15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 18:23

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« Chine : le FMI annonce qu'elle est devenue la première puissance économique mondiale », Le HuffPost, 08/12/2014.

 « Si la Chine a dépassé les Etats-Unis en termes de richesse nationale depuis 2011, voilà qu'un nouvel indicateur vient réaffirmer la puissance économique de Pékin. Selon les données du FMI, publiées en octobre mais dénichées il y a seulement quelques jours par le site spécialisé MarketWatch, le PIB chinois sera de 17.632 milliards de dollars en 2014, contre 17.416 milliards aux Etats-Unis. Pour effectuer cette comparaison, MarketWatch a pris en compte le PIB en "parité du pouvoir d'achat" (PPA).

Pourquoi ne pas avoir exprimé les PIB en bon vieux dollars? Tout simplement parce que le yuan n'était pas une monnaie convertible jusqu'en 2013 et que, depuis cette date, il ne l'est que partiellement. Les échanges de devises sont encore encadrées si bien qu'aujourd'hui encore comparer des chiffres en dollars et en yuans revient à comparer des pommes et des poires (attendu que l'on ne sait toujours pas très bien combien de pommes il faut pour obtenir un poire).

Afin de comparer ce qui est comparable, en tenant compte également des niveaux de vie, le FMI a donc pris le "PPA". Un système de conversion basé sur le pouvoir d'achat dont l'exemple le plus célèbre est l'indice "Big Mac". Le Big Mac étant composé dans tous les pays des mêmes ingrédients, son prix de vente permet d'établir un taux de conversion entre plusieurs monnaies. Le principe est ici le même, mais appliqué à 3000 biens et services. De fait, même en convertissant en une même devise, un dollar permettra d'acheter beaucoup plus de choses en Chine qu'aux Etats-Unis. Inversement, un yuan ne pèsera pas bien lourd aux Etats-Unis.

L'astuce du PPA consiste donc à mesurer le pouvoir d'achat des monnaies par rapport à un panier de produits. Sur 3000 biens et services retenus par le FMI, on réalise par exemple qu'une bouteille d'eau s'achète 4 dollars aux Etats-Unis et 2 yuans en Chine. En s'arrêtant là, on pourrait donc en déduire que 1 yuan est égal à 2 dollars. Mais en pratique seulement, car il faut agréger les 3000 références. Au bout du compte, l'ensemble des données offre ainsi un indicateur relativement concret.

Cette situation devrait se pérenniser, et l'ex-puissance communiste prendra de plus en plus d'avance sur son ex-rivale capitaliste dans les cinq années à venir. Le FMI prévoit ainsi qu'en 2019, la Chine atteigne 27.000 milliards de dollars de PIB (classique), quand les Etats-Unis ne seront qu'à 22.000 milliards.

Bien qu'étant le pays le plus puissant dans sa globalité, la Chine est toutefois loin d'avoir la population la plus aisée de la planète. En mesurant le PIB par habitant, elle est toujours classée 89ème, entre les Maldives et la Jordanie ».

http://www.huffingtonpost.fr/2014/12/08/chine-usa-richesse-puissance-pib_n_6287676.html

 

http://www.letemps.ch/rw/Le_Temps/Quotidien/2014/09/24/Une/ImagesWeb/P18_ConjMonde_Sept_14.jpg

 

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PREMIERE PARTIE :

LES ETAPES DE L'ouverture économique

 

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« La construction de l'économie socialiste de marché », Le Monde.fr,  21.01.2004.

 « A la mort de Mao Zedong en 1976, le fonctionnement de l'économie chinoise repose sur les principes classiques d'un système communiste. Planifiée, autarcique et collectivisée, la Chine est un pays pauvre, qui connaît un écart de richesses important avec les économies occidentales développées. Conscients de leur retard et des bilans peu concluants de la planification économique, les nouveaux dirigeants communistes lancent, à partirde 1978, une ambitieuse politiquede modernisation. L'édification de l'"économie socialiste de marché" est issue de leur volonté de hisser la Chine au rang des plus grandes puissances économiques mondiales.

Si cette politique d'ouverture est marqué par l'abandon progressif de la primauté de l'idéologie, les cadres politiques du communisme sont sévèrement maintenus. Le concept d'"économie socialiste de marché", dont les termes même révèlent le paradoxe, illustre une double réalité : d'une part, la permanence en Chine d'un système politique rigide, qui refuse toute concession vers la démocratisation et, d'autre part, la volonté de construire une économie compétitive et toujours plus libéralisée, en rupture totale avec les codes passés.

1101830926 400La réforme dite des Quatre Modernisations (agriculture, industrie, défense, science et techniques) avait été ébauchée dès 1975 par Zhou Enlai (alors premier ministre de Mao), lors de la 4e Assemblée nationale populaire. Son lancement effectif est cependant le fait de Deng Xiaoping (à la tête du Parti communiste chinois de 1978 à 1997). Dès son accession au pouvoir, il fixe deux objectifs : consolider l'assise du parti (PCC) et hisser son pays au rang des grandes puissances mondiales. Pour Deng, "peu importe qu'un chat soit blanc ou gris pourvu qu'il attrape la souris". "Il est glorieux de s'enrichir" : tel est le slogan officiel de sa politique pragmatique. La réforme implique donc la réhabilitation de la notion de profit, une disparition progressive de la planification de l'économie et une volonté affichée de moderniser le pays. Elle concerne surtout, de 1978 à 1984, l'agriculture.

Le "système de responsabilité" paysan

La décollectivisation des terres et la redistribution de lots sur la base de l'unité familiale s'organisent en 1978. Les communes populaires disparaissent. Désormais, si le paysan n'est pas, à proprement parler, propriétaire de la terre, il en a toutefois la jouissance durant quinze ans. Les autorités mettent en place un "système de responsabilité", qui permet au paysan d'être rémunéré pour sa production. Les paysans sont libres de choisir leurs cultures et les quantités ne sont plus soumises à quota. Un petit marché libre se développe. A partir de 1982, le "système de responsabilité" au niveau des familles est généralisé dans les villages. La libéralisation de la plupart des produits agricoles est autorisée, signifiant la fin de l'achat planifié par l'Etat. Le niveau de vie de la population rurale s'améliore sensiblement.

Début de privatisation de l'économie

La constitution d'entreprises privées est légalisée pour l'industrie légère et les services. La création de sociétés mixtes avec des capitaux étrangers est désormais possible. Deng Xiaoping lance la réforme dite de la "porte ouverte", qui ouvre la Chine vers l'extérieur. Les investissements étrangers sont désormais souhaités et leur accueil est concentré vers un ensemble de zones ouvertes au commerce extérieur. Cinq zones économiques spéciales (ZES) sont destinées aux entreprises étrangères à partir de 1979 (dont les villes de Canton et Shanghaï ainsi que la zone de Shenzhen, près de Hongkong), ainsi que des zones franches. Ces ZES constituent des laboratoires expérimentaux pour la Chine, lui permettant de s'ouvrir progressivement aux techniques du commerce extérieur.

Généralisation de la réforme à partir de 1984

Le troisième plénum du 12e comité central décide, en 1984, l'extension de la réforme à l'ensemble de l'économie chinoise. Elle se traduit par : une volonté de décentralisation, à travers le transfert de deux tiers des postes administratifs à Pékin vers les provinces ; le début de la réforme des entreprises d'Etat, dans un souci d'accroissement de leur autonomie de gestion ; l'abandon total de la livraison à l'Etat de produits agricoles selon des quotas. Quatorze nouvelles villes côtières sont déclarées "ouvertes" en avril 1984. Elles peuvent commercer avec l'étranger et bénéficient d'une liberté plus grande en matière fiscale et douanière, afin d'attirer des techniques et des capitaux étrangers. En 1987, le "système de responsabilité" est étendu au secteur industriel. A la même date, le terme d'"entreprise privée" est reconnu officiellement pour la première fois. En mai 1985, les prix de 1 800 produits sont libérés.

1989-1991 : ralentissement des réformes de modernisation

Une période d'inflation très forte et de troubles politiques intenses provoque un arrêt momentané des réformes économiques. Les factions conservatrices du PCC l'emportent provisoirement, après les évènements du printemps de Pékin et les émeutes de Tiananmen, en juin 1989.

Cinq mois plus tard, lors du 5e plénum du comité central, les factions conservatrices réussissent à infléchir les orientations politiques vers un retour à la planification. Elles cherchent à imposer la restauration du contrôle des prix, critiquent le développement du secteur non étatique et le développement du marché. Des projets de renationalisation de la terre et de collectivisation rurale sont ébauchés. Mais la victoire des conservateurs est de courte durée : Deng Xiaoping reprend rapidement en main les réformes de modernisation.

L'officialisation du concept de "socialisme de marché"

En mars-avril 1992, Deng Xiaoping impose à l'Assemblée nationale l'abolition des mesures économiques de rétorsion, prises au lendemain des émeutes des Tiananmen. Le 14e congrès du PCC marque l'accélération des réformes de modernisation et d'ouverture : la priorité est recentrée sur le développement du secteur public ; il est décidé d'accentuer encore davantage la restructuration des entreprises d'Etat, alors qu'est enclenchée la privatisation des petites entreprises d'Etat. Les autorités chinoises ne souhaitent pas vendre les entreprises d'Etat, mais agissent selon le précepte : "garder les grandes, laisser partir les petites" ; les entreprises doivent s'adapter aux règles d'une économie de marché ; mise en place d'un marché national unifié, permettant de lier marchés urbains et marchés ruraux ; la notion d'"économie de marché socialiste" est adoptée et, en mars-avril 1993, est inscrite dans le préambule de la Constitution. Zhu Rongji lance une réorganisation du système bancaire. De 1992 à 1995, il s'empare du contrôle de la Banque centrale et se charge de lui donner un rôle majeur face aux banques commerciales. Il crée par ailleurs un comité de politique monétaire, nommé pour six ans par le gouvernement, qui seul détient les clés de la politique de la Banque centrale.

1997 : accélération de la réforme des entreprises d'Etat

Au 15e congrès du Parti de 1997, Zhu Rongji fait de la restructuration des entreprises d'Etat dans le secteur industriel le pivot de sa réforme. Il en donne une nouvelle définition, qui inclut les sociétés anonymes conjointes et l'actionnariat avec des investisseurs privés. La réforme de Zhu Rongji implique la privatisation des logements et la mise en place d'un régime d'assurances chômage et de retraites. Ceux-ci étaient jusqu'alors pris en charge par les entreprises d'Etat. Ce mouvement de restructuration entraîne aussi la disparition d'institutions ministérielles, dont le nombre passe de 29 à 40, et une réduction de moitié du corps des fonctionnaires, qui de huit millions passent à  quatre millions. Zhu Rongji, premier ministre de mars 1998 à mars 2003, annonce sa volonté de remettre à flot en trois ans les entreprises d'Etat déficitaires. En 1997-1998, la Chine échappe à la crise asiatique, notamment en raison de l'inconvertibilité de sa monnaie, le yuan (aussi appelé renminbi). Cette inconvertibilité, signe d'une économie encore fermée et imparfaitement mondialisée, confirme la Chine dans sa décision de conserver une monnaie sous-évaluée (au grand dam des Etats-Unis, qui souffrent de la compétitivité des produits chinois). En 1999, un amendement de la Constitution définit le secteur privé en tant que "composante importante" de l'économie chinoise.

2001 : entrée de la Chine à l'OMC

La Chine devient le 143e membre de l'Organisation mondiale du commerce en décembre 2001, après quatorze années de négociations. Cette adhésion – point d'orgue de la politique d'ouverture et de modernisation entamée en 1978 -, marque une véritable étape dans l'évolution de l'économie chinoise. La disparition progressive des barrières tarifaires et douanières permettra une pénétration économique étrangère accrue. Par cet accord, la Chine tourne définitivement le dos au passé et accepte une libéralisation de son économie ».

http://www.lemonde.fr/economie/article/2004/01/21/la-construction-de-l-economie-socialiste-de-marche_349978_3234.html

 

http://www.populationdata.net/images/cartes/asie/extreme-orient/chine/chine_zes.jpg

« La création des « Zones Economiques Spéciales », Faits et cause, octobre 2011.

« Le décès de Mao en 1976 a provoqué une importante reconfiguration dans l’ensemble de la société chinoise. Ainsi, la Chine a progressivement fait la transition d’une économie planifiée à une économie de marché. Cette transition s’est faite notamment par l’instauration de mesures législatives bien spécifiques destinées à moderniser l’économie du pays. L’une de ces mesures est sans contredit la création des « zones économiques spéciales » dans plusieurs régions de la Chine.

La plupart des intellectuels chinois s’entendent pour dire que le point de rupture ayant permis au pays d’enclencher d’importantes réformes économiques est survenu lors de la troisième session plénière du onzième Congrès du Parti communiste à Beijing en 1978. C’est là qu’on été tracées de grandes orientations politiques et économiques, comme la politique dite de la « porte ouverte », qui favorisaient de telles réformes. Par la suite, le gouvernement a introduit diverses mesures économiques dans différentes provinces afin d’évaluer leur réussite ou leur échec, et de décider si elles devaient être mises en place ou non dans le reste du pays.

Cette façon progressive de procéder apparaissait la seule convenable pour le gouvernement chinois qui manquait d’expérience et de connaissance face aux enjeux économiques internationaux. L’une de ces premières réformes a été la mise en place progressive, dès la fin de 1979, de zones spéciales. En effet, certaines villes et régions de la Chine sont qualifiées de zones spéciales par le gouvernement central, en ce sens qu’elles peuvent notamment offrir différents avantages fiscaux ainsi qu’un environnement juridique privilégié, de manière à inciter les entreprises à venir y investir. Les ZES se veulent en quelque sorte un territoire servant de laboratoire d’essai pour le reste du pays.

La structure et le fonctionnement des zones spéciales

Au-delà des incitatifs à caractère fiscal et juridique, soulignons que les zones spéciales disposent d’une main-d’œuvre abondante et bon marché, d’une grande disponibilité de terrains à prix abordable ainsi que d’une situation géographique intéressante, étant donné qu’elles sont souvent côtières, ce qui permet l’accès à des ports importants de marchandises. De plus, l’investisseur étranger peut bien souvent « […] négocier les conditions de son implantation dans la zone avec l’autorité locale qui sait, le cas échéant, faire preuve de beaucoup de pragmatisme et de flexibilité. » Il existe en Chine plusieurs catégories de zones spéciales. Chacune d’entre elles présente des caractéristiques qui lui sont propres selon l’objectif économique poursuivi par le gouvernement lors de son ouverture.

Le développement des zones spéciales

Le premier type de zone spéciale à avoir été instaurée en Chine est la « zone économique  spéciale » (ZES). La plus ancienne est limitrophe à Hong Kong et se trouve dans le sud du pays. Il s’agit de la ZES de Shenzhen, qui a vu le jour en 1979.  Son ouverture représente véritablement le début pour la Chine de l’implantation de la politique de la porte ouverte .

Avec le succès de la création de la ZES de Shenzhen, plusieurs autres villes et régions ont été désignées par le gouvernement afin de devenir ZES. Ce fut le cas notamment, en 1980, des villes de Shantou, Zhuhai et de Xiamen. Puis, en 1988, quand l’île de Hainan devint une province de la Chine, elle fut à son tour désignée comme ZES. Ces villes et cette île ont été sélectionnées en se fondant sur différents critères, par exemple le fait qu’elles étaient à proximité des villes de Hong Kong et de Macao ainsi que de l’île de Taiwan. Cette caractéristique leur permet d’appuyer leur infrastructure sur celles de ces territoires qui étaient initialement plus développées. De plus, leur proximité de la côte les rend propices à l’importation de matières premières et, par surcroît, à l’exportation de produits finis.

Considérant le succès apparent des ZES, le gouvernement central décida de procéder en 1984 à l’ouverture de 14 zones portant la dénomination de « zones côtières ouvertes ». Certaines de ces villes ont par la suite été autorisées à devenir des « zones de développement économique et technologique » (ZDET). Elles sont aujourd’hui au nombre de 54. Contrairement aux ZES qui ont un mandat davantage axé sur les exportations, les ZDET ont comme fonction de contribuer à la modernisation des infrastructures industrielles chinoises. Par ailleurs, il existe également des ZDET créées par les gouvernements provinciaux; à la différence de celles désignées par le gouvernement central, elles ne peuvent offrir que des mesures locales d’incitatifs aux investissements. Les principales ZDET comprennent notamment les villes de Beijing, Tianjin, Shanghai et Qingdao.

Par ailleurs, il a été créé dès 1985 par l’ancienne commission d’État aux sciences et technologies, aujourd’hui le ministère des Sciences et Technologies une forme de réseaux parallèles de zones à statut particulier. Il s’agit des zones industrielles de haute et nouvelle technologie (ZHN). Ces zones sont présentement au nombre de 53 et elles accordent une série d’avantages douaniers et fiscaux aux entreprises de nouvelles technologies. Le principal objectif de ces zones est de rattraper les pays industrialisés dans le domaine des hautes technologies.

À cela s’ajoutent, depuis 1990, 15 « zones sous douanes» qui ont comme mandat de favoriser les échanges commerciaux, notamment par l’entremise de procédures douanières simplifiées ainsi que d’exonérations de taxes. La plus grande est celle de Waigaoqiao à Shanghai qui mesure 10 km2. Elle offre certains avantages que d’autres zones n’ont pas. Par exemple, « [considérant que] les entreprises à investissements étrangers sont toujours exclues du commerce international (sauf à des conditions strictes) et du commerce interne (hormis pour leur propre production), la zone de Waigaoqiao leur permet en fait de se livrer pratiquement à ces activités, en passant par les marchés de zones franches grâce auxquels elles peuvent facturer leurs clients chinois en Yuans (CNY ). Ces CNY peuvent alors être convertis sur place en devises ». C’est pourquoi plusieurs compagnies multinationales sont venues s’établir dans cette ville.

Ainsi, la création des zones spéciales a eu comme incidence de concentrer les investissements étrangers sur des régions et des territoires bien spécifiques de la Chine. Cela a permis au gouvernement de contrôler plus facilement les investissements étrangers tout en proposant un environnement juridique plus sécuritaire. Par ailleurs, Hong Kong n’est plus le premier pôle économique et les zones côtières ont connu un développement sans précédent au cours des dernières années ce qui a contribué à soutenir les exportations du pays.

En matière de développement des nouvelles technologies, il reste indéniable que la Chine a su rattraper le retard qu’elle avait sur bon nombre de pays industrialisés. À titre d’exemple le pays a connu une croissance d’environ 26,1% dans le dépôt de brevets entre 2003 et 2009. En suivant ce rythme, la Chine devrait donc selon toute vraisemblance dépasser les États-Unis et le Japon en 2013. Cependant, il faut signaler que « […] la moitié des brevets déposés sont en fait des «certificats d’utilité», qui permettent, à la différence d’un «brevet d’invention», de protéger une invention pour un coût moins élevé et pour une durée moindre (6 à 10 ans contre 20 ans pour le brevet d’invention). » Par ailleurs, il semblerait que la plupart des brevets déposés en Chine ne sont pas nécessairement liés à de nouvelles inventions, il s’agit souvent de modifications relativement à l’apparence de certains objets sans pour autant faire appel à une quelconque technique innovante.

Les effets des zones spéciales sur le reste du pays

Depuis l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2005, il pourrait arriver qu’à court ou moyen terme, compte tenu des pressions des entreprises chinoises internes, les zones spéciales doivent renoncer à accorder des bénéfices aux étrangers. Déjà, afin de satisfaire aux critères d’adhésion à l’OMC, certains avantages concurrentiels destinés aux investisseurs étrangers ont été soit diminués dans les zones spéciales ou encore appliqués dans d’autres régions de la Chine.  Cependant, il ne faudrait pas penser que les zones spéciales soient portées à disparaître dans un avenir rapproché. En effet, elles ont développé au cours des vingt dernières années un ensemble de conditions faisant en sorte qu’elles demeurent nettement concurrentielles par rapport à d’autres régions de la Chine.

Comme la majorité des zones spéciales se situent dans des régions côtières, soit dans la partie est de la Chine, leur création, a eu pour conséquence d’augmenter l’écart de richesse entre cette partie est et le reste de la Chine. Un déséquilibre économique important survient donc avec les parties centrale et ouest où vivent pourtant tout près de 60 % de la population du pays. Il s’agit de l’une des difficultés à laquelle le gouvernement chinois demeure confronté. Par conséquent, il a mis en place différentes mesures favorisant une réduction des disparités économiques entre les régions. Ainsi, dans les régions centrales et ouest de la Chine, le gouvernement central investit maintenant dans des projets liés notamment aux secteurs de l’énergie, du transport, des télécommunications et des infrastructures en général. Le gouvernement aurait même promis que plus de 60 % des prêts provenant des gouvernements étrangers et de la Banque Mondiale seraient réinvestis dans l’économie des parties centrale et ouest de la Chine.

En somme, il est manifeste que les zones spéciales constituent une étape cruciale dans la transition de la Chine vers une économie de marché. En effet, ces zones  permettent progressivement au pays d’adapter son économie. En essayant une mesure fiscale ou une autre dans un secteur donné, il est possible d’apprécier la réussite ou non du projet avant de l’appliquer à l’échelle nationale. Finalement, mentionnons que le concept des ZES a été repris dans d’autres pays d’Asie, notamment au Bangladesh, encore une fois afin de stimuler l’économie nationale ».

http://www.faitsetcauses.com/2011/10/20/chine-la-creation-des-«-zones-economiques-speciales-»/

 

« Shenzhen, des années 1980 à aujourd'hui... »

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DEUXIEME PARTIE :

CHINE ET CAPITALISME : UNE RELATION AMBIGUE

Bibliographie : M.-C. Bergere, Le nouveau capitalisme d’Etat, Fayard, 2013.

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« Les réformes économiques menées en Chine à partir de 1980 ont changé le destin de ce pays longtemps soumis à la dictature de Mao Zedong. Au tournant du nouveau siècle, la Chine, apparemment convertie au capitalisme, semble marcher vers la démocratie. La crise de 2008 a cependant mis en lumière le rôle croissant du secteur public qu’on croyait condamné, et les obstacles rencontrés par un capitalisme qu’on croyait prêt à triompher. Quelle est donc la véritable nature de ce système économique et politique ? Pour répondre à cette question, Marie-Claire Bergère examine la nature des réformes lancées depuis 1980, et conduites de façon autoritaire par un régime demeuré communiste dont l’objectif n’est pas de créer un système capitaliste, mais d’utiliser au mieux les ressources du marché pour développer la richesse de la Chine, renforcer sa puissance et préserver le monopole politique du parti. La stratégie mise en œuvre repose sur le rôle primordial accordé à un secteur public rénové et à ses entrepreneurs bureaucrates et sur le dynamisme soigneusement circonscrit du secteur privé et de ses capitalistes. La clé de voûte de ce système demeure le parti unique qui tire sa légitimité non plus de l’idéologie, mais de la croissance. Les succès remportés par ce nouveau capitalisme d’État sont-ils durables et en font-ils un modèle transposable ? Un tel modèle serait-il capable d’assurer la diffusion et l’universalisation des valeurs « confucéennes » dont se réclame désormais le pouvoir communiste ? Bien des scénarios sont imaginables dont trois sont ici examinés : panne de croissance catastrophique, improbable révolution sociale et maintien d’un statu quo flexible ».

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« Les tribulations du capitalisme en Chine au XXe siècle », par M.-C. Bergere.

« En Chine, le développement du capitalisme a pris plusieurs faux départs. L'essor du capitalisme commercial sous la dynastie des Ming (1368-1644) n'a pas débouché sur une révolution industrielle. Le capitalisme bureaucratique qui apparaît dans la seconde moitié du XIX ème siècle, après l'ouverture de la Chine aux étrangers, aboutit rapidement à l'échec. L'entreprise privée qui prend alors le relais s'épanouit pendant « l'âge d'or » des premières décennies du XX ème siècle. Mais le retour d'un pouvoir central fort (Guomindang) à partir de 1927, communiste après la révolution de 1949), qui entend gérer lui-même la modernisation de l'économie nationale selon des méthodes autoritaires, planifiées et centralisées provoque l'affaiblissement puis la disparition du jeune capitalisme chinois. Depuis la mort de Mao-Zedong et l'adoption d'une politique de réforme par Deng Xiaoping en 1978, le capitalisme a pris en Chine un nouvel et puissant élan. Cette fois-ci sera-t-elle la bonne ?

Les avortements antérieurs appellent à une certaine prudence dans la prospective. Ils appellent à s'interroger sur les causes de ces échecs successifs et à examiner attentivement les diverses formes-étatique, bureaucratique, privé qu'à revêtues le capitalisme en Chine ; à étudier le rôle que les étrangers ont joué dans son développement ; à analyser les modes de fonctionnement des entreprises chinoises soumises (ou destinées à se soumettre) à la « rationalité économique » wéberienne ? Freinées ou renforcées par leur enracinement dans les réseaux de solidarités familiales et régionales ? Au moment où le XVI ° congrès du parti communiste chinois invite les capitalistes à jouer un rôle accru dans la vie politique nationale, on peut aussi se pencher sur cette nouvelle classe sociale : sur sa généalogie, sur cette foule d'ancêtres : marchands, changeurs, compradores, entrepreneurs de « l'âge d'or » dont les relations avec le pouvoir furent plus souvent marquées par les compromis que par la confrontation. On peut aussi s'interroger sur son avenir. Dans la perspective- non encore assurée –d'une Chine devenue enfin moderne et partie prenante de la mondialisation, cette nouvelle classe trouvera-t-elle son identité et affirmera t-elle sa puissance ? Le triomphe éventuel du capitalisme conduira-t-il comme on le postule un peu rapidement, à celui de la démocratie ou bien à l'apparition de formes particulières de participation politique et de citoyenneté ».

 

Lien vers la conférence de M.C. Bergère :

http://www.canal-u.tv/video/universite_de_tous_les_savoirs/les_tribulations_du_capitalisme_en_chine_au_20e_siecle.1331

 

TROISIEME PARTIE :

LES CONSEQUENCES DE L’INSERTION DE LA CHINE DANS LA MONDIALISATION

 

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« Entre la Chine et l'Afrique, une relation à rééquilibrer ». Jean-Pierre Boris, RFI 26-03-2013.

« Dar es Salaam, Durban, Brazzaville, l’itinéraire du premier voyage officiel de Xi Jinping n’est pas innocent. Les Chinois veulent dire à l'Afrique qu’elle compte pour eux. Cela a été dit dès l’étape tanzanienne au cours de laquelle le président Xi Jinping a assuré que les relations entre son pays et l'Afrique allaient s'intensifier dans les années à venir.

Ce qui intéresse beaucoup les Chinois, ce sont les matières premières africaines, que ce soient le pétrole, le charbon, le gaz, les métaux. C’est le cas en Tanzanie, par exemple. « La Tanzanie a beaucoup de ressources naturelles à offrir à la Chine et a aussi des terres agricoles sous-utilisées, comme le souligne l'économiste tanzanien Ibrahim Lipumba, par ailleurs président du Civic United Front, un parti politique d'orientation libérale. Les Chinois souhaitent évidemment avoir accès à ces richesses. Par exemple, nous avons découvert du gaz naturel dans nos eaux de l'Océan Indien. Mais nous avons aussi beaucoup de terres agricoles susceptibles d'être exploitées pour produire du soja, des oléagineux, du manioc qui pourraient servir d'aliments pour le bétail chinois. »

200 milliards de dollars d’échange

La Chine a besoin de tout ce que l’Afrique peut lui offrir. Pétrole, gaz, charbon, métaux, la production des pays africains part de plus en plus vers la Chine. A tel point que ces dernières années, les relations économiques entre la Chine et l’Afrique n’ont fait qu’augmenter alors que, crise oblige, celles de l’Afrique avec les zones développées, Etats-Unis et Europe de l’Ouest, ont chuté.

En 2012, les relations entre la Chine et l'Afrique ont atteint les 200 milliards de dollars, presque le double des relations entre le continent et les Etats-Unis, comme le souligne Simon Freemantle, un analyste économique de la Standard Bank, à Johannesbourg.

La crainte d’une nouvelle colonisation

Pourtant, cet intérêt de la Chine pour les richesses africaines commence à susciter des inquiétudes chez certains dirigeants africains. Très récemment, une des grandes voix du monde économique continental s'est émue des déséquilibres dans les relations entre la Chine et ses partenaires africains : le gouverneur de la banque centrale du Nigeria, Sanusi Lamido, a constaté, dans une tribune publiée par le Financial Times, que l'Afrique vendait à la Chine ses matières premières et que la Chine vendait des produits transformés à l'Afrique.

Pour Sanusi Lamido, il est clair que c'est là une relation coloniale. Et il n'est pas le seul à faire ce constat. Par exemple, Arnaud Dabancourt, un chef d'entreprise franco-sud-africain qui sillonne en permanence la région, constate à longueur de voyages que partout où des chantiers de travaux publics sont confiés à des entreprises chinoises, la main d’œuvre est chinoise.

Lors de ses déplacements professionnels en Angola, Arnaud Dabancourt, fondateur et directeur de l’entreprise Tristan Export, constate même que les immigrants chinois, fidèles à leur légende de grands commerçants, ouvrent échoppes et restaurants, allant même jusqu’à investir le secteur traditionnel du commerce ambulant dans les rues de Luanda, la capitale angolaise. Et pour Arnaud Dabancourt, c’est une forme de colonialisme.

Entreprises chinoises, main d’œuvre chinoise

Au Congo, troisième et dernier pays visité par le président Xi Jinping à l’occasion de cette première tournée africaine, les entreprises chinoises participent aux appels d'offre que lance l'Etat. Elles y sont autorisées en vertu d’un accord stratégique entre les deux pays. Les investisseurs chinois sont membres des chambres de commerce et d’industrie locales. C’est en particulier le cas à Pointe-Noire, la capitale de l’off-shore pétrolier du Congo-Brazzaville.

Sur les routes, sur les chantiers d’infrastructures dont la responsabilité a été confiée à des entreprises chinoises, il y a aussi des ouvriers chinois. Mais aux yeux de Sylvestre Didier Mavouenzela, le président de la chambre de commerce et d’industrie de Pointe-Noire, tout de prudence et de diplomatie, le mélange entre travailleurs chinois et congolais se fait de belle manière.

Et si Sylvestre Didier Mavouenzela reconnait qu’il serait bon d’accélérer les transferts de compétence entre Chinois et Congolais, s’il reconnait que les entreprises chinoises devraient recourir plus qu’elles ne le font à des sous-traitants congolais, il résiste à l’emploi du mot « colonisation » que d’autres prononcent sans problème.

C’est que, malgré le déséquilibre actuel des relations entre Chine et Afrique, le continent noir ne serait globalement pas en train de décoller sur le plan économique si son wagon n'était pas accroché à la locomotive chinoise. »

http://www.rfi.fr/afrique/20130326-chine-brics-afrique-xi-jinping-relation-equilibre/

 

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« La Chine redore son image en Afrique », C. de la Guérivière, Le Figaro, 05/05/2014

« Les relations entre la Chine et l'Afrique sont entrées dans un âge d'or», a tenu à assurer Li Keqiang, le premier ministre chinois, avant de s'envoler dimanche pour sa première tournée en Afrique depuis sa prise de fonction en 2013. En à peine huit jours, il visitera successivement l'Éthiopie, le Nigeria, l'Angola et le Kenya. Ce voyage au programme chargé intervient tout juste un an après une tournée africaine très médiatisée du président chinois, Xi Jinping. Il confirme l'importance croissante des ressources africaines - dont le pétrole - pour l'économie de l'empire du Milieu.

«C'est une visite très significative, tournée vers l'ensemble de l'Afrique. Elle aura pour but de réitérer l'amitié traditionnelle entre la Chine et l'Afrique, mais aussi de promouvoir un nouveau type de coopération stratégique», a indiqué pour sa part le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Zhang Ming, lors d'une conférence de presse. «De nombreux accords commerciaux seront signés, mais ils ne seront pas cantonnés au pétrole», a insisté Zhang Xianchen, ministre adjoint du Commerce, interrogé sur les perspectives de contrats énergétiques au Nigeria et en Angola, deux importants producteurs d'or noir. Selon lui, une soixantaine d'accords de coopération seront conclus tout au long du voyage, dans des domaines variés «tels que le commerce, la santé, l'agriculture et la formation professionnelle».

Pour sa première étape en Éthiopie, Li Keqiang doit visiter un parc industriel et assister à une cérémonie d'achèvement d'un projet d'autoroute mené par des entreprises chinoises. Il se rendra également au nouveau siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, construit avec l'aide financière de la Chine. À Abuja, au Nigeria, il assistera à une session plénière du Forum économique mondial sur l'Afrique.

«Le colonialisme doit appartenir au passé»

Depuis 2009, la Chine est devenue le premier partenaire commercial de l'Afrique. Le volume des investissements directs chinois en Afrique a atteint 25 milliards de dollars fin 2013 et 2 500 sociétés chinoises ont investi dans le continent selon l'agence officielle chinoise Xinhua. Le commerce bilatéral entre la Chine et l'Afrique s'est élevé à 210 milliards de dollars en 2013 en constante augmentation, mais non sans accroc. Les Chinois sont régulièrement soupçonnés de chercher uniquement à piller les matières premières ou encore de vouloir inonder le marché africain de produits manufacturés à bas prix sans transférer de savoir-faire.

En février 2013 les autorités zambiennes avaient été amenées à confisquer une mine de charbonappartenant à un groupe chinois après une violente révolte des mineurs qui fustigeaient les mauvaises conditions de travail et le non - respect des normes environnementales. Face au malaise grandissant, Li Keqiang a ainsi appelé dimanche les entreprises chinoises présentes en Afrique à se conformer aux lois et règlements locaux et à prendre leurs responsabilités pour protéger les intérêts des communautés locales - «Je voudrais affirmer à nos amis africains, avec toute ma sincérité, que la Chine entend aucunement agir de façon impérialiste comme certains pays l'ont fait auparavant sur le continent africain,- le colonialisme doit appartenir au passé», a-t-il déclaré solennellement. 

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/05/04/20002-20140504ARTFIG00145-la-chine-redore-son-image-en-afrique.php

 

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QUATRIEME PARTIE :

LES LIMITES DE LA PUISSANCE ECONOMIQUE CHINOISE

 

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« Le président chinois Xi Jinping ouvre la voie à une "réforme globale" pour résoudre les problèmes économiques et environnementaux », The Huffington Post, Par Peter S. Goodman, 09/11/2013

« La Chine a un problème. Depuis trois décennies, le Parti communiste au pouvoir a mis au point une formule efficace pour planifier une transformation économique extraordinaire. Le parti a levé les contrôles d'Etat les plus importants, permettant aux entreprises privées de s'installer. Il a investi massivement dans les autoroutes, les ports et toutes les infrastructures industrielles, tout en cherchant des investissements étrangers et distribuant des terres pour lancer des processus de fabrication. Des produits chinois ont atterri dans les rayons du monde entier et les fermiers de l'arrière-pays ont rejoint la côte en masse afin de trouver de nouveaux emplois industriels et de pouvoir envoyer chez eux une partie des revenus qui leur ont permis d'envoyer leurs enfants à l'école et d'acheter du mobilier moderne. Suivant cette tendance, environ 600 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté.

Mais désormais ce modèle s'est essoufflé, comme l'ont répété les grands élus chinois ces derniers jours durant une série de discussions au Conseil du 21ème siècle, un rassemblement de leaders d'opinion, de directeurs d'entreprises et d'anciens chefs d'Etat du monde entier. J'ai assisté à la conférence, qui était organisée dans le but de promouvoir la compréhension mondiale de la Chine à quelques jours de la très importante réunions à huis clos des nouveaux membres du Comité central du Parti communiste chinois (PCC). Ce samedi à Pékin, ils décideront de la feuille de route du pays pour les années à venir. La nouvelle direction du PCC s'apprête effectivement à tracer, en conclave, le cap d'un nouveau train de réformes économiques, tout en gardant les mains libres sur l'ampleur et le calendrier de leur mise en oeuvre.

Les métiers industriels se déplacent vers le Bangladesh, le Vietnam et d'autres pays où les salaires sont plus bas. Des décennies d'industrialisation ont produit une pollution ahurissante, des villes couvertes de fumées toxiques et des toxines qui se déversent dans les voies navigables. Certains gouvernements locaux qui cherchent à tirer profit du développement ont saisi des terres des mains des fermiers sans leur payer d'indemnités appropriées, ce qui a scandalisé l'opinion publique. Les élus ont fait du boom économique une aubaine pour la corruption.

Les inégalités économiques se sont élevées à un niveau jamais atteint depuis que le parti a pris le pouvoir au cours d'une révolution menée par les paysans il y a plus de 60 ans. Une élite urbaine profite désormais de grands appartements climatisés, de centres commerciaux débordant de marques luxueuses et de restaurants cliquants. Le reste de la Chine, soit 1,3 milliard d'habitants, affronte les embouteillages, l'air suffocant et l'envolée des prix du logement, de la santé et de l'éducation.

"Dans les 30 dernières années, quel que soit le type de défis que nous ayons rencontré, nous avons toujours fait du développement une priorité dans notre agenda, et nous avons atteint une croissance économique annuelle de 9,8 pourcent en moyenne", a déclaré le Premier ministre Li Keqiang à notre assistance durant un meeting dans le Palais de l'Assemblée du peuple, la maison grandiose du pouvoir législatif chinois. "C'est ce qui a amené la Chine là où elle est aujourd'hui."

"D'un autre côté, notre économie fait désormais face à une série de problèmes profonds et structurels", a-t-il poursuivi. "Il ne peut pas y avoir de développement durable sans transformation économique. Ainsi, nous avons décidé de bâtir une version modernisée de l'économie chinoise, en nous concentrant sur l'amélioration de la qualité et de l'efficacité du développement. En développant l'économie, le pouvoir d'achat du peuple devient notre priorité numéro 1." Les mots de Li –transmis publiquement dans les journaux d'État officiels– assurent un examen approfondi de l'assemblée plénière du parti très attendue qui va se tenir ici ce week-end. Les observateurs chinois ont envisagé ce meeting comme un événement potentiellement très marquant, suggérant qu'il pourrait préparer la voie pour certains des changements les plus significatifs de l'économie chinoise depuis que Deng Xiaoping a lancé les premières réformes d'économie de marché à la fin des années 1970.

Mais si les grandes lignes d'une politique de réforme économique semblent claires –répartir les bénéfices du développement plus équitablement tout en diminuant la pollution et les réclamations sociales– les détails ne le sont pas vraiment. Lorsque les élus chinois et les universitaires influents ont discuté des défis et des potentielles recommandations en amont de l'assemblée plénière, ils ont donné l'impression que le pouvoir essaie encore de maîtriser les problèmes fondamentaux.

De tels rassemblements ne sont pas des lieux adéquats pour annoncer le détail de nouvelles politiques. Ils font plutôt office de spectacles au cours desquels des petits ajustements à un discours familier donnent un sens des priorités aux gouvernements locaux chargés de mettre les changements en pratique. Les débats sont généralement orchestrés bien à l'avance. Mais cette fois, assurent les élus et les universitaires affiliés aux organes du gouvernement, un débat authentique semble se poursuivre autour de questions majeures – en particulier, le destin d'une proposition de réforme agraire qui pourrait effectivement donner aux habitants des campagnes des droits de propriété privée.

Tandis que l'Etat a permis la mise en place d'un marché immobilier frénétique dans les villes, soutenant un boom de l'immobilier (et une bulle potentielle), les terres rurales sont toujours officiellement détenues par la propriété collective et sont contrôlées par les chefs des partis locaux qui les utilisent généralement comme bon leur semble.

Donner aux habitants des campagnes un titre juridique sur le sol qu'ils cultivent et où ils vivent est devenu l'un des moyens potentiels d'empêcher le vol des terres par les élus locaux corrompus, permettant à la fois d'apaiser une source de conflit et de réfréner la destruction environnementale. La réforme agraire pourrait aussi pourvoir aux habitants des campagnes une sorte d'emprunts garantis pour qu'ils montent leur propre affaire ou qu'ils lèvent des fonds pour déménager dans les villes et trouver un travail.

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Le rôle des hommes politiques

Les étrangers supposent souvent que la Chine est complètement dépourvue de politiques, au vu des statues du Président Mao qui s'imposent sur les places publiques et du marteau et de la faucille qui ornent toujours la tenue du parti. Mais malgré la règle de parti unique, les hommes politiques constituent une dimension clé dans la prise de décision. Des intérêts spéciaux se bousculent pour avoir les faveurs tandis que des factions du parti débattent des objectifs appropriés. Autour de la réforme agraire, les manigances et les débats ont été particulièrement intenses.

Rendre la terre plus difficile à obtenir pour les promoteurs immobiliers va sans doute ralentir la croissance économique. Cela pourrait menacer les métiers du bâtiment pour les paysans qui se rendent dans les villes – une source potentielle d'instabilité sociale. Cela amenuiserait les finances des municipalités, qui en sont venues à compter sur les ventes de terres pour subsister, et réduirait les comptes bancaires des élus locaux qui récoltent à présent le butin du développement.

De plus, obtenir les mérites des réformes agraires nécessiterait certainement un autre changement fondamental : libéraliser le soi-disant système d'enregistrement des ménages de la Chine, qui rend l'établissement légal dans des villes difficile pour les habitants des campagnes. Une fois que les gens sont inscrits sur les registres de zones urbaines, ils ont le droit à des allocations pour les soins de santé et l'éducation, et à d'autres avantages sociaux. La facture revient alors aux gouvernements locaux, qui -non sans coïncidence- s'opposent généralement à une facilitation des restrictions.

Cependant, à moins que les habitants des campagnes soient capables de déménager en ville, la réforme agraire pourrait être un désastre selon certains économistes chinois qui font actuellement pression contre un tel programme. Un économiste de ce camp craint que les fermiers réussissent à vendre leur terre et ensuite n'arrivent pas à établir un enregistrement légal dans la ville. Ils seraient alors coincés, sans aucun moyen de mener une vie urbaine décente ni aucune terre à labourer dans la campagne. Les chefs de partis qui penchent pour cette vision voient la terre agricole comme un ultime filet de protection sociale dans une ère de changement tumultueux.

Les dirigeants chinois ont longtemps reconnu un impératif à détourner l'économie de sa dépendance à l'export et des infrastructures financées par le gouvernement, tout en créant un nouvel ordre économique centré sur la consommation. Les ménages chinois font partie des épargnants les plus prodigieux de la terre, mais une grande part de ces économies a été dilapidée dans des projets faramineux financés par des prêts à taux préférentiel par des banques étatiques. Finalement, même le pays le plus peuplé du monde est à court de parcs scientifiques, de centres de congrès et de rénovations urbaines. Sa santé économique va nécessiter que les consommateurs chinois aient les moyens d'acheter des produits et services made in China.

Pourtant la transition ne peut pas être réalisée sans d'autres réformes supplémentaires. Les ménages chinois épargnent en partie parce que l'ancien filet de protection sociale étatique a été largement démantelé, forçant la population à payer pour des biens de première nécessité comme la santé ou l'éducation. Sans nouvelle politique pour remplir le vide, les ménages sont partis pour continuer à mettre de côté autant d'argent qu'ils peuvent, limitant leurs dépenses.

Les revenus des ménages ont en réalité été limités par une série de politiques qui favorisent les entreprises détenues par l'Etat – qui sont toujours la force dominante dans l'économie chinoise. L'Etat donne à ces entreprises des matières premières subventionnées ainsi que des financements à taux intéressants, s'assurant que les fonds sont suffisants en plafonnant les taux d'intérêt que les banques sont autorisées à verser aux épargnants chinois.

En clair, mettre plus d'argent dans les mains des consommateurs chinois revient à confisquer cet argent aux entreprises protégées par l'Etat.

Assez courageux pour réaliser la transition ?

L'ancien premier ministre australien Paul Keating a affirmé que le leadership de la Chine doit être décisif en "déplaçant les capitaux des entreprises détenues par l'Etat vers le secteur des ménages", suggérant que sans reprise généralisée, tout ce qui est entrepris freinerait le développement national. "Le parti prend de grandes décisions", a déclaré Keating au Conseil du 21ème siècle. "Est-il assez courageux pour réaliser la transition? C'est un moment très important pour la Chine." Des demi-mesures, a-t-il ajouté, produiraient "un taux de croissance beaucoup plus lent que le statu quo."

Keating disait tout haut ce que les officiels chinois ont déjà implicitement reconnu. Le président chinois Xi Jinping lui-même nous a parlé d'une promesse de "réformes compréhensives" affirmant ainsi qu'il pensait que de nombreux changements devaient être engagés pour prolonger le développement de la Chine.

Xi, une présence physique imposante, a confié que les réformes nécessaires allaient être mises en place, bien qu'il ait évité de donner des détails. Il a ostensiblement rejeté un scénario soutenu à maintes reprises par les élus de rang inférieur – la possibilité que la Chine tombe dans un soi-disant "piège du revenu moyen", dans lequel les pays en développement font passer avec succès leurs revenus nationaux d'une pauvreté abjecte à des niveaux modérés, pour stagner par la suite.

"Personnellement, je ne pense pas que la Chine tombera dans ce piège du revenu moyen", nous a dit Xi, siégeant dans le Palais de l'Assemblée du peuple devant une énorme fresque de la Grande Muraille. "Nous avons toujours une forte croissance interne et du dynamisme. La Chine va continuer à maintenir un élan de croissance saine pour les 10 à 20 prochaines années."

Seul un idiot (ou quelqu'un qui essaierait de vendre un livre sur l'effondrement imminent de la Chine) rejetterait cette éventualité. La Chine a défié pendant des années les pronostics qui annonçaient que son miracle économique arrivait à sa fin. Pourtant au moment où la Chine fait face à des défis structurels complexes au sein du pays, des conflits extérieurs renforcent désormais ces difficultés.

"La demeure de l'Empereur"

Les gens ordinaires ont tendance à se lamenter à propos du parti, qui serait une sorte de société secrète agissant en grande partie pour en faire profiter ses membres, avec des pratiques actuelles qui sont bien loin de ses racines idéologiques. Les élus qui règnent en champions du marxisme se rendent maintenant au travail en Mercedes avec chauffeur, depuis des résidences de luxe aux noms grandiloquents comme "La demeure de l'Empereur".

Le parti a maintenu sa légitimité grâce à deux voies clés, en offrant des opportunités économiques autrefois impensables et en puisant dans les sentiments nationalistes. Mais récemment, cette dernière voie semble défier l'ancienne: la Chine est empêtrée dans des confrontations avec ses voisins –en particulier le Japon– pour le contrôle d'îles minuscules et en grande partie inhabitées de la mer de Chine orientale. Il y a là un problème qui a le potentiel de rentrer dans une spirale de crise.

Pour le parti, le nationalisme s'est révélé être un moyen irrésistible de s'attirer les faveurs du public. Les hauts fonctionnaires qui étaient présents au Conseil du 21ème siècle ont exposé le récit d'une histoire de la Chine moderne qui commence avec les guerres de l'opium du 19ème siècle, durant lesquelles les Britanniques utilisèrent la puissance militaire pour imposer les narcotiques lucratifs à la nation. Le siècle suivant, les Japonais envahirent la Chine, commettant des atrocités grotesques qui restent gravées dans la mémoire. Peu importe la représentation que se font les Chinois du parti, il est remercié pour avoir vaincu les Japonais, mettant fin à l'humiliation coloniale, et incorporant la Chine dans un pouvoir moderne. Ce n'est pas rien.

Néanmoins, la confiance du parti en un nationalisme en tant que force mobilisante s'est parfois heurtée aux objectifs économiques. Les tensions se sont affaiblies à Taïwan, l'île autonome que la Chine a longtemps regardé comme une partie de son territoire. Mais désormais les mêmes passions nationalistes qui ont encouragé les cris de revendication pour récupérer Taïwan par la force se sont déplacées dans des confrontations maritimes avec le Japon.

Des intérêts commerciaux sont sur le devant de la scène –les îles détiennent des stocks d'énergie et des industries de pêche– mais une impasse fondamentale s'impose autour du sujet de la place de la Chine dans le monde et de ses intentions de récupérer son piédestal en tant que super-puissance qui a dépassé la faiblesse de son passé colo

nial.

Certains suggèrent que le parti est simplement en train de revenir à un procédé familier, utilisant le nationalisme pour susciter la ferveur du public, tout en préparant le terrain pour une nouvelle vague de réformes économiques. Quel que soit la motivation, les hostilités risquent d'entraîner des dégâts économiques. Le Japon est l'une des plus grandes sources d'investissement étranger en Chine et une destination majeure pour les produits chinois. Une rupture prolongée de leur relation pourrait coûter des emplois et ralentir la croissance.

Les hauts fonctionnaires chinois de l'Armée de Libération du Peuple espèrent qu'une solution diplomatique sera trouvée. Mais ils insistent aussi sur le fait qu'ils ne reculeront pas sur ce qu'ils considèrent comme le dernier affront à la souveraineté de la Chine.

La force explosive des médias sociaux

Pendant ce temps, une nouvelle force prolifère dans toute la Chine, qui peut rendre difficile le contrôle du parti et son empressement à avancer les réformes: la croissance explosive des médias sociaux, particulièrement chez les jeunes. Davantage d'informations qui se répandent en dehors des chaînes officielles signifie une plus grande conscience publique des conditions tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du pays, générant de nouvelles revendications en matière de liberté et d'avantages matériels.

Cela pourrait pousser le gouvernement à avancer plus vite sur les réformes par souci de suivre les revendications publiques. Ou cela pourrait effrayer le parti qui essaierait alors de freiner le changement dans le but de maintenir le contrôle.

Au sein du parti, la conscience que le status quo semble de plus en plus intenable va de pair avec une peur légitime du changement. La formule de développement de la Chine a fonctionné avec un effet spectaculaire, alors même que les problèmes qui lui sont liés s'accumulent. La moindre menace à une croissance continue pourrait engendrer une menace sur le maintien continu du pouvoir par le parti. Les risques de l'action et ceux de l'inaction apparaissent aussi importants. Pourtant les perspectives d'une prospérité croissante apparaissent tout aussi plausible: la Chine n'est pas devenue la deuxième plus grosse économie mondiale par hasard.

Comment la Chine peut-elle polir la face cachée douteuse de sa croissance sans étouffer la croissance elle-même? C'est la grande question qui se pose aux dirigeants du pays.

Le cliché a longtemps persisté autour du fait que celui qui demande à savoir avec certitude ce que le futur réserve à la Chine ne peut pas saisir toutes les complexités qui sont en jeu. Cela n'a jamais été aussi vrai aujourd'hui. Mes conversations avec les dirigeants de la Chine m'ont laissé l'impression qu'un débat authentique sur le programme des réformes est en cours, mais qu'aucune issue ne s'est pour l'instant imposée ».

http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/09/president-chinois-reforme_n_4234139.html

 

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