3 février 2015 2 03 /02 /février /2015 09:02

2ème partie de la conférence :

 

III- LA VAGUE DEMOCRATIQUE DES ANNEES 1980.

 

1- Les philippines.

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• Présentation du système politique philippin.

Les Philippines obtiennent une indépendance presque totale le 24 mars 1934 par le Tydings-McDuffy Act. Le premier président est élu en 1935, alors que la République des Philippines a obtenu son indépendance totale. Le système gouvernemental des Philippines est inspiré du système américain. La constitution de 1987, adoptée sous le régime de Corazon Aquino, rétablit un système présidentiel avec un pouvoir législatif bicaméral et un pouvoir judiciaire indépendant.

Pouvoir exécutif

Le président, élu au suffrage populaire pour un mandat de six ans, cumule les charges de chef de l’État, chef du gouvernement, et commandant en chef des forces armées. Il nomme et peut démettre les ministres. Il ne peut pas se représenter pour un nouveau mandat, sauf dans le cadre d’une succession constitutionnelle et s’il est en poste depuis moins de quatre ans. Le vice-président est également élu au suffrage universel. Bien que ce ne soit pas toujours le cas, il fait généralement partie du cabinet présidentiel.

Pouvoir législatif

Le parlement philippin est composé de deux chambres : le Sénat et la Chambre des représentants. Les membres des deux chambres sont élus au suffrage universel. Le Sénat compte 24 membres élus sans circonscriptions pour un mandat de six ans. Ils peuvent se représenter une fois. La Chambre des représentants compte 250 membres, dont 206 sont élus par le peuple dans des circonscriptions à siège unique. Les 44 membres restant sont élus selon un système complexe de listes présentées par les partis. Tous sont élus pour un mandat de trois ans et peuvent se représenter deux fois consécutivement. Si un ou plusieurs sièges sont vacants en cours de législature, la chambre peut décider d’organiser une élection partielle. Les candidats élus siègent pour la fin de la législature, ce qui est décompté comme un mandat complet.

Pouvoir judiciaire

La Cour suprême est la plus haute instance judiciaire des Philippines. Le président dit Chief Justice et 14 juges dits Associate Justices sont nommés par le président sur recommandation du Conseil judiciaire.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippines#Politique

 

• « Chronologie d’une dictature à une démocratie bancale » (Courrier international)

111965 - Ferdinand Marcos (photo) est élu président. 


1972 - Ne pouvant briguer un troisième mandat, le président proclame la loi martiale pour se maintenir au pouvoir. 



21 août 1983 - De retour d’un exil volontaire, l’opposant Ninoy Aquino, père de l’actuel président, est assassiné à sa descente d’avion à Manille. 


7 février 1986 - Tenue d’élections anticipées, le président Marcos ayant cédé aux pressions de Washington et d’une opposition croissante. Il est déclaré vainqueur face à Cory Aquino, la veuve de Ninoy. Les accusations de fraudes se multiplient. La contestation prend de l’ampleur.

22 février 1986 - Un putsch visant à renverser Marcos est déjoué. Le président perd l’appui d’une partie de l’armée et de l’Eglise. Une foule se masse sur l’Epifanio de los Santos Avenue (Edsa), une des principales artères de la capitale, qui donnera son nom au soulèvement populaire. Le 25 février 1986, Marcos fuit le pays et trouve refuge à Hawaii. Cory Aquino accède à la présidence.

2001 - Le président Estrada est renversé par une nouvelle contestation populaire, baptisée Edsa II.

2010 - Jouissant d’une immense popularité liée à la disparition de sa mère en 2009, Benigno Aquino III est élu président tandis que la veuve de Ferdinand Marcos et son fils font leur entrée au Parlement.

http://www.courrierinternational.com/article/2011/03/03/chronologie-d-une-dictature-a-une-democratie-bancale

 

Biographie de F. Marcos :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ferdinand_Marcos

Biographie de C. Aquino :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Corazon_Aquino

 

• « Les Philippines : Une démocratie minée » (C. GAUDREAULT, juillet 2008).

12« La démocratie aux Philippines est souvent décrite comme étant une «démocratie spectacle». Pourquoi ? Parce qu’à la vice-présidence, à la présidence il y a eu une vedette du cinéma philippin, Joseph Estrada (photo) et qu’au Sénat «sur les vingt-quatre sénateurs élus en 2001, par exemple, six étaient d’anciens acteurs, présentateurs de télévision ou sportifs reconnus au niveau national» (Camroux 2006). Depuis la chute de Marcos en 1986, les gouvernements ont tenté d’assainir les mœurs politiques et de renforcer le système démocratique. Cependant, la démocratie philippine est bien fragile. Elle est minée par la corruption, par la présence du patrimonialisme et d’une oligarchie très proche du pouvoir. Elle est donc plus une question d’élite que de représentation populaire.

L’oligarchie renvoie à «…l’élite fortunée,…les personnes les plus riches du pays ainsi que leurs familles, un regroupement qui persiste dans une large mesure indépendamment des dirigeants politiques» (Wurfel 2001). La démocratie philippine est grandement influencée par l’oligarchie du pays. L’oligarchie philippine bénéficie des largesses des différents régimes. Elle fait pression pour que les gouvernements appliquent des politiques allant dans le sens ses intérêts. Le patrimonialisme renvoie la quasi-absence de distinction entre la propriété publique et la propriété privée des dirigeants et de leurs proches. Le système patrimonial facilite les actes de corruption et peut entraîner l’instabilité politique et la destitution d’un président.

Selon Wurfel, le patrimonialisme est bien ancré dans le système philippin, car «son État est faible et entouré d’une bureaucratie peu efficace et politisée de longue date, dans la plus part des cas incapable de faire respecter la loi face aux intérêts de l’oligarchie ou des copains…» (Wurfel 2001)Ainsi, les «amis» des anciens régimes ne sont jamais bien loi. Par exemple, «avant la fin du mandat d’Aquino (présidente suite au renversement de Marcos), la plupart des amis de Marcos ont reconquis un rôle au sein de l’oligarchie» (Wurfel 2001). Cela mine considérablement le système démocratique qui tente de se consolider depuis la chute de Marcos.

L’autre clou dans le cercueil de la démocratie philippine est la corruption. Déjà sous le règne de Marcos, la corruption était vive. La famille de l’ancien dictateur aurait pillé à l’économie nationale des Philippines, une somme entre 5 et 10 milliards, qui se retrouva dans des comptes bancaires étrangers (Camroux 2006). En 1998, Joseph Estrada, ancien acteur, a été élu président grâce à sa popularité personnelle. Son administration «…fut tellement corrompue que de nombreux membres, en particulier parmi ses alliés de gauche, l’abandonnèrent» (Wurfel 2001). Parmi ceux qui bénéficiaient des largesses du régime Estrada, ses principaux appuis et anciens proches de Marcos, Lucio Tan et Danding Cojuangco. Lucio Tan a été licencié, car il a été soupçonné d’une «fraude fiscale de 25 milliards de pesos» (Wurfel 2001) et «…est…impliqué dans, la privatisation de la Philippine National Bank. Il avait pu acquérir 46% des parts de la banque et, grâce à une manœuvre complexe appuyée par la Présidence, étendre ensuite son emprise au sein du conseil d’administration» (Wurfel 2001). «…le président Estrada…définit un “ami” comme une personne qui reçoit des prêts d’établissements financiers gouvernementaux sur les ordres du président…» (Wurfel 2001). Le parlement a voulu destituer Estrada « accusé de corruption, de viol de la Constitution et d’abus de pouvoir» (Encyclopédie Universalis 2006). En 2001, il a démissionné et sa vice-présidente Gloria Macapagal-Arroyo s’est emparée de la présidence.

Le dernier élément qui mine la démocratie philippine, est les tentatives de coup d’État. Corazon Aquino n’a pas été épargnée par les tentatives de renversement de son gouvernement au courant de sa présidence de 1986 à 1992. Des membres déloyaux des forces armées ont amorcé «une série de coups d’État contre la présidente Aquino, dont deux aboutirent presque» (Wurfel 2001). Au pouvoir, la présidente Arroyo a déclaré l’état d’urgence en février 2006, pour «officiellement déjouer une menace de coup d’État fomenté par «des activistes de gauche et des aventuriers militaires de droite»» (Camroux 2006).

La corruption, le patrimonialisme, l’oligarchie et les tentatives de coup d’État sont des éléments qui affectent la démocratie aux Philippines et les décisions prises par les différents gouvernements. La Présidente Arroyo s’est engagée dans une lutte contre la corruption et a nommé des réformateurs dans l’administration philippine. Mais il est possible de se questionner sur l’efficacité de ces mesures qui ont pour but de renverser ces tendances qui marquent la démocratie et la politique depuis de nombreuses années ».

http://asiesudest.wordpress.com/2008/07/06/les-philippines-une-democratie-minee/

 

2- La Corée du Sud.

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• Histoire politique de la Corée depuis la fin de la guerre.

14Le gouvernement Syngman Rhee (photo)

La reconstruction de la Corée du Sud, très affectée par la guerre et ayant un produit national brut par habitant au niveau des nations d'Afrique noire, bénéficie de l'aide américaine distribuée de manière sélective, en particulier aux proches du nouveau régime. Dès son origine, le gouvernement de Syngman Rhee est ainsi marqué par le clientélisme et la corruption, tandis que l'économie sud-coréenne ne progresse pas et que ses habitants restent parmi les plus pauvres de l'Asie. La présence américaine, ininterrompue depuis la guerre de Corée, suscite un fort ressentiment au sein de la population, alors que les troupes étrangères se sont retirées de Corée du Nord depuis la fin des années 1950.

En 1952, en pleine guerre de Corée, Syngmann Rhee réforme la Constitution pour être élu au suffrage universel direct, et non plus par l'assemblée, afin d'éviter d'être mis en minorité par son propre parti. Il fait à nouveau modifier la constitution en 1954 pour pouvoir être réélu une nouvelle fois.

En 1960, la manipulation des élections permet au parti libéral au pouvoir d'obtenir officiellement 87 % des voix. Des manifestations d'étudiants, initiées par les étudiants de Daegu et soutenus par leurs professeurs, provoquent alors la chute de la Première république : Syngmann Rhee démissionne le 26 avril et se réfugie aux États-Unis, à Hawaii.

L'expérience démocratique de 1960 et la Deuxième République (1960-1962)

En avril, un régime parlementaire est instauré, et Yun Po-sun est élu président en août 1960.

Le nouveau pouvoir est toutefois affecté par la crise économique et sociale, ainsi que des dissensions entre le nouveau chef de l'État et son premier ministre Chang Myon, tandis que la Corée du Nord propose une réunification pacifique au sein d'un État confédéral.

Le 16 mai 1961, un coup d'État militaire porte au pouvoir le général Park Chung-hee, nouveau chef du Conseil suprême pour la reconstruction nationale, qui dissout l'Assemblée nationale démocratiquement élue en 1961. Un référendum constitutionnel, organisé en décembre 1962, met formellement fin à la Deuxième République : les Troisième (1962-1972) et Quatrième (1972-1980) Républiques sont des régimes de dictature dominés par le général Park Chung-hee.

15La dictature de Park Chung Hee (photo)

En octobre 1963, Park Chung-hee l'emporte de justesse sur l'ancien chef de l'État Yun Po-sun à l'élection présidentielle, mais son parti (démocrate républicain) obtient une très forte majorité aux élections législatives de novembre. Park, qui proclame l'état d'urgence, dissout le Parlement et établit une dictature, est réélu en 1967 et en 1971, cette seconde fois contre Kim Dae-jung, figure de l'opposition. Les élections sont marquées par la fraude, et l'opposition sans cesse menacée par le pouvoir, tandis que Park Chung-hee avait réussi, avec l'aide de son parti, à réformer l'année précédente la Constitution afin de lui permettre de briguer un troisième terme.

Aussitôt ré-élu, Park Chung-hee proclame à nouveau l'état d'urgence, suspend la Constitution et dissout en octobre 1972 la Constitution. En décembre 1972, il fait adopter par référendum la Constitution Yusin dans un contexte de censure et de fraudes importantes: c'est la Quatrième République de Corée du Sud qui commence, dictature qui ne terminera qu'avec la mort de Chung-hee (1979). Il s'était inspiré pour ce faire sur l'exemple de Ferdinand Marcos, aux Philippines.

En août 1973, le KCIA (Korean Central Intelligence Agency, liée de près à la CIA) enlève l'opposant Kim Dae-jung. L'ordre d'exécution est annulé au dernier moment, alors qu'il était enchaîné avec des blocs de béton sur un bateau en haute mer, grâce à la décision de l'ambassadeur américain, Philip Habib, qui fit tout pour le sauver en exerçant des pressions sur tous les responsables coréens. Dae-jung avait déjà été la cible d'un attentat, en mai 1971, qui avait été maquillé en accident de la route.

La dictature de Chung-hee met parallèlement en place les bases de la modernisation économique de la Corée, parmi les plus rapides de l'histoire économique moderne, tout en se heurtant à l'opposition croissante des intellectuels. L'essor économique a été favorisé par les importants investissements japonais à la suite du traité nippo - sud-coréen du 22 juin 1965.

L'économie de la Corée du Sud explose littéralement depuis 1970 et situant actuellement aux alentours du 13e rang mondial, En 2004, le PNB/hab s'élevait à 19 000 $ par habitant en parité de pouvoir d'achat, ce qui la plaçait au 49e rang mondial au niveau de la Grèce (Corée du Nord : 1 745 $ par habitant).

Au plan international, les relations avec le Japon, ancienne puissance coloniale, sont normalisés en juillet 1965 et conduisent au versement de réparations par le Japon, sans que tous les aspects liés à la période de l'occupation ne soient encore réglés (notamment la question des femmes de réconfort coréennes, esclaves sexuelles pour les soldats japonais pendant l'occupation).

La Corée du Sud a par ailleurs été l'un des alliés les plus fidèles des États-Unis, et parmi les plus impliqués à leurs côtés, dans la guerre du Viêt Nam.

Park Chung-hee est assassiné le 26 octobre 1979, ouvrant la voie à une transition démocratique.

C'est sous sa dictature que s'immola par le feu Jeon Tae-il, militant des droits des travailleurs.

La Cinquième République (1979-1987) et la transition vers la démocratie (1987-1993)

Le 12 décembre 1979, le général Chun Doo-hwan, chef de la sécurité militaire rivale de la KCIA (Korean Central Intelligence Agency), la police secrète sud-coréenne, fait procéder à l'arrestation de militaires de haut rang accusés d'être impliqués dans l'assassinat de Park. Le 27 août 1980, Chun Doo-hwan devient président, après l'éviction du chef de l'État par intérim, le général Choe Kyu-ha, qui était le premier ministre du général Park et avait initié une politique de relative libéralisation politique (ayant notamment conduit à la libération de l'opposant historique Kim Dae-jung.

En mai 1980, le soulèvement de la ville de Kwangju, révélateur des inégalités sociales et régionales dans la forte croissance économique sud-coréenne, est violemment réprimé (trois cent morts selon les chiffres officiels, au moins deux mille d'après des sources officieuses).

Le 7 octobre2 1983, en déplacement officiel à Rangoon, le général Chun Doo-hwan échappe à un attentat qui coûte la vie à l'ensemble des membres du gouvernement qui l'accompagnait, attribué par Séoul à la Corée du Nord malgré les démentis de Pyongyang.

La constitution instituant la VIe république est votée le 25 février 1988, le président est élu pour 5 ans et son mandat est non renouvelable et l'Assemblée nationale de 273 membres est élu pour 4 ans.

Le général Roh Tae-woo, choisi comme héritier par Chun Doo-hwan au sein du parti de la démocratie et de la justice au pouvoir, est élu le 25 février 1988 contre une opposition divisée entre Kim Dae-jung et Kim Young-sam, dans des conditions plus démocratiques que les précédents scrutins présidentiels. Plus de trois mille prisonniers politiques sont libérés entre 1988 et 1990, comme Ri In-mo qui avait été emprisonné pendant trente-quatre ans.

Le régime reste contesté par une forte opposition, notamment des milieux étudiants. La corruption reste endémique : entre 1988 et 1992, le parti du président Roh aurait détourné plus de 600 millions de dollars.

La Corée du Sud depuis 1993

Élu président en 1993 avec le soutien du président sortant Roh grâce notamment aux sommes détournées par le président au pouvoir, Kim Young-sam est le premier civil à occuper ce poste depuis 1961.

La présidence de Kim Young-sam (1993-1998), premier chef d'État de la Sixième République, est marquée par la construction (par la France) du TGV en Corée (KTX), à l'occasion de laquelle un manuscrit ancien détenu par la France à la suite de l'Expédition en Corée du contre-amiral Roze en 1866 est restitué à la Corée du Sud sans que le contentieux sur ces éléments du patrimoine culturel coréen ne soit entièrement résolu (en particulier, la France n'a pas restitué le plus ancien ouvrage connu imprimé en caractères mobiles métalliques au monde, daté du xive siècle, qui est coréen).

Parmi plusieurs catastrophes révélatrices notamment de la corruption du régime, l'effondrement du grand magasin Sampoong dû au non-respect des normes de construction, cause cinq cent morts. La loi du 26 décembre 1996 limitant les libertés syndicales entraîne des manifestions de plusieurs centaines de milliers de personnes. Enfin, la crise asiatique se traduit par la nécessité de solliciter un prêt au FMI de 58 milliards de dollars, ce que les Coréens interprètent comme une humiliation nationale ; la crise conduit au début du démantèlement des conglomérats industriels et financiers coréens, les chaebols.

L'opposant Kim Dae-jung (au pouvoir de 1998 à 2002) succède à Kim Young-sam devenu très impopulaire. Il poursuit la libéralisation économique et opère un rapprochement diplomatique avec la Corée du Nord en rencontrant Kim Jong-il en 2000.

En 2002, le président Roh Moo-hyun appartenant au Parti démocratique du millénaire (PDM), comme Kim Dae-jung succède à ce dernier dont il poursuit la politique d'ouverture au Nord, critiquée par l'opposition de droite. À la suite de la destitution le 12 mars 2004 du président Roh, accusé de corruption, par le Parlement, les élections législatives anticipées du 15 avril 2004 marquent le succès du parti Uri issu de la minorité du PDM restée favorable au chef de l'État. À la suite de plusieurs revers du parti Uri lors d'élections partielles, la majorité parlementaire relative du président Roh a besoin de l'appoint du Parti démocratique du travail de Corée.

Les protestations médiatisées de paysans sud-coréens lors du sommet de l'OMC qui s'est tenu à Hong-Kong, ou la grève générale lancée en février 2006 par la confédération coréenne des travailleurs coréens (KCTU) contre le travail précaire (voir l'article [1]) témoignent d'une importante mobilisation sociale en Corée du Sud.

Au début de l'été 2006, la Corée du Sud a effectué une mission d’étude dans les eaux autour des îles Dokdo sous son contrôle mais dont la souveraineté est réclamée également par le Japon.

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Park Geun-hye, ancienne présidente du premier parti d'opposition, le Grand parti national (GPN, conservateur), elle est la fille de l'ancien dictateur militaire Park Chung-hee, qui dirigea la Corée du Sud entre 1961 et 1979. De 1998 à 2012, elle est députée à l'Assemblée nationale sud-coréenne. Elle est élue présidente de la République en décembre 2012 et prend ses fonctions le 25 février 2013, devenant ainsi la première femme présidente de la Corée du Sud.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_la_Corée_du_Sud

 

3- Taïwan.

• Taïwan, un modèle de démocratie en Asie

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Ancienne dictature sous le joug du parti nationaliste chinois Kuomintang, Taïwan a entamé sa transition démocratique dans les années 1980 et est depuis devenu un exemple pour de nombreux pays.

Il n’est pas rare d’entendre certains érudits proposer la Turquie ou l’Indonésie comme modèle pour les pays où le Printemps arabe a conduit à une véritable transition démocratique. Mais en Asie, certains encouragent vivement la Birmanie, qui s’ouvre aux réformes démocratiques, à suivre l’exemple de Taïwan. Autrefois dictature, l’île est devenue l’exemple type d’une démocratie efficace. Mais tout le monde n’en est pas convaincu.

« Chaque processus de transition est unique à chaque pays », analyse Dafyyd Fell, responsable des études taïwanaises à l’Université de Londres. « Dans le cas de Taïwan, il y a des exemples positifs tels que le débat électoral qui a mené à une véritable amélioration des politiques, de même que la relation entre la démocratie et le combat contre la corruption politique. » Plus d’un aspect de la démocratie taïwanaise pourrait séduire les pays en transition, mais chaque cas est particulier et mieux vaut éviter de reproduire les mêmes schémas d’après les experts.

Une démocratie isolée

Cette démocratie isolée à 177 km des côtes chinoises, qui a réélu en janvier le président sortant Ma Ying-jeou lors de la cinquième élection présidentielle libre du pays, est considérée comme l’un des plus grands succès démocratiques du 20e siècle. La dernière élection est là pour le prouver : taux de participation frôlant les 75 %, aucun signe de violence, procédé juste et équitable… de quoi faire rêver nombre de pays.

Dans les années 1980, Taïwan entame sa transition démocratique et met fin aux quarante années de dictature du parti nationaliste chinois Kuomintang (KMT). Arrivé sur l’île en 1949, après avoir perdu une guerre civile contre les forces communistes de Mao Zadong, le KMT s’est imposé aux Taïwanais avec une répression sanglante d’une dizaine d’années, la « Terreur blanche », faisant 30 000 victimes et des milliers de prisonniers et de disparus.

17À la tête du Kuomintang de 1926 à 1975, Tchang Kaï-chek, surnommé « Cash-My-Check » dans les cercles diplomatiques occidentaux, profitait de sa position d’allié des États-Unis dans leur lutte contre la diffusion du communisme pour diriger librement d’une main de fer. Ironiquement, il était résolument antidémocratique et croyait que seuls les systèmes autocratiques avaient un avenir en Chine.

Un pays rivalisant avec le Japon et la Corée du Sud

Aujourd’hui, la stabilité de la démocratie taïwanaise rivalise avec le Japon et la Corée du Sud et est souvent utilisée comme référence pour les activistes des droits de l’homme en Chine. Dans le sillage des élections couronnées de succès du mois dernier, les Chinois restés sur le continent ont jalousement – et discrètement – demandé à leur gouvernement d’en faire de même.

« Si on compare Taïwan à ses homologues asiatiques, le pays se débrouille extrêmement bien. Les droits des femmes ainsi que leur représentation dans la vie politique sont en avance par rapport à la Corée du Sud ou au Japon. De même que son système politique est bien plus stable et institutionnalisé que dans ces deux pays », ajoute Dafyyd.

Les qualifications de l’île n’en sont pas moins impressionnantes : les forces militaires et policières ont été réformées ; les institutions civiles, les droits de l’homme et le système éducatif ont été renforcés ; l’électorat est passionné de justice sociale et tient à ses libertés durement gagnées.

Le succès de la démocratie taïwanaise

Mais rien de tout cela ne promet la réussite du système taïwanais dans d’autres pays.

La démocratie taïwanaise a été faite sur mesure et a profité d’un timing adéquat d’après George Tsai, vice-président de la Fondation pour la démocratie, un organisme dirigé par le gouvernement taïwanais chargé de travailler sur l’amélioration de la démocratie en Asie.

« Les institutions civiles fonctionnent extrêmement bien, et après cinq élections générales, nous avançons toujours plus vers une démocratie mature. Nous sommes en bonne forme », confiait Tsai. « Mais il était vraiment important d’avoir une solide croissance économique appuyée par un renforcement de la classe moyenne et du système éducatif. Les réformes judiciaires ont suivi. C’est le modèle qu’on a utilisé et ça a plutôt bien fonctionné. »

Toujours selon Tsai, la croissance économique soutenue, une classe moyenne étendue et un bon système éducatif ont été les fondements de la transition. De là, les politiciens de l’île ont été capables de démanteler beaucoup d’héritages autoritaires comme la loi martiale, le système du parti unique ou les lois restrictives concernant les associations et les mouvements citoyens. Plus tard, des réformes législatives ont émancipé d’autres domaines comme la justice, l’armée, l’électorat et les médias, jusqu’à ce que Taïwan soit prêt à tenir sa première élection présidentielle en 1996.

L’impasse birmane

Tsai souligne que cette transition est progressive et que de nombreuses mesures qui ont fait son succès ont vu le jour grâce à l'essor économique de la région. La Birmanie et les pays du Printemps arabe ne profitent pas des mêmes conjonctures. Bien qu’elle soit riche en ressources, l’économie birmane, qui fut la plus puissante d’Asie, est maintenant la deuxième plus petite de la région. Ses infrastructures, son système de santé et d’éducation sont en ruines et les richesses ne sont pas redistribuées équitablement. Ces problèmes, associés au mépris du pays pour les droits de l’homme et aux opérations militaires permanentes contre des groupes ethniques, sont loin d’être les mêmes qu’à Taïwan pendant les années 1990.

Le message est clair : les pays qui s’inspirent de modèles démocratiques sans prendre en compte les réalités historiques, politiques et culturelles ont peu de chance de réussir leur transition.

Un modèle ne pouvant être reproduit

La corruption rampante en Indonésie, l’achat de l’électorat, le non-respect des droits de l’homme, et le fait que les trois candidats à l’élection présidentielle de 2009 étaient d’anciens généraux sous la dictature de Suharto font craindre que ce pays, qui compte le plus de musulmans au monde et qui est le dernier membre du G20, n’est pas là où il le devrait.

Et alors que la Corée du Sud et Taïwan partagent l’expérience d’une dictature militaire avec la Birmanie, la comparaison s’arrête là. « Si la Chine imposait le modèle démocratique des États-Unis, il s’effondrerait pendant la nuit. Nous ne pouvons pas imposer un système aux autres », a ajouté Tsai, qui donne également des cours à l’Université de la culture chinoise à Taipei.

« Si vous prenez l’exemple des Philippines ou de l’Indonésie, elles sont toutes deux des démocraties libérales, mais sont également rongées par la corruption et son développement économique est amorphe et empêche la classe moyenne de s’étendre comme elle le devrait. Ça met fin au développement politique et démocratique. »

Une transition démocratique réussie sans aucune aide

L’électorat taïwanais a beau être profondément divisé entre le Nord et le Sud, les riches et les pauvres, et sur le sujet d’une plus grande intégration avec son ancien ennemi, la Chine, la démocratie a permis de stabiliser le pays. Les citoyens ont puni les politiciens extrémistes dans les urnes, et récompensé les leaders centristes.

Mais ce qui rend la transition démocratique de Taïwan encore plus remarquable, c’est que le pays y soit arrivé sans l’aide de personne. Son isolement diplomatique et la reconnaissance d’une majorité des pays de « la politique chinoise unique » ont fermé l’île à des organismes comme les Nations Unies, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque de développement asiatique. En dépit de son impressionnant développement économique et démocratique, ce pays de 23 millions d’habitants manque toujours de représentants dans la plupart des organismes mondiaux, et ce, même si Taïwan est l’une des plus grandes places commerciales au monde.

http://www.jolpress.com/article/taiwan-un-modele-de-democratie-en-asie-412653.html

 

IV- LA VAGUE DEMOCRATIQUE DES ANNEES 1980.

1- Singapour.

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• Le système politique de Singapour. Présentation générale.

20La Constitution singapourienne est inspirée par le parlementarisme britannique. Le Parlement de Singapour est unicaméral (composé d'une seule chambre), c'est le pouvoir législatif de Singapour. Il comprend 84 membres pour un mandat maximum de cinq ans. Le Premier ministre est le chef du gouvernement. Le président de la République de Singapour est le chef d'État de la nation. Le Dr Benjamin Henry Sheares (1907-1981) a été président de la République du 2 janvier 1971 jusqu'à sa mort, le 12 mai 198112.

Dans les faits, le Parti d'action populaire (PAP) domine la politique singapourienne depuis l'indépendance. Le mode de gouvernement se rapproche plus de l'autoritarisme que d’une démocratie multipartiste13.

Depuis 1965, seulement trois premiers ministres, tous membres du PAP, se sont succédé : Lee Kuan Yew, le père de la Singapour moderne jusqu'en 1990, Goh Chok Tong de 1990 à 2004, et enfin Lee Hsien Loong, le fils de Lee Kuan Yew, depuis le 12 août 2004. Quant au président, théoriquement élu au suffrage universel direct pour un mandat de six ans, sa réélection le 17 août 2005 n'en était pas vraiment une car elle s'est faite sans vote : en effet, Sellapan Rama Nathan était le seul candidat au jour de l'élection, les autres candidats ayant été disqualifiés parce qu'ils ne remplissaient pas les critères nécessaires… des critères mis en place par le gouvernement et qui incluent l'obligation d'avoir eu un poste important dans le service public.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Singapour#Politique

 

• Singapour : dictature ou démocratie ? Par S. BARBAS, Université de Montréal, 2008.

1ère partie :

22Singapour s’impose comme un modèle de prospérité. Toutefois, même si officiellement il s’agit d’une démocratie (par la tenue d’élections législatives et présidentielles), il faut admettre que l’encadrement gouvernemental a des airs despotiques. La majorité des critiques à l’endroit de ce régime proviennent de l’Occident parce que les libertés individuelles et les droits de la personne priment dans nos sociétés.
La majorité des critiques à l’endroit de ce régime proviennent de l’Occident parce que les libertés individuelles et les droits de la personne priment dans nos sociétés. En Asie, Singapour est de plus en plus vue comme LE modèle à suivre (Juan 2003).

Depuis sont accession au pouvoir en 1959 le People’s Action Party (PAP) est indélogeable. Cependant, cette longévité n’est pas entièrement due à la qualité de sa gouverne. Au fil du temps, ce gouvernement contrôlé par Lee Kuan Yew a développé une panoplie de moyens lui permettant de se maintenir au pouvoir élection après élection. Comme la plupart des pays d’Asie du Sud-Est, le PAP a tôt fait d’adopter une Loi de sécurité intérieure (ISA) « autorisant l’internement sans procès de toute personne soupçonnée de subversion ou d’activités communistes » (Koninck 2006, 149). Ceci a permis, entre autres, peu avant les élections de 1968, d’éliminer la menace que représentaient deux membres du principal parti d’opposition (Front socialiste). Toutefois, les adversaires politiques ne sont pas les seuls à être touchés par cette loi : des commerçants, des journalistes et des opposants de toute sorte en ont aussi été victimes (Juan 2003). D’ailleurs, dans cette catégorie, le record est détenu par M. Chia Thye Poh qui a passé 23 ans en prison sans jamais faire face à un tribunal.

Compte tenu de la domination de la scène politique par le PAP, il est surprenant de voir qu’une quarantaine de partis politiques ont existé ou existe toujours à Singapour. Toutefois, il est rare que d’autres partis puissent régulièrement présenter des candidats aux élections générales, bien qu’ils y parviennent épisodiquement comme le démontre ce tableau. Malgré cette présence d’une « opposition », les résultats des années passées révèlent que dans les faits, ces adversaires n’ont jamais, depuis la formation d’un État singapourien, réussi à élire suffisamment de représentants pour avoir un contrepoids politique.

Les dirigeants singapouriens utilisent une série de procédés afin d’assurer leur prééminence.

1- En plus d’intimider ses rivaux avec la ISA, le PAP impose des campagnes électorales d’une durée de seulement neuf ou dix jours, ce qui empêche les autres partis de se faire connaître. Comme les rassemblements de foules sont illégaux, ils n’ont pas le temps de le faire entre chaque élection.

2- L’incessante surveillance à laquelle sont soumis les membres de l’opposition les empêche de parler ouvertement, car toute critique envers le gouvernement finit en poursuite pour diffamation.

Les circonscriptions sont souvent délimitées la journée précédent le vote et la carte électorale est organisée de manière à favoriser le gouvernement.

3- Tout rassemblement de plus de cinq personnes à des fins politiques est considéré illégal (Houseman 2000). Les citoyens ne sont donc pas particulièrement friands des discussions politiques.

4- « Tout commentaire négatif de la politique du gouvernement du PAP rendu public par son auteur lui vaut d’être sommé par ledit gouvernement de se déclarer membre officiel de l’opposition. » (Koninck 2006, 150)

Singapour ne possède pas d’entité indépendante régulant les élections. C’est le gouvernement qui s’en charge. Fait intéressant, la participation au vote est obligatoire, mais dans la réalité comme il n’y a pas d’opposants dans la plupart des cas, le taux réel de participation se situe aux alentours de 30-35%. Le gouvernement achète, par ailleurs, les électeurs. En 2001 par exemple, on a offert aux électeurs des actions en bourses. Le hic c’est que ces actions étaient encaissables le jour avant l’élection. Ce n’est pas sans rappeler les ruses cambodgiennes, thaïlandaises et philippines où l’on procède de la même manière en offrant des sandales, du riz, etc. (Juan 2003). D’autre part, en 1997 le gouvernement a menacé les électeurs qui ne voteraient pas pour ses candidats, de laisser dépérir leurs propriétés, maisons et appartements (qui appartiennent tous au gouvernement) et que ces dernières finiraient en taudis.

Finalement, il est intéressant de remarquer les allures monarchiques derrière ce gouvernement « élu ». Car, il ne faut pas oublier que si Lee Kuan Yew tire les ficelles du gouvernement, son fils Lee Hsien Loong, est Premier ministre, président de la Monetary Authority of Singapore et aussi ministre des Finances. La femme de ce dernier contrôle l’une des plus puissantes compagnies du gouvernement. Le deuxième fils de Lee Kuan Yew pour sa part est en charge de la plus grosse compagnie gouvernementale : Singapore Telecom (Juan 2003).

http://asiesudest.wordpress.com/2008/06/29/singapour-dictature-ou-democratie-1ere-partie/

232ème partie :

Pour faire suite au premier billet portant sur le monopole gouvernemental concernant les élections, il sera question ici du contrôle du gouvernement sur sa population et les médias. Pour mieux comprendre ce dont il s’agit, rappelons simplement l’illégalité des rassemblements de cinq personnes ou plus à des fins politiques, ainsi que les poursuites judiciaires systématiques par le gouvernement pour diffamation. Malgré ces lourdes mesures, les Singapouriens ne sont que très peu à quitter le pays.

Les Singapouriens
Le PAP (People’s Action Party) s’est muni au fil du temps d’une panoplie d’outils afin de bien encadrer sa population, du taux de natalité aux déplacements en passant par une myriade de petites actions quotidiennes des habitants. Par exemple, les amendes sont salées pour quiconque laisse traîner ses détritus sans respecter les normes instaurées par la ville. Il en va de même pour les graffitis et cela va jusqu’à faire payer ceux qui oublient de tirer la chasse d’eau dans les toilettes publiques (Houseman 2000). Il est par ailleurs, interdit de jeter sa gomme à mâcher sur le sol. L’amende pour ce délit est de 1000 dollars Singapouriens, mais les cas sont rarissimes puisqu’il est quasi-impossible de s’en procurer sur l’île. De plus, « malgré le fait que la quasi-totalité des résidants soient propriétaires de leurs logements, c’est toujours le HDB, la régie du logement, qui délivre les autorisations de vendre, acheter, louer, résider, rénover, bref qui contrôle tout » (Koninck 2006, 165).

Étant une cité-État à la fine pointe de la technologie, Singapour à tout ce dont elle à besoin pour établir un réseau de surveillance efficace. C’est ce qu’elle a fait avec son Expressway Monitoring and Advisory System. Cette innovation, qui sert à la base à signaler les accidents et les conditions routières, permet au gouvernement de connaître l’itinéraire des conducteurs par le biais d’un système de photographie implanté en plusieurs lieux dans la vile. Ce dernier voit les plaques photographiées à plusieurs endroits et moments de la journée.


La majorité, voire la totalité des médias à Singapour est contrôlée par ou appartiennent aux dirigeants du gouvernement. S’ils n’en sont pas les propriétaires, ce sont des membres de leur entourage qui le sont (Gomez 2000, 86). La presse est particulièrement touchée par la censure gouvernementale. Puisque la presse locale sert les intérêts du gouvernement, il n’y a que la presse étrangère pour offrir un peu d’objectivité. Or, le PAP a sut imposer à ces derniers un contrôle tout aussi efficace. Cette main mise remonte au début de la création de la république. Dès 1971, les journaux défavorables au PAP furent forcés de fermer. En 1974, puis en 1986, la loi évolua en faveur d’un resserrement de l’encadrement des médias (surtout étrangers). Comme c’est le cas pour les opposants politiques, la méthode adoptée par l’État pour contrer la critique reste la poursuite judiciaire. C’est ainsi que le Time, l’Asian Wall Street Journal, l’Asiaweek et le Far Eastern Economic Review (FEER) ont été confrontés devant les tribunaux. « Pour le [FEER] punir, le gouvernement de Singapour contraignit le périodique à limiter pendant un temps sa distribution locale à 500 exemplaires au lieu de 10 000 » (Koninck 2006, 153). La plupart des poursuites intentées contre des médias étrangers sont réglées hors cours. Pour s’assurer de la bonne intention de ces derniers le gouvernement exige dorénavant, d’une part, la présence d’un représentant permanent (qu’on peut poursuivre) à Singapour, d’autre part, un dépôt de 200 000 dollars Singapouriens, afin de s’assurer d’un éventuel paiement en cas de litige. Le même type de surveillance est ressenti à la télé, au cinéma et même sur Internet. Par exemple, le succès « Eyes Wide Shut » de Stanley Kubrick, n’a jamais franchi la barrière de la censure (Kuzmanovic 1999). Dans le cas d’Internet, les sites qui sont jugés provocateurs ou au contenu inadéquat (raciste, pornographique, etc.), sont interdits d’accès. De plus, pour la brève période des élections les blogues et la baladodiffusion sont interdits (Burgis 2006).

Tout cela a comme résultat que l’autocensure devient la norme. Non pas par idéologie ou par appui envers le pouvoir en place, mais simplement afin d’éviter de perdre le droit de publier dans le pays ou simplement pour éviter les poursuites pour diffamation. Cette autocensure est également exercée par la population. Afin d’échapper à tout problème que pourrait engendrer l’expression d’opinions politiques ou de tenir des propos controversés, les gens sont majoritairement apolitiques; ceci n’est pas aidé par le fait que le gouvernement incite les citoyens à dénoncer leurs voisins. Notons aussi que Reporters sans frontières a classé Singapour 141e sur 169 pays en ce qui a trait à la liberté de presse. Finalement, même si les Singapouriens ont le droit de quitter le pays, la majorité n’en fait rien. Selon Gerald Houseman, les résidants sont plutôt satisfaits de leur système et quand vient le temps de s’exprimer, les Singapouriens suggèrent de simplement ignorer la politique. 

http://asiesudest.wordpress.com/2008/06/29/singapour-dictature-ou-democratie-surveillance-censure-et-autocensure/

 

2- Le Cambodge.

Cf. cycle « Voyage à travers l’Indochine », conférence n°4 : cliquez ici.

 

3- La Thaïlande. 

Cf. cycle « Voyage à travers l’Indochine », conférence n°5 : cliquez ici.

 

4- L’Indonésie.

22

• La construction démocratique.

En 1997 et en 1998, l'Indonésie est le pays le plus touché par la crise économique asiatique. Comme les autres pays asiatiques, l'Indonésie fait face à un afflux massif de capitaux étrangers qui se retirent ensuite, déstabilisant la monnaie puis l'économie des pays.

La dévaluation de la roupie indonésienne, est alors suivie de celle du ringgit malais puis du peso philippin et des monnaies de Corée du Sud, Taïwan, Singapour et Hong Kong, avec la fin au système de change fixe ou quasi-fixe qui régnait depuis des décennies dans ces pays.

Le mécontentement populaire s'amplifie et mène aux émeutes de Jakarta de mai 1998. Soeharto démissionne et son vice-président, B. J. Habibie, devient président.

24En août 1999 se tient à Timor oriental un référendum proposant à la population du territoire une autonomie régionale dans le cadre d'un maintien dans la République d'Indonésie. Près de 80 % des votes refusent la proposition. Après 25 ans d'occupation militaire par l'Indonésie qui fut marquée par la condamnation par la communauté internationale de la répression brutale qui y sévissait, les Timorais de l'Est expriment leur souhait d'un détachement de l'Indonésie. Cette même année se tiennent les premières élections démocratiques d'Indonésie depuis 1955. Celles-ci voient la victoire d'Abdurrahman Wahid, destitué en 2001. Sa vice-présidente, Megawati Soekarnoputri, la fille de Soekarno, est élue présidente (photo).

Depuis 2000, l'Indonésie fait face à une vague d'attentats terroristes islamistes dont l'attentat du Jakarta Stock Exchange en 2000 et l'attentat de Bali en 2002. En 2004, grâce à un amendement de la constitution, se tient la première élection présidentielle au suffrage direct. Susilo Bambang Yudhoyono est élu président.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Indonésie#La_construction_d.C3.A9mocratique

 

• « Une démocratie qui se cherche - Indonésie, musulmans contre islamistes » (Par W. Kristianasen, novembre 2010, Le Monde Diplomatique).

Début octobre, la police indonésienne a tué cinq membres présumés d’un réseau terroriste sur l’île de Sumatra. Toutefois, la menace islamiste serait en recul à la satisfaction des organisations musulmanes, qui craignent l’amalgame. De fait, l’Indonésie est plus connue pour ses attentats que pour son élection présidentielle au suffrage universel.

25« Les musulmans doivent obéir aux lois de l’islam. » Ces quelques mots auraient pu faire du jeune Etat indonésien une république islamique. Inscrit au préambule de la Constitution, l’article en a été retiré in extremis le 18 août 1945, et c’est ainsi que l’Indonésie est devenue l’Etat du Pancasila, des « cinq principes » : la croyance en un Dieu unique, l’humanisme, l’unité nationale, la démocratie et la justice sociale. Un compromis historique entre sécularisme et islam.

« L’Indonésie est le siège d’un islam modéré, souriant », assure M. Syafii Anwar, directeur du Centre international pour l’islam et le pluralisme de Djakarta (ICIP). « Il est exact, ajoute-t-il, que, depuis le 11 septembre 2001, nous observons une radicalisation et une montée du conservatisme. Après les attentats de Bali, en 2002 [qui ont fait au moins deux cents morts], nous avons même été montrés du doigt par la communauté internationale. C’est pourquoi mon travail est d’expliquer qu’islam et démocratie sont compatibles. »

La transition démocratique du pays s’est véritablement opérée en 1998, au sortir de deux longues périodes autocratiques. La première, sous la férule du fondateur et président Sukarno (1945-1967), qui eut à composer avec trois forces majeures : le nationalisme, l’islam et le communisme. La seconde, sous la dictature du général Suharto (1967-1998), propulsé au pouvoir au nom de la lutte contre la menace communiste. Le pays reste marqué par les traumatismes causés par le régime Suharto, qui a fait au moins cinq cent mille morts.

Après l’ethnie, la religion
est facteur d’identification

Aujourd’hui, l’Indonésie est la troisième démocratie du monde en nombre d’habitants. « Un fait que les observateurs occidentaux ont tendance à passer sous silence, regrette M. Anies Baswedan, recteur de l’université Paramadina de Djakarta. Ils aiment à nous définir comme le plus grand pays musulman. Nous disons : “Nous sommes une démocratie”, point final. Nous avons une presse libre, une vie politique riche, une société civile très dynamique. Il y a de la corruption, c’est vrai. Il y en a toujours eu. Notre économie résiste à la crise mondiale mieux que celle de plusieurs de nos voisins et le pays est plus prospère qu’il y a dix ans [l’Indonésie avait été particulièrement touchée par la crise asiatique des années 1990]. » Bien sûr, reconnaît-il, « nous avons nos islamistes et nos intégristes, mais ils ont été en partie absorbés par le processus politique et démocratique. »

Le pays compte plus de deux cent quarante millions d’habitants, dont deux cents millions de musulmans, en majorité sunnites. Les deux tiers de la population vivent dans l’île de Java, au cœur de l’Indonésie. Deux courants de pensée, traditionaliste et moderniste, rassemblent la majorité des croyants et s’incarnent dans deux organisations de masse, qui ont vu le jour à Java bien avant le départ des Hollandais et l’indépendance du pays.

Né en 1926, le courant dit « traditionaliste », car il compose avec les cultures et croyances antérieures, est principalement représenté par la Nahdlatul Ulama (NU). Il rassemble quarante millions de croyants, en majorité dans les zones rurales. « La NU ne parle pas d’une seule voix, explique l’écrivain Endy Bayuni, ancien directeur du Djakarta Post. Le mouvement a plusieurs dirigeants, aussi charismatiques qu’indépendants, qui se contredisent souvent, même lorsque le président s’est déjà exprimé sur un sujet. »

La deuxième organisation, qualifiée de « moderniste », compte trente millions de membres. Fondée en 1912, la Muhammadiyah touche davantage les classes urbaines éduquées. On y trouve des fondateurs d’écoles, d’hôpitaux ou d’universités. « Comme les salafistes, nous nous basons en priorité sur le Coran, explique son secrétaire général, M. Abdul Muti, même si nos conclusions diffèrent. Nous sommes puritains, mais tolérants ; notre référence est Muhammed Abdouh, pas les Frères musulmans ou Maududi. Nous croyons profondément aux échanges entre les différentes confessions. En cela, nous sommes plus proches de la NU que des salafistes. L’Indonésie n’est pas un Etat islamique : c’est un Etat séculier. Et nous ne sommes pas au Proche-Orient. »

« L’organisation est comme une famille », commente Mme Arifah Rahmawati, chercheuse à l’université Gadjah Mada de Yogyakarta. Progressiste dans son mode de vie comme dans ses idées, elle a longtemps vécu seule dans une maison dont elle est elle-même propriétaire, ne couvre pas ses cheveux, boit du vin — au risque, avoue-t-elle, d’« énerver son entourage ». « Même si je ne partage pas sa philosophie puritaine, j’éprouve un profond sentiment d’appartenance à la famille Muhammadiyah », affirme-t-elle.

Son collègue, le sociologue Eric Hiariej, ajoute : « Après l’ethnie, la religion est le facteur d’identification le plus fort. A Java, lorsque vous rencontrez quelqu’un pour la première fois, vous lui demandez s’il est santri, c’est-à-dire très attaché au dogme, ou abangan : non pratiquant. Si la personne se définit comme santri, la deuxième question sera : NU ou Muhammadiyah ? »

Au centre de l’île, l’ancienne cité des sultans de Yogyakarta est, avec Solo (Surakarta), le berceau des abangan, qui se réclament des valeurs séculières et syncrétiques propres à la culture javanaise. En avril 2010, le sultan Hamengkubuwono X a fêté son soixante-quatrième anniversaire, soit un multiple de huit, nombre magique qui a justifié des réjouissances exceptionnelles.

Gouverneur de la région, il exerce de réels pouvoirs, mais il jouit également d’une aura spirituelle. En raison de son union mystique avec l’esprit du serpent-reine des mers du Sud, il est « l’axe du monde ». Les traditions de la région convergent en son palais, qui est à son image, mêlé d’influences hindouistes, bouddhiques, chrétiennes et musulmanes. Une étonnante fusion des religions et des cultures, même s’il est lui-même musulman. C’est ici, à Yogyakarta, en réaction à ces valeurs syncrétiques, que la Muhammadiyah a vu le jour. Son fondateur, Ahmad Dahlan, est né dans le quartier musulman, derrière ce palais.

A soixante kilomètres de là, à Solo, dans le palais du sultan, on retrouve ce mélange des cultures et des rites. Hommes et femmes, dont beaucoup de jeunes, s’initient aux rituels javanais, comme l’art de la récitation ou l’impossible pratique de la « marche assise » (mlampah dolok). Tous revêtent le jarik de batik traditionnel noué en une longue jupe, assorti pour les femmes d’un justaucorps de dentelle à manches longues et de coiffures élaborées. Alors que le jour commence à décliner, l’appel à la prière s’élève du Kawman, le quartier musulman voisin, et vient se mêler à la musique du gamelan. Ce jour-là, à la nuit tombée, deux cents personnes sont réunies aux alentours du palais pour assister à une représentation de théâtre d’ombres en plein air. Seules quatre femmes portent le foulard islamique.

A l’instar de la majorité des Javanais, M. Toha Rubin, directeur des relations publiques de l’université Muhammadiyah à Solo, admire les valeurs que perpétuent les anciennes cours de Java : « Il est question de traditions, de l’exercice bienveillant du pouvoir et de la sagesse héritée des règnes anciens. La Muhammadiyah devrait s’ouvrir davantage à cet héritage. »

C’est dans l’est de l’île, à Jombang, que la NU, elle, a pris naissance. Abdurrahman Wahid, affectueusement surnommé « Gus Dur », leader historique du mouvement et président de l’Indonésie de 1999 à 2001, y est enterré. Sa modeste tombe attire toujours des milliers d’Indonésiens venus se recueillir aux abords de l’école coranique (pesantren) fondée par son grand-père. La NU fut pionnière du mouvement de l’éducation coranique pour tous, et Gus Dur est souvent qualifié de « dixième saint », en référence aux neuf saints soufis qui ont œuvré pour le rayonnement de l’islam à Java. « Gus Dur se sentait proche des croyances indigènes, souligne Ahmad Suaedy, directeur du Wahid Institute de Djakarta, très lié à la NU. Il voulait un islam nourri de ses nombreuses origines. Nos imams ne sont pas des ayatollahs. Ils occupent des emplois, font leurs courses ; les gens les consultent pour des questions de récoltes, d’argent, pour toutes sortes de problèmes du quotidien. Tout cela participe d’un réseau religieux et culturel informel. »

La NU comme la Muhammadiyah ont, dès le début, joué un rôle important dans le développement du pays. Elles ont choisi de se recentrer désormais sur les questions sociales et religieuses et de réduire leur rôle politique. Toutes deux ont de nombreuses ramifications (organisations étudiantes, associations), dont certaines, comme le Réseau de l’islam libéral (Jaringan Islam Liberal, JIL), prônent des idées plus progressistes. Une tendance qui ne manque pas d’inquiéter les anciens, contrariés de voir des idées « permissives » professées au nom de l’islam. Dans une fatwa de 2005, le Majelis Ulama Indonesia (MUI), le conseil du culte indonésien, les a condamnés.

Le clivage s’est accentué avec le tournant islamiste emprunté par l’Indonésie dans les années 1990, les musulmans libéraux voulant continuer à prendre part au débat public autour de réformes nationales d’inspiration religieuse. L’islamisation avait commencé dans les années 1980, sous le régime Suharto. La tendance s’est accélérée avec les financements venus du Proche-Orient, qui ont permis la construction de nombreuses mosquées. Les années 1990 ont vu l’émergence d’une classe moyenne musulmane en grande partie éduquée dans les pesantren. Cette mutation est devenue flagrante avec l’apparition du foulard, dont beaucoup de femmes se couvrent désormais la tête — mais on ne croise ni niqab, ni burqa, ni robes noires, et très rares sont les vêtements blancs, signes d’une extrême piété. La plupart des organisations musulmanes prônent le port du foulard et rejettent le voile intégral. Ainsi, M. Abdul Muti estime que

« voir le visage des femmes est important pour la communication en société ». Dans les grands centres urbains, beaucoup, notamment dans les quartiers populaires, continuent d’aller tête nue.

Une classe moyenne
 éduquée dans les écoles coraniques

M. Hiariej se souvient toutefois : « Lorsque j’étais étudiant, au début des années 1990, seule une jeune fille sur soixante portait le foulard. Maintenant, c’est aussi un effet de mode. Sur le campus, les jeunes aiment faire comme tout le monde, ils sont ouverts aux nouvelles tendances. Cela les conduit parfois à rejoindre les mouvements radicaux. » Fondé en 1998, Hizbut Tahrir Indonesia (HTI) est l’un de ces groupes prosélytes. Très organisé, le réseau essaie de convaincre les jeunes de l’urgence de revenir au califat. Son porte-parole, M. Ismail Yusanto, affirme condamner la violence : « L’Indonésie n’est pas une terre de djihad. » Mais il ajoute aussitôt : « En Irak, en Afghanistan ou en Palestine, c’est différent : la violence n’y est pas du terrorisme. » Ce discours n’est pas sans conséquences sur certains jeunes.

Accusées par les médias de nourrir l’intégrisme, la plupart des écoles coraniques appartiennent à la NU ou à la Muhammadiyah. Les parents paient pour que leurs enfants suivent, dès l’école primaire et durant toute leur scolarité, un double cursus, académique et religieux. Les diplômés de l’enseignement secondaire peuvent ensuite se diriger vers des universités musulmanes.

Il existe aussi — mais en petit nombre — des écoles radicales, parmi lesquelles Al-Mukmin de Ngruki, dans la région de Solo. C’est là qu’avaient étudié le sulfureux imam Abu Bakar Bachir, chef du Jamaat-e-Islami, désormais en prison, et ses compagnons djihadistes. S’exprimant en son nom, le directeur de l’établissement, M. Ustadz Wahyuddin, ne cache pas ses objectifs : « Tout musulman aspire à un Etat islamique. Nous voulons nous battre pour la charia, nous ne pouvons pas attendre les bras croisés. Ce pesantren est le moyen de propager les nouvelles valeurs de la loi coranique. Si un ou deux de nos étudiants sont devenus des radicaux, c’est parce qu’ils se sont rendus en Afghanistan ou au Pakistan et qu’ils sont entrés en politique. »

Les intégristes ont profité
de la décentralisation

Accusé d’avoir financé un camp terroriste à Aceh, M. Bachir a été arrêté le 9 août 2010, pour la troisième fois depuis les attentats de Bali. Dans la foulée, les autorités ont découvert un autre réseau, dirigé par Dulmatin, l’un des terroristes les plus recherchés de la région et suspect principal dans les attentats de Bali. La police l’a tué, ainsi que sept de ses compagnons. En 2009, elle avait également abattu Noordin Top, un ressortissant malaisien considéré comme le cerveau des attentats perpétrés à Djakarta en 2003, 2004 et 2009 et à Bali en 2005.

Fort des succès remportés, le gouvernement n’est pas loin de conclure que les activités terroristes sont en déclin. L’analyste Sydney Jones, de l’International Crisis Group, note que « des scissions successives ont affaibli les groupes militants composés d’éléments locaux, d’idéologues et de terroristes organisés en réseau entre l’Indonésie, la Malaisie et les Philippines. En Indonésie, le recours à la violence risque de faire perdre à M. Bachir la sympathie que son mouvement contre la démocratie, le Jemaah Ansharut Tauhid (JAT), inspirait à une partie de la population. »

Bien que la menace djihadiste ne semble pas totalement écartée, sa baisse d’intensité est vécue avec soulagement par la plupart des organisations musulmanes. Mais, à l’instar de nombreux membres de la Muhammadiyah, M. Abdul Muti se dit préoccupé : « Certains des coupables venaient de chez nous, et les radicaux peuvent s’infiltrer, car nous sommes ouverts et donc vulnérables. »

Les groupes extrémistes, notamment le Front de défense de l’islam (FPI) et le Laskar Jihad, continuent en effet à recourir à la violence contre les minorités religieuses. Depuis le début de l’année, vingt-huit attaques ont été recensées dans l’ouest de Java et la région de Djakarta. La dernière en date remonte au 12 septembre, lorsque des chrétiens ont été pris pour cible à Bekasi. La secte des Ahmadi, que certains se refusent à considérer comme musulmane, a même fait l’objet d’une fatwa prononcée par le conseil du culte musulman le 9 juin 2008.

Paradoxalement, c’est le processus de démocratisation mené après la chute du régime Suharto en 1998 qui a ouvert la voie à de fortes revendications portant sur le rôle de l’islam dans les affaires publiques. Deux nouvelles entités politiques ont alors émergé : le Parti du croissant et de l’étoile (PBB) et le Parti pour la prospérité et la justice (PKS). De multiples tentatives pour introduire la loi coranique au niveau national ayant échoué, les partis intégristes se sont engouffrés dans la brèche ouverte en 2000 par la promulgation des lois de décentralisation. Dès lors, ils ont porté leurs efforts sur les collectivités territoriales, afin de faire appliquer la charia à l’échelon municipal ou cantonal. S’appuyant sur les réglementations locales, ils sont parvenus à faire adopter un code juridique coranique (perda charia) dans cinquante localités sur les cinq cents que compte le pays.

Aceh, qui, après trente ans de lutte séparatiste, a acquis un statut particulier d’autonomie grâce à un compromis signé le 15 août 2005, l’a instauré et dispose de son propre tribunal islamique. Bien que peu représentatif de l’ensemble du pays — il est improbable que d’autres provinces accèdent à une telle autonomie —, ce cas a provoqué de vifs débats. Pour M. Suaedy, « l’instauration de la charia à Aceh est artificielle : cela équivaut à transposer des lois du monde arabe médiéval au XXIe siècle, sans consentir l’effort de réflexion (ijtihad) nécessaire ». Mêmes réserves chez M. Adbul Muti, de la Muhammadiyah : « Cinq ans ont passé, et il n’y a aucun progrès significatif à Aceh. Les problèmes de la région étaient avant tout économiques. Et puis les gens vont à Sumatra pour voir des films, alors pourquoi les interdire à Aceh ? La charia exige une uniformité religieuse qui est en contradiction avec l’esprit même de l’islam. »

Toutefois, le vice-président de la NU, le professeur Masykuri Abdillah, assure au contraire que « la charia a été instaurée parce qu’un processus démocratique en a décidé ainsi ». Et de révéler qu’au sein de son organisation, « un débat existe sur la lapidation et la flagellation, car nous ne sommes pas sûrs que ces pratiques puissent s’inscrire dans le Pancasila ». De fait, elles ne le peuvent pas, et la plupart des Indonésiens pensent même qu’elles le contredisent.

Chute des partis religieux aux élections

Pour beaucoup d’Indonésiens, la charia demeure un concept vague. Il leur apparaît difficile de discuter une décision de justice supposée dictée par Dieu. Et les modérés ne souhaitent pas laisser à ces tribunaux de proximité le soin de prononcer des sanctions criminelles.

A une vingtaine de kilomètres de Djakarta, à Tangerang, l’application de la charia impose aux femmes de ne pas sortir seules le soir sous peine d’être accusées de prostitution. A Padang, dans l’ouest de Sumatra, toutes les petites filles scolarisées à l’école publique, musulmanes ou non, doivent porter le foulard. Etrangement, le directeur du département d’histoire et des sciences humaines de l’Andalus State University confie qu’en dehors de l’école, dans la rue, sa fille n’en porte jamais.

Connue pour son interprétation rigoriste de l’islam, la région de Macassar, au sud du Sulawesi, a elle aussi connu plusieurs tentatives de ratification de la charia depuis une dizaine d’années. Selon le Dr H. M. Siradjudden, secrétaire général de la Commission pour l’application de la loi islamique (KPPSI), fondée en 2000 par le chef de la branche locale de la Muhammadiyah, « le but n’était pas de créer un Etat islamique, mais d’établir une société islamique ». Le cas d’Aceh a donné aux habitants de Sulawesi « l’espoir d’obtenir les mêmes droits ». Lors des élections locales de 2002, 91,11 % des électeurs s’étaient prononcés en faveur de la charia. La même année, le pouvoir du département (kabupaten) de Bulukumba interdisait l’alcool. En 2003, il imposait à toutes les femmes, musulmanes ou pas, de porter le voile pour accéder aux services publics, et commençait à prélever la zakat (aumône destinée aux pauvres). En 2006, la province rendait obligatoire l’apprentissage de l’arabe écrit. Toutefois, le nouveau pouvoir de Bulukumba a assoupli la réforme, transformant les obligations en options. Ce dont se réjouit le professeur Abu Hamid, recteur de l’université de Macassar et membre de la KPPSI. Ce point de vue reflète la tendance dominante dans l’ensemble du pays : stopper l’introduction de la charia au niveau local, et tenter de l’assouplir là où elle existe. Le nombre de localités appliquant la perda charia semble avoir atteint un pic en 2003. Il avait considérablement diminué en 2007 et marque le pas depuis les élections législatives d’avril 2009.

Ce scrutin, suivi le 8 juillet de l’élection au suffrage universel du président de la République (8) — la deuxième depuis l’indépendance —, est passé inaperçu dans la presse occidentale. Pourtant, il est intéressant de noter que les scores de l’ensemble des partis religieux ont chuté, passant de 40 %en 2004 et 1999 à 25 %. Les trois principaux partis séculiers ont recueilli la grande majorité des suffrages. Seul le PKS, conçu sur le modèle du Parti pour la justice et le développement (AKP) au pouvoir en Turquie, a connu une percée, avec 7,88 % des votes, mais en raflant les voix des autres partis religieux. Lors de son congrès, en juin, le PKS a abandonné son positionnement islamiste au profit d’une image de pluralisme, promettant de s’ouvrir bientôt aux non-musulmans. La militante féministe Kamala Chandrakirana se dit optimiste : « Après une décennie de turbulences, le terrorisme, le tsunami, la crise économique, la grippe aviaire, peut-être sommes-nous enfin au bout du tunnel. Nous avons un pays si dynamique, une société civile si foisonnante ! Il est possible que les défenseurs du Pancasila deviennent capables de proposer une alternative à l’islamisation qui soit apte à enflammer l’imagination des jeunes. »

http://www.monde-diplomatique.fr/2010/11/KRISTIANASEN/19833

 

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