28 novembre 2012 3 28 /11 /novembre /2012 09:50

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I- LA CONSTRUCTION DE LA NATION LAOTIENNE

A- Du protectorat français à l’indépendance

03■ Henri MOUHOT découvre Luang Prabang. Extrait de son récit, 1860. Mouhot mourra l’année suivante à l’âge de 35 ans, et sera enterré dans le village de Ban Phanom, à une dizaine de kilomètres de Luang Prabang. 

« La situation est des plus agréables, les montagnes qui resserrent le Mékong au-dessus comme au-dessous de cette ville forment une vallée circulaire dessinant une arête de neuf milles de largeur, qui a dû être jadis un bassin fermé et encadrent un tableau ravissant qui rappelle les beaux lacs de Cosme ou de Genève... La ville est bâtie sur les deux rives du fleuve. Mais la partie droite ne compte que quelques habitations. La partie la plus considérable entoure un mont isolé qui a cent et quelques mètres de hauteur et au sommet duquel on a établi une pagode... Les Laotiens sont paisibles, soumis, patients, sobres, confiants, crédules, superstitieux, fidèles, simples et naïfs. Les femmes sont généralement mieux qu'au Siam. Elles portent une seule courte jupe de coton et parfois un morceau d'étoffe de soie sur la poitrine... Leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale ; il ne faut que trois personnes pour former un concert mélodieux. L'un joue un orgue en bambou, l'autre chante des romances avec l'accent d'un homme inspiré et la troisième frappe en cadence des lames d'un bois sonore dont les cliquetis font bon effet... ».

Biographie d’Henri MOUHOT : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Mouhot

 

■ Quelques repères historiques :

* La préhistoire : cliquez ici

* Le pays Lao avant le XIVe siècle : cliquez ici

 * Le royaume du Lan Xang (du XIVe au XIXe siècle) : cliquez ici 

* La colonisation française : cliquez ici

 * La première et la deuxième guerre d'Indochine : cliquez ici

Hô-Chi-Minh :04

  

B- La « République démocratique populaire lao »

■ Repères historiques (suite) :

* La prise de pouvoir par les communistes : cliquez ici

* Le retour à la paix et au capitalisme sous domination communiste : cliquez ici

 * Le Laos depuis les années 2000 : cliquez ici

 

C- La question des minorités.

Les minorités ethniques. La population du Laos est composée de 68 ethnies selon les ethnologues (47 répertoriées par le Front lao d'édification nationale). Officiellement, ces ethnies sont classées en trois groupes principaux :

- Les Lao Lum, ou "Lao des plaines" (68 % de la population), dont fait partie l'ethnie lao proprement dite qui parle le lao (ou laotien) ainsi que les ethnies similaires qui utilisent le Tai (Tai Lu, Tau Neua, Tai dam, Tai Deng, etc.). Le lao, appartient au groupe tai des langues taïes-kadaïes ;

- Les Lao Theung ou "Lao des versants", parfois appelés péjorativement Kha (mot qui signifie "esclave" en Lao, traduisant leur statut défavorisé dans la société), de langue môn-khmer (environ 22 %) ; Les Môn-Khmers (ou Austro-Asiatiques) incluant 31 groupes ethniques : Kuemu (Khmou ou Khmu), Pray, Singmou, Khom, Thene, Idou, Bit, Lamed, Samtao, Katang, Makong, Try, Trieng, Ta-oi, Yeh, Brao, Harak, Katou, Oi, Krieng, Yarou, Yeh, Souai, Gnaheune, Lavy, Kabkae, Khmer, Toum, Ngouane, Meuan et Kri.

- Les Lao Sung ou "Lao des sommets" (9 %), nom qui regroupent les Hmong, principale ethnie minoritaire du pays et les Yao (ou Mien), tous deux de langue hmong-mien et de tibéto-birmans. Les Sino-Tibétains incluant huit groupes : Akha, Sing, Sali, Lahou, Sila, Hayi, Lolo et Hor...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Laos#D.C3.A9mographie

05■ « Les Hmongs, population abandonnée et ballotée par l'Histoire », par Nicolas Vescovacci, 29-12-2009.

 « Au moment de la guerre d'Indochine, les Hmongs, populations montagnardes, qui ne représentent aujourd'hui que quatre millions de personnes, ont en partie pris fait et cause pour la France. Toutefois, après la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, le gouvernement français s'est  détourné d'eux. Les Hmongs sont, pour la première fois, abandonnés. Dans les années 60, la guerre au Vietnam bat son plein. Une partie des Hmongs du Laos est recrutée par la CIA pour participer à une guerre secrète contre les Nord-Vietnamiens. En 1975, les Américains se retirent du pays. La guerre est perdue. Les Hmongs sont, pour la deuxième fois, abandonnés à leur sort.

Persécutions

Héritage de la guerre froide : les Hmongs sont considérés depuis cette époque comme des traitres et persécutés comme tels par les autorités laotiennes. En trente ans, des dizaines de milliers de personnes ont fui vers la Thaïlande afin de trouver refuge dans le royaume. En 2004, quatre à cinq mille Hmongs débarquent dans le nord-est du pays. Un village, celui de Huay Nam Khao va alors se transformer en un camp insalubre de réfugiés, contrôlé par l'armée thaïlandaise. Médecins Sans Frontières est l'une des rares organisations à travailler dans ce camp où Marie-Pierre Allier, la présidente de MSF s'est rendue plusieurs fois.

06L'armée manipule l'aide humanitaire et à Bangkok les autorités ont déjà fait le choix du Laos au détriment des populations Hmong. Fin 2007, les gouvernements laotiens et thaïlandais signent d’ailleurs un accord sur le rapatriement des Hmongs.

Tous les prétextes semblent bons pour rapatrier ceux que la Thaïlande considère donc comme des immigrants économiques illégaux. D'après certains témoignages, certains Hmongs vont jusqu'à pratiquer l'automutilation pour éviter d'être expulsés de force. En mai 2008, la situation dans le camp de Huay Nam Khao dégénère. Des dizaines de Hmongs entament une grève de la faim. Un incendie se déclenche et ravage une partie des habitations de fortune des réfugiés. Le 30 mai 2008, l'ONG « Urgence Humanitaire Asie », reçoit un appel à l'aide de l'un des représentants Hmongs qui habite dans le camp.

Du camp, ce responsable Hmong en appelle aux Etats-Unis et à la France pour qu'ils interviennent afin d'empêcher une expulsion programmée. Aucune réponse ! Aucun soutien formel, ni de Paris, ni de Washington. Estimant ne plus pouvoir travailler dans de bonnes conditions, Médecins Sans Frontières quitte le camp de Huay Nam Khao à la fin du mois de mai 2009.

Acharnement ?

Pourquoi les Hmongs sont-ils victimes de tant d'acharnement de la part des autorités thaïlandaises? D'abord, les Hmongs sont peu nombreux. Ce sont des populations montagnardes marginalisées qui ne présentent aucun enjeu stratégique majeur. Sauf pour la Thaïlande qui a décidé de solder un héritage vieux de la guerre froide ; et ce, 07pour une raison principale : les relations économiques avec le Laos.

La Thaïlande exporte chaque année près de deux milliards de dollars de marchandises vers le régime communiste. Le royaume est le premier partenaire commercial du Laos. En 2006, les deux pays renforcent leurs liens économiques et comme par hasard c'est à cette époque que la Thaïlande durcit le ton vis-à-vis de la communauté Hmong installée sur son territoire.

Intérêts économiques

Autre élément: depuis plusieurs années, le Laos et la Thaïlande réalisent ensemble le plus grand barrage hydroélectrique d'Asie du Sud-Est, le barrage de Nam Teun 2, situé sur le territoire laotien. Cet ouvrage construit par un consortium emmené par Electricité de France doit entrer en service dans les prochaines semaines. Or, 95% des 1 070 mégawatts de puissance affichée seront exportés vers la Thaïlande. C'est ce qui s'appelle un partenariat stratégique! Dans ce contexte, les intérêts de quelques milliers de Hmongs expulsés vers le Laos ne pesaient pas lourd.

Certes, les condamnations internationales ont fusé, mais rien concrètement n’a été fait pour empêcher l’expulsion des Hmongs considérés comme des traitres dans leur pays.

08Résignation et désespoir

La résignation et le profond désespoir de Vanida Thepsouvanh, la présidente du Mouvement lao pour les droits de l'homme, s'expliquent lorsque l'on s'intéresse de près aux populations qui ont été expulsées. Ce mardi, le Haut commissariat aux réfugiés révélait que parmi les Hmongs expulsés, il y a avait 158 personnes : beaucoup de femmes et d'enfants que le HCR avait répertoriés dans la catégorie des réfugiés politiques. Pour l’organisation onusienne, la Thaïlande a violé la Convention internationale qui protège les réfugiés.

Seulement, le royaume n'a jamais signé ce texte et se protège en affirmant que son gouvernement a reçu des assurances de la part du Laos. Selon les autorités laotiennes les Hmongs seront amnistiés et bien traités. Certains d'entre eux pourraient même être réinstallés dans un pays tiers. Demande à laquelle la Thaïlande n'a jamais accédée quand ces populations étaient sur sol !

De son côté, le HCR n'a aucune représentation au Laos et donc aucun moyen de superviser un éventuel processus de réinstallation dans un pays d’accueil. Personne ne sait aujourd’hui comment ces Hmongs seront pris en charge par le régime communiste. Et beaucoup d’organisations craignent pour la vie de ces réfugiés ballotés par l’histoire ».

http://www.rfi.fr/contenu/20091229-hmong-expulsion-terminee

 

II- Pauvreté et retard de développement

A- Une situation économique inquiétante…

■ Quelques données statistiques pour mesurer le développement du pays.

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■ « En descendant le Mékong », par Xavier Monthéard, Le Monde Diplomatique, août 20008.

« Au XIXe siècle, les Français, cherchant une voie de pénétration vers la Chine, voulurent dominer le Mékong. Ils se heurtèrent à l’étrécissement du fleuve et aux récifs, dans les terres de confins situées aux portes de l’empire du Milieu. L’enseigne de vaisseau Mazeran exprimait bien leur rage de pionniers, lorsqu’il écrivait, en novembre 1896 : « Malheureusement, de grands plateaux de roches obstruent son lit et ne livrent passage que par un étroit chenal sinueux de trente mètres. (...) Avec le fulmicoton encore en ma possession, et la dynamite que je compte recevoir prochainement, j’ai l’intention, dès que les eaux me seront favorables, de (...) supprimer cet obstacle ».

3937222dhyeiPour l’essentiel, il échoua. Comme quelques-uns avant lui, et d’autres depuis. Le XXe siècle, conflits obligent, ne modifia pas la situation : le haut Mékong reste inexploité, particulièrement dans le Triangle d’or. L’entrelacement des populations, l’intrication des chemins muletiers et l’âpreté du relief profitent aux trafics en tout genre, en particulier ceux de l’opium et des métamphétamines.

Au tournant du XXIe siècle pourtant, les autorités chinoises annonçaient, pour la portion du Mékong située sur leur sol (soit 2 130 kilomètres, près de la moitié de sa longueur), une politique de grands travaux : barrages, dérochages à la dynamite, dragage des bancs de sable... Ce qui suscita les protestations d’écologistes inquiets pour le dernier grand fleuve du monde quasiment intact, à la biodiversité unique, immense réserve pour les soixante-dix millions de personnes vivant de sa pêche (3 % de toutes les captures mondiales, 17 % hors mer !). Le tollé redoubla lorsqu’il devint clair que ces profondes modifications ne se limiteraient pas aux contrées tibétaines et yunnanaises.

Pékin a obtenu l’aval des trois autres Etats riverains de cette partie du fleuve pour certains aménagements, via la signature du Joint Committee on Coordination of Commercial Navigation (JCCCN). Cet accord concurrence celui de la Commission du Mékong, dont la Chine n’est pas signataire. L’argument avancé est de sécuriser la navigation, favoriser le commerce et le tourisme, dans le droit-fil de la modernisation des voies de communication entreprise sur les réseaux routiers et ferroviaires régionaux. Le capitaine de vaisseau laotien Bounphet Phommachanh, qui participe à ces opérations, les détaillait ainsi, en mars 2008 : « Entre Jinghong et Chiang Saen, les rapides les plus dangereux ont déjà été reconnus et traités ; des récifs et de petites îles, éliminés. Donc la navigation devient possible presque sans interruption, et plus seulement durant la saison des pluies. »

Se constituera-t-il pour autant une autoroute fluviale, bras armé d’une Chine hégémonique, prédatrice des ressources hydrauliques et irresponsable ? A Vientiane, Mme Bérengère Prince, conseillère technique à la Commission du Mékong, nuance cette interprétation : « Depuis 2004, des échanges réciproques de données hydrométéorologiques ont lieu. Et nous espérons commencer une coopération technique sur certains tronçons du fleuve. En définitive, les principaux changements pour le Mékong résident bien moins dans l’accroissement du trafic fluvial que dans la modification du débit naturel opérée par les barrages. »

Cinq cents kilomètres au nord-ouest de la capitale laotienne, en cette fin de saison sèche, le haut Mékong est surtout fréquenté par quelques cargos vieillissants et par les pirogues à moteur proposant des déplacements rapides et dangereux aux touristes. Quatre fois par semaine, un petit ferry assure pourtant, pour une cinquantaine de passagers, une liaison sans escale entre la Chine et la Thaïlande.

Ce bateau, le premier du genre, fait figure de défricheur, lorsqu’il fend une forêt primaire fantastiquement posée sur les flancs de montagnes basses. Passé la portion chinoise, entre Jinghong et Guanlei, des récifs épars parsèment toujours la voie ; le débit comme la déclivité varient brusquement. Entre Birmanie et Laos, après les rapides, le manque d’eau pose problème : le navire sera même ensablé deux heures durant ; des sondages à la perche devront être effectués jusqu’à l’arrivée. Après Xiengkok, quelques villages ponctuent un trajet aux horizons plus ouverts. La nuit tombe. Un gigantesque bouddha illuminé apparaît sur la droite : la Thaïlande, forcément. Puis Ton Pheung, côté laotien. Le bateau ne s’arrête pas. Il entrera dans Chiang Saen, sur la rive opposée, avec quatre heures de retard. Il y a encore loin avant que cette partie du Mékong devienne le carrefour économique attendu... »

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/MONTHEARD/16166

 

B- Solutions et perspectives

■ Le tourisme est en croissance régulière depuis le milieu des années 1990. Il impose une amélioration des infrastructures, financée en partie par des investissements thaïlandais et chinois.

Photographies projetées lors de la conférence (photos personnelles) :

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C-Vientiane : le prix de la modernisation

26■ « Vientiane, l’éveil d’une ville», par Xavier Monthéard et Olivier Leduc-Stein, Le Monde Diplomatique, août 20008.

« Le ciel éclate soudain et déverse un orage de mousson. La chaussée se transforme en pataugeoire. Coups de klaxon secs, crissements de freins… Un embouteillage se forme instantanément. Des 4 x 4 flambant neufs viennent s’engluer dans le flot des motos, qui jouent à touche-touche. On n’avance plus, sauf à slalomer. Les touk-touk pétaradent. Bangkok, Hanoï, sans doute ? Non, un matin de semaine ordinaire, à Vientiane, au Laos, sur le boulevard Kouvieng. Une telle scène semblait impossible, il y a encore cinq ou six ans. Mais Vientiane, la « perle de l’Asie », la « capitale la plus tranquille du continent », fait son entrée dans la « modernité ».

Vientiane prospère. Vientiane s’ouvre. Les autorités de la République démocratique populaire lao (RDPL), un des derniers régimes officiellement communistes du globe, à parti unique, jouent en partie leur crédibilité — intérieure et internationale — sur la réussite de la ville. Elles souhaitent en faire un modèle, tant sur le plan économique que culturel, sans délaisser les aspects sociaux (éducation, environnement, santé). Etouffant dans l’œuf, au passage, toute velléité d’opposition politique. Car à quoi bon, n’est-ce pas ?, instituer le multipartisme, si le Parti révolutionnaire populaire lao – héritier du Pathet Lao et au pouvoir depuis la révolution de 1975 – conduit le pays sur le chemin du développement et de la prospérité ? Avec en ligne de mire les vingt-cinquièmes Jeux de l’Asie du Sud-Est (SEA Games), que Vientiane accueillera pour la première fois, en décembre 2009, la situation actuelle et les enjeux sont ici, toutes proportions gardées, similaires à ceux qu’a connus Pékin lors de la préparation des Jeux olympiques.

28Dans un souci de respectabilité, le gouvernement laotien travaille avec des partenaires de marque : organisations internationales (agences onusiennes), agences de coopération étrangères (notamment l’Agence française de développement [AFD] et la Japan International Cooperation Agency [JICA]), Banque asiatique de développement, etc. Vientiane, ainsi, peut désormais s’afficher comme une capitale internationale apte à recevoir, par exemple, de grandes conférences, et non plus apparaître comme la cité marginale qu’elle fut longtemps, décrite en ces termes par l’historien américain et militant progressiste Howard Zinn, quand il s’y rendit en 1968, pendant la guerre du Vietnam, pour soutenir la cause pacifiste : « Dan et moi passâmes donc une semaine très étrange à Vientiane, dans un hôtel miteux, sur les rives du Mékong, à la frontière de la Thaïlande. Vientiane ressemblait au Casablanca de la seconde guerre mondiale : une ville truffée de drogue, d’espions et de conspirations internationales. Chaque grande puissance mondiale y possédait une ambassade et, après leur journée de travail, les attachés d’ambassade se retrouvaient dans les cafés noirs et sombres de la ville.  »

30Après 1975, l’isolement prévalut jusqu’aux années 2000. Depuis, la ville a été choisie, en juin 2003, pour abriter le siège de la Commission du Mékong, l’organisme interétatique chargé de veiller à la santé et au bon usage partagé du fleuve. Fin 2004, la RDPL accueillait le 10e sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, en anglais Asean), après l’avoir rejointe en 1997, en même temps que le Vietnam, son « grand frère » et allié traditionnel, indéfectible, depuis les tout débuts du conflit indochinois, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tout récemment encore se tenait dans la capitale laotienne le 3e sommet de la Région du Grand Mékong (en anglais Greater Mekong Subregion, GMS), l’organisation qui regroupe depuis 1992 les pays riverains du fleuve ainsi que des représentants de la BAD ; les partenaires y ont signé le plan d’action quinquennal dit « de Vientiane » (2008-2012).

Mais, le Laos restant un pays très pauvre, l’aide internationale et l’engagement financier des Etats voisins sont cruciaux. Les investissements directs étrangers augmentent spectaculairement ces dernières années, notamment en provenance de la Chine, du Vietnam et de la Thaïlande. La plupart de ces fonds nouveaux concourent à la réalisation d’infrastructures manquantes.

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 III- ENTRE COOPERATION ET DEPENDANCE.

A- Le Laos dans son environnement régional : l’exemple thaïlandais

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■ Naissance d’un carrefour de communications régional : « Et bientôt le train sifflera au Laos », par Par Xavier Monthéard, Le Monde Diplomatique, août 2008.

« C’est le seul pays d’Asie sans chemin de fer. Il est pauvre, dépourvu d’accès à la mer, et encore marqué par des décennies de guerre (française, puis américaine). Pourtant, il aspire à devenir une plate-forme régionale de communications en profitant de l’intensification du commerce entre la Chine, la Thaïlande et le Vietnam. Sans craindre le paradoxe, le Laos s’engage donc dans une politique de grands travaux. Symbole des symboles, le train fera prochainement son entrée à Vientiane, la capitale.

Hualamphong, gare centrale de Bangkok. Sous la verrière, comme partout en Thaïlande, d’imposants portraits du roi Bhumibol Adulyadej regardent la foule. Le train pour le Laos part au crépuscule. Dans les voitures, les sièges marron, recouverts de mauvais skaï, sont démesurément larges. Certains passagers y dormiront ; d’autres se hisseront sur d’étroites couchettes bientôt dressées par les agents de service. Les dernières vues de la cité des Anges s’égrènent : des taudis, puis des taudis encore — l’envers de son modernisme. Douze longues heures initiatiques commencent, entre fumée de cigarettes, arrêts intempestifs, remue-ménage incessant. Mais le voyageur n’atteindra pas sa destination. Le train stoppe en effet côté thaïlandais, à Nong Khai.

Au petit matin, il faut donc bondir dans un touk-touk (cyclo-taxi à moteur) jusqu’au Mékong ; franchir la douane thaïlandaise ; traverser en bus le pont de l’Amitié ; régler les formalités laotiennes de visa ; enfin, rallier Vientiane, située à 12 kilomètres, en négociant le prix de la course. Sous une chaleur torride ou un déluge de mousson — les plus fréquentes conditions climatiques du lieu —, on goûte pleinement l’anomalie : le Laos est l’unique Etat d’Asie dépourvu de chemin de fer.

Le pont de l'amitié :

33Cette singulière absence jure avec l’ambition stratégique affichée par les autorités : transformer le pays en nœud de communications, et troquer l’ancien statut d’« Etat-tampon » entre des puissances que l’histoire a souvent connues expansionnistes contre une position de carrefour incontournable. Paradoxalement, son enclavement profite à présent au pays : le gouvernement, non sans habileté, inscrit tous ses travaux intérieurs dans le cadre régional de l’Asie du Sud-Est. Ses voisins, concurrents, sont pressés d’investir. Le Laos, au centre d’une dynamique qui le dépasse, se modernise vite, et à moindres frais. Le Petit Poucet sera-t-il dévoré ? Peut-être pas. Car le double héritage du XXe siècle — la colonisation en Indochine, la guerre du Vietnam — a, dans cette partie du globe, cimenté des alliances et sédimenté des rivalités qui endiguent la sauvagerie monotone du capitalisme mondialisé.

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B- Des liens étroits avec la France

■ Le barrage de Nam Theun 2

34« Le projet hydroélectrique de Nam Theun 2 est le plus grand d'Asie du Sud-Est. Il s'agit d'un barrage de 1 075 mégawatts sur la Nam Theun, un affluent du Mékong coulant au centre du Laos. Il est destiné à approvisionner la région, et plus 35particulièrement la Thaïlande, en électricité. Le coût d'un tel projet est estimé à 1,4 milliard de dollars. Il est dirigé par un consortium, la Nam Theun 2 Power Company (NTPC), dans lequel EDF détient 35% des parts. L'entreprise publique Électricité du Laos en détient 25%, à égalité avec l'entreprise thaïlandaise Electricity Generating Public Company Limited. La compagnie Italian-Thai Development Public Company Limited détient quant à elle 15% des parts. Depuis 2005, EDF est à la tête du consortium. L'opération est soutenue par la Banque mondiale, qui se porte garante du projet en cas de nationalisation ou d'expropriation par le gouvernement laotien avant la f36in de la durée de la concession (25 ans à partir de la mise en service du barrage). Les débouchés économiques de ce projet sont problématiques. La Thaïlande a déjà renégocié plusieurs fois le prix auquel elle s'engageait à acheter l'électricité, notamment lors de la crise asiatique de 1997. Le marché thaïlandais est vital pour ce projet : environ 95% de l'électricité produite sera vendue à la Thaïlande à partir de juin 2008, et rapporteraient au Laos environ 80 millions de dollars par an. Le projet est contesté par une série de groupes écologistes et politiques. Les « Amis de la Terre » qui estiment que le projet n'est économiquement pas viable et que le coût écologique est trop fort pour le pays. L'antenne thaïlandaise du WWF craint que le projet ne mette en danger les 200 à 300 éléphants sauvages qui vivent sur le plateau de Nakai, qui doit être partiellement inondé. Le Mouvement lao pour les Droits de l'Homme, représentant l'opposition expatriée au régime communiste de Vientiane, est également opposé au projet, jugeant que les retombées économiques ne serviront pas à sortir le pays de la pauvreté en raison de la corruption. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Nam_Theun_2

 C- L’influence grandissante de la Chine

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Deux articles sur la zone de BOTEN, à la frontière entre le Laos et la Chine :

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 ■ « Laos Vegas », par Pascale NIVELLE, Libération, avril 2007.

« A l'automne, Alundith a repéré la petite annonce dans un journal de la capitale laotienne : «Casino chinois recrute croupiers dans le nord du Laos». Des journaux de Vientiane en disaient un peu plus sur ce projet pharaonique, rien moins qu'un futur Las Vegas dans la jungle, près de la frontière chinoise. Le casino est la première pièce d'une «zone économique spéciale» destinée à devenir avant dix ans un mini Etat avec supermarchés duty free, hôtels cinq étoiles, usines propres, golf et parc d'attraction. En plein coeur du Triangle d'or (1), royaume de l'argent et des trafiquants d'opium, l'affaire a un bel avenir. Une concession de trente ans a été accordée aux investisseurs.

L'étudiant, avec beaucoup d'autres, a aussitôt lâché sa licence d'économie pour tenter sa chance à Golden Boten City. Formé pendant dix semaines à Vientiane, il a manié la roulette, les cartes et les dés, appris les règles du baccara, déclamé en chinois «les jeux sont faits» et intégré les bases du langage des croupiers. Dans son bagage, il avait un gilet rouge, un noeud papillon et plusieurs chemises blanches.

Il est arrivé le 1er janvier de cette année. La «ville d'or» lui est apparue en pleine forêt tropicale, au tournant d'une route de montagne. En fait de ville, un unique et massif hôtel abritant le casino : une barre de couleur jaune, surmontée de quatre clochetons qui ressemblent à des miradors.

D'abord, Alundith a surtout vu le marécage d'un chantier semé d'ordures et de bidonvilles, d'où surgissent des centaines d'ouvriers au visage fermé. Personne ne le comprenait : «Je me suis demandé où j'étais tombé. On est au Laos, mais tout le monde parlait chinois, des directeurs aux ouvriers !» On l'a conduit à sa «chambre», un dortoir au toit de fer bleu vif, bourré de lits superposés, quarante pensionnaires par unité. «Vous n'y serez pas tous en même temps, a expliqué un chef. Ici, on fait les trois-huit, le casino est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre.» Piétinant dans la poussière rouge, désoeuvrés, des centaines d'autres jeunes, filles et garçons, découvraient eux aussi le royaume.

«Avant, on allait en Birmanie»

39La vie à Golden Boten City a commencé pour 400 jeunes croupiers et autant d'hôtesses. Loin de tout, payés entre 100 et 150 dollars par mois pour sourire sept jours sur sept aux clients du casino. En pleine jungle, dans l'usine à jouer de Boten, engranger des heures supplémentaires est plus tentant que de traîner sans but durant son congé hebdomadaire. Chaque jour ressemble donc au précédent. La seule animation est l'étrange relève de la garde des croupiers en rouge et noir, qui se croisent toutes les huit heures sur le chemin défoncé du casino. Les joueurs ne s'aventurent jamais jusqu'aux dortoirs.

Les clients sont arrivés alors que les peintures de l'hôtel Royal Jinlun, 266 chambres mais pas de restaurant, n'avaient pas fini de sécher. La rumeur d'un nouveau casino surgi en quelques mois s'est vite propagée dans la région. Des 4x4 et de grosses berlines ont commencé à passer la frontière. Les joueurs, à peine fatigués par un éprouvant voyage sur les routes cahoteuses du Xishuangbanna (sud du Yunnan, Chine), ont filé vers les salles de jeu. Impatients d'en découdre, comme en manque. «Le jeu est interdit en Chine, sauf à Macao. Avant, on pouvait aller en Birmanie dans des casinos comme celui-là qui avaient poussé à la frontière, explique le manager d'une salle de machines à sous. Mais le gouvernement a tout fait fermer. Du coup,les joueurs viennent ici. Ce sont les mêmes jeux. Et les mêmes propriétaires.» Le jeune directeur commercial de l'hôtel parle de son patron chinois, Huang Ming Xian, avec des étoiles dans les yeux : «Avant, il avait le plus gros casino de Birmanie.» L'hôtel-casino, pas terminé, aurait déjà coûté 60 millions de yuans, un dixième de ce qui doit être investi au total dans la zone par des Coréens et d'autres Chinois : «Ce n'est que la première phase, il y aura bientôt trois hôtels cinq étoiles, quatre autres à quatre étoiles et trois casinos supplémentaires.» Les travaux de terrassement sont en cours, on parle de déplacer la frontière de 22 kilomètres pour installer ce petit Andorre.

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40■ « Boten, le nouveau Laos Vegas », par Emilie Darnaud et Nathaël Rusch, Metro, juin 2009.

« Le gouvernement laotien a cédé la ville de Boten, au nord du pays, à des entrepreneurs chinois pour en faire leur petit Las Vegas.

A peine animée par quelques joueurs de Mahjong, la ville de Boten a des airs de no man’s land. Prenant vie soudainement lorsque des croupiers y déboulent par dizaines en vestons colorés. C’est le changement de ronde, "toutes les 8 heures car le casino est ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24", explique un manager tout sourire en pointant une barre d’immeuble rectangulaire dont on peine à croire que c’est le fameux Golden Boten City.

Et qui ne laisse rien présager de ce qui se trame chaque jour dans cette minuscule ville, entourée par la jungle laotienne à un kilomètre de la frontière chinoise. D’ailleurs, ici, ce n’est déjà plus le Laos. Depuis l’ouverture du casino, il y a deux ans et demi, les bâtiments, la monnaie ou le fuseau horaire de la ville sont devenus chinois. Et la nouvelle Boten, le terrain de jeu de milliers de chinois privés de jeux d’argent par leur gouvernement.

Vegas Low Cost ?

41Tout se joue donc entre les murs du casino, derrière un portique électronique. Là, entassés dans des salles enfumées, les joueurs jettent violemment leurs cartes sur les tapis verts élimés de tables brinquebalantes. Chaque salle est identique puisque seul le baccara est au menu en dehors de quelques machines à sous ou roulettes électroniques. A certaines tables, des joueurs munis d’oreillettes parient pour de riches chinois qui misent de chez eux en observant la table via Internet. Installés à Boten pour des jours ou des semaines, ils ne sortent du casino que pour manger ou boire de l’alcool (interdit à l’intérieur). Quant aux joueurs d’un soir, ils déambulent en short et claquettes, ignorant les fuites au plafond et écrasant leurs cigarettes sur la moquette fleurie.

"Je viens souvent du Yunnan pour jouer. C’est comme si j’étais en Chine, le casino en plus. D’ailleurs, nous n’avons même pas besoin de visa !", raconte l’homme d’une cinquantaine d’années en agitant une barquette en plastique où s’entassent pêle-mêle cigarettes aux filtres dorés et jetons à plusieurs 0. Car sous des apparences de mauvaise contrefaçon de Las Vegas, les sommes jouées au Golden Boten City n’ont rien à envier aux casinos de Macao ou d’ailleurs. "Certains joueurs dépensent 20 000 euros par soirée", confie un croupier laotien qui en gagne tout juste 200 par mois.

Envers du décor apparent

Thailandais, laotiens, vietnamiens et bien sûr chinois se sont rués dans cette ville-casino en pleine expansion. « Malgré un diplôme de tourisme, je travaillais comme réceptionniste dans mon pays. Ici, j’assiste l’ingénieur sons et lumières du cabaret pour un salaire identique et les chinois me donnent parfois des jetons avec lesquels je peux payer dans les boutiques», raconte Phamg, 23 ans, arrivé de Thailande un mois plus tôt.

Les travailleurs viennent de loin pour ces quelques jetons supplémentaires. Tout comme ces jeunes femmes qui, perchées sur de trop hauts talons, traînent leurs silhouettes anorexiques devant le casino, entre les tables de restaurants ou jusqu’aux hôtels pour distribuer des cartes de visite. Imprimées et livrées par leurs proxénètes, les cartes se ressemblent toutes. Seul un chiffre permet de distinguer une fille d’une autre.

Mais les tenanciers de cette usine à jeux se moquent bien d’en dissimuler la part sombre. Soigneusement alignés par rangées, les baraquements des employés font face au casino. Croupiers, gardiens ou femmes de chambres s’entassent à 4 ou 5 dans des pièces aux fenêtres grillagées et semblables aux dortoirs d’une zone industrielle chinoise.

Hors des frontières, la nouvelle Boten se révèle une ville transit pour des gens venus chercher ici ce qu’ils ne trouvent chez eux : l’adrénaline du jeu pour les uns, du travail pour les autres. Mais la ville a aussi ses fantômes. Des histoires sordides se murmurent ça et là : "Il paraît que des gens se font tuer lorsqu’ils s’endettent. Les créanciers les pendent aux ventilateurs ou les jettent par la fenêtre, poignés attachés. Mais, je n‘ai rien dit", s’empresse d’ajouter l’homme en regardant autour de lui. "De toute façon, qui s’en préoccupe ? Il n’y a pas vraiment de lois ici, ni laotiennes, ni chinoises. C’est une zone de non droit", finit-il par souffler avant de filer perdre son uniforme dans la masse.

Expropriation

Créée de toutes pièces il y a plus de deux ans et demi, la nouvelle ville de Boten est le résultat d’une concession de 30 ans accordée par le gouvernement laotien à son voisin et ami, la Chine. Les villageois de l’ancienne Boten ont simplement été sommés de se déplacer 7 kilomètres plus loin pour permettre à des entrepreneurs chinois d’y établir les bases d’une "zone économique spéciale".

léments centraux de cette zone, l’hôtel et le casino ont été construits en premier. Puis se sont succédés quelques investissements de taille comme un deuxième casino pour les moins fortunés, un cabaret et d’autres hôtels.

Boten a ainsi permis la création de plus d’un millier d’emplois entre les deux casinos et le grand hôtel de 600 chambres qui est plein à 90 % toute l’année.

Mais trois ans après le début des travaux, Boten n’est pas encore la ville moderne et touristique espérée. La motivation principale des visiteurs reste le casino puisque les jeux d’argent sont interdits sur tout le territoire chinois. Toutefois, de nouveaux projets sont en cours : un centre commercial de bijoux, un terrain de golf et peut-être même un jour, d’après certaines rumeurs, un aéroport "international" dans la petite bourgade voisine de Na Toei."

http://www.metrofrance.com/infos/boten-le-nouveau-laos-vegas/pifi!vOw9jOVWRnuR8y4mIX4EtQ/

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