, la corruption...

La classe politique indienne est touchée par deux phénomènes de corruption. La corruption de très haut niveau, comme cette affaire qui porte sur la disparition de 38 milliards de dollars lors de la délivrance des licences téléphoniques ; mais aussi la corruption à la petite semaine, qui touche les échelons locaux et régionaux. On y voit, parfois, des élus avec un casier judiciaire employer des hommes de main pour assurer leur pouvoir. Mais la démocratie indienne possède heureusement de forts contre-pouvoirs, à commencer par la justice. Et la presse, qui se montre très vigilante, n'épargne pas les hommes politiques malhonnêtes.

Christophe Jaffrelot est directeur de recherche au Ceri-Sciences po/CNRS. Auteur d'Inde, l'envers de la puissance ; Inégalités et révoltes, CNRS éditions

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/l-inde-une-democratie-a-l-epreuve-des-inegalites_1203147.html

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II- LA DEMOCRATIE JAPONAISE ET SES LIMITES.

 

• Présentation du système politique japonais

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Le Japon est une monarchie constitutionnelle. Régie par la Constitution de 1947, où l’empereur n’occupe plus qu’une place honorifique, tandis que l’essentiel du pouvoir politique est détenu par un parlement bicaméral, la Diète. Le pouvoir exécutif appartient au cabinet, responsable devant la Diète, dirigé par le Premier ministre et composé de ministres d’État devant tous être des civils. Le Premier ministre est choisi au sein de la Diète par ses pairs avant d’être nommé par l’empereur. Il a le pouvoir de nommer et de démettre les autres ministres, dont une majorité doit être membre du Parlement. La constitution attribue la souveraineté, qui revenait auparavant à l’empereur, au peuple japonais.

La branche législative, et donc la Diète, se compose tout d’abord d’une chambre basse, la Chambre des représentants de 480 sièges, dont 300 membres sont élus par le mode uninominal à un tour et 180 par la proportionnelle régionale. Les représentants sont élus pour quatre ans au suffrage universel (il faut avoir vingt ans pour voter). La chambre haute, appelée Chambre des conseillers, de 242 membres, est composée de personnes élues pour une durée de six ans, renouvelée par moitié tous les trois ans. Le suffrage est universel et secret. Le mode de scrutin est également mixte : 146 conseillers sont élus par un scrutin majoritaire plurinominal dans le cadre des préfectures, et 96 conseillers à la proportionnelle nationale.

La vie politique a longtemps été dominée après la fin de l’occupation américaine par le Parti libéral-démocrate (PLD), qui a fourni l’ensemble des Premiers ministres au pays de 1955 à 1993, de 1996 à 2009 et depuis 2012. Celui-ci, de tendance conservatrice libérale, gouverne seul ou en coalition, notamment avec le Kōmeitō, parti sous influence de la Sōka Gakkai, dont les députés sont majoritairement issus, entre 1999 et 2009 et depuis 2012. Le principal parti d’opposition a longtemps été le Parti socialiste japonais (PSJ) jusqu’à ce que celui-ci souffre de la perte de son électorat traditionnel suite à son alliance de 1994 à 1998 avec le PLD dans une grande coalition gouvernementale et sa transformation en 1996 en Parti social-démocrate (PSD). Depuis les années 1990, l’opposition non communiste a été animée par le Parti démocrate du Japon (PDJ), fondé en 1996 et réformé en 1998, composé d’anciens dissidents tant de l’ancien PSJ que du PLD et se positionnant au centre voire au centre-gauche de l’échiquier politique japonais avec une idéologie proche de la Troisième voie sociale-libérale. Il est finalement arrivé au pouvoir à l’issue des élections législatives du 30 août 2009 et son président, Yukio Hatoyama, est devenu le 60e Premier ministre du Japon le 16 septembre 2009. Naoto Kan lui succède le 4 juin 2010, avant de laisser sa place à son tour à Yoshihiko Noda le 2 septembre 2011. Il dirige un gouvernement de coalition bipartite avec le Nouveau parti du peuple (NPP, centre-droit). Toutefois, il perd la majorité dès les élections législatives suivantes du 16 décembre 2012, au profit du retour de la coalition PLD-Kōmeitō. Shinzō Abe, déjà Premier ministre de 2006 à 2007, est ainsi revenu à la tête du gouvernement le 26 décembre 2012.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Japon#Politique

 

• Le Japon, laboratoire de la déception démocratique (Août 2010 - Par JEAN-MARIE BOUISSOU Directeur de recherches à Sciences-Po : Ceri, centre d'études et de recherches internationales).

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Article intéressant sur la question des forces politiques japonaise et du quasi-monopole du PLD depuis 1955. Après 3 ans d’alternance, il est revenu au pouvoir en décembre 2012 (photo : le premier ministre Shinzo Abe)

Le 30 août 2009, la victoire du Parti démocrate japonais (PDJ) a été saluée comme un progrès décisif pour une démocratie que l’absence quasi complète d’alternance depuis 1955 faisait souvent considérer comme imparfaite. Le clientélisme effréné du Parti libéral démocrate (PLD) au pouvoir semblait également éloigné de l’idéal démocratique. Cela n’a pas empêché le Japon de connaître jusqu’en 1990 une croissance exceptionnelle, dont les fruits étaient mieux partagés qu’ailleurs. En Asie, où les démocraties étaient rares, l’archipel faisait ainsi beaucoup pour en défendre le prestige.

Depuis vingt ans, la démocratie s’est avérée incapable de sortir le Japon de la crise économique. Dix-neuf Premiers ministres se sont succédé. Un seul, Junichirô Koizumi (2001-2006), a eu le temps et la volonté d’imposer des réformes ; mais elles ont creusé les inégalités et précarisé la société. L’alternance a été accueillie avec espoir, mais elle a déçu : la popularité du Premier ministre Hatoyama s’est effondrée en huit mois, l’acculant à la démission, avant que le PDJ subisse une sévère déconvenue aux élections sénatoriales de juillet.

Le Japon paye la longue confiscation du pouvoir par le PLD. L’alternance est vitale pour la démocratie. En son absence, beaucoup de sièges parlementaires étaient devenus de véritables fiefs héréditaires. Les trois derniers chefs de gouvernement PLD, tous fils ou petits-fils de Premiers ministres, ont montré à quel point ceux qui héritent du pouvoir au lieu de le gagner peuvent être mal à l’écoute de la société, et manquer de caractère face aux difficultés. Dans une opposition trop longtemps marginalisée, c’est l’expérience qui manquait. L’échec d’Hatoyama doit beaucoup aux erreurs de débutant qu’il a commises : incapacité à fixer les priorités, cacophonie au sein de son cabinet, communication déficiente… L’urgence imposée par la crise rend mortels ces péchés de jeunesse.

La trop longue stabilité a aussi nourri une collusion multiforme entre le parti dominant, la haute administration et les lobbies. Cet état de choses n’est pas propre au Japon, mais plus qu’ailleurs, il y fait aujourd’hui scandale. Pour escamoter sa responsabilité dans la crise, la classe politique n’a eu de cesse de stigmatiser l’administration, qu’elle accuse d’avoir usurpé le pouvoir de décision. Le PLD s’est vanté d’avoir démantelé la forteresse bureaucratique en diminuant de moitié le nombre des ministères en 2001, et le PDJ clame sa volonté de mettre les hauts fonctionnaires au pas. Les Japonais, qui ne font pas plus confiance aux uns qu’aux autres, perdent le peu qu’il leur en reste au spectacle de cette empoignade - laquelle est aussi l’occasion de mettre au jour les turpitudes des deux partis.

La corruption et le trafic d’influence sont un mal chronique de la vie politique, au Japon peut-être plus qu’ailleurs en raison des coûts qu’impliquait son fonctionnement clientéliste. Vers 1990, un parlementaire PLD dépensait environ 150 millions de yens par an (1,25 million d’euros aujourd’hui) et bien davantage à chaque élection. Le PDJ veut interdire aux entreprises, aux syndicats et à tous les lobbies de verser le moindre yen aux partis qui devront se contenter de l’argent public et des dons (plafonnés) des citoyens. Mais en la matière, les plus louables mesures sont souvent faites pour être contournées, tant ceux qui les prennent - sous la pression de l’opinion - ont intérêt à se ménager quelques échappatoires, comme ces « minipartis » dont l’opinion française vient de découvrir l’existence à la faveur de l’affaire Woerth-Bettencourt.

Des « affaires », les médias japonais font inlassablement leurs choux gras. La presse et la télévision sont tenues à la neutralité politique, notamment lors des élections. On peut juger cette mesure saine, à voir comment les médias peuvent ici et là être manipulés et attiser les divisions. Mais cette neutralité même fait que les médias nippons chassent en meute. Quelle que soit leur coloration idéologique, tous les grands quotidiens ciblent le lectorat de masse - jusqu’à tirer, pour le plus puissant, à 12 millions d’exemplaires. Pour cela, ils doivent flatter l’opinion, voire courir derrière elle. Leur stratégie commune est de déplorer sans cesse l’incapacité de la classe politique dans son ensemble ; de démontrer leur puissance à intervalles réguliers en jetant bas une figure plus ou moins connue ; et d’accabler tous ensemble ceux que l’opinion est prête à condamner. Au Japon, Eric Woerth ou Julien Dray auraient été dépecés sans qu’un seul journal les épargne… Les médias ont précipité sans états d’âme en enfer les trois derniers chefs de gouvernement PLD et Hatoyama. Ils sont un puissant contre-pouvoir, et la démocratie en a besoin. Mais à privilégier une dénonciation dans laquelle l’opinion se complaît, ils fragilisent les gouvernements, et désabusent les citoyens plus qu’ils ne leur donnent de perspectives.

Il en résulte une volatilité électorale déstabilisante. En 2006, le PLD avait remporté un triomphe ; en 2010, il a été écrasé par le PDJ, battu à son tour aux sénatoriales dix mois plus tard. Tout se passe comme si les élections servaient désormais d’exutoire : désespérant d’autant plus d’influer sur le cours des choses que les responsables politiques, au Japon comme ailleurs, leur répètent qu’on n’y peut pas grand-chose, les citoyens votent moins par espoir que par crainte ou par rancune. La démocratie ne fait plus rêver et la vieille boutade qui y voit «le plus mauvais système à l’exception de tous les autres» ne fait plus rire.

Tandis que le Japon démocratique s’engluait dans la crise, la Chine fonçait de l’avant. Jamais la démocratie n’a été confrontée au défi d’un régime autoritaire gouvernant 20% de l’humanité avec un tel succès, dont dépend tout l’équilibre de l’économie planétaire, et dont la revanche qu’il prend sur l’Occident peut donner à rêver à bien des peuples. La démocratie, au Japon comme ailleurs, s’épuise désormais à courir derrière l’économie et à tenter de maîtriser la communication. Triomphante au XXe siècle, rien n’assure qu’elle survivra à celui-ci. En Asie, l’issue dépendra notamment des performances du système politique japonais. Une bonne raison pour ne pas se désintéresser de l’archipel.

http://www.liberation.fr/monde/0101652963-le-japon-laboratoire-de-la-deception-democratique

 

• Fukushima, symptôme des failles de la démocratie japonaise (R. SOUBROUILLARD, Marianne, 12 mars 2012)

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Népotisme, collusion, aveuglement, un an après la catastrophe de Fukushima, le premier rapport rédigé par une commission indépendante présidée par l'ancien rédacteur en chef du plus grand quotidien de l'archipel met en lumière les failles et l'opacité du système de gouvernement japonais. En un mot, son immaturité. La défiance qui frappe depuis longtemps les politiques, désormais les grands groupes industriels et les médias sera longue à résorber. Il y faudra un long processus de reconstruction démocratique.

« Il est temps de dire adieu à l’énergie nucléaire ! ». C’est un cri du cœur poussé par le Mainichi Daily News, l’un des quotidiens japonais les plus diffusés (plus de 5 millions d’exemplaires).

Un an après Fukushima, seuls 2 réacteurs continuent de tourner sur les 54 que compte l’archipel. Ils devraient, eux aussi, être arrêtés sous peu pour des tests. Tout l’enjeu pour les opposants au nucléaire est de profiter de cette «fenêtre de tir» pour s’opposer localement au redémarrage des réacteurs.

« Les préoccupations économiques ont cependant commencé à « user » la crainte du nucléaire » écrit l’éditorialiste du journaliste, « si le gouvernement a en effet commencé à établir des plans pour réduire la dépendance du pays vis-à-vis du nucléaire, il n'y a pas d’informations quant à un arrêt du nucléaire. D'autre part, nous n'avons pas de vision globale sur la façon dont le gouvernement va désormais évaluer les risques associés à l'énergie nucléaire et de quelle manière le gouvernement envisage de découpler notre économie de cette énergie ». Beaucoup d’inconnues.

Pendant ce temps, le premier Ministre Yoshihiko Noda a appelé à redémarrer les centrales dès que possible, s’engageant néanmoins prudemment pour une sortie progressive du nucléaire. Face à l’hostilité du public, il a promis qu’aucun réacteur stoppé pour maintenance ne redémarrerait sans l’autorisation des autorités locales. Or, d’après un sondage, 79% des autorités locales sont hostiles au redémarrage des réacteurs atomiques.

Même les maires de certaines municipalités qui accueillent des centrales nucléaires et reçoivent en retour des subventions du gouvernement sont majoritairement favorables à une diminution de la dépendance du pays à l'égard des installations nucléaires.

Bref, la peur du nucléaire l’emporte largement. Plus de 50% des résidents des zones sinistrées se disent inquiets pour leur santé et 70% sont convaincus que le gouvernement et la société Tepco ont caché des informations au moment de la crise. D’autant plus que les causes exactes de l’effondrement du réacteur n°1 ne sont toujours pas connues. 

L'absence d'un chef.

Le choc provoqué par Fukushima a bouleversé bien des mœurs politiques dans l’archipel. Le gouvernement japonais s'apprête ainsi à mettre en place un plan de renflouement public de près de 10 milliards d'euros pour Tepco. L’objectif du gouvernement est d’obtenir deux tiers des actions du groupe avec droit de vote au conseil d’administration. Malgré les résistances affichées par le groupe, les sommes qu’envisage d’injecter l’Etat lui permettrait d’obtenir plus de 70% de Tepco ce qui reviendrait à une nationalisation de fait de la société. Par ailleurs, les actionnaires de Tepco réclament 51 milliards d'euros d’indemnités aux dirigeants du groupe.

Sur les quatre rapports qui doivent être rendus sur la catastrophe nucléaire de Fukushima, seule la commission indépendante présidé par un ancien rédacteur en chef du Asahi Shimbun, le quotidien japonais le plus diffusé (12 millions d’exemplaires), a rendu ses conclusions.

Si la commission n’épargne pas l’ancien premier Ministre, elle estime néanmoins que Naoto Kan « a fait le job » et salue notamment sa décision d’empêcher le retrait total des travailleurs de la centrale, ce qui aurait encore aggravé la situation. Paradoxalement la commission met néanmoins en avant « l’absence d’un chef » politique capable de s’adresser à la population pour la tenir informée en temps réel de l’étendue des dégâts.

Car le rapport met en lumière les défauts d’information du public et estime que dans les premiers jours le public n’a tout simplement pas été prévenu de ce qu’il se passait.

Un document officiel, publié vendredi, indique qu'au cours d'une réunion en présence des principaux ministres organisée le 11 mars environ quatre heures après le déferlement de vagues géantes contre le site atomique, un participant non identifié a pour la première fois évoqué le risque de fusion mais le gouvernement n'en a pas informé le public.

Les failles de la gouvernance japonaise.

Le rapport pointe aussi le mauvais fonctionnement de l’alliance Etats-Unis/ Japon dans ce moment de crise :

« Les Etats-Unis ont émis un avis recommandant de ne pas entrer dans la zone dans un rayon de 80 kilomètres de l'usine de Fukushima n °1 lorsque le gouvernement japonais a mis en place une zone de 20 kilomètres de rayon d'évacuation. Le Japon n'a pas non plus donné suffisamment de renseignements aux États-Unis, même s’il faut reconnaître que certaines informations était impossible à obtenir ».

Les autorités japonaises ont été embarrassées et n’ont pas souhaité montrer aux américains l’étendue des dégâts, préférant faire valoir qu’elles étaient capables de gérer la crise elles-mêmes.

« La crise de Fukushima a surtout révélé l’immaturité de la démocratie japonaise et les failles du système de gouvernement » tranche sèchement Yoichi Funabashi, l’ancien directeur du puissant Asahi Shimbun. Ciblant la collusion entre les experts, les lobbys du nucléaire, les médias et les politiques, l'ancien journaliste espère que Fukushima servira de sonnette d’alarme pour briser « les liens confortables qui unissent nos gouvernants et nos industriels, qui sont un héritage de la ruée vers le développement qu’a connu le Japon après la seconde guerre mondiale. Le Japon est une société fortement « emboîtée » où les liens de népotisme prévalent partout. Tout le monde est connecté à quelqu'un, les gens ne veulent pas dire la vérité parce que cela peut causer des ennuis aux autres. Donc, tout le monde reste silencieux, même s’il sait quelque chose et il n'y a pas de discussion. Cela s’est souvent répété dans le passé ».

Pas sûr que des élites aussi délégitimées endosseront « l'irresponsabilité » politique d'amorcer le redémarrage des réacteurs nucléaires après les stress-tests prévus dans les semaines qui viennent au risque de se couper toujours de populations qui ne leur accordent plus aucune confiance. C’est tout un travail de reconstruction démocratique qui attend le Japon .

http://www.marianne.net/Fukushima-symptome-des-failles-de-la-democratie-japonaise_a216214.html

 

SUITE DE LA CONFERENCE (III et IV) : cliquer ici

 
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