4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 09:42

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Introduction : Histoire de la Birmanie (jusqu’en 1962).

http://www.cosmovisions.com/ChronoBirmanie.htm

 

Fermée du côté du Nord par de hautes montagnes, la Birmaniequi ne s'ouvre qu'au Midi vers la mer, a reçu par là les influences qui ont forgé sa civilisation, et a subi le contre-coup des révolutions qui ont remué l'Inde. C'est de l'île de Ceylan (Sri Lanka) que vinrent les missionnaires bouddhistes  qui convertirent au VIe siècle les populations birmanes, et des relations suivies subsistèrent entre l'Inde méridionale et la Birmanie. Le pali devint la langue sacrée du pays, et c'est l'art hindou qu'imitèrent les architectes et les sculpteurs. 

Le royaume d'Ava -
 Les Birmans furent un peuple militaire et conquérant, et leur histoire, jusqu'au moment où ils entrèrent en conflit avec les Européens, est une longue suite de guerres et de révolutions. Il y eut d'abord dans le bassin supérieur de l'lraouaddy de petits Etats qui se réunirent les villes de Tagoung (au Nord-Est d'Ava) puis de Bagan (au Sud d'Ava) furent les premières capitales du royaume birman. En 1364 fut fondée la ville d'Ava (Innwa) qui resta la métropole jusqu'en 1783. Elle donna son nom à l'empire, et tous les voyageurs européens des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont parlé de la Birmanie en l'appelant le royaume d'Ava.

Longtemps cet Etat resta confiné dans les hautes vallées du Nord. Au XVIe siècleseulement il s'étendit jusqu'à la mer par la conquête du Pégou. Mais, vers 1710, les Pégouans se soulevèrent, chassèrent les envahisseurs et pénétrèrent même dans le pays birman. Ava fut prise par eux en 1752. Leur domination ne dura pas. En 1754, un Birman de la famille royale, Alom-Prâ, affranchissait ses compatriotes et envahissait à son tour le Pégou. En 1756 il détruisit le port de Siriam, où étaient établis les comptoirs des Européens, et prit Pégou en 1757. Dans cette guerre les Birmans acquirent une réputation de courage et de férocité qu'ils gardèrent longtemps auprès des nations européennes. Maître de tout le pays, Alom-Prâ continua la guerre contre les Siamois qui avaient secouru les Pégouans, et mourut en pleine victoire en 1760. A partir de ce règne, la domination birmane s'étend sans cesse dans l'Indochine occidentale. En 1769 le successeur d'Alom-Prâ détruit près de Bhamo l'armée chinoise qui avait envahi la Birmanie, et les conquêtes se succèdent. L'Arakan, le Tenasserim et Tavoy, deviennent provinces birmanes. Les Birmans dominent dans le Munnipour et dans l'Assam.

L'arrivée des Européens - Amarapoura succède alors à Ava comme capitale (1783-1819). Mais la Birmanie allait se heurter dans son développement à une puissance européenne. C'est au XVe siècleque la relation du Vénitien Nicolo di Conti fit connaître la Birmanie à l'Europe (1444). Mais les voyageurs du XVIe sièclene virent guère que le Pégou. En somme, c'est à la fin du XVIIe siècleseulement que le royaume d'Ava entra en relations régulières avec les puissances européennes. Les diverses compagnies des Indes faisaient le commerce à Siriam, et les Anglais, qui avaient obtenu en 1687 la permission de s'établir au cap Negrais, envoyèrent en 1695 deux de leurs commis à la cour d'Ava. Cette première mission, et une seconde en 1709, ne leur procurèrent aucun nouvel avantage, et la situation des Européens au Pégou sous la domination birmane, resta précaire et mal assurée. Le soulèvement du Pégou et les révolutions qui se succédèrent de 1740 à 1756 vinrent donner aux puissances européennes qui se disputaient l'Inde l'occasion d'intervenir et l'espérance de s'établir dans le pays. 

Dupleix envoya un agent qui fut massacré en 1756. De son côté, la Compagnie anglaise offrait ses services au roi d'Ava. Elle lui envoya en 1755 l'agent Baker. Alom-Prâ permit aux Anglais d'installer un comptoir à Basséïn, mais il ne leur fut guère favorable, car c'est sous son règne que l'établissement du cap Negrais fut détruit et sa garnison massacrée (1759). Sous ses successeurs, tandis que la domination anglaise s'étendait dans l'Inde, les Français cherchèrent à se rapprocher des rois d'Ava. En 1770 l'agent Féraud fut envoyé de Pondichéry en Birmanie; il ne reçut que des promesses et l'établissement qu'on avait projeté ne fut pas formé. En 1783 le gouvernement de Louis XVI fit une nouvelle tentative : il envoya au roi d'Ava un officier de marine, Geslin, dont la mission n'eut pas plus de résultat, il y avait cependant des relations amicales entre Ava et Pondichéry, et les gouverneurs français fournissaient des armes aux Birmans, qu'inquiétaient les progrès de l'Angleterre. Là, comme dans le reste de l'Inde, en effet, l'influence britannique allait supplanter les Français. En 1795, redoutant une invasion birmane sur le territoire de Chittagong, la Compagnie anglaise envoya en ambassade à la cour d'Ava le colonel Symes. La relation qu'il a laissée est le premier document de valeur qu'on ait eu sur la Birmanie. Il y joignit une carte, dressée par ses compagnons, Hood et Buchanan. On ne possédait encore sur la Birmanie que la carte du cours de l'lraouaddy tracée par Baker, lors de la mission de 1755-1756. 

Les guerres anglo-birmanes - A partir de 1795 les ambassades se succèdent : elles affermissent l'influence anglaise, et en même temps font connaître le pays. Mais les relations pacifiques ne pouvaient pas durer. A la suite de troubles à la frontière d'Arakan, la guerre éclata entre la Compagnie anglaise et la Birmanie en janvier 1824. Les Birmans furent vaincus malgré une résistance très sérieuse. Par le traité de Yeudabô ils durent céder l'Arakan et le Tenasserim, et payer 100 Iaks de roupies (1826). La Birmanie était dès lors ouverte. Le major Crawfurd fut envoyé à Ava pour y négocier un traité de commerce (1826-1827) et la Compagnie établit comme résident à Ava le capitaine Burney (1829-1832). Ces missions contribuèrent à faire connaître la contrée. La partie orientale de la Birmanie fut explorée par le voyageur Richardson, et une série d'itinéraires furent tracés. En 1835 le capitaine Hanuay pénétrait jusqu'à Bhamo. Le résultat de ces explorations fut la grande carte de Pemberton publiée à Calcutta en 1838.

Une seconde guerre, en 1852, mit la Birmanie à la discrétion des Anglais. Le roi vaincu ne voulut signer aucun traité, et les Anglais annexèrent purement et simplement le Pégou et le Martaban (1854) : ils en firent une nouvelle province indienne, la Birmanie britannique (British Burmah) et la frontière fut formée par le 19° 27' de latitude Nord. C'est alors que fut envoyé en mission à Ava le capitaine Yule dont la remarquable relation a complété celle de Symes (1858). Ainsi mutilé, séparé de la mer par les possessions anglaises, resserré dans la haute vallée de  l'Iraouaddy, le royaume birman était à la merci de l'Angleterre. L'annexion totale pouvait être prévue, le jour où les Anglais auraient intérêt à devenir les maîtres de tout le cours du fleuve. C'est ce qui arriva lorsqu'on crut trouver dans la vallée de l'Iraouaddy une route facile pour communiquer avec la Chine. De ce côté, en effet, se dirigent à partir de 1868environ, les explorations européennes dans l'Indochine. Ce que les Français cherchaient dans les vallées du Mékong ou du fleuve Rouge, la route vers les riches plateaux du Yun-nan, et par là vers l'intérieur de la Chine, les Anglais la cherchèrent naturellement par l'Iraouaddy. Ce fleuve devait, à ce qu'il semblait, ouvrir la voie la plus courte et la plus rapide vers le bassin du Yang-tse-Kiang. Dès 1860 les chambres de commerce des grandes villes anglaises demandaient qu'on fît des recherches de ce côté.

Une série d'expéditions prirent Bhamo pour point de départ, afin d'atteindre la Chine centrale par la vallée du Tapeng et le Yun-nan. La première fut celle de Sladen en 1868, puis celle d'Anderson en 1871. En 1876 la mission Brown fut arrêtée dans sa marche par le meurtre de l'interprète Margary, au milieu des populations hostiles du Nord. Les missions de Gill en 1877, de Colqhoun en 1881 montrèrent que s'il était possible de traverser les montagnes et d'atteindre la Chine orientale à force de temps et de patience, il serait difficile de créer entre la Birmanie et la Chine une véritable voie commerciale. D'autres explorations, par la vallée du Salouen, ne donnèrent pas des résultats plus pratiques. (Cette voie de communication, connue sous le nom de Route de Birmanie et longue de 1100 km, finira cependant par exister entre la Birmanie et la ville chinoise de Kunming. Elle jouera un rôle essentiel dans le ravitaillement des Chinois lors de la guerre qui les opposera au Japon entre 1937 et 1945,  et elle est encore aujourd'hui une voie commerciale importante entre la Chine et l'Océan indien).

L'annexion par l'Angleterre -  
L'importance que des explorations menées par les Anglais donnaient à la haute vallée de l'Iraouaddy hâtèrent l'annexion de la Birmanie. Déjà, en 1879, lors de l'avènement du roi Thibô, les Anglais avaient cherché des prétextes d'intervention. L'occupation du Tonkin par les Français, en donnant pour voisine aux Birmans une puissance européenne, fut sans doute la véritable raison qui décida l'invasion du pays par les Anglais. Une ambassade birmane était venue à Paris, où l'on songeait à ouvrir entre la nouvelle possession française et Mandalay une route commerciale à travers les Etats Chans. En 1885 l'occupation de la Birmanie fut décidée; le roi Thibô fut arrêté et interné à Madras, et les troupes anglaises entrèrent à Mandalay sans rencontrer de grande résistance. C'est après coup que la Birmanie se souleva : des bandes de partisans, les Dacoïts, firent aux Anglais une guerre de détail, fatigante et même dangereuse, et les forcèrent à entretenir dans le pays un effectif de troupes considérable. L'écrasement de la résistance prit plusieurs années. La Birmanie ne fut pas officiellement annexée par l'Angleterre; elle était seulement occupée, mais en réalité l'empire anglo-indien comptait dès cette époque une grande province de plus. 

Carte de la Birmanie en 1900

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La Birmanie au XXe siècle -  
La Birmanie a accompagné dès le début le mouvement indépendantiste né en Inde (Gandhi, Jinnah, etc.) et peut ainsi bénéficier des réformes concédées par les Britanniques en Inde 1917 (système de la dyarchie). En 1923, le Royaume-Uni confère même à la Birmanie une statut distinct, et la dote d'un gouvernement dont l'autonomie est renforcée en 1935  par leGovernment of Burma Act. En 1937, la Birmanie devient une colonie de la Couronne à part entière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, les troupes japonaises envahissent la Birmanie. Une indépendance de pure forme est proclamée en 1943, par la voix du dictateur Ba Maw. Les Britanniques reprennent pied dans leur colonie à la fin de conflit  (janvier-août 1945), mais seulement pour préparer l'indépendance qui est obtenue officiellement le 4 janvier 1948.

Les « seize mille problèmes » de l'indépendance - Après une brève période de troubles, au cours de laquelle la principale figure de l'indépendance, Aung San, a été assassiné, une démocratie parlementaire est instaurée sur la base de deux chambres qui élisent pour cinq ans un chef de l'Etat, le pouvoir exécutif étant entre les mains du premier ministre. Le premier président sera ainsi Sao Shawe Thaike, et le premier premier ministre U Nu, l'ancien ministre des affaires étrangères de Ba Maw. Une réforme agraire,  une nationalisation du sol et du commerce du riz donnent au nouveau régime une coloration socialiste modérée, mais la Birmanie, qui par ailleurs a toujours ménagé de bonnes relations avec la Chine populaire, affiche sa neutralité au niveau international. U Nu sera ainsi, avec Nehru, Tito et Nasser, un des fondateurs du mouvement des « Non-Alignés  » .

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Biographie d’Aung San : cliquer ici

L'entrée réussie de la jeune république dans la communauté internationale ne l'empêche pas d'être bientôt confrontée à de nombreux problèmes intérieurs. Il apparaît vite au sein de la classe politique des divergences profondes sur la constitution même du pays, qui opposent unitaireset fédéralistes, sur fond de revendications séparatistes (de la part de la population Karen notamment); l'armée se montre déjà très inquiète de ces velléités centrifuges; de plus la volonté exprimée par U Nu, reconduit pour un nouveau mandat en 1960, de placer le bouddhisme sous le contrôle de l'Etat provoque la colère du clergé. A la fin de 1961, U Nu, évoquera les « seize mille problèmes » du pays. Le plus grave de ces problèmes frappe la Birmanie dans la nuit du 1er au 2 mars 1962, quand un coup d'Etat militaire  renverse le régime démocratique.  Le pouvoir passe alors entre les mains du chef de la junte, le général Ne Win. 

 

I- La dictature militaire : entre répression et quête de légitimité.

 

La dictature de Ne Win.

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Ne Win a dirigé le pays entre 1962 et 1988. Sa dictature  comprend trois périodes : d'abord sous le régime de la loi martiale (suspension de la constitution, dissolution du parlement, mesures xénophobes diverses); ensuite, à partir de 1974, après s'être s'auto-proclamé président, il s'appuie sur un parti unique marxisant (le Parti du programme socialiste birman); et enfin, à partir de 1981, en tant que président du parti unique, il reste l'homme fort du pays.

Dès 1975, apparaît une force d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), qui s'appuie sur les mouvements insurrectionnels qui ont germé à travers le pays. L'ancien premier ministre U Nu, un temps exilé, en deviendra un des coordinateurs en 1980. Mais c'est seulement à partir de 1987, après une dévaluation de la monnaie qui provoque des émeutes anti-gouvernementales, que le mouvement prend de la force.

Biographie de Ne Win : cliquer ici

Les événements de 1988.

De nouvelles émeutes, en 1988 sont durement réprimées. Des milliers (3000?) de manifestants sont tués par l'armée. Une nouvelle structure est formée par la junte militaire, dont le général Saw Maung, prend la tête, le Slorc (State Law and Order Restoration Council ou Comité d'Etat pour la restauration de la loi et de l'ordre).

Le Slorc restaure la loi martiale l'année suivante, et décide l'arrestation de milliers de personnes. Cette même année, les autorités militaires décident unilatéralement de changer le nom de la Birmanie, en lui donnant celui Myanmar; Rangoun, devenant Yangon. Un changement qui n'est pas reconnu partout. Le Slorc lui-même se donne désormais le nom de Conseil d'Etat pour la paix et le développement (SPDC).

Plus d’explications sur le coup d’Etat de 1988 : cliquez ici.

06La junte accepte finalement la tenue d'élections pluralistes en 1990. Elles donnent une large victoire au principal parti d'opposition, la NLD, mais la junte refuse de céder sa place. La dirigeante la plus connue de la NLD (fille du Aung San, et prix Nobel de la paix en 1991) Aung San Suu Kyi, qui avait déjà été assignée à résidence de 1989à 1995 et de 2000 à 2002, est incacérée en mai 2003et un peu plus tard replacée en résidence surveillée. En février 2006, la junte prolonge d'un an sa détention, et encore d'un an de plus en mai 2007. Malgré la levée de la loi martiale en 1992 (date à laquelle le général Than Shwe a pris le commandement de la junte), pendant toute cette période, les partisans de Aung San Suu Kyi et les défenseurs de la démocratie en Birmanie sont quotidiennement harcelés et emprisonnés.  

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En août 2007, une mouvement de mécontentement populaire s'exprime à la suite de la forte montée du prix des carburants et des autres produits de consommation courante. Le mois suivant la protestation reçoit le soutient des moines bouddhistes qui descendent en nombre dans les rues (autour de 30 000, le 25 septembre), comme cela avait déjà été le cas vingt ans auparavant dans un contexte analogue. La répression des manifestations par les militaires a commencé le 26 septembre. 

Biographie d’Aung San Suu Kyi : cliquer ici.

  

De Yangon à Naypiytaw : le déplacement de la capitale.

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« Guy Lubeigt, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a méthodiquement reconstitué l'histoire, la morphologie et dépeint les enjeux géo-économiques pour ne pas dire stratégiques de la ville et de ses territoires adjacents. Un travail minutieux d'enquête dans une société où foisonnent les rumeurs (kawlahala). Il n'a pas son pareil aujourd'hui dans la littérature académique internationale même si l'un des anciens élèves thaïlandais de l'auteur, Dulyapak Preecharushh, s'y est déjà essayé, il y a quelques années (Naypyidaw : The New Capital of Burma, White Lotus, Bangkok, 2009, 181 p).

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Un document original à mettre au crédit des programmes de recherches conduits par l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporain (IRASEC). Une institution commune au Quai d'Orsay et au CNRS qui s'emploie, depuis 2001, à dépeindre depuis Bangkok les évolutions politiques, économiques, sociales et environnementales en cours au Timor-Oriental et dans les dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN).

Rassembler de la documentation sur la République de l'Union du Myanmar puisque tel est le nom du pays depuis octobre 2010, est une véritable gageure. Même la dénomination de la future capitale est restée longtemps un mystère pour les citoyens birmans et les étrangers. Son accès fut prohibé et jusqu'à l'automne 2010, on ne pouvait y détenir un téléphone portable.

Le territoire de la région-capitale (7 045 km²) est très largement une terra incognita. Sa découverte est une tâche immense. Pour la première fois dans l'histoire birmane, la capitale ne bénéficie d'aucun rayonnement historique, spirituel ou culturel. L'attractivité de l'emplacement est très limitée tant les carences sont patentes : pas d'activités industrielles ni artisanales, pas de transports publics, des centres administratifs très dispersés, pas de pôles de loisirs, pas d'installations sportives, pas d'activités culturelles et encore moins de centres universitaires. Rien n’a été fait et est fait pour inciter les citoyens à venir habiter leur nouvelle capitale et guère plus pour les touristes, bien que quelques hôtels aient ouvert récemment leurs portes. La sacralisation du territoire manifestée par l'érection de la pagode géante d'Uppatasanti n'y changera rien.

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Les raisons qui ont conduit au déplacement de la capitale à 320 kilomètres au nord de Rangoun et près de 400 des côtes de la mer d'Andaman suscitent encore bien des conjectures. Le collaborateur de l'IRASEC les a passées méthodiquement en revue. Elles ne manquent pas de sel. A l'heure où la ville fut décrétée la principale métropole politico-administrative de l'Union du Myanmar (6 novembre 2005), son nom était totalement méconnu de tous. Nombre de commentateurs pourtant familiers du régime crurent que le lieu où allaient s'implanter les principales institutions du pays se dénommait Pyinmana : un site à quelques encablures, bien connu, lui, des historiens. Il fut pendant la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale le quartier général des forces alliées commandées par Lord Mountbatten.

Les officiels du régime n'étaient pas plus éclairés que les autres. Les errements de langage du ministre de l'Information de Rangoun en témoignèrent. Il utilisa ainsi la désignation géographique de Pyinmana le 7 novembre 2005 pour dénommer le nom de la capitale de son pays avant de se raviser dans une déclaration le 12 du même mois pour proclamer officiellement que Naypyitaw serait le nom de la nouvelle cité-capitale. Une toponymie qui a changé de graphies depuis à trois reprises.

Initiée au début des années 2000, la construction des infrastructures a été conduite dans le plus grand secret et menée comme une opération militaire de grande envergure. La délocalisation des centres de pouvoir de la junte fut interprétée par certains comme un moyen de se prémunir d'une invasion étrangère. Les militaires de Rangoun suspectaient Washington de vouloir conduire une opération aéroportée visant à installer au pouvoir le prix Nobel de la paix Daw Aung San Suu Kyi dont les supporters avaient remporté les élections générales de 1990. D'autres commentateurs interprétèrent la militarisation de la capitale comme une opération de guerre psychologique. Comme s'il s'agissait de détourner l'attention des curieux du développement de la zone militaire située au sud de Yézin. Y seraient installées des infrastructures susceptibles d'accueillir un programme nucléaire militaire clandestin ou encore, avec l'aide de cadres nord-coréens, des usines de montage de missiles.

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Une fois appréhendé le nom de la capitale, les raisons militaires sous-jacentes à son transfert, l'importance des prédictions des astrologues et des devins (vénérable Chaungwa, E Thi...) qui ont pu y concourir, encore fallait-il tenter de comprendre les logiques géo-économiques qui ont présidé au choix de l'implantation. Contrairement à ce que peut laisser croire un regard jeté trop rapidement sur une carte, Nay Pyi Taw n'est pas vraiment au cœur du pays, ni même dans la zone sèche de la Birmanie centrale propice aux développements agricoles. Pire pour la sécurité de ses habitants, elle est géolocalisée dans une zone de forte activité sismique et au pied du plateau shan, tout près de la ligne de front qui sépare les forces gouvernementales de nombreuses guérillas irrédentistes. Une réalité polémogène qui aurait mérité des développements plus longs puisqu'elle obère l'insertion stratégique d'un État à l'intersection de la Chine et des sous-continents indiens et indochinois. La Résidence des rois, la Cité royale, puisque telle est la traduction du nom de la capitale, risque donc de n'avoir été qu'une immense source d'enrichissement pour les affidés du régime et s'avérer un ghetto protecteur pour les chefs de ses armées (…) »

François DANGLIN

http://www.nonfiction.fr/article-5516-la_nouvelle_capitale_birmane.htm

 

II- ECONOMIE : UNE MODERNISATION EN PANNE.

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Un pays riche en ressources naturelles, mais un pays qui reste pauvre.

Quelques données clés :

Jusqu’en 2010, environ 50% du budget global du pays est alloué aux dépenses militaires contre moins de 3% pour l’éducation et la santé.

50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, un tiers des enfants birmans souffrent de malnutrition et 1 enfant sur 10 n’atteint pas l’âge de 5 ans. Plus de 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable.

Les revenus issus de l’exploitation de gaz représentent une manne financière très importante pour le régime birman. A titre d’exemple, sur la seule année 2008, les autorités ont perçu 254 millions de dollars au titre de la participation de TOTAL dans le projet d’exploitation Yadana. Cependant, cet argent n’est pas utilisé pour le développement du système de santé ni pour celui de l’éducation car il est en grande partie détourné par le régime pour son propre profit grâce un double système de taux de change.

Le système fiscal birman connaît en effet un grave dysfonctionnement en raison de la coexistence de deux taux de change. L’économiste australien Sean Turnell explique en détail l’ampleur des détournements d’argent réalisés par la junte birmane grâce à un subterfuge très simple de double taux de change. Les revenus gaziers (payés en devises) sont intégrés au budget national birman en utilisant la conversion officielle de 6 kyats (monnaie birmane) pour 1 dollar. Ce taux de change officiel, en vigueur depuis trente ans, surévalue la monnaie birmane d’environ 150-200 fois par rapport à sa valeur réelle, qui est de 1000-1300 kyats pour 1 dollar. C’est ainsi que les revenus issus du gaz, convertis au taux de change officiel, ont un impact minime sur les finances d’Etat (moins de 1% du budget annuel birman) alors qu’ils devraient contribuer à plus de 50% au budget national s’ils étaient correctement valorisés.

Plus de 20 projets de barrages hydroélectriques de grande envergure sont en cours de construction à travers le pays. Tous ont en commun d’être financés et construits par des pays voisins (principalement la Chine et la Thaïlande) et tous produiront de l’électricité pour ces mêmes pays, alors qu’environ 50% de la population de Birmanie n’a pas accès à l’électricité.

Une privatisation industrielle de façade

Depuis 2009, le régime militaire s’est engagé dans un processus  de privatisation de pans entiers de l’industrie birmane, notamment  dans le domaine de l’énergie. Cette privatisation sera essentiellement au profit de quelques oligarques très proches du   régime, en  particulier Tay Za, le PDG de Htoo Trading. En décembre   2009, Htoo Trading a remporté le contrat pour la construction de deux barrages pour usines hydro-électriques. Fin janvier 2009, le ministère de l’énergie a annoncé la privatisation des 256 stations essence à travers le pays. Peu auparavant  Tay Za avait créé une structure ad- hoc permettant de superviser cette privatisation, et dont le fils du numéro 3 de la junte est le vice-président. En janvier toujours, une filiale de Htoo Trading a également commencé à vendre des cartes SIM pour téléphones portables, pour lesquels cette entreprise a les droits exclusifs. Beaucoup d’observateurs notent que ce transfert de propriété de l’Etat - à des prix bradés – ira en majeure partie  aux mains d’investisseurs privés affiliés aux généraux. Ces entreprises peuvent ainsi mettre la main sur des secteurs industriels ou tertiaires pour lesquels aucune concurrence n’est  admise : la libéralisation du marché birman se révèle être un leurre, et ce seront une nouvelle fois les citoyens birmans qui en pâtiront. Début 2010, le régime a lancé une série de privatisations massives de ses entreprises publiques. D’après le Ministre  adjoint de l’industrie, Khin Maung Kyaw « tout en nous transformant en nation démocratique, nous allons privatiser  90%  des   entreprises  industrielles   publiques  […]  Cette  réforme  a  été  effectuée  dans  d'autres  pays démocratiques».

Des relations de plus en plus étroites avec les partenaires régionaux

Au cours des dernières années, la Birmanie s’est sensiblement rapproché de ses partenaires asiatiques.

La Thaïlande, premier partenaire commercial du pays jusqu’en 20115, importe plus de gaz naturel venant de Birmanie que n’importe quel autre pays (plus de 90% du gaz est exporté par la Thaïlande). L’import de gaz naturel est primordial pour couvrir les besoins énergétiques du pays. Plus de 70% de l’électricité en Thaïlande provient du gaz naturel, dont la moitié est importée de  Birmanie. La dépendance de la Thaïlande envers les ressources naturelles de Birmanie influe considérablement sur la politique de la Thaïlande envers son voisin.

L’acquisition de pétrole, de gaz naturel et d’électricité est devenue le principal intérêt économique de la Chine qui considère son voisin birman comme un garant de sa sécurité énergétique. En juin 2010, une compagnie d’Etat chinoise, la China National Petroleum Company (CNPC) a entamé la construction d’un pipeline à partir du port de Sittwe à l’ouest de  la  Birmanie  vers  Kunming,  la  capitale  de  la  province  du  Yunnan.    Une  fois  achevé,  ce  pipeline  augmentera l’approvisionnement de la Chine  en pétrole brut provenant d’Afrique et du Moyen Orient, lui fournissant une route alternative au détroit de Malacca. Ce pipeline fera aussi de la Chine le premier bénéficiaire  du gaz naturel provenant du chantier Shwe Gas. L’exploitation de ce dernier devrait rapporter environ 30 milliards de dollars à la junte au cours des 30 prochaines années.

http://www.info-birmanie.org/web/index.php?option=com_content&view=article&id=82:situation-economique&catid=7:situation-economique-et-sociale&Itemid=12

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La Birmanie ou le salut par les ressources naturelles.

« La croissance industrielle en Birmanie est si forte que les experts estiment qu’elle pourrait bénéficier à toutes les strates de la société en créant des opportunités d’emploi un peu partout. Mais cela implique que le pays, si riche en ressources naturelles, adopte une stratégie globale de développement de manière à pouvoir concurrencer les autres champions asiatiques. Une manière de sortir de la dictature en douceur ?

L’économie pour faire suite à la dictature

La Birmanie semble avoir décidé d’emprunter le chemin du développement comme voie de sortie progressive de dizaines d’années de dictature. Il faut dire que ce pays a l’avantage d’une position géographique privilégiée proche des économies à croissance rapide de la Chine et de l’Inde. Ces deux voisins sont avides de matières premières et de minerais dont regorge la Birmanie.  Sont également visées les grandes capacités hydroélectriques de la Birmanie.

Considérée comme l’un des pays les plus démunis de la planète, la Birmanie est au 132 ème rang sur 177 dans l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Les Etats-Unis et l’Australie ont récemment levé leurs sanctions économiques sur la Birmanie pour récompenser les efforts d’ouverture de la Junte et offrant ainsi un boulevard aux généraux pour accélérer la croissance du pays. Et oubliant au passage les accusations de pillage des ressources naturelles portées contre la junte depuis des années. Par bonheur pour les Birmans, l’Indonésie et l’Australie ont de leur coté appliqué de nouvelles taxes sur les investissements étrangers se portant sur les activités minières . De quoi rendre la Birmanie encore plus attractive.

Vers plus de transparence  pour plus de pétrole

Le nouveau gouvernement, plus démocratique, a pris quelques initiatives bienvenues pour booster le secteur des mines. Il s’intéresse de près à l’Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), un accord international pour donner de la transparence aux opérations minières.

Les Etats unis et l’Union européenne ont en 2007 adopté un embargo sur les importations de pierres précieuses, de bois, de métaux et de minerais en provenance de Birmanie. La chine continue de fermer les yeux et laisse passer les importations illégales.

Selon la Banque asiatique du développement, le secteur minier birman représente déjà 56, 2 milliards de dollars en 2010 (contre 2,3 mds en 2000), grâce à une croissance de 37,6% ! La richesse de la Birmanie en zinc, argent, cuivre, chrome, or et autres pierres précieuses commence à lui porter profit.

Le pays a aussi quelques gisements majeurs de gaz et de pétrole mais manque cruellement des capitaux et surtout des savoir faire nécessaires à leur exploitation. C’est pourquoi le régime a ouvert grand la porte aux compagnies pétrolières étrangères pour s’attaquer à ces gisements inexploités : 23 lots ont été attribués à des sociétés occidentales pétroliers et offshore en mai 2012. Ces compagnies vont pouvoir au passage se refaire une virginité en évitant le passage obligé des généraux corrompus.

La Birmanie détient des réserves prouvées de pétrole et de gaz de 2,1 milliards de barils et de 25 milliards de m3. Son ministre de l’Energie estime détenir en sus, de grandes quantités de gaz de schiste.  Mais en  2011–2012, « seulement » 13,8 milliards ont été investis par des majors étrangères (soit 31% du PIB !) car le pays ne s’est pas encore transformé en un havre accueillant et rassurant pour des investissements géants.

En effet, le pays souffre toujours d’un régime accusé de manque de transparence, de corruption ainsi que d’insuffisantes infrastructures de transport, énergétiques ou de communication modernes. Egalement dans le viseur, la politique environnementale de la Birmanie qui est insuffisante (pour être gentil) pour protéger sa belle biodiversité : l’exploitation forestière menace les forêts, le traitement des déchets miniers fait défaut ainsi que le traitement des eaux qui n’est pas aux normes internationales. Sans parler des conditions d’exploitation minières dangereuses relevées dans les mines d’or des état du Kachin et de Karen, ou dans les mines de cuivre dans le nord du pays ».

http://www.consoglobe.com/lbirmanie-geant-ressources-naturelles-cg

 

- La Birmanie, nouvel eldorado des investisseurs - Par Yann Rousseau, Les Echos, 02/04/2013

La dissolution de la junte au pouvoir et le processus de démocratisation en cours ont rendu la Birmanie à nouveau fréquentable. Depuis quelques mois, les hommes d'affaires étrangers se bousculent à Rangoun, attirés par les promesses de cette terre vierge au potentiel considérable.

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Au bas de Pyay Road, au milieu des embouteillages monstres, des enfants circulent par une canicule poisseuse entre les vieilles voitures de marques japonaise. Comme dans les autres villes des pays émergents d'Asie, ils proposent des canettes de coca et des couronnes de jasmin censées rafraîchir l'intérieur non climatisé des véhicules. Mais beaucoup désormais agitent aussi aux fenêtres baissées des passagers un petit livret jaune intitulé « Foreign Investment Rules in the Republic of the Union of Myanmar ». Mille kyats (1 euro) sans négocier. Succès garanti.

Depuis le printemps dernier, les hommes d'affaires étrangers, particulièrement japonais, singapouriens, américains et thaïlandais, se bousculent à Rangoun, attirés par les promesses d'une terre vierge. En dix mois, les prix des chambres d'hôtel ont été multipliés par trois. Compter 300 dollars pour une nuit au Strand, où Rudyard Kipling prit des notes pour ses « Lettres d'Orient ». Dans les rares immeubles de bureaux aux standards internationaux, le mètre carré prend 5 dollars par mois au minimum. Et les listes d'attente s'allongent dans les résidences pour étrangers. « Je paie déjà 5.000 dollars par mois pour 60 mètres carrés. C'est plus que New York », souffle un diplomate, qui ne peut toutefois pas faire le difficile de peur d'être « exproprié » par un plus offrant. « De la folie furieuse », s'exclame Patrick Robert, un designer français résidant dans le pays depuis vingt-cinq ans.

Tout est à faire dans le pays le plus pauvre d'Asie du Sud-Est

Cette ruée vers l'or a été enclenchée l'an dernier lorsque l'Occident a adoubé le processus d'ouverture de la Birmanie, longtemps jugée infréquentable par les grandes démocraties. Depuis la dissolution de la junte, il y a tout juste deux ans, le 30 mars 2011, le nouveau gouvernement a remisé les uniformes pour se déclarer « civil » et a engagé les réformes. Il a libéré des centaines de prisonniers politiques et permis l'élection, en avril 2012, comme députée d'Aung San Suu Kyi. Le même mois, l'Union européenne a salué le processus et suspendu ses sanctions contre le pays. En mai, ce sont les États-Unis qui ont levé certaines restrictions aux investissements en Birmanie. Puis Barack Obama a définitivement libéré les investisseurs en venant s'afficher en novembre dernier au côté du président, Thein Sein, un ancien général.

Redoutant des années de stagnation en Occident, inquiètes du ralentissement chinois de 2012, les grandes multinationales projettent tous leurs espoirs de croissance sur la Birmanie, le pays le plus pauvre d'Asie du Sud-Est. Un territoire plus grand que la France, riche en ressources minières, pétrolières et gazières, et stratégiquement placé entre la Chine, l'Inde, la Thaïlande et le Bangladesh. Plus de 62 millions de consommateurs. Sur le papier, le potentiel est considérable. « Il y a tout à faire », résume Yasuhide Fujii, le « partner » sur place de KPMG. Seuls 5 % des Birmans ont un téléphone portable et les trois quarts d'entre eux n'ont qu'un accès limité à l'électricité. « Il faut des routes, des voies ferrées, un port en eaux profondes, des aéroports, de l'électricité et des réseaux d'eau », liste le consultant japonais, arrivé en octobre dernier, à la demande de ses grands clients.

La France est en lice pour construire le pays, le Japon a pris de l'avance

Déjà, les chantiers de deux zones économiques spéciales prennent forment à Thilawa, près de Rangoun, ainsi qu'à Dawei, sur la côte plus au sud, où un gigantesque complexe pétrochimique est aussi programmé. Un plan de rénovation et de réaménagement de la ville de Rangoun a été lancé. L'actuel aéroport de Mandalay doit être agrandi, tout comme celui de Rangoun. Un peu plus au nord, c'est un autre aéroport qui va sortir de terre pour désengorger la capitale économique du pays. Les français Vinci et Bouygues sont en lice, séparément, pour plusieurs de ces marchés. Tout comme leurs concurrents japonais, arrivés en masse dans le pays, poussés par Tokyo, qui vient d'effacer un quart des 6 milliards de dollars de dette que lui doit le pays, avant de débloquer de nouveaux prêts pour notamment financer l'une des nouvelles zones économiques spéciales. Au total, l'archipel prévoit 18 milliards de dollars d'aides.

Contrairement aux États-Unis et à l'Union européenne, le Japon n'a jamais coupé les ponts avec le pouvoir birman. De peur de voir la Chine, contre laquelle il mène une guerre d'influence dans la région, rester le seul partenaire du pays - les groupes chinois exploitent déjà plusieurs mines et barrages dans le pays. Quelques entreprises nippones, et notamment les puissantes maisons de négoce, ont continué de commercer avec le pays. En 2011, le Japon était ainsi le plus gros importateur de textile birman avec 348 millions de dollars de commandes. L'archipel achète aussi toujours 90 % de son sésame noir dans le pays et une partie de ses germes de soja.

La Birmanie, de nouveau un grand acteur du textile ?

Pendant des années, Toru Hiroe a surveillé seul à Rangoun ces échanges pour son groupe, Itochu. Il se souvient des contrôles militaires de nuit, des téléphones portables à 3.000 dollars et du laborieux accès à internet. « Tout vient de changer. Nous sommes maintenant six expatriés japonais et nous avons une quinzaine d'employés birmans », explique le cadre, installé dans l'une des rares tours de bureaux de la cité. Un projet qui avait été gelé pendant des années après l'application des sanctions américaines et la crise financière asiatique. Aujourd'hui, les ouvriers s'activent pour finir la maçonnerie de locaux qui sont loués à 80 dollars par mètre carré et par mois.

Comme dans tous les eldorados, les géants du textile sont les premiers à débarquer pour étudier les possibilités de production pour leur industrie, très gourmande en main-d'œuvre bon marché. Jusqu'à la fin des années 1990, la Birmanie était l'un des grands acteurs de la confection mondiale. On recensait alors près de 400 usines spécialisées qui livraient l'Europe ou l'Amérique et assuraient 39,5 % des exportations du pays en 2000. Après la mise en place de sanctions commerciales, plus de la moitié ont fermé, faute de débouchés.

Mais les ateliers se relancent. « Il n'y a pour l'instant pas assez d'électricité pour faire de la production de textile, qui demande beaucoup d'énergie, mais la fabrication de vêtements est possible car les salaires sont toujours inférieurs à ceux du Cambodge », explique Yoshihiro Kunii, le vice-président responsable de la production chez le géant japonais Fast Retailing, qui contrôle notamment la marque Uniqlo. Lui n'envisage de sous-traiter de la fabrication dans le pays que d'ici à trois ans, lorsque les grandes infrastructures auront été modernisées. « Pour la manufacture, c'est encore un peu compliqué », confirme Yasuhide Fujii, chez KPMG. « Il y a le problème des infrastructures, mais aussi celui du système bancaire, qui est à réorganiser. Les procédures de change et des transferts avec l'étranger sont complexes », détaille-t-il. Les investissements lourds peuvent être difficiles. « Par contre, pour les sociétés qui veulent, elles, viser le marché domestique, il faut se presser. »

Encore peu de partenaires locaux de confiance...

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Si le système réglementaire évolue rapidement pour attirer des capitaux étrangers, beaucoup de secteurs vont nécessiter une implantation en joint-venture avec des groupes locaux. « Et il n'y a pas beaucoup de grands partenaires domestiques potentiels », souffle l'expert. Les nouveaux arrivants doivent notamment prendre soin de ne pas s'allier avec les nombreux conglomérats et hommes d'affaires encore placés sur une liste noire du Trésor américain, qui interdit les transactions avec des sociétés soupçonnées d'avoir eu des activités illégales à l'époque de la junte. Dans les locaux de KPMG, des cadres du brasseur singapourien Fraser and Neave, qui produit localement en coentreprise la Myanmar Beer, la marque leader du pays, se préparent à l'arrivée de cette concurrence mondiale. « Carlsberg ne va pas tarder », confient-ils. Le PDG de Coca-Cola est, lui, déjà passé pour réimplanter ses marques, qui avaient quitté le pays après les violentes répressions de manifestations démocratiques. Pepsi suit.

Le marché automobile bouillonne tout autant. Si pour l'essentiel les véhicules restent des occasions venues du Japon, les importateurs de voitures neuves voient leurs ventes s'envoler. Quelques taxis ont opté pour des QQ du chinois Chery. Et pour prendre de l'avance sur ses compétiteurs, Suzuki vient d'annoncer qu'il allait relancer sa production de petits modèles dans le pays le mois prochain. « Je n'avais pas vécu une telle effervescence depuis le Vietnam des années 1990 », se régale un consultant américain, dans l'avion qui l'amène de Bangkok.

Un pays encore déchiré par les conflits ethniques (cf. CONFERENCE 7)

Tout à leur excitation, les groupes ont tendance à oublier que le pays fait encore face à de complexes défis politiques et sociaux. Il est encore déchiré sur d'immenses pans de son territoire par plusieurs conflits ethniques. La semaine passée, de très violents affrontements ont aussi opposé des musulmans et des bouddhistes dans le centre du pays. Au moins 40 personnes ont été tuées et 9.000 déplacées. Et la transition démocratique est loin d'être achevée. Les militaires ont conservé d'énormes intérêts dans la vie économique.

« Tout le processus a été dessiné, décidé et enclenché par l'armée. Un retour en arrière n'aura pas lieu. Il ne profiterait à personne », modère Romain Caillaud, un expert de Vriens & Partners, installé depuis longtemps dans le pays. Quelques frictions pourraient toutefois être ressenties en 2015 lors de la prochaine élection présidentielle, qu'Aung San Suu Kyi devrait remporter. « Certains de ses proches pourraient être tentés de déterrer des cadavres », pointe un diplomate, qui estime toutefois que l'ancienne icône semble désormais prête à faire beaucoup de compromis avec ses anciens geôliers pour s'assurer un accès au pouvoir. « Ca devrait bien se passer. »

http://business.lesechos.fr/directions-generales/international/0202670713278-la-birmanie-nouvel-eldorado-des-investisseurs-5875.php

 

- Un narco-Etat pas près de disparaître – Courrier International, 28/03/2012.

La destruction de champs de pavot sous l'œil des caméras ne doit pas masquer la réalité : le pays reste, avec la complicité de l'armée et de certains politiques, un des plus gros producteurs d'opium et d'amphétamines.

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A la mi-février, la police a fait une descente dans une maison de Tachilek, bourgade à la frontière avec la Thaïlande. Elle y a saisi 8,7 millions de comprimés d'ecstasy, sans nul doute destinés au marché thaïlandais. Le même jour, un responsable chinois faisait savoir aux médias qu'à la frontière sud-ouest de la Chine, dans la province du Yunnan, limitrophe des Etats birmans Shan et Kachin, les drogues de synthèse - dont les méthamphétamines - étaient en plein boom, tout comme les laboratoires les fabriquant. 



La production de drogues dans cette région n'a jamais vraiment décliné depuis son âge d'or, au début des années 1990, quand la Birmanie était alors le premier producteur mondial d'opium. L'offre s'est simplement diversifiée. La quantité de stimulants de type amphétamine (amphetamine-type stimulants ou ATS) inondant désormais toute l'Asie du Sud-Est est si élevée que, d'après le spécialiste de la Birmanie Desmond Ball [professeur à l'Université nationale d'Australie], le pays pourrait aujourd'hui prétendre au titre de "plus gros narco-Etat au monde" si l'on cumule sa production de drogues de synthèse avec celle d'opium. En 2011, la Birmanie était le deuxième producteur d'opium de la planète après l'Afghanistan, avec 610 tonnes au total, mais probablement le premier en matière de méthamphétamines. 



Et pourtant, c'est toujours l'opium qui occupe le devant de la scène. Mi-février, équipées de débroussailleuses spéciales, les autorités se sont rendues dans les montagnes de l'Etat Shan, suivies de près par des journalistes de l'agence de presse Reuters. L'objectif ? Donner un nouvel élan à la "guerre contre l'opium". Mais ce genre de croisade masque le véritable problème. Vouloir débarrasser le pays de la culture du pavot, c'est bien - si toutefois ces efforts sont sincères, contrairement à ceux déployés par le passé. Mais s'attaquer à ce mal désormais secondaire, voilà qui fait fatalement diversion. "Où donc est passée la guerre contre la méthamphétamine ?" est-on en droit de se demander face à l'ampleur de la production actuelle. La question est sans conteste plus pressante.



Si certains membres du gouvernement cherchent réellement à mettre fin au trafic, les obstacles auxquels ils sont confrontés sont décourageants et touchent à l'essence même de la Birmanie "nouvelle" [celle en voie de démocratisation]. Le fossé le plus saisissant entre les beaux discours des dirigeants et l'état actuel des choses s'illustre par la collusion entre certains officiels et les trafiquants. L'an dernier, une enquête menée par l'organisation Shan Drug Watch a permis de découvrir qu'au moins 7 députés - tous issus du Parti pour l'union, la solidarité et le développement (USDP), actuellement au pouvoir - sont impliqués dans la production et la distribution de narcotiques. 



A l'instar de beaucoup d'autres observateurs, Shan Drug Watch a noté une augmentation de la superficie destinée à la culture du pavot à l'est du pays. L'organisation ose aller où les enquêteurs des Nations unies rechignent à s'aventurer : sur le terrain de la collusion entre autorités et trafiquants. Et c'est on ne peut plus flagrant aujourd'hui pour le marché des méthamphétamines, où les milices soutenues par le gouvernement jouent, semble-t-il, un rôle de plus en plus central. Selon le journaliste Joshua Kurlantzick, l'armée birmane est "étroitement liée à l'exportation de drogues vers la Thaïlande et le Laos. Les militaires aident les trafiquants à franchir les check-points et à échapper aux raids menés par les forces thaïlandaises et les unités de la Drug Enforcement Administration [DEA], l'agence antidrogue américaine."



La perquisition de février dernier - et les 8,7 millions de cachets d'ecstasy saisis - donnera sans doute satisfaction à la Thaïlande en lui montrant que les autorités birmanes ne restent pas les bras croisés. Mais ce genre d'action coup-de-poing pourrait bien, en fin de compte, n'être qu'une goutte d'eau dans la mer. Certains spécialistes estiment qu'en Birmanie la production annuelle de métamphétamines est susceptible, dans un avenir proche, de dépasser le milliard de comprimés. Et, comme s'en inquiète Kurlantzick, les accords de cessez-le-feu conclus avec les minorités ethniques offrent à ces dernières des avantages inédits, "notamment des délais plus longs au cours desquels leurs combattants peuvent se livrer à des activités de trafic de drogue sans guère d'intervention des autorités."



Ajoutons à cela que le trafic est de toute évidence toléré par les plus hautes instances du pouvoir et soutenu par des membres du Parlement - vu par l'Occident comme un forum démocratique naissant -, et l'on obtient le résultat inverse de ce que la "guerre contre l'opium" prétend atteindre : une industrie nationale de la drogue qui, bien loin d'avoir disparu, se retrouve au contraire institutionnalisée. Alors, se focaliser sur l'opium n'a-t-il pas simplement pour but de nous détourner du véritable problème, celui du trafic des méthamphétamines, dans lequel, à l'évidence, trempe le gouvernement du président Thein Sein ?

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http://www.courrierinternational.com/article/2012/03/28/un-narco-etat-pas-pres-de-disparaitre

 

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