16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 23:57

drapeau

Nom officiel : République de l’Union du Myanmar.

Président de la République : Thein Sein (depuis 2011).

Superficie : 676 578 km²


Densité : 71,15 hab./km2


Monnaie : Kyat


Fête nationale : 4 janvier (fête de l’indépendance)


Population : 55 167 330 (estimation juillet 2013)

Capitale : Naypidaw (depuis 2005)

villes

Villes principales :

Yangon (Rangoon) : 4 948 920 hab.

Mandalay : 1 620 758 hab.

Mawlamyine (Moulmein) : 542 017 hab.

Bago (Pegou) : 278 622 hab.

 

04

Avec ses quelques 678 500 kilomètres carrés qui s'étendent des sommets pré-himalayens au nord aux plaines côtières de l'isthme de Kra au sud, la Birmanie, dont la nouvelle capitale Naypyidaw a remplacé Rangoon en 2005, est le plus vaste pays d'Asie du Sud-Est continentale, et le deuxième de toute la région après l'Indonésie. Son territoire se situe presque entièrement sous des latitudes tropicales, à l'ouest de la péninsule indochinoise, au contact de deux grands foyers de civilisation qui l'ont influencée profondément, l'Inde (sur 1 463 kilomètres) au nord-ouest, et la Chine (sur 2 185 kilomètres), au nord-est. Elle partage aussi une frontière avec la Thaïlande (sur 1 800 kilomètres) au sud-est, et avec le Bangladesh (sur seulement 193 kilomètres) à l'ouest, et le Laos (sur 235 kilomètres) à l'est.

Adm

 

 

 

Les frontières du pays ne correspondent pas seulement aux limites de l'espace politique birman, qui regroupe sept divisions majoritairement birmanes (Irrawaddy, Pegu, Magwe, Mandalay, Sagaing, Tenasserim et Rangoon) et sept États non majoritairement birmans (Chin, Kachin, Karen, Kayah, Môn, Arakan et Shan), mais aussi aux obstacles physiques que constituent les montagnes de la périphérie birmane. Celles-ci marquent la différence, et même l'opposition, entre les hautes terres périphériques des minorités ethniques et les vastes bassins fluviaux centraux, majoritairement peuplés de Birmans.

 

 

 

 

 

Considérée comme l’un des pays les plus démunis de la planète, la Birmanie se classe au 132e rang sur 177 dans l'indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Une situation que les experts attribuent en général à la mauvaise gestion de l'économie par le régime militaire au pouvoir. Les dépenses militaires représentent en effet plus de la moitié du budget de l'État, bien au-delà des dépenses publiques dans les domaines de la santé et de l'éducation.

 

I- PRESENTATION GENERALE DU PAYS.

 

1) L'Irrawaddy, artère principale du pays.

05

Sensiblement inférieure à la densité moyenne régionale (plus de 120), la Birmanie est souvent considérée, en comparaison avec son voisin le Bangladesh (1 045 hab./km²), comme étant un "creux démographique". En fait, cette faiblesse relative de la densité est essentiellement celle des régions périphériques, c'est-à-dire celle des 7 Etats dont la population est en majeure partie composée de représentants des minorités ethniques. Dans les provinces ou divisions birmanes du centre du pays, ainsi que dans le pays môn, la densité est nettement plus élevée. Aussi, comme c'est le cas en Thaïlande et au Cambodge, la majeure partie des effectifs de population est rassemblée dans la partie inférieure du couloir fluvial central. Ce fleuve central est l'Irrawaddy.

07Avec ses affluents, dont la très imposante rivière Chindwin, le grand fleuve draine les 3/5èmes du territoire dont 100 000 km² de basses terres, autrement dit l'essentiel de celles dont dispose le pays. Dans la région, seul le Mékong est plus impérial, en particulier à l'endroit des territoires du Cambodge et du Laos. Comme lui, l'Irrawaddy connaît des variations de débit considérables, les principales crues de son delta survenant vers la fin de l'été alors qu'il transporte une lourde charge de limons que la pluie de mousson et ses affluents sont allés arracher aux hauteurs environnantes.

00Son bassin occupe en réalité un immense fossé d'effondrement, soumis à de fréquents tremblements de terre et traversé par des structures plissées orientées nord-sud. Celles-ci donnent naissance à des massifs longilignes de moyenne altitude, tels le Pegu Yoma (moins de 1 000 m). Ainsi alternent, dans le bassin même, des ensembles de collines et les terrasses alluvionnaires à la fois formées et alimentées en eaux par le réseau du grand fleuve.

Les rivières qui lui donnent naissance, les Me Hka et Mal Hka, prennent leurs sources dans les hautes montagnes du nord-est, dans le cas de la première au pied même du mont Hkakabo Razi, le sommet de l'Asie du Sud-est (5 881 m), situé à la frontière de la Chine et de l'Inde. Avant d'atteindre son embouchure, après quelques 2 200 km de parcours, l'Irrawaddy aura drainé trois grandes régions.

100538-004-CA06F61ELa première, en majeure partie montagneuse, correspond essentiellement à L'Etat Kachin. C'est la moins densément peuplée (environ 20 hab./km²). Entre Bhamo et l'embouchure de la rivière Chadwin, l'Irrawaddy effectue un parcours de près de 1 400 km, traversant ainsi une deuxième région, la Dry Zone (zone sèche), qui correspond au coeur de la Haute-Birmanie. A l'aval de Mandalay, après avoir reçu le renfort de son principal affluent, la rivière Chadwin, l'Irrawaddy traverse une longue plaine s'étalant entre les monts Arakan et les monts Pegu. A l'est de ceux-ci, poursuivant un cours parallèle à l'Irrawaddy - il s'agit en réalité de l'ancien cours du grand fleuve -, le fleuve Sittang parcourt une plaine plus étroite et débouche sur le golfe de Martaban, juxtaposant ainsi son propre delta à celui de l'Irrawaddy.

08Au total, l'Irrawaddy et ses ramifications, tout particulièrement la rivière Chindwin, représentent encore aujourd'hui les artères essentielles non seulement de l'agriculture mais aussi des communications et des échanges commerciaux internes du pays. D'ailleurs, pendant la période coloniale, par l'expression "the road to Mandalay", les Britanniques désignaient en réalité l'Irrawaddy.

Axe principal de l'ancien royaume de Birmanie, l'Irrawaddy a façonné l'histoire, le peuplement et l'essor économique du pays. Dès le VIe siècle apr. J.-C., les ancêtres des Birmans arrivent de la frontière sino-tibétaine. Navigant sur l'Irrawaddy, ils avancent progressivement jusque dans la plaine de Kyaukse, s'emparant du pouvoir dans la région rizicole du nord. Les Birmans fortifient la ville de Pagan, puis prennent le contrôle des vallées de l'Irrawaddy et du Sittang ainsi que des routes commerciales reliant l'Inde à la Chine. Au XIIe siècle, la ville développe une civilisation florissante fondée sur la riziculture et sur un vaste réseau de canaux d'irrigation. Au XIIIe siècle, les armées birmanes sont vaincues par les Shan et les Mongols. La région éclate alors en de nombreux États. Les royaumes birmans unifient cependant par intermittence le bassin de l'Irrawaddy. À partir du XVIe siècle, les Européens établissent des comptoirs marchands dans les ports longeant la côte birmane. En 1886, les Britanniques prennent le contrôle de la Birmanie. Ils obtiennent ainsi les droits de navigation sur l'Irrawaddy, également convoités par les Français, en quête d'un accès direct à la Chine.

10Les Britanniques nourrissent surtout un intérêt économique pour la région. Ils exportent ainsi du riz grâce à l'ouverture du delta de l'Irrawaddy et à l'essor du port de Rangoon. Dans leur élan, ils fondent l'Irrawaddy Flotilla Company en 1865 afin d'acheminer des soldats, du courrier et des provisions aux ports fluviaux qu'ils contrôlent dans la région. La compagnie ne compte au départ que quatre bateaux à vapeur, mais en possédera plus de six cents en 1940. Renommée Inland Water Transport Company en 1948, elle a depuis vu son trafic diminuer de moitié, tandis que ses équipements sont vétustes et ses liaisons irrégulières.

Aujourd'hui, les peuples vivant sur les rives de l'Irrawaddy présentent des cultures très diverses. Le bassin supérieur est surtout peuplé de Kachin, qui pratiquent des cultures itinérantes. Les bassins moyen et inférieur sont dominés par les Birmans, qui cultivent le blé, le coton et des oléagineux dans la zone centrale aride ainsi que le riz et le jute au sud et dans le delta, où les précipitations abondent. Dans le sud, en particulier dans le delta, une forte minorité de Karen et quelques Indiens vivent au milieu de la majorité birmane. Un petit nombre de Chinois sont également éparpillés dans les campagnes et les villes de l'ensemble du bassin fluvial.

01Les principales marchandises acheminées par le fleuve sont le riz (le delta de l'Irrawaddy est l'une des principales régions rizicoles du monde), diverses autres denrées, le pétrole, le coton et les produits de base locaux. Les rondins de teck, dont la Birmanie est l'un des premiers exportateurs, flottent au fil de l'eau. Dans la région du delta, le riz est transporté par de petits bateaux jusque dans les marchés locaux, d'où il est acheminé à Rangoon pour être exporté.

 

2) D’importantes ressources naturelles.

 

CampagnesLa plupart des gisements minéraux sont partagés entre le Nord-Ouest montagneux des États shan et le sud, essentiellement la côte du Tenasserim. Outre les pierres précieuses, rubis, saphirs, le cuivre, le nickel, le plomb, le zinc, le minerai de fer et le gaz naturel existent en abondance. Toutes ces richesses sont sous-exploitées par suite de manque d'investissements dans les infrastructures et de la quasi absence de moyens de communication.

L'industrie agroalimentaire, riz, sucre et céréales est un peu plus prospère ainsi que l'industrie du bois et du textile. Les ressources hydroélec­triques fournissent près de 50% de la consommation, notamment le barrage de Kinda dans la région de Mandalay et plusieurs barrages sur la rivière Salween. La forte progression de la demande a incité le gouvernement de Yangon à envi­sager la construction de centrales nucléaires. En janvier 2002, des négociations avaient été initiées avec la Russie, ce que le vice-ministre des Affaires étrangères du Myanmar avait confirmé. Un officiel du département d'État à Washington avait indiqué à la presse que le gouvernement fédéral avait rappelé à Rangoun, son obligation de respecter ses engagements internationaux de ne pas utiliser l'énergie nucléaire à des fins militaires, conformément au traité de non-prolifé­ration signé par le Myanmar en 1992.

13Les rentrées de devises étrangères sont longtemps restées dépen­dantes du riz dont le rendement était allé en diminuant au fil des années après l'indépendance. Le quasi doublement de la population par rapport à son niveau d'avant le second conflit mondial avait amené la Birmanie à exporter de moins en moins de riz et à assurer une production à peine suffisante pour sa consom­mation. À la fin du règne de Ne Win en 1988, le Myanmar était un des dix pays les plus pauvres de la planète. Depuis 1995 et l'abandon du socialisme, la croissance économique dépasse les 6%, sans toutefois pouvoir combler le retard accumulé depuis 1962. Quatre grands secteurs ont retrouvé la prospérité: la pétrochimie, les chemins de fer, les pierres précieuses et le caoutchouc. Cela ne signifiait pas que la population dans son ensemble puisse en bénéficier, compte tenu d'une politique monétaire désastreuse, de salaires très bas et d'une inflation galopante.

Cependant, l'Union du Myanmar est un pays riche en ressources naturelles. Sur les traces de Joseph Kessel, c'est à Mogok, centre mondialement connu pour ses pierres précieuses, qu'il faut aller pour trouver ce monde bigarré qui dans les arrière-boutiques de la ville vient troquer de petits cailloux rouges ou verts contre du papier dollar. Rien à voir avec la fièvre des chercheurs d'or d'Amazonie. Pas de démonstrations bruyantes; le visiteur est frappé par la dignité et la retenue de ces mineurs qui exercent leur profession dans des condi­tions difficiles, sans broncher, comme leurs pères qui eux-mêmes avaient pris la succession familiale.

pierres-precieusesLa vallée de Mogok est située à environ deux cents kilomètres au Nord-Est de Mandalay. Depuis plus de mille ans, elle a produit les pierres précieuses les plus belles du monde. Le site, difficile d'accès, tantôt ouvert, tantôt fermé au tourisme, abrite cinq cent mille personnes. Si ce n'était la présence des rubis, des saphirs et autres pierres, il n'y aurait ici que «tigres et léopards errants qui ont été repoussés dans les montagnes et dont les espèces sont en voie de disparition » (Jospeh Kessel). Presque tous les habitants possèdent une collection de pierres qui ne sont pas à vendre mais sont montrées au visiteur non sans quelque fierté. Dans chaque maison ou presque, un espace est réservé à la taille des pierres et à leur polissage. Mogok est une ville de petites boutiques les unes à côté des autres qui vendent des pierres; des centaines d'échoppes et de restaurants se succèdent, proposant les lots les plus hétéroclites. Les mines s'éparpillent sur les collines envi­ronnantes, simples trous à ciel ouvert, puits profonds, tunnels creusés par explo­sion de collines de marbre. La plupart des mines, de petite taille, sont propriété privée moyennant une redevance d'exploitation. En revanche, les plus productives appartiennent à l'État ou à des sociétés privées avec des participations d'État.

mine rubisLa procédure de traitement des pierres est la même dans la plupart des mines. Le gravier supposé contenir des pierres est sorti du trou, du puits ou du tunnel et passé par une série de tamisages qui séparent le matériau léger des résidus plus lourds censés contenir les précieuses pierres. Ces gravats sont séchés et méthodiquement examinés, à la recherche d'une indication sur la brillance et la couleur. C'est un travail éreintant même pour les plus robustes, mais la récom­pense peut s'avérer substantielle. À Mogok, la tradition est de partager les béné­fices avec les mineurs et de permettre à qui le souhaite de sonder les gravats après le dernier tamisage, au cas où un précieux caillou se serait glissé à travers les tamis. Généralement, ce sont les femmes et les jeunes filles ou les enfants des écoles qui se livrent à cette minutieuse recherche; depuis quelques années, des hommes se joignent aussi à ce travail fastidieux et long pour un résultat qui est loin d'être garanti. Des marchés de la pierre en plein air se tiennent à l'extérieur de la ville, mais les plus belles pierres demeurent chez des particuliers ou sont montrées dans certaines boutiques cossues.

La condition des mineurs demeure cependant précaire. La plupart vivent dans des cahutes sur le site, mangent dehors autour d'un feu. La majorité d'entre eux accomplit un travail ingrat qui commence avant l'aube et se termine après le coucher du soleil. La pénibilité de leur travail et l'indigence de leur rémunération ont pour conséquence le développement d'une contrebande des pierres précieuses revendues à des négociants internationaux à la frontière thaï-landaise. Cependant, l'extraction minière a été relancée par une décision de Rangoun d'ouvrir à l'exportation six centres commerciaux contrôlés par l'État: Rangoun, Kaw Thaung, Mandalay, Mu Se, Taunggyi, Tachilek. C'est à Mogok qu'on trouve les fameux «sang de pigeon» comme celui aperçu par l'aigle de la légende rapportée par Kessel.

 

3) Territoire et populations : une opposition centre / périphérie.

 

La Birmanie est un pays de contrastes, mais pas seulement physiques. En effet, les oppositions entre les plaines, les vallées, les plateaux et les montagnes sont largement renforcées par la répartition ethnique et démographique de la population, et par la diversité des mises en valeur et des modes d'exploitation de l'espace.

06 

L’État birman englobe un grand nombre d’ethnies :

les Birmans (75 %)

les Shans (11 %)

les Arakans (6 %)

les Karens (5 %)

les Môns (3 %)

les Kachins (2,5 %)

les Chins,

les Karennis (Kayahs)

les Lahus

les Rohingyas

les Gurkhas

les Palaungs,

les Méos (Hmongs)

les Nagas

les Akhas,

les Lisaws

les Kadus

les Was

les Mokens (ou Mawkens)

etc…

Le pays compte aussi 150 000 Chinois et 800 000 Indiens. Trois de ces ethnies font souvent parler d'elles en se révoltant régulièrement contre l’ethnie majoritaire birmane : les Karens, les Kachins et les Shans. De plus, les Was vivant sur la frontière avec la Chine sont périodiquement en insurrection.

Les Birmans, groupe ethnique le plus important de la population, parlent le birman. Son alphabet repose sur le sanskrit et le pali, les deux langues sacrées du bouddhisme. Tandis que les minorités du pays, qui représentent environ 23 % de la population totale et occupent les 2/3 du territoire, parlent une centaine de langues : le shan (11 %), l’arakan (6 %), le karen (5 %), le môn (3 %), le kachin (2,5 %), le chin, le karenni, le lahu, le rohingya, etc. La plupart de ces langues sont d’origine sino-tibétaine, mais certaines d’entre elles, comme le môn, appartiennent à la famille austro-asiatique. En plus du birman, l'anglais, le chinois et le thaï sont très utilisés dans ce pays en tant que langues véhiculaires.

Géo 

La confrontation entre la carte ethnolinguistique et celle du relief révèle une dimension majeure du peuplement birman : une opposition centre et périphérie.

Des oppositions peuvent être établies par exemple entre les basses terres (urbanisées, fortement peuplées - populations birmanes, bouddhistes - et marquées par la riziculture) et les hautes terres (caractérisées par une population multiethnique : des populations tribales - en majorité animistes et parfois bouddhistes ou chrétiennes - dont certaines ont perpétué une forme d'agriculture sur brûlis, itinérante ou non).

Ainsi, et malgré les liens historiques et culturels qui sont établis entre les populations des plaines et celles des montagnes, les différences identitaires qui existent entre elles sont aujourd'hui encore très fortes.

BaganEt elle le sont d'autant plus que le système politico-territorial actuel est hérité de la formation des grands royaumes agraires, dont les contours ont été dessinés en fonction de la cosmologie hindouiste qui voulait qu’un temple-montagne soit situé au centre de la ville royale, autour de laquelle s'étendaient concentriquement les auréoles successives du royaume. En l’occurrence, le niveau d'intégration des groupes ethniques et des villages décroissait du centre (la capitale) aux périphéries, qui jouissaient d'une autonomie politique plus ou moins grande, voire d'une indépendance.

D'un point de vue politique, territorial et économique, la périphérie de la Birmanie s'est ainsi caractérisée par une très nette marginalisation, notamment au niveau du développement limité des infrastructures de communication modernes.

Cette histoire explique le fait que certaines minorités ethniques mènent, depuis l'indépendance (1948), une lutte armée contre le pouvoir birman.

Ne WinQuant à l'instauration concomitante par Ne Win, en 1962, d'une dictature et de la « Voie birmane vers le socialisme », elle a encore augmenté l'écart qui séparait  les Birmans (centre politique du pays) et les minorités (occupant les périphéries).

Enfin, d'un point de vue économique et politico-territorial, l'isolationnisme birman a permis, de façon paradoxale, que les minorités ethniques indépendantistes et/ou autonomistes fassent preuve d'une plus grande ouverture que la junte et développent plus de liens avec les pays limitrophes. Le rôle crucial des zones frontières (indienne, chinoise et thaïlandaise) dans le développement et la pérennisation des mouvements de guérillas autonomistes témoigne de l'impact et des conséquences de la politique de la junte sur l'ensemble du territoire birman et ses périphéries proches.

 

3) Un pays « en développement ».

 

Quelques indicateurs démographiques, qui permettent de définir le « profil » du pays en terme de développement :

Structure par âge :

0 – 14 ans : 26,7%

15 – 24 ans : 18,6%

25 – 54 ans : 42,8%

55 – 64 ans : 6,7%

65 ans et plus : 5,2%

Age médian : 27,6 ans
.

Taux de croissance de la population : 1 %

Taux de natalité : 18,89 naissances pour 1 000 habitants

Taux de mortalité : 8 décès pour 1 000 habitants.

Taux de fécondité : 2,2 enfants par femme.

Taux de mortalité infantile : 46,3 décès pour mille naissances
.

Espérance de vie à la naissance : 65,6 ans
 (H : 63,2 ans
 / F : 68 ans)

Taux d’alphabétisation : 92,7%


Indice de développement humain (IDH 2011): 0,483 (149°)

 

II- PRESENTATION HISTORIQUE - LA BIRMANIE JUSQU'EN 1962.

Source : http://www.cosmovisions.com/ChronoBirmanie.htm

Fermée du côté du Nord par de hautes montagnes, la Birmanie qui ne s'ouvre qu'au Midi vers la mer, a reçu par là les influences qui ont forgé sa civilisation, et a subi le contrecoup des révolutions qui ont remué l'Inde. C'est de l'île de Ceylan (Sri Lanka) que vinrent les missionnaires bouddhistes qui convertirent au VIe siècle les populations birmanes, et des relations suivies subsistèrent entre l'Inde méridionale et la Birmanie. Le pali devint la langue sacrée du pays, et c'est l'art hindou qu'imitèrent les architectes et les sculpteurs.  

1) Le royaume d'Ava.

Les Birmans furent un peuple militaire et conquérant, et leur histoire, jusqu'au moment où ils entrèrent en conflit avec les Européens, est une longue suite de guerres et de révolutions. Il y eut d'abord dans le bassin supérieur de l'lrrawaddy de petits Etats qui se réunirent les villes de Tagoung (au Nord-Est d'Ava) puis de Bagan (au Sud d'Ava) furent les premières capitales du royaume birman. En 1364 fut fondée la ville d'Ava (Innwa) qui resta la métropole jusqu'en 1783. Elle donna son nom à l'empire, et tous les voyageurs européens des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont parlé de la Birmanie en l'appelant le royaume d'Ava.

ava

Longtemps cet Etat resta confiné dans les hautes vallées du Nord. Au XVIe siècle seulement il s'étendit jusqu'à la mer par la conquête du Pégou. Mais, vers 1710, les Pégouans se soulevèrent, chassèrent les envahisseurs et pénétrèrent même dans le pays birman. Ava fut prise par eux en 1752. Leur domination ne dura pas. En 1754, un Birman de la famille royale, Alom-Pra, affranchissait ses compatriotes et envahissait à son tour le Pégou. En 1756 il détruisit le port de Siriam, où étaient établis les comptoirs des Européens, et prit Pégou en 1757. Dans cette guerre les Birmans acquirent une réputation de courage et de férocité qu'ils gardèrent longtemps auprès des nations européennes. Maître de tout le pays, Alom-Prâ continua la guerre contre les Siamois qui avaient secouru les Pégouans, et mourut en pleine victoire en 1760. A partir de ce règne, la domination birmane s'étend sans cesse dans l'Indochine occidentale. En 1769 le successeur d'Alom-Prâ détruit près de Bhamo l'armée chinoise qui avait envahi la Birmanie, et les conquêtes se succèdent. L'Arakan, le Tenasserim et Tavoy, deviennent provinces birmanes. Les Birmans dominent dans le Munnipour et dans l'Assam.

ava2

Compléments sur le royaume d'Ava : ici.

Compléments sur Bagan : ici 

2) L'arrivée des Européens.

Amarapura succède alors à Ava comme capitale (1783-1819). Mais la Birmanie allait se heurter dans son développement à une puissance européenne. C'est au XVe siècle que la relation du Vénitien Nicolo di Conti fit connaître la Birmanie à l'Europe (1444). Mais c'est à la fin du XVIIe siècle seulement que le royaume d'Ava entra en relations régulières avec les puissances européennes. Les diverses compagnies des Indes faisaient le commerce à Siriam, et les Anglais qui avaient obtenu en 1687 la permission de s'établir au cap Negrais, envoyèrent en 1695 deux de leurs commis à la cour d'Ava. Cette première mission, et une seconde en 1709, ne leur procurèrent aucun nouvel avantage, et la situation des Européens au Pégou sous la domination birmane, resta précaire et mal assurée. Le soulèvement du Pégou et les révolutions qui se succédèrent de 1740 à 17556 vinrent donner aux puissances européennes qui se disputaient l'Inde l'occasion d'intervenir et l'espérance de s'établir dans le pays. 

DupleixDupleix envoya au Pégou un agent qui fut massacré en 1756. De son côté, la Compagnie anglaise offrait ses services au roi d'Ava. Elle lui envoya en 1755 l'agent Baker. Alom-Pra permit aux Anglais d'installer un comptoir à Basséïn, mais il ne leur fut guère favorable, car c'est sous son règne que l'établissement du cap Negrais fut détruit et sa garnison massacrée (1759). Sous ses successeurs, tandis que la domination anglaise s'étendait dans l'Inde, les Français cherchèrent à se rapprocher des rois d'Ava. En 1770 l'agent Féraud fut envoyé de Pondichéry en Birmanie; il ne reçut que des promesses et l'établissement qu'on avait projeté ne fut pas formé. En 1783 le gouvernement de Louis XIV fit une nouvelle tentative : il envoya au roi d'Ava un officier de marine, Geslin, dont la mission n'eut pas plus de résultat, il y avait cependant des relations amicales entre Ava et Pondichéry, et les gouverneurs français fournissaient des armes aux Birmans, qu'inquiétaient les progrès de l'Angleterre. Là, comme dans le reste de l'Inde, en effet, l'influence britannique allait supplanter les Français. En 1795, redoutant une invasion birmane sur le territoire de Chittagong, la Compagnie anglaise envoya en ambassade à la cour d'Ava le colonel Symes. La relation qu'il a laissée est le premier document de valeur qu'on ait eu sur la Birmanie. Il y joignit une carte, dressée par ses compagnons, Hood et Buchanan. On ne possédait encore sur la Birmanie que la carte du cours de l'lrrawaddy tracée par Baker, lors de la mission de 1755-1756. 

Compléments sur Dupleix et la Compagnie des Indes : ici.

3) Les guerres anglo-birmanes.

A partir de 1795 les ambassades se succèdent : elles affermissent l'influence anglaise, et en même temps font connaître le pays. Mais les relations pacifiques ne pouvaient pas durer. A la suite de troubles à la frontière d'Arakan, la guerre éclata entre la Compagnie anglaise et la Birmanie en janvier 1824. Les Birmans furent vaincus malgré une résistance très sérieuse. Par le traité de Yeudabô ils durent céder l'Arakan et le Tenasserim, et payer 100 Iaks de roupies (1826). La Birmanie était dès lors ouverte. Le major Crawfurd fut envoyé à Ava pour y négocier un traité de commerce (1826-1827) et la Compagnie établit comme résident à Ava le capitaine Burney (1829-1832). Ces missions contribuèrent à faire connaître la contrée. La partie orientale de la Birmanie fut explorée par le voyageur Richardson, et une série d'itinéraires furent tracés. En 1835 le capitaine Hanuay pénétrait jusqu'à Bhamo. Le résultat de ces explorations fut la grande carte de Pemberton publiée à Calcutta en 1838.

premiere guerre anglobirmane

Une seconde guerre, en 1852, mit la Birmanie à la discrétion des Anglais. Le roi vaincu ne voulut signer aucun traité, et les Anglais annexèrent purement et simplement le Pégou et le Martaban (1854) : ils en firent une nouvelle province indienne, la Birmanie britannique (British Burmah) et la frontière fut formée par le 19° 27' de latitude Nord. C'est alors que fut envoyé en mission à Ava le capitaine Yule dont la remarquable relation a complété celle de Symes (1858). Ainsi mutilé, séparé de la mer par les possessions anglaises, resserré dans la haute vallée de  l'lrrawaddy, le royaume birman était à la merci de l'Angleterre. L'annexion totale pouvait être prévue, le jour où les Anglais auraient intérêt à devenir les maîtres de tout le cours du fleuve. C'est ce qui arriva lorsqu'on crut trouver dans la vallée de l'lrrawaddy une route facile pour communiquer avec la Chine. De ce côté, en effet, se dirigent à partir de 1868 environ, les explorations européennes dans l'Indochine. Ce que les Français cherchaient dans les vallées du Mékong ou du fleuve Rouge, la route vers les riches plateaux du Yunnan, et par là vers l'intérieur de la Chine, les Anglais la cherchèrent naturellement par l'Iraouaddy. Ce fleuve devait, à ce qu'il semblait, ouvrir la voie la plus courte et la plus rapide vers le bassin du Yang-tse-Kiang. Dès 1860 les chambres de commerce des grandes villes anglaises demandaient qu'on fît des recherches de ce côté.

Une série d'expéditions prirent Bhamo pour point de départ, afin d'atteindre la Chine centrale par la vallée du Tapeng et le Yunnan. La première fut celle de Sladen en 1868, puis celle d'Anderson en 1871. En 1876 la mission Brown fut arrêtée dans sa marche par le meurtre de l'interprète Margary, au milieu des populations hostiles du Nord. Les missions de Gill en 1877, de Colqhoun en 1881 montrèrent que s'il était possible de traverser les montagnes et d'atteindre la Chine orientale à force de temps et de patience, il serait difficile de créer entre la Birmanie et la Chine une véritable voie commerciale. D'autres explorations, par la vallée du Salouen, ne donnèrent pas des résultats plus pratiques. (Cette voie de communication, connue sous le nom de "route de Birmanie" et longue de 1100 km, finira cependant par exister entre la Birmanie et la ville chinoise de Kunming. Elle jouera un rôle essentiel dans le ravitaillement des Chinois lors de la guerre qui les opposera au Japon entre 1937 et 1945,  et elle est encore aujourd'hui une voie commerciale importante entre la Chine et l'Océan indien).

Compléments sur les guerres anglo-birmanes : ici.

4) L'annexion par l'Angleterre.

L'importance que des explorations menées par les Anglais donnaient à la haute vallée de l'lrrawaddy hâtèrent l'annexion de la Birmanie. Déjà, en 1879, lors de l'avènement du roi Thibô, les Anglais avaient cherché des prétextes d'intervention. L'occupation du Tonkin par les Français, en donnant pour voisine aux Birmans une puissance européenne, fut sans doute la véritable raison qui décida l'invasion du pays par les Anglais. Une ambassade birmane était venue à Paris, où l'on songeait à ouvrir entre la nouvelle possession française et Mandalay une route commerciale à travers les Etats Chans. En 1885 l'occupation de la Birmanie fut décidée; le roi Thibô fut arrêté et interné à Madras, et les troupes anglaises entrèrent à Mandalay sans rencontrer de grande résistance. C'est après coup que la Birmanie se souleva : des bandes de partisans, les Dacoïts, firent aux Anglais une guerre de détail, fatigante et même dangereuse, et les forcèrent à entretenir dans le pays un effectif de troupes considérable. L'écrasement de la résistance prit plusieurs années. La Birmanie ne fut pas officiellement annexée par l'Angleterre; elle était seulement occupée, mais en réalité l'empire anglo-indien comptait dès cette époque une grande province de plus. 

Compléments sur la Birmanie britannique : ici.

5) La Birmanie dan la première moitié du XXe siècle.

ba mawLa Birmanie a accompagné dès le début le mouvement indépendantiste né en Inde (Gandhi, Jinnah, etc.) et peut ainsi bénéficier des réformes concédées par les Britanniques en Inde 1917 (système de la dyarchie). En 1923, le Royaume-Uni confère même à la Birmanie une statut distinct, et la dote d'un gouvernement dont l'autonomie est renforcée en 1935  par le Government of Burma Act. En 1937, la Birmanie devient une colonie de la Couronne à part entière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, les troupes japonaises envahissent la Birmanie. Une indépendance de pure forme est proclamée en 1943, par la voix du dictateur Ba Maw. Les Britanniques reprennent pied dans leur colonie à la fin de conflit  (janvier-août 1945), mais seulement pour préparer l'indépendance qui est obtenue officiellement le 4 janvier 1948.

Après une brève période de troubles, au cours de laquelle la principale figure de l'indépendance, Aung San, a été assassiné, une démocratie parlementaire est instaurée sur la base de deux chambres qui élisent pour cinq ans un chef de l'Etat, le pouvoir exécutif étant entre les mains du premier ministre. Le premier président sera ainsi Sao Shawe Thaike, et le premier premier ministre U Nu, l'ancien ministre des affaires étrangères de Ba Maw. Une réforme agraire,  une nationalisation du sol et du commerce du riz donnent au nouveau régime une coloration socialiste modérée, mais la Birmanie, qui par ailleurs a toujours ménagé de bonnes relations avec la Chine populaire, affiche sa neutralité au niveau international. U Nu sera ainsi, avec Nehru, Tito et Nasser, un des fondateurs du mouvement des « Non-Alignés  ».

U NuL'entrée réussie de la jeune république dans la communauté internationale ne l'empêche pas d'être bientôt confrontée à de nombreux problèmes intérieurs. Il apparaît vite au sein de la classe politique des divergences profondes sur la constitution même du pays, qui opposent unitaires et fédéralistes, sur fond de revendications séparatistes (de la part de la population Karen notamment) ; l'armée se montre déjà très inquiète de ces velléités centrifuges; de plus la volonté exprimée par U Nu, reconduit pour un nouveau mandat en 1960, de placer le bouddhisme sous le contrôle de l'Etat provoque la colère du clergé. A la fin de 1961, U Nu, évoquera les « seize mille problèmes » du pays. Le plus grave de ces problèmes frappe la Birmanie dans la nuit du 1er au 2 mars 1962, quand un coup d'Etat militaire  renverse le régime démocratique.  Le pouvoir passe alors entre les mains du chef de la junte, le général Ne Win. 

Biographie de Ba Maw : ici.

Biographie de U Nu : ici.

Biographie de Aung San (1916-1947) :

04Issu d'une famille connue pour avoir participé à la résistance après l'annexion de la Birmanie par la Grande-Bretagne en 1886, Aung San devint secrétaire de l'Union des étudiants de l'université de Rangoon en février 1936. Après que la Birmanie eut été détachée de l'Inde en 1936, il milite pour l'organisation révolutionnaire Dobama Asi-ayone (« Nous les Birmans ») dont il devint secrétaire général en 1939. Composée de nationalistes extrémistes, cette organisation fut interdite, ce qui obligea Aung San et vingt-neuf de ses compagnons à fuir au Japon.

Aung San revint en Birmanie avec les envahisseurs nippons en 1942 et fut chargé de constituer une armée de guérilla pour soutenir les Japonais dans leur lutte contre les Britanniques. Connue sous le nom d'Armée nationale birmane, cette force se développa au fur et à mesure de l'avance japonaise et prit peu à peu en main l'administration locale des territoires occupés. Ministre de la Défense dans le gouvernement fantoche de Ba Maw (1943-1945), il se mit à douter de la sincérité des promesses japonaises concernant l'indépendance de son pays ; il fut ainsi conduit à changer de camp et à mettre en mars 1945 l'Armée nationale birmane au service des Alliés. Cinq mois plus tard, les Japonais se rendaient ; les Britanniques cherchèrent alors à incorporer les forces d'Aung San dans l'armée régulière, mais il refusa et créa avec ses principaux compagnons l'Organisation volontaire du peuple. Se présentant comme une association d'anciens combattants qui se consacraient à des tâches civiles, celle-ci était en réalité une armée clandestine à but politique, destinée à être utilisée comme moyen de pression ou comme force militaire.

Aung San créa, en 1945, la Ligue antifasciste pour la liberté du peuple (A.F.P.F.L.), mouvement clandestin regroupant des nationalistes, et utilisa ce parti politique comme tremplin, ce qui lui permit d'être élu vice-président du Conseil exécutif de Birmanie en 1946. Il était en fait Premier ministre, mais son pouvoir était hypothéqué par le veto du gouverneur britannique. À la suite d'un entretien avec le Premier britannique Attlee à Londres, il annonça la conclusion d'un accord (27 janv. 1947) prévoyant l'indépendance de la Birmanie au cours de l'année. Lors des élections à l'Assemblée constituante d'avril 1947, l'A.F.P.F.L. remporta 196 sièges sur 202. Bien que les communistes aient dénoncé sa collusion avec l'impérialisme britannique, il appuya cependant le départ de la Birmanie indépendante du Commonwealth.

Le 19 juillet, Aung San, jeune Premier ministre, et six de ses collègues (dont son frère) furent assassinés dans la salle du conseil de Rangoon, en pleine réunion du Conseil exécutif, à l'instigation de son rival politique, U Saw.

 

Complément conférence n°2 : ici

 

 

 

 

Partager cet article

commentaires