10 décembre 2015 4 10 /12 /décembre /2015 14:45

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INTRODUCTION :

Croissance démographique et développement en Chine.

Premier pays de la planète par sa population, la Chine est confrontée à des défis uniques au monde.

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1) Les données du problème démographique  

Avec 1,338 milliard d'habitants, la Chine rassemble à elle seule 20 % de la population mondiale. 1 homme sur 5 est chinois ! Parfois surnommée « l'empire du milliard », la Chine est aujourd'hui confrontée moins au problème de sa croissance démographique qu'à celui d'une population numériquement démesurée et inégalement répartie.

La croissance démographique a en effet fortement ralenti. En 1962, le pays connaît son taux de fécondité maximum, avec 7,55 enfants par femme. Depuis les années 1970, le pouvoir chinois n'a eu de cesse que de faire baisser ce rythme effréné, au moyen de politiques souvent coercitives, comme la politique de l'enfant unique. Le taux de fécondité, encore proche de 6 en 1970, tombe à 2,54 en 1980 ! Depuis 1990, avec un taux inférieur à 2,1, la Chine ne renouvelle plus ses générations, même si la population continue encore d'augmenter en raison du grand nombre de femmes en âge d'avoir des enfants. En 2010, la fécondité a encore baissé à 1,54… Le freinage démographique a été d'une violence et d'une brutalité inouïes !

La structure par âge de la population chinoise est du coup très particulière. La proportion de jeunes de moins de 15 ans a fortement chuté : moins de 20 % aujourd'hui. La proportion de personnes âgées, quoiqu'en augmentation, est encore modeste : 8 %. En revanche, le nombre d'adultes – l'âge de l'activité – est maximal : ils représentent 72 % de la population totale, soit presque un milliard à eux seuls ! La Chine compte environ le quart des actifs de la planète !

2) Les données du développement économique

Il faut évidemment trouver des emplois à ce milliard d'adultes en âge de travailler. Et ce sur une portion du territoire en gros équivalente à 40 % du territoire national, car la population se concentre à 90 % en Chine orientale, notamment dans les vallées, bassins et deltas des grands fleuves que sont le Huanghe, le Yangzijiang ou le Xijiang. La population rurale y atteint des densités presque urbaines, parfois proche de 1000 habitants/km2 ! La pression démographique est donc énorme.

Or, ce sont sur les côtes et dans les villes que sont créés les emplois générés par une croissance économique à deux chiffres, proche de 10 % par an depuis trente ans. La Chine, autrefois pays presque entièrement rural, s'urbanise donc à toute vitesse, même si le taux d'urbanisation n'est encore que de 43 %. Les problèmes posés par ces villes qui grandissent de façon accélérée sont gigantesques : chaque année, 500 000 ha de terres agricoles disparaissent, avalées par l'urbanisation ; l'exode rural lance sur les routes environ 20 millions de paysans chaque année !

On comprend l'obsession des dirigeants chinois pour la croissance économique qui, seule, permet d'absorber ces masses de ruraux. Les immenses régions urbaines littorales bénéficient d'une forte concentration d'usines de tous types : la Chine est l'atelier du monde ! Mais les pollutions engendrées sont à la mesure de ce développement accéléré : 750 000 décès prématurés par an seraient liés à la pollution. Depuis plusieurs années, le pays est devenu en 2006 le premier émetteur de gaz à effet de serre au monde.

 

I- UNE SITUATION DEMOGRAPHIQUE

UNIQUE AU MONDE.

 

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A) LES GRANDES ETAPES DE L'EVOLUTION DEMOGRAPHIQUE CHINOISE.


1) Le poids du nombre : un héritage ancien

Avec une population d'environ 1,37 milliard d’habitants, la Chine est le pays le plus peuplé du monde. Cette première place est très ancienne. Les historiens de la démographie s’accordent en effet à dire que la Chine a toujours été, avec l’Inde, l’un des deux principaux foyers de peuplement de la planète, représentant, selon les périodes, entre le quart et le tiers de la population mondiale.

Sur le temps long, l’évolution démographique de la Chine se structure en deux phases. La première,très longue, est antérieure à 1950. Elle est caractérisée par une courbe accidentée, courtes périodes de croissance entrecoupées par des chutes parfois catastrophiques, dont l’allure générale est toutefois exponentielle. D’une cinquantaine de millions d’habitants sous l’empire des Han au début du IIIe s., la population chinoise franchit ainsi successivement le cap des 100 millions au XIIe s., celui des 200 millions vers la fin du xvie s., puis la barre des 400 millions vers 1820. La période 1850-1950 est ensuite marquée par un faible dynamisme démographique, en raison d’un contexte politique instable marqué par des successions de révoltes et de guerres. En 1949, année de la promulgation de la République populaire, la Chine compte environ 540 millions d’habitants.

La seconde phase correspond à la transition démographique, dont le déroulement a toutefois été compliqué par un aléa politico-économique de taille, le Grand Bond en avant, puis par la domination d’un discours anti-malthusien jusqu’au début des années 1970. Ces différents obstacles n’enlèvent toutefois rien à la rapidité de son achèvement, dirigé à partir de 1972 par la mise en place d’une politique de contrôle des naissances, suivie par la politique de l'enfant unique sept ans plus tard.

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2) Une transition démographique complexe mais réussie

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La transition démographique de la Chine peut-être chronologiquement découpée en cinq phases.

La reprise des années 1950

La décennie qui suit la promulgation de la République populaire est caractérisée par une forte reprise démographique. Le pays gagne 100 millions d’habitants entre 1949 et 1957. Cette reprise repose sur une rapide baisse du taux de mortalité (passé de 18 ‰ en 1950 à moins de 11 ‰ en 1957), alors rendu possible par la stabilisation politique du pays et la réalisation de progrès sanitaires et médicaux, dans un contexte de très forte natalité, qui est annuellement supérieure à 30 ‰ sur la même période.

La crise des années 1959-1961

La croissance est ensuite brièvement, mais brutalement, interrompue entre 1959 et 1961 par le désastre du Grand Bond en avant. La grave crise économique et l’apparition de poches de famines dans de nombreuses provinces du pays dérèglent alors complètement le régime démographique, marqué durant cette période par une remontée brutale de la mortalité et une chute tout aussi rapide de la natalité. Il en résulte une baisse de la population dont l’ampleur constitue encore un sujet de débat et de controverse entre les démographes, du fait de l’incertitude des statistiques. Pour beaucoup, le coût humain de la famine serait compris entre 20 et 30 millions de morts.

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Le baby-boom des années 1960

L’abandon de la politique du Grand Bond en avant, puis les réorientations économiques réalisées à partir des années 1961-1962, permettent ensuite un retour rapide de la croissance démographique, mais avec une vitalité bien supérieure à celle de la décennie 1950. Il s’agit avant tout d’une phase de récupération marquée par une augmentation remarquable de la natalité qui atteint un sommet de 43 ‰ en 1963. S’ensuit un véritable baby boom avec des taux de natalité supérieurs à 30 ‰ jusqu’en 1971 alors même que la mortalité retombe rapidement pour s’établir de façon durable en deçà des 7,5 ‰. L’accroissement naturel durant les années 1960 demeure au final vertigineux, la Chine gagnant durant cette période plus de vingt millions d’habitants par an !

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Le contrôle des naissances des années 1970

Les années 1970 constituent un tournant majeur dans l’histoire démographique chinoise. Elles voient l’abandon progressif par les autorités du discours anti-malthusien jusqu’alors dominant au profit d’une politique de limitation des naissances dont l’application est durable et se révèle rapidement efficace. Elles ouvrent une nouvelle période marquée par une réduction de moitié du taux de fécondité (de 5,8 en 1970 à 2,7 en 1979), une baisse rapide du taux de natalité (inférieur à 20 ‰ en 1980) et un ralentissement, bienvenu, du rythme de la croissance.

La lutte contre l’effet d’inertie à partir des années 1980

Enfin, à partir du tournant des années 1980, la croissance démographique se poursuit par inertie. L’enjeu pour les autorités consiste alors à limiter celle-ci en veillant au maintien d’un taux de natalité autour, puis rapidement en deçà, de 20 ‰. Ce souci explique aisément la radicalisation du contrôle des naissances en 1979, via la politique de l’enfant unique, dont l’objectif est en fait de limiter le plus possible la remontée du nombre des naissances, liée à l’arrivée à l’âge du mariage et de la procréation de la génération du baby boom des années 1960.

Au total, ce maintien de la politique de limitation des naissances a permis à la Chine d’achever rapidement sa transition démographique. Le taux de natalité est désormais stabilisé autour de 12 ‰. Le taux de mortalité entame quant à lui une légère remontée depuis le milieu des années 2000, signe incontestable que le pays se dirige vers une stabilisation de sa population. Les autorités chinoises doivent gérer trois défis démographiques majeurs : le surnuméraire de main d’œuvre, le vieillissement de la population et le déséquilibre des sexes.

http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Chine_population/185542

 

B) FLUCTUATIONS DE LA POLITIQUE DEMOGRAPHIQUE A L'EPOQUE DE MAO.

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Si les communistes ont mis en place, dès leur arrivée au pouvoir, un système autoritaire d’encadrement des individus et de contrôle de leur mobilité, il a fallu quelques années avant qu’ils envisagent d’intervenir dans le domaine de la croissance démographique. À leurs yeux, le collectivisme devait permettre d’assurer à tous travail, nourriture, santé et instruction, de sorte qu’une forte natalité ne pouvait en aucun cas être source de problèmes. Les premières années du régime ont donc été marquées par un discours explicitement nataliste.

C’est en 1953, lors du premier recensement de la Chine populaire, qu’il s’est avéré que le nombre d’habitants ( 590 millions) dépassait les prévisions du gouvernement de plus d’un sixième. Ce constat a brutalement fait naître la crainte qu’une croissance démographique trop rapide ne compromette le développement économique. La première campagne de limitation des naissances a donc été lancée dès 1956, mais elle n’a guère eu de résultats, faute de moyens et surtout parce qu’elle a été très vite interrompue par le mouvement anti-droitier de 1957. Afin d’endiguer la montée des contestations politiques contre le régime nées au cours du mouvement des « Cent fleurs », Mao a mis au banc des accusés les intellectuels, les sciences sociales et humaines, y compris la démographie, et avec elle les militants pour le contrôle des naissances. La croissance de la population a cessé d’être considérée comme un problème – elle devait se réguler d’elle-même –, le développement industriel est revenu au premier plan et le rapport population / production s’est à nouveau inversé. À partir de 1958, avec le Grand Bond en avant, on s’est mis à craindre que la main-d’œuvre ne soit finalement insuffisante pour répondre aux besoins de la construction socialiste. Du coup, tout partisan de la planification des naissances a été assimilé à un réactionnaire.

La limitation des naissances n’a pourtant pas tardé à revenir à l’ordre du jour. La terrible famine de 1959-1961, qui a suivi le Grand Bond en avant et qui aurait fait trente millions de morts, a porté le déséquilibre entre ressources alimentaires et population à son comble. Au cours de ces années noires, la natalité a tellement baissé qu’en 1960 la population diminua de trois millions. Puis est venue la phase de rattrapage. Les millions d’enfants dont la naissance avait été différée du fait de la famine, de l’instabilité politique et de la crise économique, vinrent s’ajouter à des cohortes déjà pléthoriques. Durant les années 1960, il y a eu chaque année 25 à 30 millions de naissances. À mots couverts, le gouvernement a tiré les leçons du Grand Bond et redonné la priorité à l’agriculture.

Lancée en 1962, la deuxième campagne de limitation des naissances a été axée sur le retard de l’âge du mariage et une diffusion plus large de la contraception. Le nombre d’enfants a également été limité à deux ou trois avec un intervalle de trois à cinq ans entre chaque naissance. Amour et mariage précoces étaient désormais accusés d’entamer l’enthousiasme révolutionnaire et de menacer l’édification du socialisme… Mieux organisée, à grand renfort de propagande, et plus pragmatique, cette deuxième tentative a enregistré quelque succès dans les grandes villes. Mais, avant d’avoir pu gagner les campagnes, elle a été stoppée net en 1966 par la Révolution culturelle.

Du fait de divisions politiques au sein même du Parti, les positions officielles ont donc oscillé, durant les vingt premières années du socialisme chinois, entre dogmatisme idéologique et réalisme malthusien. Il a fallu attendre la fin de la Révolution culturelle pour que se dégage une position mieux arrêtée. Le malthusianisme a alors repris l’avantage, et pour longtemps.

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Au début des années 1970, la transition démographique était encore timide. La mortalité avait reculé : l’espérance de vie avait augmenté de vingt ans depuis 1949, pour atteindre 60 ans en 1965-1970, la croissance démographique avait été en moyenne d’un peu plus de 2 % par an, avec un pic à 2,8 % en 1968, et la population augmentait chaque année de 20 millions. Oubliée pendant un temps, la limitation des naissances est redevenue une priorité nationale. La troisième campagne a été officiellement lancée en 1971, et menée ensuite sans relâche. À partir de 1973, trois consignes ont été imposées : se marier tard, espacer les naissances, réduire sa descendance, et des quotas annuels de naissances ont été mis en place. La diversité de peuplements et de cultures a cependant incité les autorités à distinguer trois groupes de population : les citadins, les paysans et les minorités ethniques. D’emblée, les premiers ont été soumis aux règles les plus strictes : interdiction de se marier avant 25 ans pour les femmes, 28 ans pour les hommes, et interdiction d’avoir plus de deux enfants. À la campagne, en revanche, il était possible de se marier à partir de 23 ans pour les femmes et 25 ans pour les hommes, et d’avoir trois enfants. Ces deux groupes étaient cependant tenus d’espacer les naissances d’au moins trois à quatre ans. Pour les minorités ethniques, peu nombreuses et cantonnées pour la plupart dans des zones rurales périphériques à faible densité de population, aucune prescription n’était fixée. En outre, elles n’avaient pas un grand rôle à jouer dans la réalisation du projet national de contrôle de la natalité de par leur faible poids dans la population totale.

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Cette campagne réussit à faire baisser la fécondité de moitié en moins de dix ans. C’est la plus forte baisse jamais enregistrée dans le monde en un temps si court, elle a été de plus aidée par le recul très important de la mortalité infantile, qui était tombée de 175 ‰ en 1953 à 76 ‰ en 1969, rendant moins nécessaire pour les parents d’entretenir un « réservoir d’enfants » aussi important qu’avant, pour contrebalancer les décès en bas âge, en prévision de leurs vieux jours.

Ce succès est dû en grande partie à l’efficacité des structures collectives nationales. Personne ne pouvait échapper au strict encadrement des communes populaires et des comités de quartier. Le contrôle social agissait partout : harcèlements à domicile, dénonciations publiques, pression collective, privation de tickets de rationnement… Toute femme suspectée de grossesse était aussitôt traquée. Les moyens de pression étaient d’autant plus redoutables que tous les aspects de la vie d’un individu dépendaient entièrement de son unité de travail : son emploi, mais aussi sa santé et celle des siens, l’éducation de ses enfants, son logement et son ravitaillement… Quiconque tentait de se sous-traire aux injonctions du planning familial s’exposait donc à des sanctions dont les conséquences étaient considérables.

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C’est ainsi que la menace d’une explosion démographique s’est éloignée dès la fin des années 1970. Mais ces progrès n’étaient pas suffisants. Avec l’arrivée en âge d’avoir des enfants des générations nombreuses nées dans les années 1960, s’annonçait une remontée de la natalité. La « politique de réforme et d’ouverture » inaugurée en 1978 ne s’est donc accompagnée d’aucun relâchement de la politique démographique, au contraire : il fallait absolument juguler la croissance démographique pour permettre le développement économique. C’est à ce moment que la règle drastique de l’enfant unique a été instaurée (en janvier 1979), avec obligation pour les couples de s’engager officiellement en signant le « certificat d’enfant unique ». Diverses gratifications, très variables d’un endroit à l’autre, leur étaient octroyées en échange : primes mensuelles de quelques yuans, gratuité des soins médicaux et de l’école pour l’enfant, facilités de logement, attribution d’un lopin supplémentaire pour les paysans, pension de retraite bonifiée pour les salariés des entreprises d’État. Facilités qui, pour les couples récalcitrants ou ceux qui, bien qu’ayant signé, avaient un deuxième enfant, étaient supprimées, voire remplacées par des sanctions (remboursement des primes perçues, retenues sur salaire, amendes, confiscation d’une partie du lopin familial et licenciement en cas de récidive pour les salariés des entreprises d’État)

De nombreux couples ont toutefois décidé de ne pas se soumettre à ces mesures coercitives. À la fin des années 1980,40 à 45 % des naissances rurales (soit 7 à 8 millions par an) ont donné lieu à des amendes ou autres sanctions. Dans les trois quarts des provinces chinoises, les femmes nées entre 1959 et 1963, qui ont atteint l’âge de la reproduction lors de la mise en œuvre de la politique de l’enfant unique, avaient déjà atteint ou dépassé le nombre d’enfants autorisé après seulement dix années de vie féconde. De ce fait, dès 1984, le gouvernement a été contraint d’assouplir la règle de l’enfant unique. Si l’objectif avoué était d’autoriser une plus large proportion de couples à avoir un deuxième enfant, il s’agissait surtout « d’ouvrir une petite brèche pour en colmater une grande », à savoir légitimer quelques exceptions à cette règle afin d’en éviter le plus grand nombre. Depuis lors, la politique de limitation des naissances a été à plusieurs vitesses. Dans les campagnes, les couples ont eu en général le droit d’avoir un deuxième enfant, voire un troisième, notamment certaines minorités nationales

Limiter les naissances est devenu un devoir constitutionnel en 1982. Selon la Constitution, « l’État encourage le planning familial afin d’assurer l’harmonie entre la croissance démographique et les plans de développement économique et social » (art. 25) ; « le mari et la femme ont le devoir de respecter le planning familial » (extrait de l’art. 49)

Les réglementations provinciales adoptées en tenant compte des conditions locales sont toujours en vigueur aujourd’hui : l’âge légal pour le mariage est partout, conformément à la loi sur le mariage de 1980, de 20 ans pour les femmes et de 22 ans pour les hommes ; quiconque « est en âge de procréer et n’est pas dans l’attente de concevoir légalement un enfant doit employer une méthode contraceptive fiable » ; « un couple ayant un enfant doit adopter des mesures contraceptives à “efficacité longue” » [un stérilet] et « un couple ayant deux enfants ou plus doit subir une stérilisation ». En cas de grossesse non planifiée, certaines de ces réglementations requièrent l’avortement, d’autres exigent une « cotisation » à verser dès les premiers mois de la grossesse, et la plupart prévoient des amendes ou des retenues sur salaire (de 10 à 30 % ), qui sont remboursées si le couple pratique un avortement.

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Aujourd’hui, la planification des naissances a toujours recours à la coercition et aux amendes. Mais avec les réformes structurelles de l’économie, les familles ont désormais la possibilité de s’émanciper des structures collectives : le contrôle des naissances échappe de plus en plus aux cadres responsables de son application, les moyens de pression font défaut. Pour rester efficaces, les réglementations doivent s’adapter. En favorisant les initiatives locales, la décentralisation a permis la mise en place de nouvelles formes d’incitations et de sanctions. Dans un district du Guangdong, par exemple, un système de surveillance des familles a été élaboré en 1989 : chaque couple en règle avec les autorités du planning familial reçoit un certificat qui permet d’obtenir certaines autorisations administratives allant du permis de conduire les motocyclettes à la patente indispensable pour ouvrir un commerce ; mais s’il conçoit sans autorisation, un couple peut se retrouver sans eau ou sans électricité, et le non-respect du délai réglementaire entre deux naissances ou de l’obligation de se rendre aux quatre visites gynécologiques annuelles (qui ont pour but de vérifier la pose du stérilet) est également passible d’amende. Dans un autre bourg du Guangdong, l’amende pour une naissance non planifiée s’élevait, au début des années 2000, à 10 000 yuans ( 1 100 euros), l’équivalent du revenu annuel de la plupart des ménages.

La Loi sur la population et la limitation des naissances, adoptée en 2002, première législation nationale en la matière, maintient l’objectif d’une stricte limitation du nombre d’enfants. Cependant, comme son intitulé l’indique, ce texte ne légifère pas seulement sur les questions de contrôle des naissances, mais aussi sur divers aspects, qualitatifs notamment, de l’état de la population. Désormais, l’accent est mis sur la santé en général, et plus particulièrement au moment de la conception et durant la grossesse, ainsi que sur l’éducation et sur l’information des couples quant aux pratiques proposées.

http://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2005-4-page-49.htm

 

II- UNE PUISSANCE AFFAIBLIE

PAR SA DEMOGRAPHIE ?

 

 

A) LE DESEQUILIBRE DES SEXES

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En Chine, pays "le plus masculin du monde", 24 millions d'hommes en âge de se marier pourraient ne pas trouver d'épouses. Un homme sur cinq, parmi les garçons nés dans les années 2000, pourrait éprouver des difficultés à se marier.

Rappelons qu'en règle générale, le sex ratio naturel s'établit à 105 naissances de garçons pour 100 filles, rapport qui s'inverse par la suite du fait de la surmortalité des hommes. La carte, ci-dessous à gauche, montre le sex ratio des moins de 6 ans. Les différences entre unités spatiales sont considérables : de 157 pour l'Anhui à 96,9 pour le Xizang (Tibet). Mais la plupart affichent des sex ratio largement supérieurs à 105 (limite haute de la classe inférieure). La moyenne des sex ratio est de 118,8 et le sex ratio moyen pour l'ensemble de la Chine est de 123 (limite basse de la classe inférieure).

Caractères de la démographie chinoise contemporaine (sex ratio garçons / filles et évolution naturelle)

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On observait, dans le passé (années 1900 à 1945, graphique ci-dessous) l'effet des préjugés, des mentalités, de situations proches de la survie parfois, qui traditionnellement favorisaient la vie des garçons : surmortalité féminine par négligence et par manque de soins, infanticides de bébés filles. La proportion de femmes manquantes pouvait alors dépasser les 10%. Le contrôle étroit de la société maoïste a mis presque fin à ce déficit de femmes qui a ressurgi fortement à partir des années 1980 du fait de la politique de l'enfant unique (one-child policy) adoptée en 1979, puis de la diffusion des techniques de suivi médical de la gestation au cours des années 1990.

Du passé au présent : entre traditions et politique de la famille

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L'estimation des femmes manquantes est établie à partir d'une norme générale, par comparaison avec les sociétés dont les espérances de vie et les taux de mortalité infantile sont similaires. La courbe ci-dessus résulte d'extrapolations.

La politique familiale de l'enfant unique par la propagande (années 1950)

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La politique de l'enfant unique (one-child family) date de 1979. Elle s'appuie alors sur différents leviers coercitifs et incitatifs en matière de logement, de santé et d'éducation ainsi que sur une propagande intense. Cette politique d'encadrement de la natalité connaît des variantes sur le territoire chinois : strictement appliquée pour les grandes villes et les métropoles, elle est plus tolérante en zone rurale. Et, d'une province à l'autre, la situation peut varier. Dans les provinces côtières les couples peuvent souvent avoir un second enfant si le premier est une fille. Dans les provinces centrales et méridionales la possibilité d'avoir un deuxième enfant est en partie soumise à l'appréciation des autorités. Dans les provinces peuplées de minorités (Xizang, Xinjiang, Nei Mongol...) que le pouvoir cherche à peupler davantage de populations han, la règle de l'enfant unique ne s'applique pas vraiment.

Les auteurs de l'étude du BMJ en 2009 soulignent deux points principaux. D'une part la disponibilité et l'efficacité croissantes des échographies permettant de connaître le sexe de l'enfant dans les premiers mois de gestation. Les échographes ont commencé à être diffusés dans le pays au début des années 1980 et sont arrivés dans les hôpitaux des villes rurales au milieu des années 1990. Ces techniques sont désormais accessibles au plus grand nombre.

En second lieu, le ratio garçon/fille a augmenté spectaculairement parmi les enfants second né ou troisième né des familles. Ils notent que le sex ratio du premier né, un peu plus élevé que la normale dans les villes, est à peu près normal dans les zones rurales. Cependant, il s'élève franchement pour les autres naissances avec une moyenne de 138 dans les grandes villes (132 à 144)  et de 146 (143 à 149) dans les zones rurales. Cette tendance est constatée dans toutes les provinces, sauf le Tibet (Xizang), avec des pointes importantes pour les provinces d'Anhui (moyenne de 190) et du Jiangsu (moyenne de 192). Pour les troisième nés, le sex ratio dépasse les 200 dans quatre provinces !

Il faut y voir les conséquences de la politique de l'enfant unique et des variations de sa mise en œuvre d'une province à l'autre. D'une manière générale, elle est beaucoup plus stricte pour la partie orientale de la Chine, et pour les grandes zones urbanisées

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Prenons l'exemple du Guangdong, la province la plus peuplée de Chine. Si on ne considère que les premiers nés, le sex ratio est seulement de 108 (très légèrement supérieur à la normale). Pour le second enfant, autorisé dans la province, il passe à 146 et, pour les rares familles qui ont le droit d'avoir trois enfants, le sex ratio atteint 167. Dans la province d'Anhui le sex ratio des familles de trois enfants atteint 227 et pour la municipalité de Beijing, qui autorise aussi des exceptions dans ses zones rurales, il atteint 275 ... presque trois garçons pour une fille (étude BMJ de 2009) !

Les conséquences du phénomène sont multiples. Le taux de criminalité a presque doublé en Chine au cours des 20 dernières années, ce qui serait partiellement en rapport avec la masculinisation du sex ratio. Le vol et le trafic des filles et des femmes, la prostitution sont en progression rapide. Et pour aborder ce marché du mariage devenu ultra-concurrentiel, les familles épargnent. "Non seulement les ménages qui ont des garçons épargnent plus que ceux qui ont des filles, mais l'épargne augmente quand ils vivent dans les régions où le sex ratio est le plus biaisé", affirme Shang-Jin Wei, économiste à l'université de Columbia (New York), dans une étude parue en 2010.

Mais la tendance observée depuis la fin des années 1980 pourrait être en voie de stabilisation, voire d'inversion. En effet, le déficit en naissances féminines semble avoir cessé de s'aggraver depuis 2005. Il faut sans doute y voir l'effet d'une prise de conscience des conséquences de ce déséquilibre à moyen terme sur la stabilité sociale et la sécurité dans le pays. Ainsi, la Commission du planning familial et de la population (National Population and Family Planning Commission) a appelé à créer un environnement plus favorable aux filles et aux femmes. En 2003, un programme dénommé Care for Girls a été lancé. Par exemple, dans la province du Fujian, les autorités ont alloué 200 millions de yuan à 490 000 foyers avec filles et ont accordé la gratuité scolaire à environ 100 000 filles. Dans d'autres provinces, les familles qui n'ont que des filles ont également obtenu des privilèges en matière de logement, d'emploi, de santé et d'éducation. D'une manière générale, la création de systèmes de santé et de retraite efficaces et généralisés, ne rendant plus la descendance masculine aussi indispensables à la famille, pourrait contribuer à une évolution des mentalités.

Observant que le ratio garçon / fille des naissances est resté stable ces toutes dernières années en Chine (depuis 2005), Li Shuzhuo (démographe et un des promoteurs de la campagne Care for girls) espère que cette tendance marque le début d'un retour à la normale, comme cela a été le cas en Corée du Sud qui a pu retrouver une proportion quasi normale entre garçons et filles, après des années de préférence masculine.

http://geoconfluences.ens-lyon.fr/doc/etpays/Chine/ChineFaire3.htm

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« Déséquilibre démographique chinois: aux hommes de payer une dot ! »

A cause d’un déséquilibre dans la population chinoise, se marier est devenu pour un homme bien plus coûteux qu’il y a dix ans. Une tradition remise au goût du jour permet désormais à la future mariée de négocier le prix de son mariage. Une pratique qui influence même l’économie nationale.

En Chine, la politique de l’enfant unique, doublée de la préférence séculaire pour les garçons, est à l’origine d’un déséquilibre : pour 100 jeunes filles nées, on compte 117 bébés de sexe masculin.

Plus d’hommes que de femmes

Une courte différence, mais qui prend tout son sens ramenée à l’échelle de la population l’Empire du Milieu. La National Public Radio, principale radio publique des États-Unis, prévoit ainsi, par un rapide calcul, que 24 millions d’hommes Chinois pourraient ne pas trouver d’épouse d’ici la fin de la décennie.

Déséquilibre entre hommes et femmes, et donc entre offre et demande. Alors que la Chine est en plein boom économique et s’intéresse de plus en plus aux lois du marché, le mariage est devenu lui aussi un bien marchand, qui s’appuie sur la « pénurie » de femmes.

Quand on aime, on ne compte pas

Le « chuangmen », c’est cette ancienne tradition qui a refait son apparition en marge des fiançailles. Le jour de la cérémonie, le futur marié se rend devant la maison de celle qui s’apprête à lui dire « oui ».

Jusqu’ici rien d’extraordinaire, sauf que la porte de ladite maison est soigneusement fermée à clé. Le sésame pour être autorisé à entrer et mener sa promise à l’autel ? Point de formule magique ou de mots doux, mais des paquets rouges, contenant de l’argent, et passés à travers la porte.

Enveloppes, logement, voiture…

Finalement, lorsque la future mariée juge suffisante la somme d’argent transmise par son fiancé, elle consent enfin à ouvrir la porte. C’est le « prix de la mariée ».

Cette négociation financière atteint généralement les 7500 euros, du moins dans les familles ordinaires. Un montant auquel il faut ajouter un appartement, une voiture…

Quand le mariage influe sur l’économie nationale

Le mariage est donc devenu un vrai marché dans la Chine du XIXe siècle. Et les exigences des futures mariées en termes de cadeaux de fiançailles ont augmenté à tel point qu’elles pèsent désormais dans l’économie du pays.

la Nationale Public Radio explique ainsi que les familles ayant un fils et qui vivent dans une région où les femmes sont plus rares devront ainsi travailler davantage pour pouvoir offrir à la future mariée une dot digne de ce nom. Un comportement qui contribuerait à hauteur de 2 % du PIB de la Chine et qui serait responsable à 25 % de la croissance économique du pays.

Un renversement des hiérarchies traditionnelles ?

Mais les femmes sont-elles pour autant plus riches que les hommes ? Pas si sûr. Lorsque les parents achètent un logement pour leur fils, c’est généralement en son nom qu'il est enregistré. Et quand ce n’est pas le cas, la femme doit bien souvent transférer toutes ses économies sur le compte de son époux afin d’acquérir la maison matrimoniale.

De quoi faire espérer à bien des couple chinois de mettre un monde une fille plutôt qu’un garçon…

http://www.jolpress.com/chine-demographie-naissances-garcons-filles-dot-mariages-chuangmen-article-819331.html

 

B) UNE POPULATION VIEILLISSANTE

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La démographie en Chine : une bombe à retardement - Michel Andrieu - Programme de l'OCDE sur l'avenir

Un cinquième de la population mondiale vit en Chine. Ce pourcentage n’étant guère appelé à évoluer, une incroyable pression démographique s’exercera sur le modèle politique et social chinois.

La Chine illustre à l’extrême les problèmes auxquels les pays qui connaissent une transition démographique rapide seront confrontés dans les décennies à venir. D’après des estimations récentes, la population chinoise devrait atteindre 1,6 milliard d’habitants en 2040, contre 1,2 milliard en 1995. Ensuite, elle devrait retomber en dessous de 1,4 milliard aux environs de 2100. Ce sont là des fluctuations importantes qui touchent 20 % de la population mondiale et qui soulèvent de graves problèmes sur les plans de l’alimentation, de l’emploi, de l’urbanisation et du vieillissement de la population.

Par exemple, en Chine, la production de céréales devra augmenter de 4,47 millions de tonnes par an pour répondre à l’accroissement de la population d’ici à 2020. Pour cela, il faudra améliorer sensiblement la technologie agricole et la gestion des ressources du sol. La Chine devra peut-être porter ses importations de céréales à 40, voire 50 millions de tonnes par an. Mais si elle prend du retard dans le domaine du développement et de la recherche, elle risque de devoir importer des quantités bien supérieures, pouvant atteindre jusqu’à 300 millions de tonnes. Ce serait une bonne nouvelle pour ses principaux fournisseurs tels que les États-Unis et l’Australie, par exemple, mais un désastre pour les populations pauvres du monde entier, notamment celles des zones urbaines, qui devront faire face à une hausse des prix des denrées alimentaires.

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Dans le domaine de l’emploi, la population en âge de travailler atteindra les 955 millions d’individus en 2020, contre 732 millions en 1995. L’augmentation massive de l’offre de main-d’œuvre concernera principalement le marché urbain, ce qui posera de graves problèmes sociaux et écologiques, même si, dans un premier temps, les investisseurs pourront profiter d’une main-d’œuvre bon marché. La population en âge de travailler diminuera après 2020 pour atteindre les 800 millions de personnes vers la fin du siècle. Comme la proportion des nouveaux entrants sur le marché sera en baisse, les progrès enregistrés dans les domaines de la formation et des niveaux de qualifications se ralentiront, ce qui entraînera une chute de la productivité.

Le XXIème siècle sera pour la Chine une période d’urbanisation rapide. Avant la fin du siècle, environ 90 % de la population vivra dans les villes, contre 37 % en 1995. En termes absolus, la population urbaine devrait à elle seule passer de 450 millions d’habitants en 1995 à 1,2 milliard en 2060 – soit approximativement la population totale actuelle du pays. Ce quasi-triplement de la population urbaine aura de fortes répercussions sur la construction et la gestion des ressources.

Autre tendance démographique à prendre en compte : le vieillissement de la population. La Chine enregistre, en effet, une chute brutale du taux de fécondité qui se situe en dessous du seuil de reproduction. A Pékin, on ne compte déjà plus que 1,4 à 1,5 naissance par femme. A Shanghai, ce chiffre tombe à 0,96 naissance par femme. En d’autres termes, un nombre croissant de femmes n’ont plus du tout d’enfants. Cette situation entraînera un vieillissement rapide de la population chinoise : d’ici à 2025, l’âge moyen sera de 40 ans alors qu’il n’était que de 27 ans en 1995. A l’évidence, la prise en charge des personnes âgées sera un problème très lourd à gérer pour les autorités chinoises car la famille constitue le seul système de « protection sociale » pour la majeure partie de la population pauvre. Or, en 2025, les parents n’auront guère d’enfants sur qui compter pour subvenir à leurs besoins.

http://www.observateurocde.org/news/archivestory.php/aid/20/La_d_E9mographie_en_Chine_:_une_bombe__E0_retardement.html

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La Chine face au défi de son vieillissement

Alors que la rapide accélération du nombre de seniors oblige Pékin à combler les failles de son système de protection sociale, les entreprises voient dans cette population un nouveau marché " argenté ". 

Après avoir mis en place, à la fin des années 1970, la politique de l'enfant unique pour lutter contre la surpopulation, Pékin affronte aujourd'hui un nouveau défi démographique, le péril Vieux. Tout en célébrant le 26 octobre sa " journée nationale des personnes d'âge avancé (lao nian ren) ", la Chine vient en effet de lancer un plan de " recherches stratégiques contre le vieillissement de la population ".  

Un Chinois sur trois aurait plus de 60 ans en 2050

Selon des experts réunis en août pour le 10ème sommet des universités du 3ème âge, le nombre des personnes âgées de plus de 60 ans a augmenté de plus de 8 millions en 2009. C'est le rythme de croissance annuel le plus élevé depuis 1949, selon la Commission nationale du 3ème âge. Il n'était que de 3,1 millions il y a 10 ans. Conséquence de ce vieillissement accéléré, les seniors pourraient passer de 153 millions à la fin 2007, soit 11,6% de la population, à 248 millions en 2020 et 435 millions en 2050. A cette date, ils représenteraient près d'un Chinois sur trois. Le phénomène s'accompagne par ailleurs d'un boom des centenaires. Au 1er septembre, l'institut de gérontologie chinoise en recensait près de 40.000.  

De pays le plus peuplé, la Chine pourrait bien devenir le pays le plus âgé. Et ce, " bien plus vite que prévu ", estime Zhuang Jian, économiste à la Banque asiatique de développement, cité par le quotidien de Hong Kong South China Morning Post. Or selon lui, la Chine n'est pas prête à un changement aussi radical. Contrairement au Japon ou à la Corée, la Chine risque en effet de devenir " vieille " avant de s'être enrichie. En 2006, un rapport de l'Académie chinoise des sciences sociales sonnait déjà l'alarme en établissant un lien de cause à effet entre vieillissement de la population et ralentissement de la croissance : qui dit baisse de la population active dit tensions sur le marché de l'emploi, baisse des recettes fiscales, mais aussi augmentation des dépenses sociales de l'Etat. Dans un scénario extrême, la Banque mondiale évalue à 905 milliards d'euros le manque à gagner pour financer les retraites des futurs seniors.  

Consciente de ces prévisions démographiques, la Chine commence donc à se préparer. En avril, elle annonçait par exemple un plan de 84 milliards d'euros sur trois ans pour améliorer l'accès de la population aux services médicaux. A Shanghai, ville réputée la plus " vieille " de Chine, avec 20% de personnes âgées, la politique de l'enfant unique a également été assouplie cette année. Mais le vieillissement ne pose pas que des problèmes. Il ouvre aussi de nouvelles opportunités.  

La Chine découvre le marché des seniors

Les seniors représentent un marché qui demande qu'à être exploré par les marques et les industriels chinois, souligne ainsi une étude du groupe Ogilvy intitulée " Embracing Change, Realizing Dreams ", réalisée auprès des habitants des très grandes villes. Jusqu'ici, la politique de l'enfant unique incitait plutôt les entreprises à investir dans les produits pour enfants, surnommés en Chine les " petits empereurs ". Mais à l'avenir, les seniors pourraient devenir l'un des nouveaux piliers du rééquilibrage de la croissance chinoise en faveur de la consommation intérieure. Une estimation publiée lors d'un forum sur le vieillissement organisé en Chine en 2007 évaluait le marché de consommation des seniors à 118 milliards d'euros en 2010, 360 milliards en 2020. Or, en 2007, la valeur des produits et services consacrés aux seniors ne dépassait pas les 8,4 milliards d'euros. Le marché est donc à inventer. 

Les modes de vie évoluant à toute vitesse, les seniors du XXIème siècle ne ressemblent pas à ceux d'hier. Premier avantage des " nouveaux vieux " : ils thésaurisent moins, sans doute en raison de la hausse de leur pouvoir d'achat. Lequel devrait tripler en 2025 par rapport à 2005, selon le Bureau national des statistiques chinois.  

Si les dépenses alimentaires et en soins de santé sont toujours fortes, Ogilvy relève un fort investissement dans les téléphones portables. Les " télécommunications " sont ainsi le 4ème poste de dépenses... devant les soins médicaux ! Ce que l'étude explique par le besoin des seniors de maintenir le lien avec la famille et les amis. 85% des personnes interrogées ont aussi déclaré utiliser Internet dans ce but. Parmi les autres secteurs très en vogue figurent celui des produits anti-âge ainsi que la chirurgie esthétique et le tourisme. Alors qu'ils voyageaient encore peu il y a dix ans, les retraités profitent désormais pleinement du développement du tourisme de masse. A Pékin, l'agence Jinsefu cible même exclusivement cette clientèle. 

Quoi qu'il en soit, si la Chine veut maintenir un rythme de croissance annuelle de 8%, c'est à ses seniors qu'elle le devra. 

http://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-chine-face-au-defi-de-son-vieillissement_1442191.html

  

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C) QUELLES EVOLUTIONS ? QUELLES SOLUTIONS ?

 

La situation démographique actuelle de la Chine prouve que plusieurs décennies de politiques autoritaires ont eu d’incontestables effets. L’urbanisation sévèrement contenue jusqu’aux réformes laisse le pays à la traîne par rapport à l’évolution mondiale : les citadins ne représentent aujourd’hui que 37 % de la population, contre une moyenne de 47 % dans le monde et de 76 % dans les pays les plus développés. Mais on sait que la Chine ne résistera pas longtemps à la poussée d’une urbanisation massive. Les prévisions annoncent que près de la moitié des Chinois vivront en ville en 2020, et près des deux tiers en 2050. Selon les sources officielles, la politique de l’enfant unique aurait, depuis vingt-cinq ans, réduit la croissance de la population de 300 millions de personnes.

Pourtant, les autorités chinoises ne sont pas décidées à s’en tenir là. Si la mobilité des personnes, en particulier des campagnes vers les villes, est désormais grandement facilitée, la liberté de circulation et d’installation est toujours entravée par l’enregistrement de la résidence, en dépit de la nécessité de satisfaire les besoins croissants de maind’œuvre dans les villes. Tout aussi paradoxal est le maintien de la politique de l’enfant unique. D’une part, parce que cette contrainte n’a jamais été respectée, la fécondité n’étant jamais tombée en dessous du niveau actuel de 1,8 enfant par femme ; d’autre part, parce qu’il est aujourd’hui urgent de prendre de nouvelles mesures pour faire face au vieillissement rapide de la population alors qu’aucun système de retraite généralisé n’a encore été instauré. Relâcher le contrôle des naissances permettrait en outre de corriger le déséquilibre, lié à la préférence pour les fils, entre enfants de sexe mâle et de sexe féminin, déséquilibre dû aux infanticides des petites filles.

Les objectifs, globalement inchangés, qui continuent officiellement de justifier ces politiques sont donc de moins en moins valides. On sait aujourd’hui que la population chinoise ne franchira sans doute jamais le seuil de 1,5 milliard d’habitants, pic qu’elle devrait atteindre vers 2040 pour amorcer ensuite une lente décrue.

On sait également que, compte tenu des contraintes socio-économiques actuelles liées aux réformes (exiguïté des logements dans les villes, explosion du coût de l’éducation, montée de la pauvreté dans certaines régions rurales, hausse du chômage… ) et de la prévalence contraceptive (pour plus de 8 femmes mariées sur 10), la fécondité ne retrouvera pas les niveaux antérieurs à la politique de l’enfant unique, même si celle-ci devait être assouplie. Le problème crucial semble donc aujourd’hui celui de la gestion de la population dans son ensemble (pauvreté, chômage, inégalités sociales, accès aux infrastructures scolaires et sanitaires, problèmes d’environnement, en particulier de pollution de l’air et de pénurie d’eau… ) et non celui de sa croissance proprement dite. De même, il semble désormais que le contrôle de la mobilité soit maintenu davantage dans un souci de gestion démographique des villes que pour restreindre à tout prix la mobilité interprovinciale. Car les autorités chinoises continuent de craindre qu’une libéralisation brutale du système n’entraîne un afflux massif et incontrôlé des ruraux vers les villes, dont les infrastructures sont déjà saturées. De plus, le fait de légaliser cette mobilité rendrait les pouvoirs publics responsables de la qualité de vie de ces migrants, et les obligerait à créer les logements, les hôpitaux et les écoles dont sont encore largement dépourvus les quartiers insalubres dans lesquels se concentrent ces nouveaux venus. De fait, la politique de restriction de la mobilité n’est plus qu’un pis-aller face à l’incapacité des autorités chinoises à promouvoir efficacement un développement économique équilibré, ne générant pas d’inégalités sociales.

En matière de démographie, la Chine est aujourd’hui plus que jamais confrontée à ses propres contradictions. En effet, comment maintenir un système d’administration autoritaire tout en libéralisant l’économie et donc la société ? L’individualisme croissant qui caractérise tout mouvement de libéralisation est pour le moins incompatible avec les contraintes imposées par le planning familial et les directives relatives à la mobilité géographique. Même s’il est évident aujourd’hui que ce sont avant tout les logiques du marché et l’évolution de la société qui transforment le paysage démographique chinois, le gouvernement ne se résout pas à abandonner ses derniers instruments de contrôle, alors même que les structures collectives, qui en étaient, il y a encore une dizaine d’années, l’élément clé, disparaissent progressivement. C’est pourtant la société civile, plus que les autorités, qui fera la politique démographique de la Chine de demain.

http://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2005-4-page-49.htm

 

CONCLUSION

 

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Vers le déclin chinois, une histoire démographique - Frédéric Koller

S’il faut trouver une seule raison aux nouvelles réformes sociales et économiques de Pékin, c’est du côté de la démographie que la réponse se trouve. La Chine est passée brusquement d’un surplus de main-d’œuvre à un déficit. La population vieillit avant même de s’être enrichie. Pour freiner ce déclin, le parti mise sur le marché et la productivité. Il n’a plus le choix s’il veut atteindre ses objectifs pour devenir un «pays de revenu moyen» d’ici à 2020

On se souvient de la formule de Bill Clinton pour remporter les élections présidentielles américaines en 1992: «It’s the economy, stupid!» Le maître de la Chine, Xi Jinping, pourrait vendre son programme de réformes avec ce slogan: «C’est la démographie, stupide!»

Ce n’est pas dit ainsi dans la «Décision du comité central du Parti communiste chinois sur les questions majeures de l’approfondissement général des réformes» («La décision», comme on dit désormais en Chine), le document publié il y a une semaine qui liste les grandes refontes du système économique et social pour la décennie à venir. Sur les 60 points du programme, il n’y a qu’une phrase sur la nécessité de «vigoureusement faire face au vieillissement de la population» (section 45). La transition démographique dans laquelle est entrée la Chine est pourtant le facteur clé du changement de modèle qui se dessine.

Tout à l’inquiétude du sentiment de leur propre déclin, les Européens et les Nord-Américains ignorent qu’une autre région du monde n’est pas moins angoissée par les perspectives d’avenir: l’Asie de l’Est. Le vieillissement de la population y est si rapide qu’il nécessite de repenser entièrement l’organisation sociale. Le Japon est le plus avancé dans ce scénario (il y a là-bas 54 000 centenaires). En Corée du Sud, on parle de l’avènement d’une «société super-âgée». Mais le pays où la transition est la plus brutale, c’est la Chine. La prédiction tant redoutée d’un pays qui deviendra vieux avant d’être riche est sur le point de se réaliser.

Alors que l’indice du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) situe la Chine au 101e rang (entre la Jordanie et le Turkménistan), Pékin annonçait en 2012 que, pour la première fois, sa force de travail avait diminué. Cai Fang, un démographe de l’Académie chinoise des sciences sociales cité par le Financial Times, estime qu’il s’agit du passage d’un surplus à un déficit de travailleurs le plus rapide de l’histoire. L’usine du monde commence à manquer de bras.

Depuis 1949, l’espérance de vie a plus que doublé (73,5 ans), alors que le taux de fertilité a chuté à 1,5 (bien en dessous des 2,1 nécessaires au renouvellement de la population). Les succès passés de la planification familiale pour éviter l’explosion d’une population qui atteint désormais 1,35 milliard d’individus se transforment en bombe à retardement. Après le fardeau de la surpopulation, la Chine affronte le casse-tête du déclin démographique. Dans un livre souvent cité ces temps-ci, Stumbling Giant: The Threats to China’s Future, l’entrepreneur de Hong­kong Timothy Beardson voit dans les problèmes démographiques de la Chine le principal obstacle à son avènement en tant que superpuissance capable de détrôner les Etats-Unis. Il y a actuellement quatre Chinois pour un Américain. Ce ratio pourrait tomber à 1,25 d’ici à la fin du siècle.

Conséquence de ce basculement, on assiste à la fin d’un cycle économique, celui du «dividende démographique». Depuis trente ans, les réformes se sont nourries d’une vaste réserve de main-d’œuvre bon marché, additionnée à l’injection de capital étranger. Désormais, la productivité et la croissance nécessaire pour réaliser l’objectif d’un «pays de revenu moyen» d’ici à 2020 passeront par l’innovation. Xi Jinping doit insuffler plus de concurrence dans son économie: le parti ne peut plus repousser le marché.

Pour limiter les effets du vieillissement, Pékin relâche un peu plus le contrôle social, en particulier en matière de planification familiale. Celle-ci n’est pas abandonnée, mais assouplie pour

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commentaires

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