27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 16:15

Un navire militaire sud-coréen a effectué des tirs de sommation vendredi 27 mai pour rappeler à l’ordre un patrouilleur et un navire de pêche nord-coréens qui avaient franchi la frontière maritime entre les deux pays, a assuré le ministère de la défense à Séoul.

L’incident est survenu au lendemain du plaidoyer pour une reprise des discussions avec Pyongyang du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, lui-même sud-coréen et en visite dans son pays, et alors que la Corée du Nord a fait ces dernières semaines plusieurs propositions de dialogue à caractère militaire pour enrayer l’escalade.

Les deux navires nord-coréens ont traversé la frontière en mer Jaune vers 7 h 30 locales (0 h 30 en France) avant de rapidement battre en retraite après les tirs de sommation d’un patrouilleur de la marine sud-coréenne, a affirmé un responsable du ministère.

Des intrusions courantes

La frontière maritime occidentale existant de facto entre les deux Corées n’est pas reconnue par Pyongyang, qui affirme qu’elle a été tracée unilatéralement par les Nations unies à l’issue de la guerre de Corée (1950-1953). Les deux camps se plaignent fréquemment d’incursions menées par l’autre côté et des affrontements limités se sont produits en 1999, 2002 et 2009. Les intrusions comme celle de vendredi sont assez courantes et débouchent rarement sur une escalade.

La Corée du Nord a exhorté une semaine auparavant la Corée du Sud à accepter la proposition de son dirigeant Kim Jong-un de tenir des pourparlers militaires et d’apaiser les tensions exacerbées par le quatrième essai nucléaire du Nord en janvier.

Le dirigeant nord-coréen avait proposé l’ouverture de ce dialogue dans un discours prononcé lors du congrès du parti unique au pouvoir, qui s’est tenu début mai pour la première fois depuis plus de 35 ans. La Corée du Sud, qui dans un premier temps n’avait pas pris au sérieux cette proposition, l’a finalement déclinée, estimant ne pas croire à un « geste sincère ».

La Corée du Sud insiste pour que le Nord fasse un pas concret sur la voie de la dénucléarisation avant de s’engager dans un dialogue avec Pyongyang. La Corée du Nord a pour sa part déclaré à plusieurs reprises que son arsenal nucléaire n’était pas sujet à négociation.

Le Monde.fr avec AFP | 27.05.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/27/deux-navires-nord-coreens-passent-la-frontiere-tirs-de-sommation-de-la-coree-du-sud_4927366_3216.html

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 16:11

Dans un jeu à peine dissimulé, les dirigeants des pays du G7 réunis les 26 et 27 mai à Ise-Shima, dans le centre du Japon, ont souvent évoqué la Chine, sans toutefois la citer. Les échanges entre dirigeants japonais, américain, canadien, allemand, britannique, italien et français ont notamment porté sur la liberté de navigation en mers de Chine méridionale et orientale, un point directement lié aux tensions territoriales avec Pékin.

La déclaration finale, dévoilée vendredi, réitère leur attachement à « un ordre maritime fondé sur les règles en vigueur ». Les chefs d’Etat et de gouvernement disent en particulier leur inquiétude quant à la situation en mer de Chine méridionale, où la Chine a poldérisé ces deux dernières années des récifs, et insistent sur « l’importance fondamentale d’une gestion et d’un règlement pacifiques des contentieux ».

« Club de l’élite paralysé »

Le chef de gouvernement japonais, Shinzo Abe, qui présidait la rencontre, a mis l’accent sur ces questions, pour conforter la place de son pays auprès des Occidentaux et endiguer l’influence chinoise. « Les autres dirigeants ont jugé nécessaire d’envoyer un message clair », s’est félicité Hiroshige Seko, porte-parole adjoint du gouvernement. Alors qu’est attendu le verdict dans une procédure d’arbitrage sur la légalité des nouvelles prétentions chinoises au regard de la Convention des Nations unies sur le droit maritime, ses six invités ont soutenu M. Abe sur les principes défendus dès le Dialogue de Shangri-la en 2014 à Singapour : se fonder sur le droit international, éviter de recourir à la force et chercher à résoudre les problèmes par le dialogue.

Les mêmes positions avaient été affichées lors de la rencontre des ministres des affaires étrangères du G7 à Hiroshima en avril. Déjà, la Chine avait vivement réagi, accusant le G7 d’« alimenter les tensions » et faisant part de son mécontentement auprès des ambassades concernées à Pékin. « Nous pensons que le G7 devrait employer son temps et son énergie à gérer les questions qui le concernent, et pas à mettre son nez dans celles des autres pays ou dans des affaires au-delà de ses attributions », a de nouveau lancé jeudi 26 mai la porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, Hua Chunying.

En guise de riposte, la Chine accueillera en septembre un sommet du G20 et elle s’est efforcée de présenter le G7 concurrent comme un forum d’un autre temps. L’agence de presse officielle, Chine nouvelle, l’a présenté comme un « club d’élite de plus en plus paralysé ». L’argument sous-jacent : à quoi bon parler des grandes questions du monde d’aujourd’hui sans la Chine ou la Russie ? Ces deux pays ont d’ailleurs opportunément rappelé leur proximité en se retrouvant le 24 mai à Tachkent, à l’occasion d’un sommet de l’Organisation de coopération de Shanghaï.

Volonté de marginaliser

La diplomatie chinoise a par ailleurs invité le G7 à se concentrer sur les affaires économiques. Or, sur ce point également, le pays s’est trouvé au centre des discussions, les dirigeants présents s’inquiétant de la menace représentée par les importantes surcapacités des usines chinoises, portées à bout de bras par l’Etat, qui conduisent à casser les prix mondiaux et menacent ainsi des emplois ailleurs, notamment dans la sidérurgie. « Il y a eu des échanges d’opinions variées sur la situation en Chine », a admis Hiroshige Seko, porte-parole adjoint du gouvernement nippon.

Le développement des infrastructures est un autre point de tension. La Banque asiatique de développement, qui n’a été présidée que par des Japonais depuis sa création en 1966, était naturellement invitée. La Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures, projet chinois lancé en 2014 et impliquant les nations européennes, n’était pas conviée.

Cette volonté du Japon de marginaliser la Chine reflète sa propre crainte de perdre son influence face à un voisin qui gagne en puissance tant économique que politique. « Le Japon est depuis longtemps un leader de l’Asie et veut le rester aux yeux du monde, constate un expert des relations internationales au Japon. Cela explique d’ailleurs l’importance qu’il attache au G7, dont il est le seul membre asiatique. »

Embarras des autres membres

En amont de la réunion d’Ise-Shima, les officiels japonais ont insisté sur le socle commun qui unit Tokyo et ses partenaires occidentaux, les distinguant de la République populaire de Chine. « Le G7 réunit des pays partageant des valeurs communes de respect du droit et de démocratie », expliquait-on au ministère des affaires étrangères avant le sommet. Le message est sec dans l’entourage du premier ministre Abe à propos de la Chine : « A l’OMC, elle respecte les règles. Elle gagnerait à le faire en matière de droit international. »

Cette inclination japonaise et dans une moindre mesure américaine place dans une position embarrassante les autres membres du G7, qui ne souhaitent pas s’attirer les foudres d’un partenaire devenu incontournable. L’équilibre a donc consisté à rappeler leur attachement au respect du droit international et à la liberté de navigation en mer, mais sans se prononcer sur les différends territoriaux sur le fond. « Le Japon voulait des prises de position fortes, mais nous ne voulions pas stigmatiser la Chine, il ne fallait pas qu’elle se sente placée au ban des nations », confie un diplomate européen. Minimisant l’importance de la question, l’entourage présidentiel français rappelle que les tensions entre le Japon et la Chine sont connues, mais insiste sur l’expression finale, qui reste mesurée.

LE MONDE | 27.05.2016

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 16:09

Le 5 avril 2009 à Prague, le nouveau président américain, Barack Obama, jurait de travailler à cet objectif lointain : « un monde sans armes nucléaires ». Cette promesse, il la formulait, disait-il, en tant que président de « l’unique puissance nucléaire ayant eu recours à l’arme nucléaire ». Ce vendredi 27 mai, le 44e président des Etats-Unis devait se rendre dans la ville même où eut lieu ce premier emploi de la bombe atomique : Hiroshima.

M. Obama est le premier chef de l’exécutif américain à accomplir cette visite. Il brise un tabou. Il ne s’excusera pas. La Maison Blanche s’en tient à une version des faits que contestent nombre d’historiens de la guerre du Pacifique. Elle assure que le recours au feu nucléaire a été décidé par le président Harry Truman pour accélérer une victoire sur le Japon qui, sans cela, aurait encore nécessité de longs mois de combats.

Mais le geste du président américain n’en est pas moins fort. Il honore la mémoire des victimes – 140 000 morts le 6 août 1945 à Hiroshima, 70 000 trois jours plus tard à Nagasaki, sans compter l’agonie de dizaine de milliers d’irradiés condamnés, des décennies durant, à des existences de morts-vivants. Le geste est bien dans la manière de M. Obama : trouver les mots qu’il faut avant de s’efforcer d’agir. Mais c’est là aussi qu’elle atteint ses limites.

Car en matière de lutte contre les armes nucléaires, le bilan du président est pour le moins mitigé. Certes, il a pris l’initiative, heureuse, de relancer la négociation sur le programme nucléaire de l’Iran. L’accord du 14 juillet 2015 n’est pas parfait et s’avère difficile à mettre en œuvre. Mais il arrête la course à l’enrichissement de l’uranium à laquelle se livrait la République islamique. En échange d’une levée progressive des sanctions pesant sur l’Iran, l’accord place son ambitieux programme nucléaire sous un étroit contrôle international. C’est un pas dans la bonne direction.

M. Obama avait commencé son premier mandat en reprenant avec la Russie la tradition des grands accords de désarmement bilatéraux : le 3 avril 2009, il signait avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, un traité sur une nouvelle diminution des arsenaux nucléaires stratégiques des deux pays. Seulement celui-ci nécessitait l’aval du Congrès, et notamment d’une partie au moins des élus républicains. Pour l’obtenir, M. Obama a accepté de mettre sur les rails un très substantiel programme de modernisation du stock d’armes nucléaires des Etats-Unis.

Soigneusement préparé par le Pentagone, il court sur trente ans. Il représente un investissement très lourd, destiné à moderniser l’ensemble des vecteurs de la triade nucléaire américaine – terre, air, mer. Il s’agit, ni plus ni moins, de lui conserver un caractère opérationnel et de tester les systèmes de sécurité de l’ensemble de l’arsenal nucléaire. Ce n’est pas vraiment l’esprit du discours de Prague. La Chine et la Russie font de même. Qui prendra un jour le leadership en matière de désarmement substantiel ?

Pour autant, il ne faut pas bouder la force des symboles. Elle compte dans l’imaginaire des peuples. Et ce président venant s’incliner à Hiroshima, ce moment d’humilité et de recueillement, est une façon de donner aux survivants irradiés ce qu’ils ont toujours demandé. Non pas des « excuses », mais que soit reconnu par le reste du monde « le caractère inhumain des armes nucléaires ».

LE MONDE | 27.05.2016

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27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 16:03

LE MONDE | 27.05.2016

La sécurité régionale en Asie, avec ses conflits maritimes, est l’un des sujets de recherche de Mathieu Duchâtel, directeur adjoint du programme Asie au Conseil européen des relations internationales (ECFR). Entre 2011 et 2015, il a été le représentant à Pékin de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri), où il a été chargé du programme Chine et sécurité globale. Le chercheur, auteur avec Jérôme Doyon d’une étude consacrée à l’armée chinoise, « Xi’s Army : Reform and loyalty in the PLA » (« L’armée de Xi. Réforme et loyauté au sein de l’Armée populaire de libération »), décrypte les enjeux de la réforme militaire menée par le numéro un chinois, Xi Jinping.

Mao disait que le pouvoir est au bout du fusil. Le contrôle de l’armée revêt-il la même importance pour le président ­chinois ?

L’armée est un élément-clé de la stabilité du régime. Le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC) dirige également la Commission militaire centrale (CMC), un attribut décisif de son pouvoir. Tous les dirigeants chinois ont remodelé l’armée et cherché à s’assurer de sa loyauté avec des politiques de nominations et de promotions, ou de limogeages qui peuvent notamment intervenir dans le cadre de la lutte contre la corruption.

Depuis le début de la politique des réformes, à la fin des années 1970, s’est manifestée une volonté de renforcer le budget militaire et de moderniser l’armée, qui joue aussi un rôle important pour la stabilité intérieure du pays, à travers la Police armée du peuple (« wujing »).

Xi Jinping, au pouvoir depuis 2012, met en avant son rôle de chef des armées dans sa communication politique. Il s’est attribué un nouveau titre, celui de « commandant en chef », révélé en avril par les médias officiels, ce qui personnalise le pouvoir et permet une forte médiatisation. Cela montre aussi qu’il est chargé des opérations au jour le jour.

Quel est l’objectif de la réorganisation de l’armée menée par Xi Jinping ?

Elle a deux buts. L’un est politique, de contrôle ; l’autre est plus opérationnel, destiné à créer des institutions permettant à l’Armée populaire de libération (APL) de poursuivre sa modernisation. Certains aspects de cette organisation gigantesque ont facilité la corruption, mais aussi la constitution de fiefs en son sein, qui constituent des obstacles à sa modernisation. Cette réforme vise à les supprimer.

De quelle manière Xi Jinping se distingue-t-il de ses prédécesseurs ?

Sur toutes les questions de politique étrangère, son prédécesseur, Hu Jintao, était critiqué pour son manque de prises de décision. Xi Jinping, lui, a pris des décisions ayant un impact international : construire des îles artificielles à grande échelle, envoyer une plate-forme pétrolière non loin du Vietnam…

Par ailleurs, la modernisation de l’APL a avancé. L’étendue géographique de sa mission est bien plus large : elle intègre désormais la défense des intérêts de la Chine à l’étranger et plus seulement celle des intérêts de souveraineté dans les zones contestées. La Chine a le deuxième budget militaire mondial, qui s’élève aujourd’hui à 130 milliards d’euros.

En 1995-1996, lors de la crise du détroit de Taïwan [à la suite de tirs d’essai de missiles chinois], le budget militaire taïwanais était supérieur à celui des Chinois. Vingt ans plus tard, l’écart est de 1 à 15, en faveur de la Chine. Cette dernière s’est imposée comme un acteur militaire majeur dans la région. Ce qui distingue M. Xi de ses prédécesseurs est sa tendance à utiliser l’outil militaire, non pour mener des opérations de guerre, mais pour conduire sa politique étrangère.

Dans ce contexte, la Chine a annoncé en février le début de travaux de construction d’une base à Djibouti, sa première à l’étranger…

C’est un tournant stratégique. Cette base va servir pour des raisons opérationnelles légitimes, comme la lutte contre la piraterie et le soutien aux opérations de maintien de la paix en Afrique. La Chine a présenté ses intérêts [économiques] dans la région comme une autre motivation à l’ouverture de cette base, provoquant ainsi un débat sur le message que cela renverrait, alors que la Chine a longtemps prôné le principe de non-ingérence dans les affaires des autres pays. Le discours officiel a changé.

On a l’impression que la marine est désormais la priorité…

La marine a le vent en poupe. Elle est très exposée dans le golfe d’Aden et dans les opérations qu’elle mène au-delà de la mer de Chine méridionale. La Chine a une production beaucoup plus convaincante dans les chantiers navals que pour ses chasseurs et bombardiers, pour lesquels elle maîtrise moins la technologie. Mais quand on regarde le nombre de généraux trois étoiles de l’APL, dans la marine il n’y en a que trois, comme dans les forces aériennes, alors qu’il y en a plus d’une vingtaine dans l’armée de terre.

Avec un tel budget militaire, s’agit-il de se confronter un jour aux Etats-Unis ?

Il n’y a pas de compétition quant à celui qui aura le budget de la défense le plus élevé, mais il y a des aspects de la modernisation de l’APL qui visent à contrecarrer la stratégie américaine en Asie. L’arsenal nucléaire, en particulier, est un point-clé de la modernisation de l’APL. La Chine n’a pas d’outil de dissuasion sous-marin crédible, et elle se sent vulnérable face aux initiatives américaines de défense antimissile et à leurs opérations de surveillance en mer de Chine méridionale. Pékin consacre d’importants moyens aux éléments de guerre asymétrique, ce que les Américains appellent « Anti-Access/Area-Denial » (A2/AD).

Ces éléments renvoient à la crise du détroit de Taïwan de 1995-1996 : alors que deux porte-avions américains y patrouillaient, la Chine a été incapable d’avoir une réponse dissuasive. Depuis, l’atmosphère politique a changé, et les relations avec Taïwan se sont améliorées, même si elles risquent de se détériorer à nouveau. Le souvenir de cette crise explique de nombreux choix.

La Chine semble assumer une posture plus agressive, alors qu’auparavant elle faisait profil bas…

La Chine a de plus grandes capacités, y compris du côté des garde-côtes. Contrairement au passé, elle dispose désormais des moyens nécessaires à la défense de ses intérêts. Elle est ainsi capable de réagir quand les Philippins et les Vietnamiens pêchent dans certaines eaux.

Derrière, il existe un jeu stratégique avec les Etats-Unis autour de la question du nucléaire, même si Pékin le dit peu. La Chine a une base de sous-marins nucléaires porteurs d’engins à Hainan, dans le sud du pays, en mer de Chine méridionale, dont elle a besoin pour qu’ils puissent sortir. Les manœuvres américaines dans cette même mer sont vues comme une volonté de priver les Chinois de dissuasion nucléaire. Cette dimension du problème est un peu occultée, alors que c’est un enjeu considérable.

Le président Barack Obama a levé l’embargo sur la vente d’armes au Vietnam, quelles peuvent en être les conséquences ?

On assiste à une régionalisation de la résistance à la poussée chinoise en mer de Chine méridionale. Pour le Vietnam et les Philippines, il s’agit de contrebalancer la puissance chinoise, par le développement de leurs capacités propres, par la recherche d’alliés, ou par un resserrement de leur relation avec les Etats-Unis. C’est une logique de course à ­l’armement qui porte en elle une certaine dangerosité, même si l’augmentation annuelle du budget de la défense de la Chine reste supérieure à la somme des dépenses militaires des Philippines et du Vietnam, qui ont peu de capacités. La levée de l’embargo est un symbole politique fort, mais son impact est plus faible que, par exemple, la vente de sous-marins à propulsion conventionnelle de classe « Kilo » par la Russie au Vietnam, un facteur opérationnel dissuasif.

Pour sa part, la France vend douze sous-marins à l’Australie…

Les Européens ont des restrictions fortes sur les transferts d’armement à la Chine. En revanche, en l’Asie du Sud-Est, les industriels européens de l’armement mènent une politique ambitieuse pour trouver des marchés et profiter de la situation stratégique. Les Européens se positionnent sur tous les marchés où il y a de l’espace.

Comment l’Europe se positionne-t-elle sur la question de la mer de Chine méridionale ?

L’Union européenne a une position de principe, qui est le soutien au droit international de la mer et à des négociations. Cette position a évolué, passant du soutien au dialogue et à la paix, à une approche plus spécifique, dans le contexte de l’arbitrage international demandé par les Philippines. Cet arbitrage met l’Europe face à sa position de principe d’un monde fondé sur le droit. On peut s’attendre à ce que les Européens apportent leur soutien au verdict alors que la Chine est opposée à cette procédure d’arbitrage. Leurs relations avec la Chine risquent de s’en trouver entravées.

Les Chinois sont-ils prêts à accepter un mécanisme permettant d’éviter l’escalade ?

Avec les Etats-Unis, ils ont déjà des accords pour éviter les incidents en mer et dans les airs. Avec le Japon, la négociation est toujours en cours, mais elle bute sur des problèmes de définition de la zone géographique sur laquelle elle doit s’appliquer. Ensuite se pose la question de la mer de Chine méridionale. Un code de conduite entre la Chine et l’Association des nations d’Asie du Sud-Est (Asean) n’est pas à exclure, mais le moment politique est mal choisi avec le contexte de la demande d’arbitrage des Philippines et la militarisation du conflit. Peut-on résoudre la question de la souveraineté dans les Spratleys ? Il y a tant d’îlots occupés par tant de pays différents ! Comment arriver à un partage ? Peut-être que la solution réaliste consisterait à envisager un développement économique conjoint…

 

http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2016/05/27/l-armee-chinoise-element-cle-de-la-politique-etrangere-de-xi-jinping_4927831_3210.html

27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 16:00

LE MONDE | 27.05.2016

Entre la Chine et le Vietnam qui fut une colonie chinoise pendant mille ans (de 111 av. J.-C. à 932), c’est une vieille histoire de guerre et de paix : une histoire qui a forgé une relation faite à la fois de proximité culturelle et de connaissance mutuelle, mais aussi de méfiance et de haine, le tout sur fond de compagnonnage idéologique au temps des guerres d’Indochine française et américaine.

A la fin de la guerre froide, Hanoï s’étant retrouvé dans le camp soviétique, la relation avec la Chine s’était détériorée au point de déboucher sur une sanglante guerre de dix-sept jours, sur la frontière sino-vietnamienne, en 1979. Bilan : peut-être plus de 50 000 morts. L’agressivité dont fait preuve Pékin en mer de Chine méridionale – que les Vietnamiens appellent « mer Orientale » et où Hanoï revendique, tout comme Pékin, les îles Paracel et Spratleys – a provoqué depuis deux ans une nouvelle détérioration de la relation Pékin-Hanoï.

C’est l’envoi par la compagnie pétrolière chinoise CNOOC, en mai 2014, d’une plate-forme de forage dans les eaux disputées des Paracel, qui a inauguré une nouvelle ère de tensions. « L’affaire de la plate-forme a été un tournant », affirme Nguyen Ngoc Truong, ancien diplomate et directeur du Centre des études stratégiques et du développement international. Il va jusqu’à dire : « La situation en mer Orientale est désormais très volatile. D’une certaine manière, nous sommes maintenant dans une situation encore plus inconfortable et difficile que celle qui prévalait avant la guerre de 1979 »…

Des provocations intolérables

Depuis, la plate-forme a été retirée, mais tout n’est pas rentré dans l’ordre pour autant. La poursuite de la construction d’îlots artificiels et de pistes d’atterrissage dans les Spratleys est perçue par Hanoï comme autant de provocations intolérables. « Le Vietnam a trois priorités, explique Tran Truong Thuy, de l’Institut d’études sur la mer Orientale. D’abord, défendre notre souveraineté ; ensuite maintenir un environnement pacifique ; enfin exploiter les ressources naturelles. » Il ajoute : « Les dimensions économiques et stratégiques sont une chose, mais la revendication de notre souveraineté [sur les îles Paracel et Spratleys] est primordiale. C’est une question de principe. »

Tout comme pour les Chinois, selon lesquels l’Histoire montre que la mer de Chine méridionale est de longue date leur pré carré, il ne fait aucun doute pour les Vietnamiens que les îles en question leur appartiennent. « Nous pouvons confirmer sans problème que ces îles sont sous notre souveraineté depuis le XVIIe siècle, affirme Tran Cong Truc, ancien directeur de la commission des frontières. Dès la dynastie des Nguyen [fondée en 1802], des envoyés de l’empereur vietnamien se rendaient régulièrement sur place. Ils y construisirent des pagodes et implantèrent des piliers qui signifiaient : ici c’est le Vietnam ! Des pêcheurs y passaient plusieurs mois par an, d’avril à août. »

Même la colonisation française est invoquée pour justifier la légitimité vietnamienne sur ces îles. « Le traité de Hué, signé entre Français et Vietnamiens en 1884 [qui a marqué le début de l’Indochine française], stipulait que la France garantissait la souveraineté du Vietnam, y compris sur les Paracel et les Spratleys », dit Tran Cong Truc. Plus tard, sur certaines îles des Paracel, comme sur celle de Pattle en 1932, les Français installèrent un phare et une station de radio et de météorologie. Preuve supplémentaire pour Hanoï de la légitimité vietnamienne…

Incident sanglant

Le Vietnam a cependant perdu tout contrôle sur les Paracel depuis 1974, quand un détachement de la marine chinoise s’en empara. Elles avaient été auparavant occupées par la République du Sud-Vietnam, adversaire des communistes d’Hanoï durant la guerre américaine.

En 1988, un incident maritime des plus sanglants opposa les deux forces navales aux Spratleys, alors que la Chine commençait à y renforcer sa présence et à y construire des bases. Le Vietnam affirme que soixante-quatre de ses marinsfurent tués lors de tirs d’obus, au cours d’une bataille qui dura une trentaine de minutes. Aux Spratleys, les Vietnamiens contrôlent aujourd’hui vingt et un îlots, dont moins d’une dizaine font l’objet d’une présence militaire ou civile.

« Pour nous, explique encore M. Tran, de l’Institut d’études sur la mer Orientale, il s’agit d’élaborer une stratégie à plusieurs volets : efforts diplomatiques, d’abord, puis opposition soft visant à expliquer la façon dont les Chinois violent les règles internationales et, enfin, les volets militaire et international : au programme, la modernisation de notre aviation et de notre marine, ainsi que la coopération avec les Etats-Unis, le Japon, la Corée, dans le but de faire front commun pour assurer la liberté de navigation. » M. Tran ajoute en souriant : « Bien sûr, nous ne récupérerons pas les Paracel… » La levée de l’embargo sur la vente d’armes au Vietnam, annoncée le 23 mai par Barack Obama au premier jour de sa visite au Vietnam, est cependant un indicateur significatif du rapprochement entre Hanoï et Washington.

Les Vietnamiens ne se font ainsi aucune illusion : une répétition de la guerre de 1979 qui, eu égard à la puissance de feu chinoise, n’avait pas clairement tourné à l’avantage de Pékin, serait catastrophique pour le Vietnam face à une armée chinoise qui s’est considérablement modernisée en trente-sept ans. Hanoï semble n’avoir désormais plus d’autre choix que de pratiquer une diplomatie mesurée, en comptant sur ses appuis régionaux pour affirmer sa détermination à faire pièce contre l’« envahisseur » chinois. Ainsi a été décrite la Chine lors d’un récent journal télévisé de la chaîne VTV1.

 

http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2016/05/27/tensions-ravivees-entre-la-chine-et-le-vietnam_4927847_3210.html

27 mai 2016 5 27 /05 /mai /2016 15:48

LE MONDE | 27.05.2016

La lumière est apparue début avril. Malgré les 25 kilomètres de distance, le faisceau du nouveau phare revient toutes les cinq secondes après la tombée de la nuit. De jour, la tour blanche haute de 55 mètres se distingue nettement à l’horizon. Les habitants de la petite île Pag-asa (aussi appelée Thitu), sous souveraineté philippine, n’ont pas vraiment été surpris. Au loin, ils remarquaient déjà deux points rouge et vert sur le récif de Subi contrôlé par les Chinois, probablement l’entrée du nouveau port, ainsi qu’une multitude de lumières blanches. Ils peinent à distinguer s’il s’agit de navires de drague, achevant les travaux de poldérisation entamés en juillet 2014 ou, déjà, d’infrastructures construites sur la toute jeune île artificielle.

« Tout cela m’inquiète. Est-ce qu’ils sont dangereux ? » Romeo Malagit, 49 ans dont douze sur cet îlot à équidistance du reste de l’archipel philippin et de la côte vietnamienne, s’interroge sur les intentions chinoises. Il ne cache pas ce qui l’a incité à s’installer à Pag-asa : le cadre idyllique malgré les typhons l’été et, surtout, les 17 kilos de riz, les boîtes de sardines et de corned-beef, les bouteilles d’huile et de sauce soja que l’Etat distribue chaque mois aux civils qui acceptent de rester.

« Ni les moyens ni les armes »

Ces petits avantages permettent au gouvernement philippin de maintenir une population d’une centaine de civils, affirmant ainsi sa souveraineté. « En principe, la cinquantaine de soldats avec lesquels ils cohabitent devraient les protéger, mais c’est plutôt l’inverse », dit amusée l’infirmière Tina Losano, qui vit là depuis un an et demi. Plus que la dissuasion militaire, pense la jeune femme, c’est la présence de familles qui rend une invasion chinoise peu probable, car elle donnerait de la Chine « une sale image ». Sur le mur de son modeste centre de soins, le calendrier 2016 montre les forces armées des Philippines posant sur un imposant destroyer que survolent quatre avions de chasse. « En réalité, cela ne se passe pas vraiment comme ça : nous n’avons ni les moyens ni les armes », ­déplore Mme Losano.

Au beau milieu de la mer de Chine méridionale, l’îlot Pag-asa (« Espoir » en philippin) ressemble au bout du monde. Dans les années 1970, le régime de Ferdinand Marcos y fit installer une petite garnison militaire, huit bunkers et trois chars pour marquer son territoire face aux Vietnamiens. Chaque extrémité de l’île a été dotée de remblais pour installer une piste d’atterrissage. Pour s’y rendre, deux jours de mer sont normalement nécessaires, mais l’expédition peut tout aussi bien prendre une semaine si le moteur du vétuste navire de la municipalité se fait capricieux. Les avions sont réservés aux militaires. « Ici, tout est tellement lent et négligé », se lamente le maire, Eugenio Bito-onon, en désignant le bout de piste rongé par le sel marin.

Pag-asa appartient à l’archipel des Spratleys, qui comprend également des positions vietnamiennes et malaisiennes. Les Taïwanais y disposent, eux aussi, à 1 500 kilomètres au sud de chez eux, d’une île, Itu Aba,dotée d’une piste similaire. Tous avancent des arguments historiques et piochent dans la convention des Nations unies sur le droit de la mer, de 1982, pour faire valoir leur souveraineté. Pendant longtemps, chacun a respecté le statu quo, et le différend est resté en somnolence

Les nouvelles ambitions chinoises

C’était compter sans les nouvelles ambitions de la Chine, deuxième puissance mondiale, et de sa capacité à remodeler son environnement, du détournement des fleuves vers les plaines du Nord, pour lutter contre l’aridité, à la construction d’infrastructures démesurées. A la différence de ses voisins, Pékin ne disposait d’aucune île utilisable dans les Spratleys. Pour l’heure, la Chine ne possède qu’un porte-avions, qu’elle n’est pas encore capable d’exploiter sur le théâtre d’opérations.

Or, la mer de Chine méridionale est un trésor à ses yeux. Elle permet de faire vivre ses pêcheurs et contribue à nourrir sa population. Selon l’estimation de l’Administration américaine d’information sur l’énergie (EIA), ses sous-sols dissimuleraient l’équivalent de 11 milliards de barils de pétrole brut et encore plus de gaz naturel. La moitié de ces ressources pourrait se trouver sous le seul banc de Reed, à 260 kilomètres de l’île de Palawan, soit largement dans la zone économique exclusive des Philippines. Le détroit de Luçon, qui sépare la pointe sud de Taïwan de l’extrémité nord des Philippines, est crucial pour que les nouveaux sous-marins chinois puissent sortir dans le Pacifique.

En 2009, des officiels chinois ont donc déposé auprès des Nations unies une carte marquée de neuf traits formant un U imprécis sur 90 % de la mer de Chine méridionale. Trois ans plus tard, les gardes-côtes philippins ont remarqué huit bateaux de pêche chinois sur l’atoll de Scarborough, à 870 kilomètres de leur port d’attache et à seulement 240 kilomètres de la plus importante île des Philippines. Mais, en ce jour d’avril 2012, alors qu’ils s’apprêtaient à arrêter les pêcheurs suspectés d’agir illégalement, les Philippins furent bloqués par les gardes-côtes chinois qui, depuis, ont conservé le contrôle de Scarborough.

Le gouvernement de Manille a alors réalisé à quel point il se trouvait démuni. « La Chine possède l’arme nucléaire, des avions de chasse et des navires de guerre, alors nous n’avons pour nous que le droit », plaisante Antonio Carpio, juge à la Cour suprême des Philippines. L’homme a été l’un des principaux artisans de la décision, prise en 2013, de saisir la Cour permanente d’arbitrage de La Haye pour qu’elle tranche le litige de la mer de Chine méridionale. Le verdict est attendu dans les semaines entourant l’entrée en fonctions, le 30 juin, du nouveau président philippin, ­Rodrigo Duterte.

Des travaux de poldérisation

Les Philippines n’avaient pas acheté d’avions de chasse depuis un demi-siècle et, n’en ayant plus en service, ont dû en commander douze en urgence à la Corée du Sud. Les deux premiers ont été livrés en novembre 2015. L’objectif est de rebâtir une force de dissuasion « crédible ». Mais cela prendra du temps. « Nous ne pouvons nous en prendre qu’à nous-mêmes, reconnaît le juge Carpio. Nous avons négligé notre propre défense extérieure. » En trois ans, depuis le début de la procédure internationale, la Chine a en effet considérablement modifié la réalité sur le terrain, dans un contexte de confiance retrouvée sous l’impulsion du très puissant président Xi Jinping. En mai 2015, un document de l’Armée populaire de libération élargissait la mission de la marine chinoise à la « protection en haute mer », alors qu’elle se limitait jusque-là à la défense des côtes nationales.

Pékin a entrepris, depuis 2014, des travaux de poldérisation sur une demi-douzaine de sites en mer de Chine méridonale. Sur trois d’entre eux sont apparues des pistes suffisamment longues pour permettre l’atterrissage d’un A320 ou d’un bombardier. Philippins et Américains préfèrent évoquer des features, des « éléments », afin d’éviter toute notion de légitimité ou de prise en compte d’« eaux territoriales » qu’impliquerait l’appellation d’« îles ». « Les “éléments” sont pourtant là. La situation a déjà changé. La négociation d’un code de conduite, ou l’implication de puissances extérieures, ne permettra pas de revenir en arrière », constate Jay Batongbacal, qui dirige l’Institut de droit maritime de l’université des Philippines, à Manille, et a apporté son expertise au dossier d’arbitrage.

Pour Aileen Baviera, spécialiste de la Chine à l’université des Philippines, la perspective d’un verdict qui promet de leur être défavorable a incité les Chinois à construire ces îles en urgence. Cette professeure de relations internationales s’interroge sur la légèreté qui a laissé les Philippines ainsi exposées, tandis que se matérialisait la menace. Le pays est pauvre. Ses dirigeants se sont focalisés sur les questions politiques susceptibles de favoriser leur réélection, tandis que les chefs militaires se sont consacrés au risque posé par les groupes insurgés, autres bandits et terroristes à Mindanao, dans le sud de l’archipel. « Il faut aussi souligner l’intelligence de la Chine, qui a su se présenter sous un jour bénin. Jusqu’à Arroyo [présidente des Philippines de 2001 à 2010] on ne parlait que de coopération », ajoute Mme Baviera.

De considérables ressources

Sous la présidence de Gloria Macapagal-Arroyo en effet, la relation Manille-Pékin était au beau fixe. En 2005, les deux pays s’étaient même entendus pour explorer le potentiel gazier et pétrolier des sous-sols marins qui les séparent. Un accord qui, pour ses détracteurs, revenait à brader la souveraineté philippine sur des ressources considérables. A cette même époque, la Chine proposait aussi de financer la construction d’une ligne ferroviaire sur l’île principale de Luçon, reliant le sud à la zone de développement qui a remplacé la base américaine de Clark au nord, en passant par la capitale, Manille. Les tensions ont eu raison du projet.

C’est aussi sous le mandat de Mme Arroyo que l’équipementier de télécoms chinois ZTE a été choisi pour installer un réseau Internet disponible à tous les échelons gouvernementaux. L’affaire a fait scandale, le clan de la présidente ayant été accusé d’avoir reçu d’importants pots-de-vin en échange de ce contrat à 290 millions d’euros. En rupture avec ces pratiques, le successeur de la présidente, Benigno Aquino, s’est attiré les foudres de Pékin. L’agence officielle Chine nouvelle n’a pas hésité à traiter les Philippins de « bébés pleurnichards » pour avoir saisi, en 2013, la Cour permanente d’arbitrage. Aux yeux de la diplomatie chinoise, M. Aquino n’aura été qu’un « suppôt » des Américains.

Cinq bases réouvertes aux Américains

Alors que la fin de la guerre froide avait convaincu les Philippins de mettre à la porte l’US Army, qui avait utilisé l’avant-poste philippin pour bombarder le Vietnam, la montée en puissance de la Chine a contraint Manille, en mars 2016, d’accepter la réouverture de cinq bases aériennes aux troupes américaines. Un accord de défense mutuel, datant des années 1950, n’a quant à lui jamais été remis en question. « Les Etats-Unis oseraient-ils le conflit avec la Chine pour un îlot de 37 hectares ? », s’interroge le maire de Pag-asa, M. Bito-onon. aaa

aaa Le sérieux de l’engagement américain dans la région suscite les interrogations. En 2011, l’administration Obama avait annoncé un tournant diplomatique majeur, le « pivot » vers l’Asie avec, en ligne de mire, la Chine et ses nouvelles prétentions, qu’il fallait endiguer. A l’horizon 2019, c’est 60 % de la flotte américaine qui devrait être ainsi positionnée dans la région Asie-Pacifique. Pourtant, M. Obama, refroidi par les échecs américains au Moyen-Orient et en Afghanistan, paraît hésiter lorsqu’il s’agit de se confronter à la Chine. Et de fait, comment les Etats-Unis auraient-ils pu bloquer les travaux de poldérisation chinois sans risquer un conflit majeur ? Prenant acte de ce faible niveau de détermination, les dirigeants chinois se sont engouffrés dans la brèche, et ont avancé au plus vite.

Les photos satellite des nouveaux îlots chinois ont été rendues publiques dès l’automne 2014 par un think tank américain, mais il aura fallu attendre novembre 2015 pour qu’un destroyer de l’US Navy passe à proximité pour réaffirmer leur droit à naviguer dans ces eaux internationales. « Les Etats-Unis ont mis un an à pleinement comprendre les implications des constructions chinoises sur les îlots », regrette M. Batongbacal.

Se résoudre à renouer le dialogue

Côté philippin, beaucoup admettent qu’il faudra s’accommoder des nouvelles îles chinoises, maintenant qu’elles sont là, et se résoudre à renouer le dialogue, la Chine étant un voisin et un partenaire économique incontournable. Elu président le 9 mai, Rodrigo Duterte fait déjà preuve de pragmatisme. Par téléphone, il a expliqué au président Obama qu’il restera un allié des Occidentaux, mais n’hésitera pas à engager un dialogue bilatéral avec les Chinois. Connu pour ses petites phrases, il a promis de se rendre dans les Spratleys, à Jet-Ski si nécessaire, pour y planter le drapeau philippin. Mais, sur le fond, il se montre ouvert à un accord économique à l’amiable avec la République populaire de Chine. « Si vous voulez des coentreprises, bien, on peut le faire sur le gaz et le pétrole, n’a pas hésité à lancer M. Duterte. Je crois au partage. »

Depuis sa cabine, le regard sur l’horizon, Noli Berdeflor, le calme capitaine du Queen-Seagull qui, tous les trois mois, se rend à Pag-asa, pense que les Chinois vont progressivement bloquer le chemin du ravitaillement de l’île, plutôt que de l’envahir. Depuis 2011, il observe un nombre croissant de gardes-côtes chinois sur sa route. « Parfois ils ne font que nous observer, et parfois ils nous bloquent », note M. Berdeflor. Par radio, les Chinois intiment au capitaine philippin de rebrousser chemin, mais lui juge être dans son bon droit dans ces eaux contestées. « Nous coupons la radio lorsque nous les voyons, car nous considérons qu’ils n’ont rien à faire ici », dit-il.

En traçant son cap, le capitaine Berdeflor prend soin de ne pas s’approcher de Thomas-Deuxième (Ayungin), un banc de sable où ­l’armée philippine a volontairement fait s’échouer un ancien navire de guerre pour marquer sa possession. La Chine a l’air d’attendre que la carcasse rouillée disparaisse dans les sables. Le bâtiment tombe en ruine, et les quelques soldats qui ont établi là leur campement sont encerclés par les nouveaux navires des ­gardes-côtes chinois.

L’un de ces imposants bateaux blancs monte la garde à proximité du récif Mischief (aussi appelé Panganiban), deuxième des trois bancs poldérisés, dont la silhouette aux nouvelles dimensions se détachedans le lointain. Outre sa piste d’atterrissage longue de 3 kilomètres, cet « élément » pourrait accueillir une base navale. Les travaux de dragage n’ont pourtant débuté qu’au début de 2015. Le maire de Pag-asa s’étonne encore de la rapidité avec laquelle ont avancé ces chantiers. « Il s’agit de déterminer qui, de la Chine ou des Etats-Unis, dominera au XXIe siècle. C’est une affaire qui nous dépasse complètement », lâche M. Bito-onon.

http://abonnes.lemonde.fr/international/article/2016/05/27/mer-de-chine-pekin-emmenage-au-large_4927934_3210.html

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26 mai 2016 4 26 /05 /mai /2016 16:16

Face aux critiques qui l’accusent de ne pas poursuivre des mesures de libéralisation chocs afin de réorganiser l’économie de son pays, le premier ministre indien répond dans le Wall Street Journal qu’il a fixé un chemin de croissance accélérée indispensable. Mais, a-t-il ajouté, « j’ai encore une tâche énorme à accomplir ». Malgré les attentes, les réformes sont progressives. M. Modi a abandonné, l’an dernier, la loi qui aurait rendu plus facile l’acquisition de terres agricoles pour l’industrie et les infrastructures. Or, la difficulté d’obtenir des terres est largement citée par les fonctionnaires et les investisseurs publics comme un problème critique qui a freiné le développement. M. Modi suit souvent une voie médiane. Par exemple, il a exprimé sa réticence à vendre les entreprises publiques, soulignant qu’elles jouaient un rôle important dans l’économie. Mais il a souligné la nécessité de progresser dans la cession des participations minoritaires de l’Etat et d’accroître la participation des entreprises privées dans les secteurs autrefois dominés par l’Etat. De même, sur la Sécurité sociale, il a œuvré pour rendre les subventions plus ciblées et réduire la corruption pour les obtenir, plutôt que de changer radicalement les systèmes sociaux. Le desserrement des restrictions sur les investissements étrangers a contribué à une forte hausse des investissements directs étrangers, qui ont augmenté de 29 % à 40 milliards de dollars l’an dernier. L’économie de l’Inde a crû de 7,6 % l’an dernier. Mais une mesure qui donnerait clairement une impulsion majeure est un impôt général sur les biens et des services, qui remplacerait un maquis de taxes et serait plus favorable aux affaires. Cependant M. Modi a été incapable de faire passer la législation requise à la chambre haute du Parlement, où son parti, le BJP est minoritaire. Il espère toutefois faire passer la loi cette année. Enfin, les relations entre New Delhi et Washington se sont considérablement renforcées. Washington souhaite que l’Inde devienne économiquement et militairement assez forte pour servir de contrepoids à la montée de la Chine. M. Modi a commenté ainsi ces liens bilatéraux croissants : « Si nous voulons assurer le succès de ce monde interdépendant, je pense que les pays doivent coopérer, mais, en même temps, nous devons aussi nous assurer qu’il y ait le respect des normes et des règles internationales. »

LE MONDE | 26.05.2016

Par Edouard Pflimlin

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/26/narendra-modi-reforme-t-il-l-economie-indienne_4926970_3216.html

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25 mai 2016 3 25 /05 /mai /2016 16:18

« Je peux vous annoncer que les Etats-Unis lèvent totalement l’embargo sur la vente d’équipements militaires au Vietnam. » La phrase, lâchée d’une voix calme durant la conférence de presse que le président américain, Barack Obama, a tenue lundi 23 mai, dès le premier de ses trois jours de visite au Vietnam, marque un tournant, et à double titre : d’abord, seize ans après la très symbolique visite à Hanoï de Bill Clinton, qui avait scellé la réconciliation entre les deux anciens ennemis, celle de M. Obama tourne définitivement la page de la guerre du Vietnam.

Ensuite, comme l’analyse le spécialiste des questions militaires en Asie du Sud-Est Prashanth Parameswaran, la levée de l’embargo « est la reconnaissance par Washington de l’importance stratégique croissante du Vietnam pour la politique étrangère américaine ».

La Chine est évidemment en ligne de mire de cette nouvelle donne stratégico-militaire. Plus que jamais, le Vietnam est inclus dans la vision stratégique américaine en Asie-Pacifique à l’heure de la construction de bases chinoises sur des îles de la mer de Chine du Sud, territoires également revendiqués, entre autres pays, par le Vietnam.

Hanoï et Washington ont tous les deux besoin de coopérer dans la région même si, chacun de leur côté et pour des raisons qui leur sont propres, ils font attention de ménager la Chine. M. Obama a d’ailleurs tenu à observer que sa décision n’a pas été prise « par rapport à la Chine ou à d’autres considérations ». Il a précisé : « Elle a été basée sur notre désir d’achever ce qui a été un long processus de normalisation avec le Vietnam. » Côté vietnamien, on privilégie toujours une diplomatie de l’« équilibre » : le 19 mai, le ministre de la défense, Ngo Xuan Lich, a reçu l’ambassadeur de Chine à Hanoï, Hong Xiaoyong, pour « renforcer » la coopération militaire…

Sinophobie viscérale

L’ancien diplomate vietnamien Nguyen Ngoc Truong, aujourd’hui directeur du Centre d’études stratégiques et de développement international, relativise pour sa part l’aspect militaire de la levée de l’embargo, le Vietnam préférant encore pour l’instant acheter du matériel russe moins coûteux : « La réelle portée de cette décision va surtout être de montrer que les Etats-Unis soutiennent les Vietnamiens. »

Lors d’un discours prononcé mardi à Hanoï, Barack Obama a soulevé l’enthousiasme du public en déclarant : « Les grandes nations ne doivent pas pratiquer une politique d’intimidation avec les plus petites, et les différends doivent être résolus pacifiquement. » Barack Obama a beau diplomatiquement s’en défendre, l’ombre portée de la Chine n’est jamais loin, surtout dans un Vietnam à la sinophobie viscérale.

Cette levée de l’embargo, qui était prévisible et attendue, a tout de même surpris certains observateurs, y compris vietnamiens. Les Américains auront ménagé jusqu’au bout le suspense en laissant entendre que l’interdiction serait levée « au cas par cas ».

ertains analystes estiment qu’il s’agissait pour les Etats-Unis d’utiliser cette carotte afin de conserver un « effet de levier » sur le Vietnam : forcer Hanoï à céder sur la question des droits de l’homme. Selon le dernier rapport d’Amnesty International, au moins 45 personnes sont actuellement détenues au Vietnam pour des raisons politiques. En mars, sept blogueurs et activistes ont été condamnés pour « dissémination de propagande anti-Etat ».

« La question des droits de l’homme est un domaine où nous avons des différences », a concédé Barack Obama. Le chef de l’Etat américain a ensuite affirmé d’un ton passionné qu’accorder plus de liberté et tolérer la critique « n’est pas une menace à la stabilité ».

Signature d’importants contrats

Huit critiques du régime, dont Nguyen Quang A, intellectuel connu, ont été empêchés de rencontrer M. Obama mardi à Hanoï après avoir reçu l’ordre de la police de rester chez eux durant la visite. « Le président Obama a donné au Vietnam un cadeau qu’il ne mérite pas », a observé John Sifton, directeur Asie de Human Rights Watch.

Le voyage de Barack Obama, qui s’est conclu ce mercredi 25 mai à Ho Chi Minh-Ville – ex-Saïgon –, où le président avait rencontré la veille de jeunes entrepreneurs, a permis également de déboucher sur la signature d’importants contrats entre le Vietnam et les Etats-Unis : la compagnie aérienne privée VietJet a acheté cent Boeing 737 pour 11,3 milliards de dollars (10 milliards d’euros) et dépensé encore 3 milliards de dollars (2,7 milliards d’euros) en moteurs chez Pratt et Whitney.

La visite d’Obama aura par ailleurs démontré la popularité des Etats-Unis dans la population. Un récent sondage faisait état d’une vision positive chez 78 % de Vietnamiens. Un pourcentage encore plus élevé chez les personnes de 29 ans, âge médian au Vietnam, pour lesquels la guerre américaine est chose lointaine et mal connue.

LE MONDE | 25.05.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/25/barack-obama-scelle-un-rapprochement-historique-avec-le-vietnam_4926130_3216.html

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20 mai 2016 5 20 /05 /mai /2016 16:20

Défilé de la garde militaire, spectacle vivant faisant la part belle à l’histoire métissée de Formose et long discours, prononcé d’un ton posé mais ferme, face à la foule assemblée devant le palais présidentiel de Taipei : vêtue d’un tailleur écru, la nouvelle présidente taïwanaise, Tsai Ing-wen, 59 ans, a pris ses fonctions vendredi 20 mai, ouvrant un nouveau chapitre pour la démocratie taïwanaise – et ses relations avec la Chine irrédentiste. Elle a appelé à un « dialogue positif » entre les « deux partis qui gouvernent de part et d’autre du détroit » – le sien, le Parti progressiste démocratique (DPP), et, en Chine, le Parti communiste (PCC).

Mme Tsai, élue le 16 janvier, est la première présidente de la République de Chine (le nom officiel de Taïwan) issue du DPP à gouverner avec une majorité absolue au Parlement, dans un système politique longtemps dominé par le Kouomintang (KMT). La nouvelle majorité législative est d’ores et déjà montée au créneau sur le dossier délicat de la justice transitionnelle – l’exploration des crimes du KMT lorsque celui-ci était un parti unique, avant la démocratisation des années 1990.

Pragmatique et modérée

La nouvelle présidente doit s’atteler à des dossiers pressants, dont la récession économique. Perçue comme pragmatique et modérée, elle devra répondre aux attentes d’une jeunesse très attachée à la démocratie et à l’identité de Taïwan, en composant avec les extrémistes des deux bords : ceux qui, dans son propre camp, poussent pour la reconnaissance d’une République de Taïwan – en lieu et place de l’actuelle République de Chine. Et un KMT certes laminé aux élections, mais dont la faction prochinoise, dominante dans le parti, utilise à son avantage les tensions avec Pékin.

L’équilibre délicat à trouver avec la Chine – et la place de Taïwan dans l’arène internationale – sera l’un des enjeux du mandat de Tsai Ing-wen. Depuis sa victoire, Pékin a réclamé la reconnaissance par la nouvelle présidente du « consensus de 1992 » – l’accord tacite entre le KMT et le PCC qui a permis le rapprochement entre les deux rivages au motif que chaque côté défendait l’existence d’une seule Chine – chacun avec sa propre interprétation.

Or, pour le DPP, il a toujours reflété la vision du KMT : « Le principe sous-jacent du consensus de 1992 est celui d’une unification à terme. Or, il est de plus en plus problématique pour les Taïwanais, qui veulent décider de leur propre avenir de nation libre et démocratique », estime le sinologue Gerrit van der Wees, qui édite à Washington la lettre d’analyse Taïwan communiqué.

Mme Tsai, qui n’a pas employé le mot « consensus », a concédé « le fait historique » de la rencontre de 1992 entre les agences semi-officielles des deux gouvernements et les « résultats cumulés » de « vingt ans d’interactions et de négociations ». Mais elle a rappelé comme fondation essentielle du dialogue avec la Chine le respect de la Constitution de la République de Chine et de sa démocratie.

Défiance croissante

Son discours a été reçu avec froideur par Pékin. Dans un communiqué, le Bureau des affaires de Taïwan a dénoncé « la position vague » de Mme Tsai, car elle n’a ni « reconnu clairement le “consensus de 1992” » ni « proposé une manière concrète d’assurer le développement stable et pacifique des relations entre les deux rivages ».

Le nouveau gouvernement va cependant bénéficier de la défiance croissante que suscite la Chine dans la région et du « pivot » américain. « Je suis persuadé que les Etats-Unis et les autres démocraties d’Asie-Pacifique sont en train de revoir leur politique vis-à-vis de Taïwan. Tous suivent déjà de facto une politique “une Chine, un Taïwan”, même si aucun ne l’admet officiellement », estime Bruce Jacobs, expert de l’histoire de Taïwan à l’université Monash, en Australie.

La Chine a mené, depuis le triomphe du DPP en janvier, une campagne d’intimidation de faible intensité. Des exercices militaires ont été organisés dans le sud-est du pays depuis le début du mois de mai. En mars, Pékin a convaincu la Gambie d’établir des relations diplomatiques avec la Chine – rompant la trêve diplomatique consentie depuis l’élection de Ma Ying-jeou, le président sortant, en 2008.

Il y a quelques jours, le Global Times, quotidien nationaliste chinois, annonçait la mort du panda Tuan Tuan, cadeau de la Chine à Taïwan en 2008. Avant de présenter ses excuses : il s’était trompé. Certains y ont vu une erreur peu susceptible de rassurer les Taïwanais de la bonne foi de Pékin.

LE MONDE | 20.05.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/20/taiwan-la-nouvelle-presidente-tsai-ing-wen-tend-la-main-a-pekin_4923129_3216.html

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18 mai 2016 3 18 /05 /mai /2016 16:27

Sur le tapis rouge déroulé à sa descente d’avion, à l’aéroport d’Hongkong, mardi 17 mai, Zhang Dejiang, président de l’Assemblée nationale populaire et chargé des affaires hongkongaises, a affirmé qu’il venait pour « voir, écouter et parler ». Sa mission est d’apaiser alors que les relations sont très tendues entre Pékin et les habitants de la région administrative spéciale, et qu’approchent deux importantes échéances politiques : les législatives d’abord, en septembre 2016, puis l’élection par un comité de 1 200 membres du chef de l’exécutif, en mars 2017.

La jeunesse hongkongaise affiche de plus en plus ouvertement sa défiance à l’égard de Pékin. Le sentiment « localiste », nourri d’un rejet des Chinois continentaux, monte. Pour que rien ne trouble la visite de l’envoyé du pouvoir central, mais aussi pour limiter sa perception du mécontentement populaire, le gouvernement local a multiplié les mesures dites « antiterroristes » : 6 000 policiers ont été mobilisés ; la zone des bâtiments gouvernementaux a été encerclée de barricades infranchissables ; les pavés de certains trottoirs ont été recimentés, afin qu’ils ne soient pas utilisés comme projectiles. A l’aéroport, un photographe s’est vu confisquer un petit chiffon jaune, couleur du « mouvement des parapluies » qui avait occupé trois artères névralgiques de la ville, à partir de septembre 2014.

Ce déploiement n’a pas empêché quelques activistes de se manifester. Mardi après-midi, plusieurs membres du nouveau parti politique Demosisto se sont fait plaquer au sol alors qu’ils tentaient de s’approcher du Parlement. Quelques membres de la Ligue social-démocrate (LSD) ont également été momentanément détenus. « Nous voulions juste détruire la fausse image parfaite de paix et de prospérité que le gouvernement essaie de projeter », a déclaré Nathan Law, le président de Demosisto. D’autres groupes ont réussi à accrocher des grandes bannières réclamant une vraie démocratie, l’une sur un pont en construction, l’autre sur un pan de montagne…

Le chef de l’exécutif hongkongais, Leung Chun-ying , à qui la population reproche d’être une marionnette de Pékin, a cumulé les camouflets pendant les quatre premières années de son mandat de cinq ans (2012-2017), de l’abandon, sous la pression de la rue, du projet d’éducation patriotique en 2012 au rejet, en 2015, par le Conseil législatif, de la proposition formulée par Pékin sur la procédure d’élection du prochain chef de l’exécutif.

Contexte tendu

Les signaux envoyés par le pouvoir central à « Leung C.Y » sont donc scrutés de près. Lors d’une rencontre, mardi, avec des officiels locaux, M. Zhang a déclaré que Pékin était « satisfait » de son travail, un soutien modeste en comparaison de la « pleine approbation » dont se targuait le chef de l’exécutif, un an plus tôt, après avoir été reçu par le président Xi Jinping. Inconnu du grand public à Hongkong, M. Zhang est venu prendre la température. La ville est confrontée à la fois « à des défis et à de rares opportunités de développement », a constaté l’émissaire de Pékin.

Dans ce contexte tendu, le gouvernement chinois entend démontrer à la population qu’il y a encore des bénéfices économiques à partager et un avenir ensemble. Il souligne notamment la place qu’Hongkong pourrait trouver dans le programme des « nouvelles routes de la soie », colonne vertébrale de la diplomatie de Xi Jinping. « Hongkong possède une multitude de qualités uniques (…) et est capable de remplir des fonctions de haute importance », a tenté de convaincre Zhang Dejiang.

Ce message aux Hongkongais doit pallier l’absence de progrès politiques. Le fossé se creuse entre les promesses de prospérité partagée de Pékin et les inquiétudes croissantes de la population locale. Les réformes démocratiques sont au point mort à la suite de l’échec de la réforme sur l’élection du chef de l’exécutif. En réaction, plusieurs nouveaux partis se sont créés autour de programmes ouvertement hostiles au gouvernement chinois, à l’approche des législatives du 4 septembre à Hongkong. Certains exigent un référendum, d’autres l’autodétermination ou la réécriture de la Basic Law, Constitution sur laquelle est fondé le principe « un pays, deux systèmes ». Enfin, un autre parti demande la pleine indépendance.

LE MONDE | 18.05.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/05/18/pekin-tente-d-amadouer-hongkong_4921335_3216.html