8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 10:39

Le Monde, 8 janvier 2012.

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Autorisée à se présenter aux élections législatives partielles en avril, l'opposante birmane Aung San Suu Kyi pourrait jouer un rôle au sein du gouvernement "civil" si elle gagne, a laissé entendre un conseiller de la junte birmane, dimanche 8 janvier.

Nay Zin Latt, conseiller de la présidence birmane, a dit que la lauréate du prix Nobel de la paix pourrait obtenir un poste "approprié" dans la haute administration publique, voir même être "nommée au gouvernement" si elle le souhaite.

Opposante historique du régime birman, Aung San Suu Kyi a été libéré, en novembre 2010, après avoir passée la majorité de son temps privée de liberté dans les années 1990. Son parti, la La Ligue nationale pour la démocratie (LND), a été autorisée comme parti politique au terme d'un marathon administratif qui durait depuis plusieurs mois mais dont l'issue ne faisait plus de doute.

Dans un entretien accordé à la BBC la semaine dernière, elle s'est réjoui de pouvoir participer à "une élection pleinement démocratique de mon vivant". Interrogée sur le fait qu'elle brigue personnellement la fonction suprême, elle a en revanche répondu : "Je ne suis même pas sûre que c'est quelque chose que j'aimerais faire". "Je fais confiance au président mais je ne peux pas faire confiance à tout le gouvernement car je n'en connais pas tous les membres", a-t-elle ajouté.

Nyan Win, porte-parole de la LND, a précisé qu'Aung San Suu Kyi se présenterait "dans la circonscription de Kawhmuu", près de Rangoun. "Nous ignorons encore de quelle façon et où elle remplira ses fonctions si elle est élue", mais elle pourrait "juste être une parlementaire", a-t-il ajouté. 

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/08/birmanie-le-regime-se-dit-pret-a-accueillir-aung-san-suu-kyi-dans-le-gouvernement_1627159_3216.html

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 11:02

 

 

Le Monde, 06.01.12

 

index"Le chiffre ferait rêver l'Occident en crise. Mais en Inde, il effraie autant qu'un cauchemar. Le taux de croissance devrait se tasser cette année à 6 % "dans le pire des cas", prévoient la plupart des experts. Finie l'euphorie des 9 % ! Voilà le géant émergent d'Asie condamné à expier l'ivresse des hauteurs à laquelle il s'était accoutumé. "Au bord de l'abîme", vient de titrer l'hebdomadaire India Today dans un dossier de début d'année consacré au ralentissement indien. Un "abîme" à 6 %, beaucoup d'Européens et d'Américains achèteraient volontiers pareil purgatoire. Mais l'Inde au milliard cent millions d'habitants, encore frappée de pauvreté massive, a bien sûr d'autres exigences si elle veut maintenir un équilibre social précaire.

Les Indiens broient donc du noir. Le poison du doute s'instille dans des esprits jusque-là abonnés à l'optimisme. La success story indienne "a déraillé", s'afflige le pessimiste India Today, qui anticipe un enchaînement d'horreurs pour 2012 : érosion de la roupie, gonflement des déficits budgétaires et commerciaux, inflation élevée, taux d'intérêt prohibitifs, chute des investissements...

India Inc., ainsi que l'on nomme la classe des entrepreneurs du type Tata ou Mittal, n'a-t-elle pas déjà voté avec ses pieds ? Il est sorti d'Inde en 2011 plus de capital qu'il n'en est rentré. La faute à qui ? "A la paralysie du gouvernement", dénonce l'hebdomadaire proche des milieux d'affaires et intraitable avec le Parti du Congrès au pouvoir à New Delhi, formation de centre gauche qui n'en finit pas d'hésiter entre réformes économiques et préoccupations sociales.

A chacun son doute. Si India Inc. et India Today doutent du réformisme du gouvernement, bien des groupes sociaux à travers le pays doutent tout simplement du bien-fondé de ce réformisme-là. Et l'on comprend mieux alors l'attentisme du pouvoir, assiégé par la marée montante de résistances qui sonnent comme un écho à l'internationale des indignés et autres occupiers (occupants). La rue a grondé en Inde ainsi qu'à Athènes, Madrid et ailleurs, relèvent tous les magazines indiens sacrifiant au rituel des bilans de fin d'année.

A la différence près que, vu les caractéristiques locales, cette rue indienne ressemble plus à des sentiers ou des pistes qu'à des boulevards. Tribus des forêts du centre s'insurgeant contre les dépossessions foncières - jusqu'à soutenir une rébellion armée maoïste -, villageois du Tamil Nadu ou du Maharashtra dressés contre des projets de centrales nucléaires russes ou françaises, ouvriers de l'automobile en grève dans l'Haryana... La liste est longue des révoltes locales interrogeant de facto la voie empruntée par la success story indienne.

Cette effervescence ramène en fait à une évidence lourde trop souvent occultée par la célébration glamour de la "shining India" (l'Inde brillante). "Il existe une forte inclination à l'anticapitalisme dans la culture politique indienne", rappelle dans l'hebdomadaire Outlook Pranab Bardhan, professeur d'économie à l'université de Berkeley (Californie). Le "populisme du small is beautiful" perpétué par l'héritage de Gandhi n'y est pas étranger, précise l'universitaire.

Dans ce fond de l'air électrique, même la bourgeoise urbaine a regimbé. Là est l'autre fait majeur de l'année écoulée. La classe moyenne des villes, qui cultivait jusqu'alors un dédain ostentatoire pour la chose publique, est sortie de sa réserve. Son mot d'ordre : "Halte à la corruption !" Son héros : Anna Hazare, un ancien chauffeur de l'armée devenu une sorte de pèlerin de la cause gandhienne. India Today l'a plébiscité "homme de l'année 2011" pour son "audace de guerrier moral".

Conservateur puritain, Anna Hazare (74 ans) a galvanisé les foules lors de ses grèves de la faim menées contre la corruption galopante qui gangrène le système politique indien. Depuis l'automne 2010, le public indien assistait ébahi, incrédule, écoeuré, à la révélation d'une série de scandales de haut vol impliquant des proches du Parti du Congrès. La colère n'a pas tardé à exploser. La silhouette patriarcale et têtue d'Anna Hazare, coiffé du traditionnel topi (calot) blanc, a donné un visage à cette fureur de l'opinion, relayée par des télévisions commerciales très agressives. Ses jeûnes publics tenaient autant de la méditation d'ashram que du show médiatique. Il n'est pas sûr que les jeunes gens éduqués qui l'ont aidé à structurer son mouvement partagent son intégrisme vertueux. N'a-t-il pas appelé à flageller les alcooliques ?

Qu'importe, Anna Hazare a fait trembler le Parti du Congrès. Ce fut le séisme politique de l'année. La démocratie élitiste à l'indienne, où le pouvoir a toujours été l'affaire d'un club fermé, est sous pression.

D'Anna Hazare aux paysans en révolte, c'est finalement une même faille qui s'ouvre. "Deux plaques tectoniques entrent en collision", résume dans Outlook Pratap Bhanu Mehta, président du think tank Centre for Policy Research. La première est celle de "pratiques d'Etat" datant de l'âge bureaucratique précédant les réformes économiques de 1991. La seconde est celle de la "nouvelle dynamique des aspirations" de la société. Avec 6 % seulement de croissance, le choc menace d'être plus rude encore.

Entre "abîme" et "plaques tectoniques", il faut se faire géologue pour décoder la nouvelle Inde du doute.

 

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/01/06/quand-l-inde-doute-d-elle-meme_1626725_3216.html

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1 janvier 2012 7 01 /01 /janvier /2012 17:18

Lemonde.fr, 19 décembre 2011.

Asie-Conference-4 5093« La mort soudaine du dirigeant nord-coréen intervient alors que le pays est au milieu du gué, essayant de se dégager de son isolement international et de redresser une économie moribonde. Elle se produit à la veille des célébrations, le 15 avril 2012, du centième anniversaire de la naissance du "père fondateur" de la nation, Kim Il-sung, mort en 1994, qui doivent marquer l'avènement d'un "pays fort et prospère" et auxquelles se préparait Pyongyang, proie depuis des mois à de grands travaux, et alors que le processus de succession de Kim Jong-il par son troisième fils, Kim Jong-un, est à peine commencé.

Annoncé par la télévision lundi 19 décembre en milieu de journée, le décès est survenu samedi matin à bord d'un train dans lequel Kim Jong-il avait pris place pour une de ses visites sur le terrain. La destination n'a pas été révélée. Kim Jong-il aurait été victime d'une crise cardiaque fulgurante. Son fils Kim Jong-un (28 ans) a été présenté par les médias officiels comme le successeur désigné du dirigeant défunt. "Tous les membres du parti, les militaires et le peuple doivent suivre fidèlement l'autorité du camarade Kim Jong-un" et "renforcer le front uni formé du parti, de l'armée et du peuple". Les funérailles ont été fixées au 28 décembre. La personne qui sera désignée pour présider ces cérémonies sera une indication de la nouvelle structuration du pouvoir autour de la figure du successeur désigné. Apparemment, la nouvelle était connue de la population dès le début de la matinée : dans les universités, les étudiants sanglotaient sur leur pupitre, rapporte un témoin. Selon des résidents étrangers, il pèse sur Pyongyang un silence prostré.

La seconde succession dynastique en République populaire démocratique de Corée (RPDC) est présentée par le régime comme la "meilleure solution" afin d'assurer la continuité et la stabilité du pays, qui se considère toujours menacé par les Etats-Unis. Arguments qui avaient déjà été utilisés pour légitimer la mise en place de la succession de Kim Il-sung par son fils Kim Jong-il dans les années 1970-1980. La progression de Kim Jong-il dans l'appareil du parti et de l'Etat avait pris une dizaine d'années. Dans le cas de Kim Jong-un, il est apparu au grand jour il y a à peine deux ans : nommé général à quatre étoiles et vice-président de la commission militaire centrale du Parti du travail au cours de l'assemblée de ses membres en septembre 2010. Par la suite, il avait accompagné régulièrement son père dans des visites sur le terrain, notamment d'unités de l'armée.

Asie-Conference-4 5094Bien que, pour l'instant, tout porte à croire que cette succession a été acceptée par l'élite dirigeante, les experts en Corée du Sud restent prudents, estimant que le jeune Kim sera le symbole de la continuité du régime, mais vraisemblablement solidement encadré par l'entourage immédiat de son père (famille, proches conseillers et militaires) et qu'il ne disposera pas de la même autorité : dans un premier temps au moins, la direction du pays sera collégiale. L'organe suprême de l'Etat est la Commission de défense nationale que présidait Kim Jong-il. Elle comprend, outre de hauts gradés, le beau-frère du dirigeant défunt, Jang Song-taec, qui devrait jouer un rôle charnière dans l'après-Kim Jong-il.

Kim Jong-un et l'élite dirigeante héritent d'un pays en transition. Sous l'apparente immuabilité du régime et la chape de plomb de la répression, la société évolue. L'apparition de facto d'une économie de marché, après la famine de la seconde moitié des années 1990, a donné naissance à une nouvelle classe de marchands et d'affairistes. Cette économie parallèle a aussi accru les disparités sociales et est à l'origine d'une corruption qui s'est étendue à toute la société : l'argent est devenu le fluidifiant indispensable des affaires.

En même temps, l'information, venue de Chine, circule davantage. Conjuguée à cette entre-ouverture de fait d'une partie de la société, l'extension du marché a élargi l'horizon des jeunes au-delà des objectifs collectifs. Le rôle du parti, dont l'appartenance garantissait des privilèges, s'est amenuisé.

Asie-Conference-4 5095Soutenue par la Chine, la RPDC est aussi devenue plus dépendante économiquement et politiquement de son seul allié et plusieurs grands projets de développement économique ont été lancés à la frontière entre les deux pays. De nouvelles mesures visent en outre à attirer les investissements étrangers. "Grâce au général Kim Jong-un, la stabilité politique est garantie dans notre pays", nous disait, il y a quelques semaines à Pyongyang, Kim Ji-hyok, conseiller juridique de la Commission pour les investissements étrangers.

La mort de Kim Jong-il intervient alors que se dessinait une reprise du dialogue avec les Etats-Unis, qui devrait conduire à un retour à la table de négociations à Six (Chine, Corées, Etats-Unis, Japon et Russie) sur la question des ambitions nucléaires nord-coréennes. Un dossier qui appelle des choix que Kim Jong-il avait sans doute l'autorité d'imposer aux éléments les plus durs du régime. En sera-t-il de même pour la nouvelle équipe dirigeante ?

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/12/19/de-quelle-coree-herite-kim-jong-un_1620441_3216.html#ens_id=1545482

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29 décembre 2011 4 29 /12 /décembre /2011 10:30

Le Monde, 29 décembre 2012.

1561992 3 f719 la-dissidente-birmane-pose-avec-le-president« Semaine après semaine, la Birmanie donne de nouveaux signes tangibles de sa volonté d'ouverture. Après la libération de l'opposante Aung San Suu Kyi, l'an dernier, la dissolution de la junte en mars, la signature d'un cessez-le-feu avec l'un des principaux groupes armés des minorités ethniques le 12 décembre, ou encore la visite historique de la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, au début du mois, le régime birman a annoncé jeudi 29 décembre de nouvelles libérations de prisonniers politiques.

Ces libérations, réclamées par la communauté internationale, pourraient intervenir le 4 janvier et le 12 février, a indiqué jeudi un responsable de la chambre basse du Parlement. "Selon le ministre [Aung Min], d'autres prisonniers de conscience seront libérés très bientôt sans aucun doute", a déclaré aux journalistes Aung Ko, président de la commission des affaires juridiques de la chambre basse, dans la capitale Naypyidaw.

Aung Min, ministre des chemins de fer, est notamment chargé des discussions de paix cruciales avec les minorités ethniques, dont plusieurs représentants sont derrière les barreaux. Aung Ko a notamment évoqué la date du 4 janvier, date anniversaire de l'indépendance du pays, et le 12 février, autre jour férié birman, comme dates possibles pour ces libérations, sans avancer de chiffre.

Le 12 octobre, 6 300 personnes avaient été libérées, dont environ 200 prisonniers politiques. Le nombre de prisonniers politiques encore derrière les barreaux n'est pas très clair, ils pourraient être entre 500 et 1 600 selon les estimations. La Ligue nationale pour la démocratie de l'opposante Aung San Suu Kyi évoque aujourd'hui entre 500 et 600 cas, dont 200 issus de ses rangs.

Le gouvernement birman, qui a succédé à la junte en mars, a multiplié les réformes spectaculaires ces derniers mois, permettant notamment le retour au cœur du jeu politique de la lauréate du prix Nobel de la paix.

Mais l'ONU, l'Union européenne et les Etats-Unis réclament toujours plus de réformes, en particulier la libération de tous les prisonniers politiques et la fin des violations des droits de l'homme ».

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http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/12/29/la-birmanie-annonce-de-nouvelles-liberations-d-opposants_1624121_3216.html#ens_id=1266164

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 17:15

Lemonde.fr, 19 décembre 2011.

Asie-Conference-4 5091« Kim Jong-un est tout le portrait de son grand-père Kim Il-sung lorsqu'il avait son âge (la trentaine). Même corpulence, même coupe de cheveux, même costume Mao. Une ressemblance cultivée afin de rassurer la population, avancent des experts à Séoul.

Troisième fils de Kim Jong-il, né de son union avec une danseuse de la troupe Mansudae, Ko Young-hee, décédée en 2004, Kim Jong-un est peu connu. Sa photo a été publiée pour la première fois dans l'organe du parti, Rodong sinmun, quelques jours après la tenue de l'assemblée des membres du Parti du travail de septembre 2010. Selon les médias officiels, il serait diplômé de l'université militaire Kim-Il-sung et parlerait plusieurs langues étrangères. Il aurait été étudiant en Suisse. Sa date de naissance est inconnue.

Asie-Conference-4 5092Quelques semaines avant la mort de son père, Kim Jong-un était présenté à Pyongyang comme son successeur. Il avait été promu général à quatre étoiles et désigné vice-président de la Commission centrale de défense du Parti du travail. Il a rencontré à plusieurs reprises des dirigeants étrangers. Il aurait le soutien de Pékin.

Une chanson (La Trace), dans laquelle il est mentionné comme le "commandant", et des plaques marquant son passage en certains lieux (usines, unités militaires, écoles) visités en compagnie de son père témoignent de la volonté du régime de lui vouer un culte à la même enseigne que son père et son grand-père. La question est maintenant de savoir si cela lui suffira pour asseoir son autorité.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2011/12/19/un-nouveau-dirigeant-meconnu-jong-un-le-troisieme-des-kim_1620395_3216.html

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 08:30

34Par Philippe Pons, Lemonde.fr, 19 décembre 2011.

« La première succession dynastique dans un régime communiste ne s'est pas opérée sans résistance et elle a pris plus de vingt ans. Kim Il-sung avait évité de justesse que la déstalinisation n'affecte la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et il avait assisté, non sans appréhension, à la "démaoïsation" en Chine. Aussi, pour garantir la continuité de son régime, sa propre place dans l'histoire (comme sa sécurité personnelle) et éviter des batailles de clans, il décida de placer au pouvoir son propre fils.

Au début des années 1970, le "Grand Dirigeant" disposait d'un pouvoir absolu. Bien qu'une succession du fils par le père ait pu apparaître "naturelle" à une partie de la population passée du colonialisme nippon au socialisme sans avoir connu d'expérience démocratique, elle était loin d'aller de soi pour l'élite. Le processus commença par des campagnes idéologiques destinées à promouvoir l'image de Kim Jong-il, dans les années 1970.

NÉPOTISME

A cette époque apparaît le terme de "Centre du Parti" pour désigner, sans le nommer, le futur héritier. L'autorité du Parti du travail de Corée est censée émaner de ce "Centre", auquel il est fait référence comme à une personne puisque les membres étaient invités à lui témoigner "affection" et "fidélité". En février ­1977, un texte publié par l'Association des Coréens au Japon, pro-Pyongyang, et destiné à ses cadres, annonçait la décision du comité central de désigner le "Cher Dirigeant" comme successeur du "Grand Dirigeant".

Selon la biographie officielle de Kim Jong-il (2001), ce dernier avait été désigné successeur dès 1974 "conformément à la volonté unanime du Parti". Ce népotisme suscita quelques résistances. Au sein du clan des Kim, d'abord­ : de la part de Kim Jong-ju, frère de Kim Il-sung, qui avait un temps fait figure successeur, et de la belle-mère de Kim Jong-il, qui entendait placer son fils aîné sur les rangs. D'autres vinrent du Parti et de l'armée. Une opposition qui n'apparut jamais au grand jour, mais ces "déviationnistes" furent peu à peu rayés des rangs du Comité central. Une bonne partie de la "vieille garde" se rallia à l'idée d'une succession dynastique. Outre les capacités à gouverner que les anciens partisans reconnaissaient à l'héritier, cette formule évitait d'ouvrir une lutte pour le pouvoir qui pouvait être désastreuse pour le régime.

Lors du sixième congrès du Parti du travail, en octobre­ 1980, Kim Jong-il fut intronisé comme le successeur désigné. Membre du présidium du bureau politique et premier secrétaire du comité central, il occupait la troisième position dans la commission de défense, derrière son père et le maréchal O Jin-u. »

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19 décembre 2011 1 19 /12 /décembre /2011 08:27

33Par Philippe Pons, Lemonde.fr, 19 décembre 2011.

« Rarement une figure politique aura été plus énigmatique que celle de Kim Jong-il, héritier de la première dynastie communiste. Paré de toutes les vertus par le régime nord, comme son père, Kim Il-sung, d'un culte qui n'a jamais atteint ailleurs – et pour aussi longtemps – une telle ferveur, il passait à l'étranger pour un "lunatique", "irrationnel", "imprévisible" et sybarite à ses heures. Il est mort samedi 17 décembre à 8 h 30 locales.

Son image avait évolué à la suite du premier sommet intercoréen en juin­ 2000. Pour le président du Sud, Kim Dae-jung, le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) savait "faire preuve de discernement" et il était "conscient de la nécessité de réformes". C'était aussi l'opinion de l'ex-secrétaire d'Etat américaine, Madeleine Albright qui s'entretint avec lui à Pyongyang en octobre­ 2000­ : "Il m'a surpris par son sens pratique et son caractère décidé", avait-elle déclaré.

A la suite de son second voyage en RPDC en 2004, le premier ministre japonais Junichiro Koizumi le décrivait comme un "homme intelligent", "prêt à plaisanter". "Kim Jong-il n'est pas Satan… mais un cruel produit de plus d'un demi-siècle de révolution en Corée du Nord", écrit Alexandre Mansourov de l'Asia-Pacific Center for Security Studies (Honolulu).

LE MYTHE DE L'ENFANT GÉNÉRAL

La RPDC a été fondée en 1948. Dans le "roman familial" des Kim, qui se confond avec l'histoire nationale, un morceau de bravoure est l'hagiographie de ce "dictateur post-moderne", selon l'historien spécialiste de la Corée, Bruce Cummings, par le mélange d'archaïsmes (les mythes fondateurs du régime) et de promesses d'un futur "radieux" attachées à sa personne.

Le sacré occupe une place non négligeable dans le régime nord-coréen, qui s'est écarté du marxisme léninisme pour intégrer à son idéologie des éléments de la culture traditionnelle. Ainsi, Kim Jong-il serait-il né le 16 février 1942 dans une cabane sur le Mont Paekdu – lieu mythique de la fondation de la Corée devenu le foyer de la révolution et de la lutte anti-japonaise. Une étoile serait apparue au firmament et un arc-en-ciel aurait salué la venue au monde de "l'enfant général". Ce mythe apparu au début des années 1980, époque où se mettait officiellement en place la succession du père par le fils.

Une venue au monde sur le Mont Paekdu "légitime" une succession dynastique puisque "l'enfant général" est censé être animé, du fait de sa naissance en ce haut lieu de la guérilla, par "l'esprit révolutionnaire" paternel. Kim Jong-il "a grandi dans des vêtements imprégnés de l'odeur de la poudre", écrit de son fils Kim Il-sung dans ses Mémoires.

DE YURA À JONG-IL

Selon toute vraisemblance, Kim Jong-il est né plus prosaïquement dans le village isolé de Vyatskoïe, à 70 km au nord de Khabarovsk, où son père et un groupe de partisans s'étaient repliés au cours de l'hiver 1940. La date de sa naissance est aussi douteuse­ : il aurait vu le jour un an plus tôt mais la propagande choisit 1942 afin que l'année de sa venue au monde soit un multiple de celle de son père (1912). L'enfant reçut le nom russe de Yura et son frère cadet, celui de Shura.

Ce n'est qu'après le retour de la famille Kim à Pyongyang dans les fourgons des Soviétiques fin 1945 que les deux garçons reçurent des prénoms coréens : Jong-il pour l'aîné et Pyong-il pour le cadet. L'enfance du jeune Jong-il a été troublée par la mort prématurée de sa mère (en 1949), la noyade accidentel de son jeune frère puis le remariage rapide (1951) de son père avec une femme de vingt ans plus jeune et enfin la guerre qu'il passa dans la province chinoise de Jilin. Turbulent et rebelle, il retourna à Pyongyang en 1953 pour étudier au lycée Mangyongdae destiné aux enfants des révolutionnaires puis à l'université Kim Il-sung. Diplômé en 1964, il entra la même année au comité central.

Passionné de cinéma (il a dirigé six films) et féru d'art (auteur des livrets de cinq opéras révolutionnaires), il fera de Pyongyang une ville à la gloire de la Révolution incarnée par son père. Il supervisa la construction du Musée de la Révolution, de la gigantesque statue de bronze de ce dernier et de la tour Juche (170 mètres), érigée pour le 70e anniversaire de Kim Il-sung avec 25 500 blocs de granit blanc (un pour chaque jour de la vie) et il parsema le pays de 35 000 statues du "Grand Dirigeant".

L'ASCENSION DU "COMMANDANT SUPRÊME"

Il y a dans ce déploiement de loyauté une part d'intérêt personnel­ : sans grande réalisation à son actif, Kim Jong-il ne pouvait construire sa légitimité que sur la fidélité au "Père de la Nation". Comme tout enfant en RPDC, il avait été nourri de l'hagiographie paternelle et des vertus confucéennes (telle que la piété filiale) qui mâtinent l'idéologie du régime.

Le processus de succession s'est mis en place au début des années 1970. Kim Jong-il est présenté alors comme "théoricien hors pair" de la doctrine juche (dogme du régime fondé sur l'indépendance et l'autosuffisance). A sa sortie l'université, il avait été affecté au département d'organisation et de propagande du Parti du travail, dirigé alors par son oncle Kim Yong-ju (frère de Kim Il-sung). Il deviendra secrétaire du comité central en 1973 et, l'année suivante, membre du bureau politique. Sa progression est scandée des titres honorifiques pour le désigner sans le nommer ­: "Centre du parti" (1973), "Dirigeant unique" (1975) ; "Cher Dirigeant" (1980) ; "Commandant suprême" (1983)… Premier vice-président de la commission de défense (1990) puis commandant en chef de l'armée (1991), il fut élevé au grade de maréchal (1992).

A partir des années 1980, Kim Jong-il avait pris progressivement en main les affaires de l'Etat dans l'ombre de son père. Les services de renseignements américains et sud-coréens l'accuseront d'avoir ordonné un attentat à Rangoon en 1983 (17 morts parmi les membres du gouvernement de Séoul) et, quatre ans plus tard, contre un appareil de Korea Airlines (117 morts). Les années 1970-80 sont aussi marquées par des enlèvements ­: de Japonais et, en 1977, d'un metteur en scène sud-coréen et de son ex-femme, actrice. Le couple sera traité royalement par Kim Jong-il, qui souhaitait qu'ils contribuent à améliorer la qualité du cinéma nord-coréen. Dix ans plus tard, ils s'échapperont à la faveur d'un voyage en Europe.

Parallèlement à la promotion de Kim Jong-il, arrivent à des postes dirigeants des technocrates et des militaires, enfants eux aussi de la "génération guérilla", c'est-à-dire des partisans ayant combattu les Japonais avec son père. A la mort de celui-ci (1994), la "vieille garde" pesait encore d'un poids important.

Après les trois ans de deuil national, Kim Jong-il devint secrétaire général du Parti du travail (1997) et président de la Commission de défense (1998). Kim Il-sung demeurait "président pour l'éternité". Afin de consolider la continuité fusionnelle entre le père et le fils fut instauré en juillet ­1997 le "calendrier Juche". Ce calendrier remplace le système grégorien en faisant de 1912 – date de naissance de Kim Il-sung – sa première année : 1997 devenant ainsi la "86e année Juche".

L'"ère Kim Jong-il" a été marquée par un changement dans la structure de l'Etat ­: l'armée devint l'épine dorsale du régime, reléguant le Parti au second plan. Aux termes de la nouvelle constitution (1998), la commission de défense nationale, présidée par Kim Jong-il, est l'"organe militaire suprême chargé de la souveraineté de l'Etat". Et l'année suivante, le slogan "Primauté à l'armée" confirme que l'Etat s'est restructuré autour de son appareil militaire.

Inquiet de l'effondrement des régimes en Europe de l'Est, Kim Jong-il a vu en l'armée le rempart à une éventuelle "contre-révolution". Une nouvelle page de l'histoire s'ouvrait­ : d'Etat communiste fondé sur la "dictature du prolétariat", la RPDC devient un Etat sous la tutelle militaire.

ÉCONOMIE MORIBONDE ET FAMINE

Kim Jong-il hérite d'un pays au bord du gouffre. La détérioration de la situation économique avait été accélérée par l'abandon des alliés stratégiques de la RPDC. L'effondrement de l'URSS et la nouvelle orientation économique de la Chine la privent de l'assistance des "pays frères". En raison de l'arrêt des approvisionnements en énergie à coût préférentiel, les industries tournent au ralenti et l'agriculture, privée d'engrais, peine à nourrir la population. Les désastres naturels du milieu des années 1990 porteront le coup de grâce à une économie moribonde ­: une famine ravage le pays entre 1995 et 1998, causant la mort de 600 000 personnes (près de 4 % de la population).

A la fin de la première décennie 2000, la RPDC restait dépendante de l'aide alimentaire internationale et son industrie continuait à stagner en dépit de la relative libéralisation de juillet­ 2002. Loin de s'inscrire dans un processus volontariste "par le haut" à la Deng Xiaoping en Chine, ces réformes entérinaient un état de fait­ : avec l'effondrement du système de distribution publique et la désorganisation de l'Etat au cours de la famine était apparue une économie de facto de marché, que le régime n'avait fait que légaliser.

A peine l'économie commençait-elle à se dégager de l'ornière que s'ouvrait un nouveau front­ : la tension avec les Etats-Unis. Alors qu'à la fin du mandat de Bill Clinton, une détente se dessinait, la confrontation s'installe peu après l'arrivée de l'administration Bush.

CRISE NUCLÉAIRE

Pour essayer de dégager la RPDC de son isolement, Kim Jong-il tenta des ouvertures­ : en direction de la Corée du Sud (sommet intercoréen de juin ­2000) et du Japon afin de normaliser les relations entre les deux pays. Lors de la visite du premier ministre japonais Junichiro Koizumi à Pyongyang en septembre­2002, il reconnut que ses services avaient enlevé des Japonais dans les années 1970-1980 et présenta ses excuses.

Ce processus de détente va tourner court avec le déclenchement en octobre­ 2002 de la crise nucléaire­ : Washington accuse Pyongyang de poursuivre un programme clandestin d'enrichissement d'uranium. Une crise qui met fin à l'accord de 1994 qui gelait la production de plutonium sous la surveillance de l'Agence internationale de l'énergie atomique. En dépit des souffrances subies par la population à la suite des sanctions internationales, Kim Jong-il chercha à rétablir un rapport de force avec les Etats-Unis.

Sortie du traité de non-prolifération en janvier­ 2003, la RPDC reprend ses activités de retraitement. Ce n'est qu'après l'essai nucléaire d'octobre ­2006 que Washington accepte une négociation tenant compte des demandes nord-coréennes. Un accord est signé en février­ 2007 dans le cadre des pourparlers à Six (Chine, deux Corées, Etats-Unis, Japon et Russie). Sa mise en œuvre sera laborieuse. Un nouvel écueil – sur les vérifications de la dénucléarisation – intervenait en septembre­ 2008, alors que les rumeurs commençaient à circuler que Kim Jong-il avait été victime en août d'un accident cardio-vasculaire ».

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