24 janvier 2016 7 24 /01 /janvier /2016 11:56

Par Guillaume Naudin, RFI - 24 janvier 2016

François Hollande entame une visite d’Etat en Inde du dimanche 24 au mardi 26 janvier. Il atterrit à Chandigarh, une ville du nord du pays entièrement pensée par l'architecte Le Corbusier. Un symbole au moment où la France compte bien renforcer ses liens avec l'Inde sur le plan militaire et économique.

Cette visite de François Hollande de trois jours en Inde est placée sous le signe de la vigueur et du renforcement d’un partenariat stratégique entre les deux pays. Pour le président de la République, l’enjeu de cette visite est clair : finaliser la vente de 36 avions Rafale et renforcer les liens économiques de la France et de l'Inde.

■ Une visite symbolique sur le plan militaire

L'entourage de François Hollande souligne les symboles. Le premier : l'honneur fait au président d'être l'invité, le 26 janvier du Republic day. Cette journée célèbre la Constitution par un défilé militaire.
Pour la première fois, des troupes françaises participeront à ce défilé, signe d’un renforcement de la coopération en matière de défense.

Deuxième symbole fort : la signature éventuelle du contrat de vente de 36 avions de combat Rafale. L'affaire est en négociation depuis l'engagement d'achat du Premier ministre indien Narendra Modi lors de sa venue à Paris en avril dernier. Dans une interview publiée ce dimanche 24 janvier, peu avant le début de sa visite de trois jours en Inde, le président français a déclaré à l'agence Press Trust of India que « trouver un accord sur les aspects techniques prend évidemment du temps mais nous sommes sur la bonne voie ».

C’est d'ailleurs un François Hollande optimiste qui est descendu de l’avion présidentiel à Chandigarh. Le président français attend un accord intergouvernemental, entre les deux Etats, qui permettra ensuite l’ouverture de négociations directes entre les entreprises concernées.

Discussions longues et ardues

Le patron de Dassault, Eric Trappier, fait partie de la délégation présidentielle. Il sait, pour avoir déjà négocié avec ses homologues indiens sur une première version du contrat, que les discussions surtout sur plan technique peuvent être longues et ardues. Mais cela ne sera pas le problème de François Hollande qui espère bien avancer et imagine sans doute, pourquoi pas, ajouter quelques exemplaires supplémentaires en option si l’occasion se présente.

Troisième symbole de cette visite : la pose de la première pierre du siège de l'Alliance solaire internationale, après l'accord de Paris sur le climat en décembre. Cette alliance de 45 pays doit leur permettre d'investir dans cette production électrique vertueuse.

■ Une volonté de coopération économique

Pendant que François Hollande visitera Chandigarh, la cinquantaine de dirigeants d'entreprises qui l'accompagnent dans cette visite d'Etat pensera aux moyens de faire fructifier la relation entre la France et l'Inde.

Ce ne devrait pas être un problème pour l’Inde car les indicateurs économiques sont au beau fixe.

L'Inde va dépasser la Chine

Avec son 1,3 milliard d'habitants, le pays dépassera dans quelques années la Chine comme pays le plus peuplé au monde. Côté émergence, sa croissance à 8% par an et son urbanisation rapide provoquent la confiance des investisseurs.

Le gouvernement indien évalue le besoin d'investissement dans les infrastructures à 680 milliards d'euros dans les vingt prochaines années. Energie, transport, et développement urbain, autant de domaines dans lesquels les entreprises françaises sont fortes.

■ Un hommage à Le Corbusier

A l'indépendance de l'Inde, une partie du Penjab et sa capitale Lahore reviennent au Pakistan. Le président Jawaharlal Nehru veut bâtir une nouvelle capitale pour la province. Ce sera à Chandigarh, ville au pied de l’Himalaya.

Le projet est d'abord confié à l'Américain Albert Mayer qui jette l'éponge en 1950. Nehru fait appel à Le Corbusier.

Le maitre du mouvement moderne, qui a érigé le purisme, la simplicité des formes et l'organisation au rang de dogmes, relève le défi.

Trame rectangulaire

Chandigarh est une trame rectangulaire, divisée en une cinquantaine de secteurs qui sont autant de quartiers. Pas de tours, les bâtiments ne dépassent pas 5 étages.

Conçue à l'origine pour 150 000 habitants, la ville en compte aujourd'hui dix fois plus, sans souffrir d'engorgement.

Aujourd'hui le béton est noirci, il s'effrite par endroits, les esplanades de verdures sont parfois en friche, mais cette Brasilia indienne reste le symbole de l'audace d'une nation qui ne craint pas d'inventer sa modernité.

http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20160124-inde-visite-francois-hollande-Narendra-Modi-rafales-economie

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15 janvier 2016 5 15 /01 /janvier /2016 18:07

Le président chinois, Xi Jinping, a mis le pied au Proche-Orient, plus précisément en Arabie saoudite, mardi 19 janvier, pour la première fois depuis sa prise de fonction il y a trois ans. M. Xi, également secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), sera en Egypte du 20 au 22 janvier puis se rendra à Téhéran le 23 janvier. Il devrait également faire étape en Arabie saoudite, une destination déjà envisagée au printemps 2015, mais Pékin avait alors préféré décaler du fait de la crise au Yémen, par souci sécuritaire et pour ne pas sembler approuver les frappes saoudiennes, contraires au principe de non-intervention dans les affaires d’autrui, cher à la diplomatie chinoise.

En amont, la Chine a publié, mercredi 13 janvier, un document de cadrage de sa politique arabe. La République populaire y reprend sans surprise des axes déjà bien connus : le développement économique d’abord, fondé sur le pragmatisme, mais aussi le respect de la souveraineté territoriale et la non-ingérence, en opposition aux pratiques américaines.

Concrètement, l’homme fort de Pékin va promouvoir son concept phare de politique étrangère, « une ceinture, une route », plus communément connu sous l’appellation de nouvelles routes de la soie, un ensemble d’initiatives censées rapprocher la Chine du reste de l’Asie et, au-delà, de l’Europe et de l’Afrique. La Chine est le premier partenaire commercial de l’Arabie saoudite – Pékin est son premier client pétrolier –, mais aussi de l’Iran, du fait des sanctions occidentales.

Son rôle auprès de Riyad n’a cessé de croître depuis quinze ans, parallèlement au recul des livraisons pétrolières saoudiennes aux Etats-Unis, où se développait l’industrie du gaz de schiste. Le pivot saoudien vers l’Extrême-Orient s’apparente aussi à une réponse aux « infidélités » de Washington, partenaire historique, coupable de leur point de vue de s’être désinvesti du dossier syrien et de se rapprocher de l’Iran, leur grand rival régional, avec lequel ils viennent de rompre leurs relations diplomatiques, à la suite du saccage de leur ambassade à Téhéran.

Le président chinois s’efforcera de maintenir un équilibre entre Riyad et Téhéran. Il devra réaffirmer les liens de l’empire du Milieu avec l’Iran, à l’heure où l’accord sur le programme nucléaire iranien est synonyme de relatif réchauffement des relations avec les Etats-Unis et l’Europe. Par le passé, les produits russes et chinois s’imposaient par défaut en Iran.

« La Chine se voit comme un acteur marginal dans la région »

La méthode chinoise pour ne froisser ni l’Arabie saoudite ni l’Iran consiste à rester en retrait des problèmes politiques. La Chine avait proposé en 2012 un plan de paix en quatre points sur la Syrie, mais il restait suffisamment vague pour éviter des épines telles que le futur rôle de Bachar Al-Assad. « La Chine se voit comme un acteur marginal dans la région. Elle peut continuer à appeler les parties au dialogue mais ne pense pas avoir la capacité de faire davantage, ce qui ne serait désiré ni par les Iraniens ni par les Saoudiens. Elle n’est pas les Etats-Unis », résume Zha Daojiong, professeur au Centre d’études internationales de l’université de Pékin.

L’un des fruits de l’axe Pékin-Riyad est la raffinerie de Yanbu, sur la côte de la mer Rouge, entrée en service il y a un an. Mais Pékin veut montrer qu’il n’est pas intéressé que par le pétrole. Des entreprises chinoises construisent la ligne de chemin de fer Haramein, reliant La Mecque à Médine via Djedda. La Chine est aussi soupçonnée d’être un fournisseur de l’armée saoudienne à qui elle aurait vendu, en 2007, selon une enquête de Newsweek, des missiles balistiques de moyenne portée.

Les autorités saoudiennes apprécient d’autant plus de commercer avec Pékin que les Chinois se sont toujours abstenus de s’immiscer dans la politique de leur partenaire, contrairement aux Etats-Unis, qui critiquent à intervalles réguliers les pratiques du royaume en matière de droits de l’homme. Inversement, les responsables saoudiens, y compris religieux, évitent de critiquer la répression dont la minorité musulmane ouïgoure fait l’objet en Chine.

L’Egypte, une porte d’entrée en Afrique

Ce n’est pas toujours le cas en Egypte. L’université Al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, avait dénoncé en 2015 l’interdiction faite aux musulmans du Xinjiang d’observer le ramadan. Pour autant, les relations entre les deux pays sont, là aussi, en plein essor. L’amitié vient de loin, car Nasser avait reconnu la République populaire au détriment de Taïwan très tôt, dès 1956, et elle ne s’est pas embarrassée depuis des « printemps arabes ». « La Chine a rapidement reconnu Morsi puis a su aussi vite basculer vers Sissi, qui lui prouve que la démocratie n’est pas faite pour la région, en contre-pied à la position occidentale », explique Jean-Pierre Cabestan, politologue à l’université baptiste de Hongkong.

En un an et demi au pouvoir, le maréchal-président Abel Fattah Al-Sissi, qui a succédé en juin 2014 au président déchu Mohamed Morsi, s’est déjà rendu à deux reprises en Chine, un pays dont il apprécie non seulement le dynamisme économique mais aussi l’absence totale de commentaires sur le bâillonnement de ses opposants.

La Chine voit le marché égyptien comme une porte d’entrée en Afrique. Durant son dernier passage, en septembre 2015, le chef d’Etat égyptien a finalisé une série de contrats, dont la construction d’une centrale électrique à Suez et d’une nouvelle ligne de chemin de fer entre Le Caire et sa banlieue. La venue de Xi Jinping au Caire pourrait déboucher notamment sur la création d’une zone industrielle chinoise sur le canal de Suez, un axe maritime élargi à grands frais par le pouvoir.

LE MONDE | 15.01.2016

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2016/01/15/pekin-au-contact-des-rivalites-du-proche-orient_4848056_3216.html

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4 décembre 2015 5 04 /12 /décembre /2015 10:31

Jean-François DI MEGLIO - 04/12/2015

La responsabilité délibérément prise par le Président français quant à la dynamique conduisant au meilleur accord possible entre les « parties » impliquées (COP signifie « conference of parties ») aura sûrement un impact sur le résultat attendu le 11 (ou le 12 décembre). Rarement aura-t-on en effet vu chef d’Etat de pays « hôte » (la France ouvre avec la COP21 une année de présidence des conférences climatiques) s’engager autant, depuis le voyage aux Philippines, jusqu’à celui de début novembre, vers la Chine et la Corée.

Le plus gros pollueur

Cet engagement a été particulièrement fort vis-à-vis de l’Asie, qui est naturellement le lieu de tous les enjeux pour l’accord, de toutes les menaces pour le climat et de toutes les contradictions. Continent le plus peuplé, où se trouve le plus gros « pollueur », la Chine, c’est naturellement celui où les questions de développement futur et de risque climatique (pour les Philippines, les autres pays insulaires et tous ceux qui sont exposés aux typhons) sont parmi les plus critiques.

La très grande nouveauté des approches cette fois réside dans la position de la Chine, l’un des animateurs historiques du groupe des 77, qui rassemble les pays en développement réclamant à la fois des compensations pour financer leur adaptation et leur rôle dans l'« atténuation » du changement climatique. Ces mêmes « 77 » ont failli faire de la réunion de Bonn, dernière échéance avant la COP, qui s’est tenue début novembre, une menace pour un accord final à Paris : en effet, à la toute fin d’un sommet pourtant bien préparé et balisé par une approche où on n’imposait plus d’« en haut » des contraintes mais où on laissait la place à l’initiative venue des pays individuels, l’accord n’a pu être trouvé que par l’allongement des débats permettant de sortir de l’impasse.

Quant à la Chine, depuis le sommet de l’APEC (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique) en 2014 où elle a dévoilé ses propres engagements, en duo avec les Etats-Unis, jusqu’aux dernières annonces faites lors du voyage de François Hollande, elle a démontré qu’elle s’engageait, pour son propre bénéfice aussi, dans un processus vertueux des limitations des émissions, et surtout qu’elle lancerait en 2017 un marché des certificats d’émission au plan national, après les expériences régionales déjà en cours.

Mais après le voyage présidentiel de novembre, la Chine a aussi indiqué (sous réserve naturellement des négociations de dernière minute à la fin de la COP) qu’elle était arrivée au bout de ses engagements possibles, concernant ses propres échéances d’émissions maximales (en 2030) et sa contribution au fonds qui doit être abondé à hauteur de 100 milliards de dollars par an par les pays participants. Elle s’est d’une certaine façon ainsi désolidarisée de l’Inde, toujours très désireuse de ne pas voir ses perspectives de développement entravées, maintenant que son taux de croissance a dépassé celui de la Chine.

Washington contre la contrainte

Ainsi dans un contexte où les Etats-Unis, dont on pouvait espérer que leur engagement serait désormais moteur pour un accord, viennent d’annoncer que les tendances dégagées à Paris ne seraient pas « contraignantes » (le terme de « non-binding » a été prononcé), il y a pour les pays asiatiques un formidable enjeu de responsabilité et de possible cohésion constructive. Sur le modèle de ce qui a été esquissé entre la France et la Chine (revue tous les cinq ans des perspectives d’émissions permettant de se rapprocher de l’infrangible valeur de deux degrés d’augmentation des températures), l’Asie pourrait jouer le jeu.

Malgré ses innombrables contradictions internes, la Chine pourrait bien finir par enclencher, puis réussir, sa transition énergétique. En l’occurrence, son propre intérêt (la priorité pour elle naturellement et elle n’est pas la seule dans ce cas) et l’intérêt de ses dirigeants vont dans ce sens. Il y a certainement du chemin pratique à parcourir, mais l’utilisation de plus en plus massive du gaz est un bon support par exemple pour un engagement de la Chine à « décarboner ». Par ailleurs, malgré le refus de regards extérieurs-sanctions sur ses actions, l’engagement de la Chine pour l’ouverture d’un marché domestique des crédits carbone est aussi un bon signe.

Le fait que l’Asie joue le jeu constituerait un nouveau départ, porteur de plus d’espoir que la perspective actuelle d’un accord bien rédigé mais n’engageant personne. Un tel accord non contraignant ferait de Paris assurément un tournant vers un meilleur consensus, mais n’assurerait pas le rôle historique assigné par tous et créé par les attentes installées de longue date, augmentées par les phénomène d’empathie dont bénéficie la France frappée par les attentats, et facilitées par le fait que le rôle des chefs d’Etat, désormais « ouvreurs » de la Conférence et non pas présents à la conclusion (comme à Copenhague, ce qui avait été l’une des raisons de l’échec) a basculé du côté protocolaire. Malgré l’absence de nombreuses d’ONG du fait des mesures de sécurité, c’est peut-être dans la technicité de la négociation que l’espoir peut résider.

http://www.alterecoplus.fr/lasie-prete-pour-un-nouveau-depart-201512041200-00002661.html

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10 novembre 2015 2 10 /11 /novembre /2015 10:47

Y. THOMPSON, http://www.francetvinfo.fr, 10 novembre 2015

Le parti d'Aung San Suu Kyi, surnommée "mère Suu", a largement remporté les élections législatives organisées en Birmanie. Après plusieurs décennies de domination de la junte militaire au pouvoir, les habitants voient dans ces résultats un tournant historique, capable de changer la face du pays. A juste titre ?
 

Oui, ce succès électoral est inédit

Avec cette victoire d'un parti d'opposition, la Birmanie entre dans la famille des démocraties. Avant d'en arriver là, le pays a emprunté un chemin politique sinueux. Déclarée indépendante en 1948, la Birmanie a d'abord vu différentes factions se déchirer, jusqu'à un coup d'Etat militaire en 1962. Un régime à parti unique a alors été mis en place, dominé par l'armée, nouveau maître de la scène politique birmane pendant un demi-siècle.

La victoire de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), au terme d'un scrutin libre disputé par plus de 6 000 candidats de 91 partis, marque la fin de cette ère. Et, semble-t-il, pour de bon cette fois, contrairement à 1990. A l'époque, des élections avaient été organisées et remportées par la LND, avant d'être aussitôt ignorées par les généraux au pouvoir.

Le tournant de 2015 est d'autant plus fort que la LND semble en passe de s'imposer en remportant plus de 67% des circonscriptions. Un seuil important qui permettrait au parti d'Aung San Suu Kyi d'être majoritaire dans les deux chambres du Parlement, malgré le quota de 25% des sièges automatiquement attribués aux militaires par la Constitution.

Oui, Aung San Suu Kyi incarne le changement

Leader de la LND depuis son lancement en 1988, Aung San Suu Kyi était la principale opposante au régime militaire. Ses années de dissidente, marquées par quinze ans en résidence surveillée et un prix Nobel de la paix en 1991, ont fait d'elle une icône. La popularité d'Aung San Suu Kyi a été renforcée par le sacrifice de sa vie personnelle (elle n'a pas vu grandir ses enfants, restés au Royaume-Uni) et par le fait qu'elle est la fille du père de l'indépendance, le général Aung San. Sa victoire au goût de revanche annonce désormais, comme ses affiches de campagne, "le temps du changement". A 70 ans, Aung San Suu Kyi promet de mettre l'accent sur l'éducation et la santé, des chantiers délaissés par la junte. La Birmanie est l'un des pays qui dépensent le moins dans ces secteurs, d'après les chiffres de la Banque mondiale. C'est aussi l'un des plus touchés par le travail des enfants. "The Lady" s'est également engagée à lutter contre la corruption et l'opacité de l'économie. Le marché du jade, par exemple, représentant l'équivalent de la moitié du PIB du pays, reste la chasse gardée des vieilles élites et de groupes rebelles. Il ne profite donc pas à la population.

Non, le tournant a déjà été entamé par les militaires

Et si la victoire de la LND, plutôt qu'une révolution, n'était qu'une simple évolution ? Depuis 2011, la Birmanie possède un régime semi-civil dominé par l'ancien général Thein Sein. Cette année-là, sentant le vent tourner, la junte s'est auto-dissoute et a permis une série de réformes importantes, allant de la libéralisation économique à la libération de prisonniers politiques. En 2012, des élections partielles ont permis à la LND de faire son entrée au Parlement, avec 43 sièges sur 45 remis en jeu, dont un pour Aung San Suu Kyi. Ces dernières années, la situation de la Birmanie s'est améliorée. Les Etats-Unis et l'Europe ont levé de nombreuses sanctions, et les investisseurs étrangers, dont Coca-Cola, ont afflué vers le pays. La Banque mondiale prédit pour 2014-2015 une croissance de plus de 8%, fondée notamment sur un boom du secteur du bâtiment et de la production de biens manufacturés. Ce chiffre fait du pays le quatrième plus dynamique au monde. "Cela fait cinq ans que notre pays est calme et va dans la bonne direction", expliquait ainsi la présidence, pendant la campagne, face à la LND.

Non, certains héritages du passé demeurent

Aung San Suu Kyi va devoir composer avec le poids de l'armée et une Constitution écrite sous l'ère militaire, qui garantit la présence au Parlement d'au moins un quart de députés non élus issus de l'armée. Un autre article du texte empêche l'ancienne dissidente de briguer le poste de chef de l'Etat, car il stipule que toute personne ayant un conjoint ou des enfants étrangers ne peut assumer les plus hautes responsabilités.

Sur le plan économique, la leader de la LND, aux méthodes parfois autoritaires, devra jongler avec les puissants magnats birmans, qui ont bâti des empires grâce à leurs liens avec l'ancienne junte. Ces propriétaires d'hôtels, de ports ou de mines "sont des éléments clés et ils le resteront", selon Htwe Htwe Thein, chercheur à l'université australienne Curtin. "Vu leur considérable pouvoir économique, leur influence se fait sentir dans de nombreux secteurs et pourrait continuer, peu importe qui est au pouvoir."

Enfin, Aung San Suu Kyi devra préciser sa position concernant le traitement réservé à la minorité musulmane des Rohingyas (1,3 million de personnes), victime de violences intercommunautaires meurtrières et privée d'accès à la citoyenneté, à la santé, à l'éducation ou au travail. Pendant la campagne, la LND ne s'est pas clairement démarquée du pouvoir en place. Le parti n'a pas pris le risque d'avoir des candidats musulmans sur ses listes, de peur de froisser l'électorat bouddhiste, très largement majoritaire. Et Aung San Suu Kyi a appelé à "ne pas exagérer" le drame, alors qu'un rapport de l'université américaine Yale parle de "génocide".

http://www.francetvinfo.fr/monde/asie/birmanie-la-victoire-d-aung-san-suu-kyi-marque-t-elle-une-revolution_1166719.html

 

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 10:42

LE MONDE | 30.10.2015

La mise en place en 1979 de la politique de l’enfant unique, trois ans après la mort de Mao et au moment où Deng Xiaoping lançait sa politique de réformes et d’ouverture, s’expliquait par des raisons économiques. Tout comme son abandon, près de quarante ans plus tard, dans une Chine grisonnante et en quête d’un nouveau modèle de développement qui donne une part plus importante à la consommation. Mais, pour la démographe et sinologue Isabelle Attané, de l’Institut national des études démographiques (INED), qui publiera en janvier chez Fayard La Chine à bout de souffle, l’autorisation accordée à tous les couples d’avoir deux enfants ne devrait pas permettre d’assister à une remontée de la fécondité.


Pourquoi cette politique de l’enfant unique avait-elle été mise en place ?
La Chine appliquait depuis 1971 une politique de contrôle des naissances, à la fois à la campagne (trois enfants maximum) et en ville (deux enfants maximum). Elle a été très efficace en termes de baisse de la fécondité dans les années 1970, mais elle était moins stricte. Deng Xiaoping, en arrivant au pouvoir en 1978, a lancé les réformes. Et la politique de l’enfant unique mise en place un an plus tard visait à permettre de soutenir cet objectif d’accélérer le développement du pays. L’argument était donc économique.


Comment a-t-elle évolué ?
Finalement, cette politique de l’enfant unique n’a concerné qu’une fraction de la population. Dans les années 2000, ce n’était plus qu’un tiers, car elle ne concernait plus que les grandes villes. Dès le début, en 1979, il était possible pour les couples composés de deux enfants uniques de faire deux enfants. A la fin de l’année 2013, après le troisième plénum, cette possibilité a été élargie aux couples dont l’un des deux conjoints seulement était enfant unique. Avec l’autorisation pour tous les couples d’avoir deux enfants, on assiste à un nouvel assouplissement du contrôle des naissances.


Comment expliquer cette décision de l’abandonner ? Est-ce historique ?
Oui. Il faut cependant se souvenir que, lors de sa mise en œuvre en 1979, il avait été expliqué que la politique de l’enfant unique était censée ne durer que trente ans, donc qu’elle serait provisoire. A partir des années 2000, la Chine a commencé à vieillir à un rythme soutenu. La communauté des démographes chinois et d’autres secteurs de la population ont prôné l’abandon de cette politique qui n’avait plus lieu d’être pour différentes raisons.En premier lieu, parce que la Chine va se retrouver avec une structure de population qui va commencer à devenir défavorable à son économie. Entre les années 1980 et la fin des années 2000, le pays a bénéficié d’une structure démographique extrêmement favorable : la part d’actifs, en gros les adultes – nous, les démographes, considérons que c’est la population âgée de 15 à 59 ans – était exceptionnellement élevée. Elle a atteint jusqu’à 70 % de la population totale. Mais, depuis le début des années 2008, cette part commence à diminuer. Le nombre de personnes âgées va augmenter et, en raison de la baisse de la natalité, la population adulte va diminuer.


L’assouplissement de 2013 a-t-il eu un impact ?
Il ne s’est pas traduit par une remontée de la natalité. Aujourd’hui, ils autorisent tous les couples à avoir deux enfants. S’ils ont pris cette décision, c’est aussi pour répondre à la contestation croissante vis-à-vis de la politique de l’enfant unique, et je ne suis pas sûr qu’elle ait un impact significatif. Il est assez peu probable que cela permette d’une part à la fécondité de remonter significativement et d’autre part de lutter contre l’élimination des petites filles. Avoir un enfant coûte cher. Il y a très peu de structures d’accueil, et quand elles existent, elles sont chères, tout comme le système de santé ou l’université… Les études supérieures coûtent très cher également. Pour les familles, c’est un budget considérable.

 

http://abonnes.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2015/10/30/autoriser-les-couples-chinois-a-avoir-deux-enfants-pourrait-avoir-un-impact-limite_4799815_3216.html

 

 

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12 octobre 2015 1 12 /10 /octobre /2015 11:05

Depuis son accession au pouvoir, le Premier ministre indien a sillonné le monde. Il a déjà visité 27 pays et n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

Par C.LEBLANC, L'opinion, oct.2015

« Le Premier ministre était impressionnant, innovant et tourné vers l’avenir. L’Inde reste l’une de nos principales priorités. » C’est en ces termes que Don Schulman, patron de Paypal, a réagi au discours prononcé par Narendra Modi après le grand dîner offert par ce dernier lors de son séjour new-yorkais. Il y avait convié les dirigeants de 40 des plus importantes entreprises américaines. Son objectif était de leur « vendre » l’un de ses nombreux projets – Make in India, Start-up India, Skill India – pour qu’ils investissent et permettent au pays d’atteindre rapidement le statut de troisième puissance de la planète.
Le Premier ministre indien est ambitieux et il entend donner à l’Inde la place qu’elle mérite. Pour cela, il n’hésite pas à donner de sa personne à l’image d’un chanteur de rock en tournée. Il bouscule les diplomates indiens qui n’étaient pas habitués à une telle agitation. « C’est parfois difficile de le suivre », reconnaît l’un d’entre eux. Il faut dire que le chef du gouvernement a décidé de donner un rythme qui tranche avec le style bonhomme de son prédécesseur Manmohan Singh.
«De l'énergie à revendre». Au cours des cinq jours de son dernier déplacement aux Etats-Unis, Narendra Modi est monté deux fois à la tribune des Nations Unies, a rencontré 30 chefs d’Etat et de gouvernement et s’est entretenu avec une cinquantaine de grands patrons américains, parmi lesquels Mark Zuckerberg de Facebook, Marillyn Hewson de Lockeed Martin ou encore Ellen J. Kullman de DuPont. Il s’est aussi adressé à la diaspora indienne lors d’un show digne des meilleurs artistes. « Il a de l’énergie à revendre », confie le même diplomate qui préfère conserver l’anonymat. « Il veut être sur tous les fronts à la fois, mais sans toujours faire très attention », ajoute-t-il.

A la différence de Manmohan Singh qui se contentait de lire scrupuleusement les notes de ses collaborateurs, Narendra Modi se montre proactif et exige un engagement plus fort de son administration. Plutôt que d’offrir des objets traditionnels à ses interlocuteurs, il demande qu’on lui fournisse des gadgets fabriqués en Inde pour faire la démonstration de la créativité indienne. Son approche presque agressive ne manque pourtant pas de séduire la plupart des responsables étrangers qu’il a rencontrés depuis son arrivée au pouvoir en mai 2014. Pas un mois sans qu’il ne voyage pour aller défendre les intérêts de son pays. Le Premier ministre veut que l’Inde ait sa place dans le concert des nations et fasse entendre sa voix.
Un siège permanent à l'ONU. Parmi ses objectifs figure l’obtention d’un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Pour y parvenir, il doit obtenir le soutien des deux tiers des 193 membres de l’organisation internationale. Toutes les voix sont bonnes à prendre, celles des grands pays comme celles des micro-Etats. Lors de son entretien avec Barack Obama, le cinquième depuis qu’il est devenu Premier ministre, il a rappelé à l’hôte de la Maison Blanche sa promesse de soutenir la demande indienne. Mais il a aussi rencontré Ralph Gonsalves, le Premier ministre de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, pour le convaincre de porter la candidature de son pays.
Le sommet qu’il a tenu avec les autres membres du G4 (Allemagne, Japon et Brésil) a été l’occasion de rappeler leur aspiration à jouer un rôle plus grand au sein des instances mondiales. Cette insistance en agace certains, y compris au sein des Affaires étrangères. Son activité débordante semble déranger. « Il se croit en meeting électoral », estime notre diplomate indien, peu sensible à la débauche d’énergie de son Premier ministre.
Pour sortir des situations de blocage, Narendra Modi n’hésite pas à trouver des solutions originales. Le dossier du Rafale en est la meilleure illustration. Alors que les négociations traînaient en longueur entre Dassault et son partenaire indien, il a décidé de conclure un accord de gouvernement à gouvernement pour l’achat de 36 avions français. Un choix qui n’a pas manqué de surprendre, mais qui reflète bien l’état d’esprit du numéro un indien quand il s’agit de défendre les intérêts de son pays. Les relations avec son voisin pakistanais étant loin de se détendre, Narendra Modi veut renforcer les capacités de défense de l’Inde. L’acquisition des Rafale répond en partie à ce besoin, tout comme les efforts entrepris pour moderniser sa marine.
Sur le plan diplomatique, le Premier ministre cherche à maintenir la pression sur Islamabad afin que ce dernier se montre moins entreprenant au Cachemire et qu’il ne serve plus de base au terrorisme. Parmi les 27 pays qu’il a visités au cours des seize derniers mois, il a misé sur les Etats d’Asie centrale et du Moyen-Orient en insistant sur la lutte contre le terrorisme. Au mois de juillet, sa tournée en Asie centrale a été l’occasion pour lui de tenir pas moins de 57 rendez-vous – un record –, illustrant l’importance que ce thème occupe dans son agenda.
Clairvoyant comme Clinton. Il en sera de même en Arabie Saoudite, où il doit se rendre dans les prochains jours. Le dégel avec le voisin chinois participe aussi de cette volonté de peser sur le Pakistan. Pragmatique, Narendra Modi a choisi le dialogue et le renforcement des échanges avec Pékin pour améliorer leurs relations bilatérales et pour obtenir des Chinois qu’ils incitent Islamabad à se montrer moins agressif vis-à-vis de l’Inde.
Néanmoins, le rapprochement avec la Chine a aussi des visées économiques. New Delhi voudrait bénéficier des investissements chinois pour renforcer sa base industrielle et créer ainsi des emplois pour des millions d’Indiens désireux de mieux gagner leur vie. La diplomatie économique occupe d’ailleurs une grande partie de l’emploi du temps du Premier ministre. Ses efforts pour attirer les investisseurs sont plutôt couronnés de succès puisque les sommes investies en provenance des pays qu’il a visités depuis mai 2014 ont augmenté de 47 %.
Ses programmes Make in India – dévoilé à l’automne aux Etats-Unis et relancé au printemps lors de la foire de Hanovre, en Allemagne – tout comme le petit dernier, baptisé Start-up India, suscitent un intérêt croissant de la part des étrangers, sensibles à son discours volontariste. « Modi est un visionnaire lorsqu’il évoque les technologies de l’information. Il est l’homme politique le plus clairvoyant et le plus capable à saisir le potentiel de ce secteur comme l’avait été avant lui Bill Clinton quand il était président », estime d’ailleurs John Chambers, patron de Cisco et président de l’US-India Business Council.
Pas étonnant dans ces conditions que le Premier ministre se sente pousser des ailes et entreprenne de nombreux déplacements à travers le monde. En l’espace d’à peine 18 mois à la tête du gouvernement, il a réussi à attirer les regards de la planète sur l’Inde. Toutefois, il doit désormais passer la vitesse supérieure sur le terrain local, en mettant en œuvre de nouvelles réformes susceptibles de convaincre les investisseurs de renforcer leur présence sur le territoire national. C’est justement le point le plus compliqué auquel est confronté le chef du gouvernement et vis-à-vis duquel il va devoir faire preuve d’une plus grande résolution.

http://www.lopinion.fr/12-octobre-2015/en-dix-huit-mois-narendra-modi-a-place-l-inde-centre-monde-29001

 

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3 mai 2015 7 03 /05 /mai /2015 18:35

Patrick Saint-Paul - Le Figaro - 03/03/2015

La Chine est encore loin d'avoir désamorcé sa «bombe démographique». Le récent assouplissement de la politique de l'enfant unique n'y a rien changé: la hausse attendue des naissances, qui devait permettre d'enrayer le vieillissement de la population, ne s'est pas produite, selon des chiffres publiés récemment. Catalyseur des inégalités, celui-ci est un motif d'inquiétude majeur pour le Parti communiste chinois (PCC), qui met au premier plan la «stabilité sociale» pour prévenir toute contestation du pouvoir.

Seuls 700.000 couples, sur les 11 millions potentiellement bénéficiaires de la réforme du planning familial annoncée en novembre 2013, ont demandé l'autorisation d'avoir un second enfant, selon la Commission nationale de santé. Par le passé, la règle avait été déjà assouplie pour les paysans, autorisés à avoir un second enfant si le premier était une fille, ainsi que pour les couples dont le mari et la femme étaient enfants uniques. La nouvelle loi permet désormais aux couples dont au moins un membre est enfant unique d'avoir deux enfants. Quelque 620.000 couples ont été effectivement autorisés à cette naissance en plus.

Ces chiffres sont nettement en dessous des plus de 2 millions de nouvelles naissances prévues par les autorités du pays le plus peuplé du monde (1,36 milliard d'habitants). La chute du taux de fertilité en Chine n'est pas seulement due à la politique de l'enfant unique. Le taux de stérilité dans le pays a été multiplié par quatre en l'espace de vingt ans, et l'envolée des prix de l'immobilier, de l'éducation et des services médicaux a dissuadé nombre des couples autorisés à avoir un second enfant de profiter de ce droit.

Résultat: le vieillissement de la population active s'est encore accentué en 2014, selon les statistiques officielles publiées en janvier. Et la pression s'accentue sur le gouvernement pour assouplir davantage sa politique de l'enfant unique, à l'origine du problème. De fait, beaucoup de Chinois, et notamment des experts économiques et des démographes, préconisent l'abolition totale de cette règle impopulaire. La loi de planification familiale a été mise en œuvre à partir de 1979 pour permettre à la Chine de contrôler sa population, la plus nombreuse du monde. Elle aurait, selon les autorités, permis d'éviter 400 millions de naissances.

Cependant, cette règle a été rendue responsable du déséquilibre des sexes, de nombreuses violences aux femmes, ainsi que de terribles dégâts dans les familles. Et le problème crucial de la Chine est désormais d'enrayer l'inexorable vieillissement de sa population, après trois décennies de contrôle des naissances. Pour la troisième année consécutive, la population en âge de travailler a chuté en 2014: - 3,7 millions. Et les Chinois de plus de 60 ans devraient représenter 30 % de la population totale en 2050, contre 10 % en l'an 2000, prévoit l'ONU.

La population vieillissante laisse présager dans l'avenir de grosses difficultés économiques et sociales. Alors que le rythme de la croissance diminue d'année en année, les revenus fiscaux du gouvernement se réduisent en proportion. Dans les décennies à venir, le financement des retraites et le poids grandissant des dépenses de santé pèseront de plus en plus lourd sur le budget de l'État. Les experts mettent en garde sur les troubles que pourraient entraîner ces difficultés de financement et qui seraient une menace à la légitimité du pouvoir du PCC.

http://www.lefigaro.fr/international/2015/03/02/01003-20150302ARTFIG00310-la-chine-dans-le-piege-demographique.php

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24 avril 2015 5 24 /04 /avril /2015 08:14

LE MONDE - 23.04.2015

La furia médiatique et son obsession de l’immédiateté font vite tomber aux oubliettes l’actualité d’hier. Qui se souvient que des dizaines de milliers de jeunes gens très polis sont descendus dans les rues de Hongkong plusieurs semaines durant à l’automne 2014 ? Ils voulaient plus de démocratie pour la Région administrative spéciale, la RAS, comme on appelle l’ancienne colonie britannique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997. Les gaz lacrymogènes les ont fait rentrer chez eux – au bout d’un mois, tout de même. Aujourd’hui, Pékin vient officiellement de rejeter leurs revendications, signe supplémentaire d’une crispation politique au sommet du Parti communiste chinois (PCC).

Le mouvement de protestation voulait obtenir le changement du projet de loi sur la prochaine élection au suffrage universel du chef de l’exécutif – premier ministre – de la RAS. Cette élection a été prévue dans l’accord de rétrocession conclu entre Londres et Pékin, qui conserve à Hongkong nombre de ses traditions démocratiques. Le projet, tel qu’il a été présenté une première fois l’an passé, soumet la sélection des candidats à un comité aux ordres du PCC : impossible pour un impétrant de l’opposition libérale de franchir le barrage.

Avec une concession mineure, le projet revient ces jours-ci devant le Parlement de Hongkong. Il est de même nature que le précédent. Certes, il y aura bien un vote au suffrage universel en 2017, comme prévu en 1997, mais n’entreront en lice que des candidats proches du PCC. Le mouvement de protestation est divisé sur la suite à donner. Les sondages indiquent qu’une bonne partie de l’opinion hongkongaise hésite aussi. Le débat aura lieu au Parlement local, où il manque des voix au gouvernement de la RAS pour faire passer le projet à la majorité des deux tiers.

Politique de la main de fer

Sans trop de brutalité, Pékin a su étouffer la « révolte des parapluies », comme on a appelé la protestation de l’été et de l’automne derniers. Mais la volonté de ne rien céder à Hongkong fait partie de cette politique de la main de fer que conduit le président Xi Jinping. Partage des tâches : au moment où le premier ministre, Li Keqiang, libéralise progressivement l’économie, le chef de l’Etat et patron du PCC écrase toute dissidence. Milieux associatifs et caritatifs, ONG diverses, avocats des droits de l’homme, militants environnementalistes : la moindre opposition est réprimée.

Pourquoi ? Parce que le président Xi est obsédé par le précédent de l’effondrement soviétique. Sa hantise, c’est la « jurisprudence Gorbatchev » : comment la volonté du patron du PCUS de libéraliser le système politiquement – la perestroïka – avant de le réformer économiquement a conduit à l’effondrement du parti et de l’URSS. Tout cela ne serait pas arrivé si l’URSS avait alors eu à sa tête "un homme à poigne" a dit le président Xi.

Et c’est sans doute parce qu’il redoute que la transition économique en cours dans le pays – relative désétatisation de l’économie, internationalisation du yuan, ouverture des marchés financiers – n’ébranle le monopole du PCC sur le pouvoir que M. Xi traque tout ce qui pourrait l’affaiblir : la corruption comme la moindre contestation. Les petits jeunes gens polis de Hongkong, qui ne réclamaient pas grand-chose – juste un peu d’Etat de droit, le maintien de l’originalité hongkongaise – en font, eux aussi, les frais.

Lire aussi : Révolution des parapluies » contre Pékin

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2 avril 2015 4 02 /04 /avril /2015 09:54
Documentaire : "Birmanie, fin de dictature"

Voici le lien pour visionner l'excellent reportage d'ARTE, intitulé "Birmanie, fin de dictature".

https://www.youtube.com/watch?v=5z9o639dCuo

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1 avril 2015 3 01 /04 /avril /2015 08:58
Le système politique chinois - Un nouvel équilibre autoritaire
Tentaculaire, opaque, le Parti communiste domine le système politique chinois. Fort de 85 millions de membres et de quelque 10 millions de cadres, il dirige l'État, l'administration, l'Armée, les assemblées populaires ainsi que les entreprises et les établissements publics.

Beaucoup plus décentralisé et flexible depuis les réformes de 1979, il dispose néanmoins de ressources humaines et économiques considérables qui lui permettent de contrôler la société, de prévenir les conflits sociaux et d'empêcher toute évolution vers la démocratie. Qui lui permettent, en d'autres termes, de mettre en place ce que l’on pourrait appeler un nouvel équilibre autoritaire.

Ce système que seule une minorité d’activistes conteste ouvertement fournit croissance et stabilité à une population dont la majorité se désintéresse du politique. Toutefois, la corruption de plus en plus visible du pouvoir, la pluralisation de la société, la montée des activités associatives et religieuses sont autant de facteurs d’évolution et d’incertitude.

L’avenir du système politique chinois n’est pas écrit, et ce livre ne prétend pas le faire. Il cherche plutôt à éclairer le lecteur sur la puissance du système actuel et sur les changements ou les crises qui pourraient survenir.

La première synthèse sur le système politique chinois et son articulation avec la société depuis vingt ans.

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