14 janvier 2014 2 14 /01 /janvier /2014 17:41

 

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I- LE VIETNAM DANS LA MONDIALISATION.

 

« Vietnam : croissance économique de 5,4% au 1er trimestre », Agence France Presse - 29 mars 2011.

« Le Vietnam a enregistré une croissance de 5,4% en rythme annuel au premier trimestre 2011, mais le pays doit faire plus d'efforts pour stabiliser son économie, a indiqué mardi le Département général des Statistiques (DGS) local.

Ce chiffre reflète une légère baisse par rapport à celui de 5,83% des trois premiers mois de 2010, année durant laquelle l'économie vietnamienne avait connu une croissance de 6,8%. "En dépit de certains résultats positifs obtenus dans certains secteurs (...), la production et les activités commerciales vont affronter de nombreux défis et difficultés, alors que l'inflation demeure élevée", a averti le DGS dans un rapport officiel.

Le gouvernement s'efforce actuellement de stabiliser l'économie, et notamment l'inflation et le déficit commercial, après avoir longtemps privilégié la croissance. L'inflation a enregistré son taux le plus élevé depuis deux ans en mars à près de 14% et la Banque centrale a annoncé une dévaluation de 9,3% du dong en février, pour la quatrième fois en 14 mois. Le gouvernement a fait de la lutte contre l'inflation sa priorité et il a déclaré que le pays allait suivre "une politique monétaire de rigueur et de prudence" en "réduisant l'investissement public et (...) en maîtrisant le déficit commercial", qui a atteint 12,4 milliards de dollars en 2010.

Sur les trois premiers mois de 2011, le déficit commercial a été en légère baisse, s'établissant à 3,03 milliards de dollars. Certains économistes ont exprimé leur soutien aux premières mesures mises en place par les autorités en faveur d'une politique monétaire plus rigoureuse et d'un contrôle des grands indicateurs de son économie ».

A- Une économie en transition. 

« Du communisme au capitalisme : la longue marche du Vietnam », par J. ALLARD, de l’Université de Sherbrooke, 16-11-2009.

          « On connait surtout le Vietnam parce qu'il a été le théâtre d'une guerre longue de plus de trente ans entre les camps communiste et capitaliste. Les États-Unis, qui s'y sont impliqués à divers niveaux, soutiennent le régime anticommuniste et nationaliste du Sud-Vietnam. Ils se désengagent néanmoins progressivement à partir de 1969, plus particulièrement avec le traité de Paris de 1973, laissant éventuellement la marge de manœuvre nécessaire à une offensive décisive de la part des communistes du Nord-Vietnam. Ces derniers s'emparent finalement du reste du pays en 1975 et procèdent à sa réunification sous le régime du Parti communiste vietnamien (PCV) en juillet 1976.

          L'émoi causé par la victoire est toutefois de courte durée pour les communistes vietnamiens, puisque les années suivantes (1976-1980) sont pour le moins lamentables. Le PCV établit son Plan quinquennal d'après-guerre autour d'objectifs très ambitieux. En réalité, ils sont probablement trop ambitieux pour un pays ravagé par vingt années de guerre totale contre la première puissance militaire du monde. Entre 1976 et 1980, la croissance annuelle moyenne n'est que de 0,4 %, alors que le Plan visait plutôt 13 % à 14 %. L'inflation annuelle frôle quant à elle les 450 % et la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Durant la même période, 1,3 millions de Vietnamiens quittent ce pays exsangue et frappé de surcroît par une catastrophe alimentaire en 1979-1980.

         Devant l'ampleur de la situation, le Vietnam entreprend quelques réformes économiques dès 1979. Cependant, elles ne sont systématisées et annoncées officiellement que sept ans plus tard, lors du VIème congrès du PCV en décembre 1986. Devant l'échec de l'économie planifiée des années précédentes, un important processus de transition économique, baptisé le « Doi moi » (« renouveau »), est mis en branle. Ce nouveau plan a pour objectifs « la libéralisation et la décentralisation économiques », « la restructuration de l'appareil productif » et « l'insertion internationale ». (…)

          Libéralisation progressive de l'économie - En premier lieu, soulignons que l'orientation prise par le Doi moi laisse croire que le Vietnam ne s'est pas appuyé uniquement sur ses propres échecs pour concevoir son plan de transition économique. Le Vietnam lorgnait certainement du coin de l'œil les succès remportés par son imposant voisin, la Chine, qui avait entrepris des réformes vers une économie de marché depuis 1978. De fait, la nouvelle stratégie économique adoptée par le Vietnam est sensiblement la même que celle déjà déployée par la Chine, soit une stratégie de croissance économique axée sur l'augmentation des exportations et caractérisée par une libéralisation progressive de l'économie.

          Le Vietnam libéralise d'abord le secteur agricole en rétablissant la possibilité d'une exploitation des terres sur une base familiale et privée. Du même coup, le gouvernement vietnamien retire graduellement les mesures de rationnement et les subventions qui avaient été introduites lors des pénuries alimentaires des années précédentes. Ces nouveaux incitatifs amènent le secteur agricole à se diversifier et à augmenter rapidement sa production, propulsant le Vietnam rapidement à un état d'autosuffisance, voire même à un rôle d'exportateur important en matière d'alimentation.

           Aussi, un an après le lancement du Doi moi, en décembre 1987, le Vietnam met en place un pilier important de son cadre légal menant à une économie de marché. Il adopte la Loi sur l'investissement direct étranger (Foreign Direct Investment Law, ou FDI Law), laquelle lui sert pendant plusieurs années à attirer des investisseurs en sol vietnamien et l'aide à se forger une place dans le commerce international.

            Croissance et restructuration économiques - Les années 1990 sont également marquées par l'implantation progressive de réformes visant la libéralisation de l'économie. Il s'agit d'une décennie déterminante pour la transition vietnamienne. Elle est caractérisée par un développement économique accéléré et par des mutations structurelles importantes.

            De fait, entre 1992 et 2002, la croissance annuelle moyenne est de 7,4 % pour le PIB et 5,8 % pour le PIB par habitant. Par ailleurs, la répartition des fruits de cette croissance soutenue s'est faite de sorte que le pourcentage de personnes sous le seuil de la pauvreté est passé de 51 % durant les années 1976 à 1980 à moins de 20 % en 2006.

           Puis, toujours entre 1992 et 2002, la dépendance envers le secteur agricole s'est amoindrie au profit d'une expansion des secteurs de l'industrie et des services. Le poids moyen du secteur agricole dans le PIB passe de 41 % entre 1986 et 1991, à 23 % en 2002. Quant aux secteurs de l'industrie et des services, leur poids moyen passe respectivement de 25,1 % et 33,9 % entre 1986 et 1991, à 38,5 % chacun en 2002.

Insistons sur le fait que toutes les mesures de transition ont été introduites avec parcimonie. L'économie vietnamienne est encore à ce jour considérée comme étant en transition, plus de vingt ans après l'introduction du Doi moi. L'État joue encore un rôle dans l'économie, mais ce rôle va en diminuant.

            D'ailleurs, le nombre d'entreprises détenues par l'État a grandement et graduellement diminué avec les années. Il est d'abord passé de 12 000 en 1993 à 5 800 en 2001, puis à environ 3 000 en 2005. Néanmoins, malgré la dénationalisation d'un bon nombre d'entreprises, l'État demeure un détenteur imposant de parts dans l'économie vietnamienne. Désormais il y a en quelque sorte coexistence entre grandes entreprises industrielles d'État et petites unités de production privées. Les firmes privées ont tout de même vu leur nombre croître rapidement jusqu'à atteindre environ 200 000 en 2006. Cette croissance accélérée a été rendue possible notamment par l'adoption en 2 000 de la Loi sur l'entreprise (Enterprise Law), qui offrait un cadre légal rassurant pour le secteur privé.

             Insertion dans l'économie internationale - Parallèlement aux réformes intérieures, le Doi moi met de l'avant un projet d'insertion dans l'économie mondiale, d'abord par l'ouverture aux capitaux étrangers, dont les capitaux occidentaux, puis par l'adhésion à des organisations internationales, notamment à vocation économique. 

            Ainsi, d'une part, la libéralisation du commerce et la promotion des investissements directs étrangers permet à la valeur des exportations vietnamiennes de croître de 21.6 % annuellement sur près de vingt ans, passant de 0.9 milliard de dollars US en 1986 à 36.5 milliards de dollars US en 2005 (en dollars US constants de 2005). D'autre part, en janvier 1995, le Vietnam dépose une candidature d'adhésion à l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Il y adhère finalement en janvier 2007. Durant le processus d'admission, des oppositions sont exprimées à l'effet que le pays s'expose ainsi à une « concurrence internationale exacerbée », particulièrement après l'entrée de la Chine à l'OMC en 2001. D'autres intervenants, partisans de l'adhésion du Vietnam ceux-là, y voient plutôt un « moyen d'accélérer la restructuration économique en cours et, par les multiples opportunités d'échanges qu'elle offrira, de permettre une meilleure contribution du commerce au développement du pays ».

            En bout de ligne, la prudence, la patience et l'audace qui caractérisent la transition économique du Vietnam ont placé ce pays dans une position qui semble vouloir donner raison aux seconds sur les premiers ».

           Voir aussi http://www.cairn.info/revue-economie-internationale-2005-4-page-27.htm

 

Villes et campagnes : Hô-Chi-Minh ville, et la région de Mai Chau à Son la (dans le nord du pays) – Photos personnelles.

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B- Hanoï et Pékin : des relations agitées et complexes.

 

L’exploitation de la bauxite sur les Hauts Plateaux -  Voir l’article de S. PAMBRUN : « Vietnam : la bauxite de la discorde »

        « Le Vietnam est doté des troisièmes plus importantes réserves de bauxite au monde. Cette matière première de l'aluminium est un véritable jackpot pour le gouvernement communiste de Hanoi, qui multiplie les licences d'exploitation au plus grand mépris des conséquences pour l'environnement.

           Le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung en a fait une priorité nationale. Objectif : attirer plus de 15 milliards de dollars d’investissements étrangers d’ici 2025 dans l’exploitation de mines de bauxite et de raffineries d’aluminium. Une volonté politique qui provoque une véritable levée de boucliers à travers tout le Vietnam, notamment depuis l’affaire des boues rouges toxiques de l’usine d’aluminium qui a contaminé des villages entiers de Hongrie l’année dernière. Une affaire qui a relancé la fronde contre les projets du gouvernement de transformer les hauts plateaux vietnamiens en mines à ciel ouvert. Car l’essentiel des réserves du Vietnam est enfoui dans cette région unique, à l’écosystème fragile, où pousse le café et vivent quelques minorités ethniques. Des régions jusque-là épargnées par la course au développement et qui servent de réservoir au Mékong.

05            Boues rouges toxiques - « L’ouverture de la première mine à Tan Rai est déjà inquiétante, nous explique l’un des opposants au projet. C’est une région plutôt sèche et les planteurs utilisent l’eau d’un lac pour irriguer les théiers et les caféiers. Ce lac pourrait être transformé en réservoir de boues rouges ». Connus depuis des décennies, les gisements des Hauts Plateaux sont d’excellente qualité. Ils se trouvent dans les provinces de Dak Nong et de Lam Dong. Ressorti des tiroirs au début des années 80, le projet d’exploitation a été plusieurs fois reporté. D’un côté, l’investissement global est très élevé, plus de 15 milliards de dollars sur 15 ans, et la rentabilité dépend de la grande volatilité des prix sur le marché international. De l’autre, l’exploitation de la bauxite est un véritable casse-tête écologique. Les mines sont à ciel ouvert et le traitement du minerai produit, en grandes quantités, des « boues rouges » très toxiques, qu’il faut emmagasiner afin de protéger les sols et les cours d’eau. Des boues qui contiennent 70% d’hydroxyde de sodium et qui ont déjà fait des dégâts considérables en Hongrie et en Inde. Les polluants imprègnent les nappes phréatiques et les poussières de bauxite polluent l’air. L’alumine est en effet extraite de la bauxite via un processus chimique puis transformée en aluminium. On estime que chaque tonne d’alumine génère ainsi trois tonnes de déchets !

            Après avoir longtemps hésité, les autorités vietnamiennes ont cependant franchi le pas en 2007, en signant un accord de coopération avec le géant chinois de l’aluminium, Chinalco. La participation des Chinois à l’exploitation des gisements a donné une nouvelle dimension au débat. Pékin a en effet fermé ses propres mines en raison des dommages causés à l’environnement. « On s’attend à l’arrivée de plus de 10 000 Chinois dans cette région, explique Thich Quang Do, l’un des chefs de file de cette opposition anti-bauxite. Des villages entiers de mineurs vont pousser comme des champignons et il ne faut pas compter sur les Chinois pour protéger notre environnement ». Une opposition qui vire au nationalisme antichinois dans ce pays colonisé pendant 1000 ans par l’Empire du Milieu et marqué par une guerre sanglante en 1979. Les plaies restent très vives et les préoccupations environnementales se mêlent désormais aux considérations patriotiques.

06            "Irresponsabilité du régime" - Depuis plusieurs mois, la fronde est générale au Vietnam. Intellectuels, scientifiques, militaires et même leaders religieux dénoncent « l’irresponsabilité du régime ». Le dernier à être monté au créneau est le général Giap. Le plus grand héros militaire du pays et dernier camarade toujours en vie de Ho Chi Minh, le père de la nation. Il parle d’« aberration nationale et environnementale. Nos dirigeants font une immense erreur », estime le vainqueur de Diên Biên Phu.

Mais pour l’heure, le gouvernement maintient le projet. Le site devrait produire plus de 1,2 million de tonnes d’aluminium par an, employer plus de 2000 personnes, et faire du Vietnam l’un des principaux producteurs au monde. Le Premier ministre a bien commandité dans l’urgence une étude environnementale sur le projet minier. Mais nul doute que ces conclusions risquent d’être biaisées. « Le Vietnam se lance dans l’exploitation de ses ressources minières et en fait une priorité, confirme Dominic Scriven, directeur du Fonds d’investissement Dragon Capital, spécialisé dans le secteur minier au Vietnam. Le pays a d’importantes réserves minérales. Il y a bien sur la bauxite, mais aussi le fer, le cuivre, l’or ou le zinc. Jusque-là, elles ont été peu exploitées, mais le gouvernement semble vouloir investir massivement dans ce secteur ». Des enjeux financiers considérables et qui laissent peu de place aux arguments environnementaux ».

http://www.novethic.fr/novethic/planete/environnement/pollution/vietnam_bauxite_discorde/133155.jsp

 

« L’ogre chinois n’est pas le bienvenu », par Anh Le Tran, professeur d’économie au Lasell College (Massachusetts), 06.07.2009.

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         « La défiance des Vietnamiens à l’égard du voisin du nord est ancienne. Mais les récentes tentatives de celui-ci pour étendre sa sphère d’influence attisent les inquiétudes.

          S’il existe un sentiment commun aux Vietnamiens de tous horizons, qu’ils vivent au pays ou à l’étranger, c’est sans aucun doute la méfiance envers la Chine. Depuis des temps immémoriaux, pour tout ce qui touche à la sécurité nationale, ils observent avec attention le grand voisin du nord. Même s’ils sont extrêmement fiers de leurs victoires contre les envahisseurs étrangers tout au long de leur histoire, le souvenir de mille ans de domination chinoise demeure suffisamment douloureux pour qu’ils restent constamment sur leurs gardes. Et, sur trois points, l’évolution récente de la situation les incite à redoubler de vigilance. En premier lieu, la participation chinoise au projet d’exploitation de mines de bauxite [servant à la fabrication d’aluminium] dans les provinces de Lam Dong et de Dak Nong [cette dernière abritant à elle seule 3,4 des 5,5 milliards de tonnes des réserves du pays], sur les hauts plateaux du centre, provoque une levée de boucliers depuis quelques mois. La liste des intentions cachées des Chinois est longue, allant de la dégradation de l’environnement à la mise en péril de la sécurité nationale. Le phénomène est sans précédent et montre le fossé qui se creuse entre la population et le gouvernement sur la question des investissements chinois. Un simple coup d’œil sur la manière dont les entreprises chinoises réalisent leurs grands projets au Vietnam permet de comprendre cette réaction. Pour construire les énormes centrales électriques, cimenteries, sites miniers et usines chimiques au Vietnam, ces sociétés font venir leur propre personnel au lieu de procéder à des embauches locales. Il s’agit pour la plupart d’ouvriers non qualifiés, interdits de travail au Vietnam en vertu de la législation en vigueur. Les médias populaires ont récemment fait état d’un afflux de main-d’œuvre chinoise dans les projets à capitaux chinois, certains sites accueillant plus de 2 000 travailleurs. Pour l’opinion, une telle politique se fait non seulement au détriment de l’emploi local, mais elle met également en danger la sécurité du pays et de la population. Qui plus est, comme le soulignent des observateurs vietnamiens, le transfert de technologies déjà anciennes et peu respectueuses de l’environnement dans beaucoup de ces projets fait craindre que leur pays ne devienne une poubelle pour déchets industriels. A cet égard, le fait que les firmes chinoises remportent un nombre croissant d’appels d’offres portant sur de gros projets dans des secteurs clés et sur l’ensemble du territoire national n’est pas de nature à dissiper les craintes.

           En second lieu, les relations économiques avec la Chine en général tournent par certains aspects au désavantage de l’économie locale. Depuis 2001, les échanges commerciaux avec la Chine sont constamment dans le rouge. En 2008, le déficit commercial annuel avec ce pays a atteint un niveau ahurissant, soit 11 milliards de dollars [7,8 milliards d’euros], environ 12 % du produit intérieur brut. Ce chiffre colossal pèse non seulement sur la balance des paiements courants, mais il met aussi les entreprises vietnamiennes compétitives en difficulté, car nombre de biens importés de Chine pourraient être fabriqués sur place. Les articles chinois à prix cassé inondent le marché vietnamien. Dans des pays comme les Etats-Unis ou l’Inde, une telle invasion aurait donné lieu à une myriade d’enquêtes sur des pratiques comme le dumping. Mais le gouvernement vietnamien, pour des raisons politiques et de moyens légaux, ne s’est pas risqué à répondre aux préoccupations grandissantes des milieux d’affaires locaux.
            Enfin, les revendications territoriales des deux pays à propos des îles Paracel et Spratly, en mer de Chine méridionale (que les Vietnamiens appellent mer de l’Est), se sont intensifiées. Fin 2007 et début 2008, le gouvernement vietnamien, soucieux d’éviter toute crise diplomatique avec Pékin, s’est efforcé d’étouffer la colère de la population face aux prétentions chinoises sur ces territoires. Mais, les Chinois se montrant de plus en plus résolus, il encourage désormais la recherche de preuves historiques et juridiques propres à étayer ses revendications. Dans ce contexte de litige territorial, le renforcement des capacités militaires chinoises dans la mer de Chine méridionale, avec par exemple la construction présumée d’une base secrète de sous-marins nucléaires sur l’île de Hainan, suscite de vives inquiétudes chez de nombreux Vietnamiens. Ce pourrait être en réaction à ces projets chinois que Hanoi s’est récemment porté acquéreur, paraît-il, de six sous-marins russes pour un montant de 1,8 milliard de dollars. Mais, compte tenu de ses ressources économiques limitées, le Vietnam n’entend certainement pas s’engager dans une course aux armements avec la Chine. Il ne peut cependant pas non plus rester les bras croisés et regarder la marine chinoise continuer de prendre ses aises dans la région ».

http://www.courrierinternational.com/article/2009/07/06/l-ogre-chinois-n-est-pas-le-bienvenu

  

C- Vietnam et etats-unis : entre renforcement des relations et ombres du passé.

« Les Etats-Unis s'engagent à approfondir leurs relations avec le Vietnam », 1/01/11.

           « L'Administration du président Barack Obama s'engage à approfondir ses relations avec le Vietnam comme avec d'autres pays émergents de la région Asie-Pacifique, a affirmé l'assistant du secrétaire d'Etat américain chargé des questions de l'Asie de l'Est et du Pacifique, Kurt M. Campbell, lors d'une séance de travail jeudi au Congrès américain.

            Le Vietnam est un des partenaires de plus en plus important des Etats-Unis dans cette région, avec l'Indonésie, la Malaisie, la Mongolie, la Nouvelle-Zélande, Singapour et l'Inde, a estimé M. Campbell. Il est également l'un des huit parties à négocier avec les Etats-Unis l'Accord de partenariat économique stratégique trans-pacifique (TPP).

            M. Campbell a rappelé que lors de sa visite au Vietnam en 2010, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton et le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung ont convenu que les relations entre le Vietnam et les Etats-Unis sont destinées à être portées à celles de partenariat stratégique.

            Les Etats-Unis s'engagent également à renforcer leur participation au sein des organisations internationales et régionales concernant l'Asie-Pacifique que sont le Forum de coopération économique d'Asie-Pacifique (APEC), l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN), le Forum régional de l'ASEAN (ARF), la Conférence des ministres de la Défense de l'ASEAN élargie (ADMM+), le Sommet d'Asie de l'Est (EAS), ainsi que le Forum des îles du Pacifique (PIF).

            Selon M. Campbell, le président Obama va participer cette année à l'EAS en Indonésie qui sera consacré à l'amélioration de la sécurité en mer dans la région, à celle des capacités des pays en terme de résilience aux catastrophes naturelles et humanitaires, ainsi qu'à la non-prolifération des armes nucléaires.

En outre, les Etats-Unis travailleront avec l'ASEAN pour définir les mesures à prendre, ce qui aidera cette association régionale à mettre en oeuvre son Plan d'action. Le président Obama co-présidera également le Sommet Etats-Unis-ASEAN. –AVI »

http://fr.vietnamplus.vn/Home/Les-EtatsUnis-sengagent-a-approfondir-leurs-relations-avec-le-Vietnam/20114/14916.vnplus

 

■ « Vers un nettoyage de l’agent orange au Vietnam », par Lidia Falcucci, 23 juin 2010, Le Monde diplomatique.

B         « 300 millions de dollars : c’est le coût estimé du nettoyage des nombreux sites encore contaminés par l’agent orange, cet herbicide hautement toxique déversé sur le Vietnam par l’armée américaine au plus fort de la guerre (1953-1975). Dans un rapport rendu public le 16 juin, le groupe bilatéral vietnamo-américain créé pour trouver un arrangement sur le sujet, dans le cadre d’une normalisation des relations entre les deux pays rappelle que, de 1961 à 1971 l’armée américaine a répandu 75 millions de litres du produit chimique sur un quart de la surface du Sud-Vietnam, affectant 400 000 hectares de terrain agricole. Près de trois millions de Vietnamiens en subissent encore les séquelles, et, depuis trente-cinq ans, n’ont reçu aucun dédommagement.

           En 1984, les vétérans américains touchés par l’agent orange avaient déjà conclu un accord, dans le cadre d’un procès contre les fabricants de ce produit : en échange de l’arrêt des poursuites, Monsanto et six autres entreprises — Dow Chemical, Thompson, Diamond, Hercules, T-H Agricultural & Nutrition Company et Uniroyal — avaient versé la somme de 180 millions de dollars à un fond de compensation. CWashington a longtemps traîné des pieds, prétextant que les données scientifiques impliquant l’agent orange dans l’explosion des malformations congénitales étaient insuffisantes. Responsables de cette guerre chimique, les Etats-Unis s’exemptent de toutes poursuites internationales concernant des actes commis en temps de guerre.

            Défoliant composé d’agents nocifs et puissants tels que la dioxine, son composant principal, l’agent orange trouble les fonctions immunitaires, hormonales et reproductives. Il est responsable de cancers (poumons et prostate), de maladies de la peau, du cerveau et du système nerveux, de problèmes respiratoires et circulatoires, de cécité et de diverses anomalies survenant à la naissance. Molécule très stable, la dioxine reste présente dans l’environnement, et continue à empoisonner l’agriculture et les générations de vietnamiens nés après la guerre ».

http://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2010-06-23-agent-orange

 

■ Sur le sujet, voir aussi l’article suivant : « Au Vietnam, l’agent orange tue encore », par Francis Gendreau, janvier 2006, Le Monde diplomatique.

http://www.monde-diplomatique.fr/2006/01/GENDREAU/13085

 

■ Pour lire un article du mois d'août 2012 sur la décontamination du site de Datang, cliquet ici

  

II- SOCIETE ET POUVOIRS : REFORMES ET ADAPTATIONS.

A- Une population jeune.

■ Evolution de la population de 1960 à 2008.

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       ■ Evolution de la mortalité infantile depuis 1975.        

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       ■ Evolution de la fécondité depuis les années 1960.

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       ■ Structure par âge de la population.

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■ La démographie du Vietnam «  se caractérise par une population jeune et féminine, une forte diversité ethnique et un regroupement de la population dans les plaines littorales, principalement les deltas du fleuve Rouge et du Mékong. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à 1954, la population a crû chaque année de 1,5 %, puis de 4 % de 1954 à 1960. De 1960 à 1975, la hausse s'est stabilisée à 3 % avant de retomber à 2,2 % jusque dans les années 1990. Depuis lors, la croissance annuelle de la population s'établit à 1 %. Ces taux élevés n'ont été égalés, dans l'Asie du Sud-Est, que par les autres pays de la péninsule indochinoise, le Cambodge et le Laos. Ils ont conduit à un doublement de la population en 32 ans. Ils s'expliquent par un recul constant de la mortalité depuis 1945, jusqu'à atteindre les 7 ‰ actuelle — avec toutefois d'importantes disparités selon les ethnies — et en particulier une mortalité infantile relativement faible par rapport aux autres pays asiatiques. Parallèlement, les taux de fécondité et de natalité se sont maintenus à des niveaux élevés jusque dans les années 1970, respectivement à hauteur de 6 naissances par femme et de 40 ‰. Passée cette date, la natalité a subi un repli constant jusqu'à atteindre les 18 ‰ actuels. Le Viêt Nam a donc achevé sa transition démographique ».

http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mographie_du_Vi%C3%AAt_Nam

 

■ Embouteillage de vélos et de motos à Hanoï et à Hô-Chi-Minh-ville :  

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B- L’évolution des institutions.   

■ Les institutions : « Le Vietnam est officiellement une république socialiste. Un seul Parti est autorisé, le Parti communiste vietnamien qui contrôle toutes les institutions politiques du pays.

            L'article 4 de la constitution de 2001 stipule : « Le Parti communiste du Vietnam, détachement d'avant-garde de la classe ouvrière, représentant fidèle des intérêts de la classe ouvrière, du peuple travailleur et de toute la nation, adepte du marxisme-léninisme et de la pensée de Ho Chi Minh, est la force dirigeante de l'État et de la société ». Le préambule de la constitution entend institutionnaliser « la relation entre le Parti communiste qui dirige, le peuple qui maîtrise et l'État qui administre ».

            L'organe suprême de l'État est l'Assemblée nationale vietnamienne renouvelée tous les cinq ans. Celle-ci est élue au suffrage indirect par tous les vietnamiens âgés de plus de 18 ans. Par ailleurs, l'Assemblée Populaire élit le Président de l’État vietnamien au rôle symbolique et le Premier Ministre et son Gouvernement. Ils sont les deuxième et troisième personnage de l'État.

            En effet, au Vietnam, le premier personnage de l'État est le Secrétaire Général du Parti communiste vietnamien.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Politique_du_Vi%C3%AAt_Nam

 

■ Affiches pour le 80ème anniversaire du Parti Communiste. Photos prises en avril 2010 à Hanoï.

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 Témoignage de l'ancien colonel Bui Tin à propos de Dien Bien Phu :

           « Il y a 50 ans, à l'issue d'une sanglante et coûteuse bataille qui dura près de deux mois, les Vietnamiens infligeaient aux Français une cinglante défaite dans un trou perdu à la frontière du Laos : Diên Biên Phu. En avril 1954, j'ai servi là-bas pendant trois semaines, à la tête d'un groupe de vingt officiers subalternes qui avaient pour mission de remplacer ceux qui étaient tombés. De ces vingt hommes, seuls trois ont survécu. Quand je repense à cette victoire, je ressens une profonde tristesse face au secret qui entoure encore aujourd'hui nos pertes militaires. Cinquante ans après, les pertes vietnamiennes à Diên Biên Phu restent difficiles à évaluer. Je me souviens que, durant la bataille, nous respections l'ordre du général Giap de ne pas indiquer dans nos rapports le nombre de blessés. Le silence devait être total. C'était la discipline. Les textes officiels des autorités vietnamiennes citent aujourd'hui le chiffre de 10.000 hommes tués dans les combats. D'après moi, il faudrait plutôt parler de 12.000 à 15.000 morts et d'un nombre comparable de soldats grièvement blessés. Je repense également aux quelque 3000 prisonniers français qui sont morts dans nos camps entre le 7 mai et la mi-septembre 1954, soumis à des marches forcées, pieds nus sur des sentiers de boue et de cailloux. Il est aujourd'hui presque impossible de rejeter sur qui que ce soit la faute de ce drame historique. C'était la conséquence naturelle, inévitable d'une vision du monde fermée pour laquelle il était seulement question de lutte des classes et de l'impitoyable dictature du prolétariat, où des mots comme "humanisme", "humanité", voire "vie", avaient un sens tout autre que celui que nous leur attribuons habituellement. Je me demande souvent s'il était vraiment nécessaire que nous endurions ces terribles sacrifices pour acquérir notre indépendance nationale. Plus le temps passe, plus j'en doute. Nous nous sommes battus sous la bannière de l'indépendance, mais, en réalité, la bataille de Diên Biên Phu fut avant tout considérée et saluée par les dirigeants du Parti communiste vietnamien comme une formidable conquête de l'empire communiste. Cette victoire assouvissait leur soif de pouvoir et de territoire ; ils étaient fiers que le Vietnam soit devenu un pion sur l'échiquier mondial sous l'étiquette de "démocratie populaire" - un type de régime inventé par Joseph Staline, qui n'était ni populaire ni démocratique -, poste avancé du communisme dans le monde de la guerre froide. Aujourd'hui, l'empire communiste a disparu, mais le Vietnam n'a pas encore pleinement retrouvé son indépendance, toujours prisonnier de cette doctrine étrangère. L'indépendance marche main dans la main avec la liberté et le bonheur, nous enseignait Hô Chi Minh - du moins, en théorie. Dans le monde où nous vivons, une indépendance nationale authentique doit s'accompagner de valeurs démocratiques et de libertés fondamentales qui sont les jalons de la dignité humaine. Tout le contraire de la situation actuelle au Vietnam, où la liberté de la presse, la liberté d'expression et de culte, le droit de vote sont jugés subversifs. C'était pourtant pour ces libertés que nous nous sommes battus à Diên Biên Phu et, cinquante ans plus tard, cette idée hante toujours nos esprits. A cette date anniversaire, je repense au destin tragique des véritables héros de la bataille (…). La seule façon d'honorer la mémoire de ceux qui sont tombés à Diên Biên Phu est d'œuvrer à la démocratisation du Vietnam et à son intégration au sein de la communauté internationale des démocraties ».







4 juin 2013 2 04 /06 /juin /2013 09:42

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Introduction : Histoire de la Birmanie (jusqu’en 1962).

http://www.cosmovisions.com/ChronoBirmanie.htm

 

Fermée du côté du Nord par de hautes montagnes, la Birmaniequi ne s'ouvre qu'au Midi vers la mer, a reçu par là les influences qui ont forgé sa civilisation, et a subi le contre-coup des révolutions qui ont remué l'Inde. C'est de l'île de Ceylan (Sri Lanka) que vinrent les missionnaires bouddhistes  qui convertirent au VIe siècle les populations birmanes, et des relations suivies subsistèrent entre l'Inde méridionale et la Birmanie. Le pali devint la langue sacrée du pays, et c'est l'art hindou qu'imitèrent les architectes et les sculpteurs. 

Le royaume d'Ava -
 Les Birmans furent un peuple militaire et conquérant, et leur histoire, jusqu'au moment où ils entrèrent en conflit avec les Européens, est une longue suite de guerres et de révolutions. Il y eut d'abord dans le bassin supérieur de l'lraouaddy de petits Etats qui se réunirent les villes de Tagoung (au Nord-Est d'Ava) puis de Bagan (au Sud d'Ava) furent les premières capitales du royaume birman. En 1364 fut fondée la ville d'Ava (Innwa) qui resta la métropole jusqu'en 1783. Elle donna son nom à l'empire, et tous les voyageurs européens des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles ont parlé de la Birmanie en l'appelant le royaume d'Ava.

Longtemps cet Etat resta confiné dans les hautes vallées du Nord. Au XVIe siècleseulement il s'étendit jusqu'à la mer par la conquête du Pégou. Mais, vers 1710, les Pégouans se soulevèrent, chassèrent les envahisseurs et pénétrèrent même dans le pays birman. Ava fut prise par eux en 1752. Leur domination ne dura pas. En 1754, un Birman de la famille royale, Alom-Prâ, affranchissait ses compatriotes et envahissait à son tour le Pégou. En 1756 il détruisit le port de Siriam, où étaient établis les comptoirs des Européens, et prit Pégou en 1757. Dans cette guerre les Birmans acquirent une réputation de courage et de férocité qu'ils gardèrent longtemps auprès des nations européennes. Maître de tout le pays, Alom-Prâ continua la guerre contre les Siamois qui avaient secouru les Pégouans, et mourut en pleine victoire en 1760. A partir de ce règne, la domination birmane s'étend sans cesse dans l'Indochine occidentale. En 1769 le successeur d'Alom-Prâ détruit près de Bhamo l'armée chinoise qui avait envahi la Birmanie, et les conquêtes se succèdent. L'Arakan, le Tenasserim et Tavoy, deviennent provinces birmanes. Les Birmans dominent dans le Munnipour et dans l'Assam.

L'arrivée des Européens - Amarapoura succède alors à Ava comme capitale (1783-1819). Mais la Birmanie allait se heurter dans son développement à une puissance européenne. C'est au XVe siècleque la relation du Vénitien Nicolo di Conti fit connaître la Birmanie à l'Europe (1444). Mais les voyageurs du XVIe sièclene virent guère que le Pégou. En somme, c'est à la fin du XVIIe siècleseulement que le royaume d'Ava entra en relations régulières avec les puissances européennes. Les diverses compagnies des Indes faisaient le commerce à Siriam, et les Anglais, qui avaient obtenu en 1687 la permission de s'établir au cap Negrais, envoyèrent en 1695 deux de leurs commis à la cour d'Ava. Cette première mission, et une seconde en 1709, ne leur procurèrent aucun nouvel avantage, et la situation des Européens au Pégou sous la domination birmane, resta précaire et mal assurée. Le soulèvement du Pégou et les révolutions qui se succédèrent de 1740 à 1756 vinrent donner aux puissances européennes qui se disputaient l'Inde l'occasion d'intervenir et l'espérance de s'établir dans le pays. 

Dupleix envoya un agent qui fut massacré en 1756. De son côté, la Compagnie anglaise offrait ses services au roi d'Ava. Elle lui envoya en 1755 l'agent Baker. Alom-Prâ permit aux Anglais d'installer un comptoir à Basséïn, mais il ne leur fut guère favorable, car c'est sous son règne que l'établissement du cap Negrais fut détruit et sa garnison massacrée (1759). Sous ses successeurs, tandis que la domination anglaise s'étendait dans l'Inde, les Français cherchèrent à se rapprocher des rois d'Ava. En 1770 l'agent Féraud fut envoyé de Pondichéry en Birmanie; il ne reçut que des promesses et l'établissement qu'on avait projeté ne fut pas formé. En 1783 le gouvernement de Louis XVI fit une nouvelle tentative : il envoya au roi d'Ava un officier de marine, Geslin, dont la mission n'eut pas plus de résultat, il y avait cependant des relations amicales entre Ava et Pondichéry, et les gouverneurs français fournissaient des armes aux Birmans, qu'inquiétaient les progrès de l'Angleterre. Là, comme dans le reste de l'Inde, en effet, l'influence britannique allait supplanter les Français. En 1795, redoutant une invasion birmane sur le territoire de Chittagong, la Compagnie anglaise envoya en ambassade à la cour d'Ava le colonel Symes. La relation qu'il a laissée est le premier document de valeur qu'on ait eu sur la Birmanie. Il y joignit une carte, dressée par ses compagnons, Hood et Buchanan. On ne possédait encore sur la Birmanie que la carte du cours de l'lraouaddy tracée par Baker, lors de la mission de 1755-1756. 

Les guerres anglo-birmanes - A partir de 1795 les ambassades se succèdent : elles affermissent l'influence anglaise, et en même temps font connaître le pays. Mais les relations pacifiques ne pouvaient pas durer. A la suite de troubles à la frontière d'Arakan, la guerre éclata entre la Compagnie anglaise et la Birmanie en janvier 1824. Les Birmans furent vaincus malgré une résistance très sérieuse. Par le traité de Yeudabô ils durent céder l'Arakan et le Tenasserim, et payer 100 Iaks de roupies (1826). La Birmanie était dès lors ouverte. Le major Crawfurd fut envoyé à Ava pour y négocier un traité de commerce (1826-1827) et la Compagnie établit comme résident à Ava le capitaine Burney (1829-1832). Ces missions contribuèrent à faire connaître la contrée. La partie orientale de la Birmanie fut explorée par le voyageur Richardson, et une série d'itinéraires furent tracés. En 1835 le capitaine Hanuay pénétrait jusqu'à Bhamo. Le résultat de ces explorations fut la grande carte de Pemberton publiée à Calcutta en 1838.

Une seconde guerre, en 1852, mit la Birmanie à la discrétion des Anglais. Le roi vaincu ne voulut signer aucun traité, et les Anglais annexèrent purement et simplement le Pégou et le Martaban (1854) : ils en firent une nouvelle province indienne, la Birmanie britannique (British Burmah) et la frontière fut formée par le 19° 27' de latitude Nord. C'est alors que fut envoyé en mission à Ava le capitaine Yule dont la remarquable relation a complété celle de Symes (1858). Ainsi mutilé, séparé de la mer par les possessions anglaises, resserré dans la haute vallée de  l'Iraouaddy, le royaume birman était à la merci de l'Angleterre. L'annexion totale pouvait être prévue, le jour où les Anglais auraient intérêt à devenir les maîtres de tout le cours du fleuve. C'est ce qui arriva lorsqu'on crut trouver dans la vallée de l'Iraouaddy une route facile pour communiquer avec la Chine. De ce côté, en effet, se dirigent à partir de 1868environ, les explorations européennes dans l'Indochine. Ce que les Français cherchaient dans les vallées du Mékong ou du fleuve Rouge, la route vers les riches plateaux du Yun-nan, et par là vers l'intérieur de la Chine, les Anglais la cherchèrent naturellement par l'Iraouaddy. Ce fleuve devait, à ce qu'il semblait, ouvrir la voie la plus courte et la plus rapide vers le bassin du Yang-tse-Kiang. Dès 1860 les chambres de commerce des grandes villes anglaises demandaient qu'on fît des recherches de ce côté.

Une série d'expéditions prirent Bhamo pour point de départ, afin d'atteindre la Chine centrale par la vallée du Tapeng et le Yun-nan. La première fut celle de Sladen en 1868, puis celle d'Anderson en 1871. En 1876 la mission Brown fut arrêtée dans sa marche par le meurtre de l'interprète Margary, au milieu des populations hostiles du Nord. Les missions de Gill en 1877, de Colqhoun en 1881 montrèrent que s'il était possible de traverser les montagnes et d'atteindre la Chine orientale à force de temps et de patience, il serait difficile de créer entre la Birmanie et la Chine une véritable voie commerciale. D'autres explorations, par la vallée du Salouen, ne donnèrent pas des résultats plus pratiques. (Cette voie de communication, connue sous le nom de Route de Birmanie et longue de 1100 km, finira cependant par exister entre la Birmanie et la ville chinoise de Kunming. Elle jouera un rôle essentiel dans le ravitaillement des Chinois lors de la guerre qui les opposera au Japon entre 1937 et 1945,  et elle est encore aujourd'hui une voie commerciale importante entre la Chine et l'Océan indien).

L'annexion par l'Angleterre -  
L'importance que des explorations menées par les Anglais donnaient à la haute vallée de l'Iraouaddy hâtèrent l'annexion de la Birmanie. Déjà, en 1879, lors de l'avènement du roi Thibô, les Anglais avaient cherché des prétextes d'intervention. L'occupation du Tonkin par les Français, en donnant pour voisine aux Birmans une puissance européenne, fut sans doute la véritable raison qui décida l'invasion du pays par les Anglais. Une ambassade birmane était venue à Paris, où l'on songeait à ouvrir entre la nouvelle possession française et Mandalay une route commerciale à travers les Etats Chans. En 1885 l'occupation de la Birmanie fut décidée; le roi Thibô fut arrêté et interné à Madras, et les troupes anglaises entrèrent à Mandalay sans rencontrer de grande résistance. C'est après coup que la Birmanie se souleva : des bandes de partisans, les Dacoïts, firent aux Anglais une guerre de détail, fatigante et même dangereuse, et les forcèrent à entretenir dans le pays un effectif de troupes considérable. L'écrasement de la résistance prit plusieurs années. La Birmanie ne fut pas officiellement annexée par l'Angleterre; elle était seulement occupée, mais en réalité l'empire anglo-indien comptait dès cette époque une grande province de plus. 

Carte de la Birmanie en 1900

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La Birmanie au XXe siècle -  
La Birmanie a accompagné dès le début le mouvement indépendantiste né en Inde (Gandhi, Jinnah, etc.) et peut ainsi bénéficier des réformes concédées par les Britanniques en Inde 1917 (système de la dyarchie). En 1923, le Royaume-Uni confère même à la Birmanie une statut distinct, et la dote d'un gouvernement dont l'autonomie est renforcée en 1935  par leGovernment of Burma Act. En 1937, la Birmanie devient une colonie de la Couronne à part entière. Pendant la Seconde Guerre mondiale, en 1942, les troupes japonaises envahissent la Birmanie. Une indépendance de pure forme est proclamée en 1943, par la voix du dictateur Ba Maw. Les Britanniques reprennent pied dans leur colonie à la fin de conflit  (janvier-août 1945), mais seulement pour préparer l'indépendance qui est obtenue officiellement le 4 janvier 1948.

Les « seize mille problèmes » de l'indépendance - Après une brève période de troubles, au cours de laquelle la principale figure de l'indépendance, Aung San, a été assassiné, une démocratie parlementaire est instaurée sur la base de deux chambres qui élisent pour cinq ans un chef de l'Etat, le pouvoir exécutif étant entre les mains du premier ministre. Le premier président sera ainsi Sao Shawe Thaike, et le premier premier ministre U Nu, l'ancien ministre des affaires étrangères de Ba Maw. Une réforme agraire,  une nationalisation du sol et du commerce du riz donnent au nouveau régime une coloration socialiste modérée, mais la Birmanie, qui par ailleurs a toujours ménagé de bonnes relations avec la Chine populaire, affiche sa neutralité au niveau international. U Nu sera ainsi, avec Nehru, Tito et Nasser, un des fondateurs du mouvement des « Non-Alignés  » .

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Biographie d’Aung San : cliquer ici

L'entrée réussie de la jeune république dans la communauté internationale ne l'empêche pas d'être bientôt confrontée à de nombreux problèmes intérieurs. Il apparaît vite au sein de la classe politique des divergences profondes sur la constitution même du pays, qui opposent unitaireset fédéralistes, sur fond de revendications séparatistes (de la part de la population Karen notamment); l'armée se montre déjà très inquiète de ces velléités centrifuges; de plus la volonté exprimée par U Nu, reconduit pour un nouveau mandat en 1960, de placer le bouddhisme sous le contrôle de l'Etat provoque la colère du clergé. A la fin de 1961, U Nu, évoquera les « seize mille problèmes » du pays. Le plus grave de ces problèmes frappe la Birmanie dans la nuit du 1er au 2 mars 1962, quand un coup d'Etat militaire  renverse le régime démocratique.  Le pouvoir passe alors entre les mains du chef de la junte, le général Ne Win. 

 

I- La dictature militaire : entre répression et quête de légitimité.

 

La dictature de Ne Win.

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Ne Win a dirigé le pays entre 1962 et 1988. Sa dictature  comprend trois périodes : d'abord sous le régime de la loi martiale (suspension de la constitution, dissolution du parlement, mesures xénophobes diverses); ensuite, à partir de 1974, après s'être s'auto-proclamé président, il s'appuie sur un parti unique marxisant (le Parti du programme socialiste birman); et enfin, à partir de 1981, en tant que président du parti unique, il reste l'homme fort du pays.

Dès 1975, apparaît une force d'opposition, la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), qui s'appuie sur les mouvements insurrectionnels qui ont germé à travers le pays. L'ancien premier ministre U Nu, un temps exilé, en deviendra un des coordinateurs en 1980. Mais c'est seulement à partir de 1987, après une dévaluation de la monnaie qui provoque des émeutes anti-gouvernementales, que le mouvement prend de la force.

Biographie de Ne Win : cliquer ici

Les événements de 1988.

De nouvelles émeutes, en 1988 sont durement réprimées. Des milliers (3000?) de manifestants sont tués par l'armée. Une nouvelle structure est formée par la junte militaire, dont le général Saw Maung, prend la tête, le Slorc (State Law and Order Restoration Council ou Comité d'Etat pour la restauration de la loi et de l'ordre).

Le Slorc restaure la loi martiale l'année suivante, et décide l'arrestation de milliers de personnes. Cette même année, les autorités militaires décident unilatéralement de changer le nom de la Birmanie, en lui donnant celui Myanmar; Rangoun, devenant Yangon. Un changement qui n'est pas reconnu partout. Le Slorc lui-même se donne désormais le nom de Conseil d'Etat pour la paix et le développement (SPDC).

Plus d’explications sur le coup d’Etat de 1988 : cliquez ici.

06La junte accepte finalement la tenue d'élections pluralistes en 1990. Elles donnent une large victoire au principal parti d'opposition, la NLD, mais la junte refuse de céder sa place. La dirigeante la plus connue de la NLD (fille du Aung San, et prix Nobel de la paix en 1991) Aung San Suu Kyi, qui avait déjà été assignée à résidence de 1989à 1995 et de 2000 à 2002, est incacérée en mai 2003et un peu plus tard replacée en résidence surveillée. En février 2006, la junte prolonge d'un an sa détention, et encore d'un an de plus en mai 2007. Malgré la levée de la loi martiale en 1992 (date à laquelle le général Than Shwe a pris le commandement de la junte), pendant toute cette période, les partisans de Aung San Suu Kyi et les défenseurs de la démocratie en Birmanie sont quotidiennement harcelés et emprisonnés.  

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En août 2007, une mouvement de mécontentement populaire s'exprime à la suite de la forte montée du prix des carburants et des autres produits de consommation courante. Le mois suivant la protestation reçoit le soutient des moines bouddhistes qui descendent en nombre dans les rues (autour de 30 000, le 25 septembre), comme cela avait déjà été le cas vingt ans auparavant dans un contexte analogue. La répression des manifestations par les militaires a commencé le 26 septembre. 

Biographie d’Aung San Suu Kyi : cliquer ici.

  

De Yangon à Naypiytaw : le déplacement de la capitale.

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« Guy Lubeigt, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a méthodiquement reconstitué l'histoire, la morphologie et dépeint les enjeux géo-économiques pour ne pas dire stratégiques de la ville et de ses territoires adjacents. Un travail minutieux d'enquête dans une société où foisonnent les rumeurs (kawlahala). Il n'a pas son pareil aujourd'hui dans la littérature académique internationale même si l'un des anciens élèves thaïlandais de l'auteur, Dulyapak Preecharushh, s'y est déjà essayé, il y a quelques années (Naypyidaw : The New Capital of Burma, White Lotus, Bangkok, 2009, 181 p).

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Un document original à mettre au crédit des programmes de recherches conduits par l'Institut de recherche sur l'Asie du Sud-Est contemporain (IRASEC). Une institution commune au Quai d'Orsay et au CNRS qui s'emploie, depuis 2001, à dépeindre depuis Bangkok les évolutions politiques, économiques, sociales et environnementales en cours au Timor-Oriental et dans les dix pays de l'Association des nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN).

Rassembler de la documentation sur la République de l'Union du Myanmar puisque tel est le nom du pays depuis octobre 2010, est une véritable gageure. Même la dénomination de la future capitale est restée longtemps un mystère pour les citoyens birmans et les étrangers. Son accès fut prohibé et jusqu'à l'automne 2010, on ne pouvait y détenir un téléphone portable.

Le territoire de la région-capitale (7 045 km²) est très largement une terra incognita. Sa découverte est une tâche immense. Pour la première fois dans l'histoire birmane, la capitale ne bénéficie d'aucun rayonnement historique, spirituel ou culturel. L'attractivité de l'emplacement est très limitée tant les carences sont patentes : pas d'activités industrielles ni artisanales, pas de transports publics, des centres administratifs très dispersés, pas de pôles de loisirs, pas d'installations sportives, pas d'activités culturelles et encore moins de centres universitaires. Rien n’a été fait et est fait pour inciter les citoyens à venir habiter leur nouvelle capitale et guère plus pour les touristes, bien que quelques hôtels aient ouvert récemment leurs portes. La sacralisation du territoire manifestée par l'érection de la pagode géante d'Uppatasanti n'y changera rien.

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Les raisons qui ont conduit au déplacement de la capitale à 320 kilomètres au nord de Rangoun et près de 400 des côtes de la mer d'Andaman suscitent encore bien des conjectures. Le collaborateur de l'IRASEC les a passées méthodiquement en revue. Elles ne manquent pas de sel. A l'heure où la ville fut décrétée la principale métropole politico-administrative de l'Union du Myanmar (6 novembre 2005), son nom était totalement méconnu de tous. Nombre de commentateurs pourtant familiers du régime crurent que le lieu où allaient s'implanter les principales institutions du pays se dénommait Pyinmana : un site à quelques encablures, bien connu, lui, des historiens. Il fut pendant la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale le quartier général des forces alliées commandées par Lord Mountbatten.

Les officiels du régime n'étaient pas plus éclairés que les autres. Les errements de langage du ministre de l'Information de Rangoun en témoignèrent. Il utilisa ainsi la désignation géographique de Pyinmana le 7 novembre 2005 pour dénommer le nom de la capitale de son pays avant de se raviser dans une déclaration le 12 du même mois pour proclamer officiellement que Naypyitaw serait le nom de la nouvelle cité-capitale. Une toponymie qui a changé de graphies depuis à trois reprises.

Initiée au début des années 2000, la construction des infrastructures a été conduite dans le plus grand secret et menée comme une opération militaire de grande envergure. La délocalisation des centres de pouvoir de la junte fut interprétée par certains comme un moyen de se prémunir d'une invasion étrangère. Les militaires de Rangoun suspectaient Washington de vouloir conduire une opération aéroportée visant à installer au pouvoir le prix Nobel de la paix Daw Aung San Suu Kyi dont les supporters avaient remporté les élections générales de 1990. D'autres commentateurs interprétèrent la militarisation de la capitale comme une opération de guerre psychologique. Comme s'il s'agissait de détourner l'attention des curieux du développement de la zone militaire située au sud de Yézin. Y seraient installées des infrastructures susceptibles d'accueillir un programme nucléaire militaire clandestin ou encore, avec l'aide de cadres nord-coréens, des usines de montage de missiles.

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Une fois appréhendé le nom de la capitale, les raisons militaires sous-jacentes à son transfert, l'importance des prédictions des astrologues et des devins (vénérable Chaungwa, E Thi...) qui ont pu y concourir, encore fallait-il tenter de comprendre les logiques géo-économiques qui ont présidé au choix de l'implantation. Contrairement à ce que peut laisser croire un regard jeté trop rapidement sur une carte, Nay Pyi Taw n'est pas vraiment au cœur du pays, ni même dans la zone sèche de la Birmanie centrale propice aux développements agricoles. Pire pour la sécurité de ses habitants, elle est géolocalisée dans une zone de forte activité sismique et au pied du plateau shan, tout près de la ligne de front qui sépare les forces gouvernementales de nombreuses guérillas irrédentistes. Une réalité polémogène qui aurait mérité des développements plus longs puisqu'elle obère l'insertion stratégique d'un État à l'intersection de la Chine et des sous-continents indiens et indochinois. La Résidence des rois, la Cité royale, puisque telle est la traduction du nom de la capitale, risque donc de n'avoir été qu'une immense source d'enrichissement pour les affidés du régime et s'avérer un ghetto protecteur pour les chefs de ses armées (…) »

François DANGLIN

http://www.nonfiction.fr/article-5516-la_nouvelle_capitale_birmane.htm

 

II- ECONOMIE : UNE MODERNISATION EN PANNE.

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Un pays riche en ressources naturelles, mais un pays qui reste pauvre.

Quelques données clés :

Jusqu’en 2010, environ 50% du budget global du pays est alloué aux dépenses militaires contre moins de 3% pour l’éducation et la santé.

50% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, un tiers des enfants birmans souffrent de malnutrition et 1 enfant sur 10 n’atteint pas l’âge de 5 ans. Plus de 25% de la population n’a pas accès à l’eau potable.

Les revenus issus de l’exploitation de gaz représentent une manne financière très importante pour le régime birman. A titre d’exemple, sur la seule année 2008, les autorités ont perçu 254 millions de dollars au titre de la participation de TOTAL dans le projet d’exploitation Yadana. Cependant, cet argent n’est pas utilisé pour le développement du système de santé ni pour celui de l’éducation car il est en grande partie détourné par le régime pour son propre profit grâce un double système de taux de change.

Le système fiscal birman connaît en effet un grave dysfonctionnement en raison de la coexistence de deux taux de change. L’économiste australien Sean Turnell explique en détail l’ampleur des détournements d’argent réalisés par la junte birmane grâce à un subterfuge très simple de double taux de change. Les revenus gaziers (payés en devises) sont intégrés au budget national birman en utilisant la conversion officielle de 6 kyats (monnaie birmane) pour 1 dollar. Ce taux de change officiel, en vigueur depuis trente ans, surévalue la monnaie birmane d’environ 150-200 fois par rapport à sa valeur réelle, qui est de 1000-1300 kyats pour 1 dollar. C’est ainsi que les revenus issus du gaz, convertis au taux de change officiel, ont un impact minime sur les finances d’Etat (moins de 1% du budget annuel birman) alors qu’ils devraient contribuer à plus de 50% au budget national s’ils étaient correctement valorisés.

Plus de 20 projets de barrages hydroélectriques de grande envergure sont en cours de construction à travers le pays. Tous ont en commun d’être financés et construits par des pays voisins (principalement la Chine et la Thaïlande) et tous produiront de l’électricité pour ces mêmes pays, alors qu’environ 50% de la population de Birmanie n’a pas accès à l’électricité.

Une privatisation industrielle de façade

Depuis 2009, le régime militaire s’est engagé dans un processus  de privatisation de pans entiers de l’industrie birmane, notamment  dans le domaine de l’énergie. Cette privatisation sera essentiellement au profit de quelques oligarques très proches du   régime, en  particulier Tay Za, le PDG de Htoo Trading. En décembre   2009, Htoo Trading a remporté le contrat pour la construction de deux barrages pour usines hydro-électriques. Fin janvier 2009, le ministère de l’énergie a annoncé la privatisation des 256 stations essence à travers le pays. Peu auparavant  Tay Za avait créé une structure ad- hoc permettant de superviser cette privatisation, et dont le fils du numéro 3 de la junte est le vice-président. En janvier toujours, une filiale de Htoo Trading a également commencé à vendre des cartes SIM pour téléphones portables, pour lesquels cette entreprise a les droits exclusifs. Beaucoup d’observateurs notent que ce transfert de propriété de l’Etat - à des prix bradés – ira en majeure partie  aux mains d’investisseurs privés affiliés aux généraux. Ces entreprises peuvent ainsi mettre la main sur des secteurs industriels ou tertiaires pour lesquels aucune concurrence n’est  admise : la libéralisation du marché birman se révèle être un leurre, et ce seront une nouvelle fois les citoyens birmans qui en pâtiront. Début 2010, le régime a lancé une série de privatisations massives de ses entreprises publiques. D’après le Ministre  adjoint de l’industrie, Khin Maung Kyaw « tout en nous transformant en nation démocratique, nous allons privatiser  90%  des   entreprises  industrielles   publiques  […]  Cette  réforme  a  été  effectuée  dans  d'autres  pays démocratiques».

Des relations de plus en plus étroites avec les partenaires régionaux

Au cours des dernières années, la Birmanie s’est sensiblement rapproché de ses partenaires asiatiques.

La Thaïlande, premier partenaire commercial du pays jusqu’en 20115, importe plus de gaz naturel venant de Birmanie que n’importe quel autre pays (plus de 90% du gaz est exporté par la Thaïlande). L’import de gaz naturel est primordial pour couvrir les besoins énergétiques du pays. Plus de 70% de l’électricité en Thaïlande provient du gaz naturel, dont la moitié est importée de  Birmanie. La dépendance de la Thaïlande envers les ressources naturelles de Birmanie influe considérablement sur la politique de la Thaïlande envers son voisin.

L’acquisition de pétrole, de gaz naturel et d’électricité est devenue le principal intérêt économique de la Chine qui considère son voisin birman comme un garant de sa sécurité énergétique. En juin 2010, une compagnie d’Etat chinoise, la China National Petroleum Company (CNPC) a entamé la construction d’un pipeline à partir du port de Sittwe à l’ouest de  la  Birmanie  vers  Kunming,  la  capitale  de  la  province  du  Yunnan.    Une  fois  achevé,  ce  pipeline  augmentera l’approvisionnement de la Chine  en pétrole brut provenant d’Afrique et du Moyen Orient, lui fournissant une route alternative au détroit de Malacca. Ce pipeline fera aussi de la Chine le premier bénéficiaire  du gaz naturel provenant du chantier Shwe Gas. L’exploitation de ce dernier devrait rapporter environ 30 milliards de dollars à la junte au cours des 30 prochaines années.

http://www.info-birmanie.org/web/index.php?option=com_content&view=article&id=82:situation-economique&catid=7:situation-economique-et-sociale&Itemid=12

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La Birmanie ou le salut par les ressources naturelles.

« La croissance industrielle en Birmanie est si forte que les experts estiment qu’elle pourrait bénéficier à toutes les strates de la société en créant des opportunités d’emploi un peu partout. Mais cela implique que le pays, si riche en ressources naturelles, adopte une stratégie globale de développement de manière à pouvoir concurrencer les autres champions asiatiques. Une manière de sortir de la dictature en douceur ?

L’économie pour faire suite à la dictature

La Birmanie semble avoir décidé d’emprunter le chemin du développement comme voie de sortie progressive de dizaines d’années de dictature. Il faut dire que ce pays a l’avantage d’une position géographique privilégiée proche des économies à croissance rapide de la Chine et de l’Inde. Ces deux voisins sont avides de matières premières et de minerais dont regorge la Birmanie.  Sont également visées les grandes capacités hydroélectriques de la Birmanie.

Considérée comme l’un des pays les plus démunis de la planète, la Birmanie est au 132 ème rang sur 177 dans l’indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Les Etats-Unis et l’Australie ont récemment levé leurs sanctions économiques sur la Birmanie pour récompenser les efforts d’ouverture de la Junte et offrant ainsi un boulevard aux généraux pour accélérer la croissance du pays. Et oubliant au passage les accusations de pillage des ressources naturelles portées contre la junte depuis des années. Par bonheur pour les Birmans, l’Indonésie et l’Australie ont de leur coté appliqué de nouvelles taxes sur les investissements étrangers se portant sur les activités minières . De quoi rendre la Birmanie encore plus attractive.

Vers plus de transparence  pour plus de pétrole

Le nouveau gouvernement, plus démocratique, a pris quelques initiatives bienvenues pour booster le secteur des mines. Il s’intéresse de près à l’Extractive Industries Transparency Initiative (EITI), un accord international pour donner de la transparence aux opérations minières.

Les Etats unis et l’Union européenne ont en 2007 adopté un embargo sur les importations de pierres précieuses, de bois, de métaux et de minerais en provenance de Birmanie. La chine continue de fermer les yeux et laisse passer les importations illégales.

Selon la Banque asiatique du développement, le secteur minier birman représente déjà 56, 2 milliards de dollars en 2010 (contre 2,3 mds en 2000), grâce à une croissance de 37,6% ! La richesse de la Birmanie en zinc, argent, cuivre, chrome, or et autres pierres précieuses commence à lui porter profit.

Le pays a aussi quelques gisements majeurs de gaz et de pétrole mais manque cruellement des capitaux et surtout des savoir faire nécessaires à leur exploitation. C’est pourquoi le régime a ouvert grand la porte aux compagnies pétrolières étrangères pour s’attaquer à ces gisements inexploités : 23 lots ont été attribués à des sociétés occidentales pétroliers et offshore en mai 2012. Ces compagnies vont pouvoir au passage se refaire une virginité en évitant le passage obligé des généraux corrompus.

La Birmanie détient des réserves prouvées de pétrole et de gaz de 2,1 milliards de barils et de 25 milliards de m3. Son ministre de l’Energie estime détenir en sus, de grandes quantités de gaz de schiste.  Mais en  2011–2012, « seulement » 13,8 milliards ont été investis par des majors étrangères (soit 31% du PIB !) car le pays ne s’est pas encore transformé en un havre accueillant et rassurant pour des investissements géants.

En effet, le pays souffre toujours d’un régime accusé de manque de transparence, de corruption ainsi que d’insuffisantes infrastructures de transport, énergétiques ou de communication modernes. Egalement dans le viseur, la politique environnementale de la Birmanie qui est insuffisante (pour être gentil) pour protéger sa belle biodiversité : l’exploitation forestière menace les forêts, le traitement des déchets miniers fait défaut ainsi que le traitement des eaux qui n’est pas aux normes internationales. Sans parler des conditions d’exploitation minières dangereuses relevées dans les mines d’or des état du Kachin et de Karen, ou dans les mines de cuivre dans le nord du pays ».

http://www.consoglobe.com/lbirmanie-geant-ressources-naturelles-cg

 

- La Birmanie, nouvel eldorado des investisseurs - Par Yann Rousseau, Les Echos, 02/04/2013

La dissolution de la junte au pouvoir et le processus de démocratisation en cours ont rendu la Birmanie à nouveau fréquentable. Depuis quelques mois, les hommes d'affaires étrangers se bousculent à Rangoun, attirés par les promesses de cette terre vierge au potentiel considérable.

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Au bas de Pyay Road, au milieu des embouteillages monstres, des enfants circulent par une canicule poisseuse entre les vieilles voitures de marques japonaise. Comme dans les autres villes des pays émergents d'Asie, ils proposent des canettes de coca et des couronnes de jasmin censées rafraîchir l'intérieur non climatisé des véhicules. Mais beaucoup désormais agitent aussi aux fenêtres baissées des passagers un petit livret jaune intitulé « Foreign Investment Rules in the Republic of the Union of Myanmar ». Mille kyats (1 euro) sans négocier. Succès garanti.

Depuis le printemps dernier, les hommes d'affaires étrangers, particulièrement japonais, singapouriens, américains et thaïlandais, se bousculent à Rangoun, attirés par les promesses d'une terre vierge. En dix mois, les prix des chambres d'hôtel ont été multipliés par trois. Compter 300 dollars pour une nuit au Strand, où Rudyard Kipling prit des notes pour ses « Lettres d'Orient ». Dans les rares immeubles de bureaux aux standards internationaux, le mètre carré prend 5 dollars par mois au minimum. Et les listes d'attente s'allongent dans les résidences pour étrangers. « Je paie déjà 5.000 dollars par mois pour 60 mètres carrés. C'est plus que New York », souffle un diplomate, qui ne peut toutefois pas faire le difficile de peur d'être « exproprié » par un plus offrant. « De la folie furieuse », s'exclame Patrick Robert, un designer français résidant dans le pays depuis vingt-cinq ans.

Tout est à faire dans le pays le plus pauvre d'Asie du Sud-Est

Cette ruée vers l'or a été enclenchée l'an dernier lorsque l'Occident a adoubé le processus d'ouverture de la Birmanie, longtemps jugée infréquentable par les grandes démocraties. Depuis la dissolution de la junte, il y a tout juste deux ans, le 30 mars 2011, le nouveau gouvernement a remisé les uniformes pour se déclarer « civil » et a engagé les réformes. Il a libéré des centaines de prisonniers politiques et permis l'élection, en avril 2012, comme députée d'Aung San Suu Kyi. Le même mois, l'Union européenne a salué le processus et suspendu ses sanctions contre le pays. En mai, ce sont les États-Unis qui ont levé certaines restrictions aux investissements en Birmanie. Puis Barack Obama a définitivement libéré les investisseurs en venant s'afficher en novembre dernier au côté du président, Thein Sein, un ancien général.

Redoutant des années de stagnation en Occident, inquiètes du ralentissement chinois de 2012, les grandes multinationales projettent tous leurs espoirs de croissance sur la Birmanie, le pays le plus pauvre d'Asie du Sud-Est. Un territoire plus grand que la France, riche en ressources minières, pétrolières et gazières, et stratégiquement placé entre la Chine, l'Inde, la Thaïlande et le Bangladesh. Plus de 62 millions de consommateurs. Sur le papier, le potentiel est considérable. « Il y a tout à faire », résume Yasuhide Fujii, le « partner » sur place de KPMG. Seuls 5 % des Birmans ont un téléphone portable et les trois quarts d'entre eux n'ont qu'un accès limité à l'électricité. « Il faut des routes, des voies ferrées, un port en eaux profondes, des aéroports, de l'électricité et des réseaux d'eau », liste le consultant japonais, arrivé en octobre dernier, à la demande de ses grands clients.

La France est en lice pour construire le pays, le Japon a pris de l'avance

Déjà, les chantiers de deux zones économiques spéciales prennent forment à Thilawa, près de Rangoun, ainsi qu'à Dawei, sur la côte plus au sud, où un gigantesque complexe pétrochimique est aussi programmé. Un plan de rénovation et de réaménagement de la ville de Rangoun a été lancé. L'actuel aéroport de Mandalay doit être agrandi, tout comme celui de Rangoun. Un peu plus au nord, c'est un autre aéroport qui va sortir de terre pour désengorger la capitale économique du pays. Les français Vinci et Bouygues sont en lice, séparément, pour plusieurs de ces marchés. Tout comme leurs concurrents japonais, arrivés en masse dans le pays, poussés par Tokyo, qui vient d'effacer un quart des 6 milliards de dollars de dette que lui doit le pays, avant de débloquer de nouveaux prêts pour notamment financer l'une des nouvelles zones économiques spéciales. Au total, l'archipel prévoit 18 milliards de dollars d'aides.

Contrairement aux États-Unis et à l'Union européenne, le Japon n'a jamais coupé les ponts avec le pouvoir birman. De peur de voir la Chine, contre laquelle il mène une guerre d'influence dans la région, rester le seul partenaire du pays - les groupes chinois exploitent déjà plusieurs mines et barrages dans le pays. Quelques entreprises nippones, et notamment les puissantes maisons de négoce, ont continué de commercer avec le pays. En 2011, le Japon était ainsi le plus gros importateur de textile birman avec 348 millions de dollars de commandes. L'archipel achète aussi toujours 90 % de son sésame noir dans le pays et une partie de ses germes de soja.

La Birmanie, de nouveau un grand acteur du textile ?

Pendant des années, Toru Hiroe a surveillé seul à Rangoun ces échanges pour son groupe, Itochu. Il se souvient des contrôles militaires de nuit, des téléphones portables à 3.000 dollars et du laborieux accès à internet. « Tout vient de changer. Nous sommes maintenant six expatriés japonais et nous avons une quinzaine d'employés birmans », explique le cadre, installé dans l'une des rares tours de bureaux de la cité. Un projet qui avait été gelé pendant des années après l'application des sanctions américaines et la crise financière asiatique. Aujourd'hui, les ouvriers s'activent pour finir la maçonnerie de locaux qui sont loués à 80 dollars par mètre carré et par mois.

Comme dans tous les eldorados, les géants du textile sont les premiers à débarquer pour étudier les possibilités de production pour leur industrie, très gourmande en main-d'œuvre bon marché. Jusqu'à la fin des années 1990, la Birmanie était l'un des grands acteurs de la confection mondiale. On recensait alors près de 400 usines spécialisées qui livraient l'Europe ou l'Amérique et assuraient 39,5 % des exportations du pays en 2000. Après la mise en place de sanctions commerciales, plus de la moitié ont fermé, faute de débouchés.

Mais les ateliers se relancent. « Il n'y a pour l'instant pas assez d'électricité pour faire de la production de textile, qui demande beaucoup d'énergie, mais la fabrication de vêtements est possible car les salaires sont toujours inférieurs à ceux du Cambodge », explique Yoshihiro Kunii, le vice-président responsable de la production chez le géant japonais Fast Retailing, qui contrôle notamment la marque Uniqlo. Lui n'envisage de sous-traiter de la fabrication dans le pays que d'ici à trois ans, lorsque les grandes infrastructures auront été modernisées. « Pour la manufacture, c'est encore un peu compliqué », confirme Yasuhide Fujii, chez KPMG. « Il y a le problème des infrastructures, mais aussi celui du système bancaire, qui est à réorganiser. Les procédures de change et des transferts avec l'étranger sont complexes », détaille-t-il. Les investissements lourds peuvent être difficiles. « Par contre, pour les sociétés qui veulent, elles, viser le marché domestique, il faut se presser. »

Encore peu de partenaires locaux de confiance...

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Si le système réglementaire évolue rapidement pour attirer des capitaux étrangers, beaucoup de secteurs vont nécessiter une implantation en joint-venture avec des groupes locaux. « Et il n'y a pas beaucoup de grands partenaires domestiques potentiels », souffle l'expert. Les nouveaux arrivants doivent notamment prendre soin de ne pas s'allier avec les nombreux conglomérats et hommes d'affaires encore placés sur une liste noire du Trésor américain, qui interdit les transactions avec des sociétés soupçonnées d'avoir eu des activités illégales à l'époque de la junte. Dans les locaux de KPMG, des cadres du brasseur singapourien Fraser and Neave, qui produit localement en coentreprise la Myanmar Beer, la marque leader du pays, se préparent à l'arrivée de cette concurrence mondiale. « Carlsberg ne va pas tarder », confient-ils. Le PDG de Coca-Cola est, lui, déjà passé pour réimplanter ses marques, qui avaient quitté le pays après les violentes répressions de manifestations démocratiques. Pepsi suit.

Le marché automobile bouillonne tout autant. Si pour l'essentiel les véhicules restent des occasions venues du Japon, les importateurs de voitures neuves voient leurs ventes s'envoler. Quelques taxis ont opté pour des QQ du chinois Chery. Et pour prendre de l'avance sur ses compétiteurs, Suzuki vient d'annoncer qu'il allait relancer sa production de petits modèles dans le pays le mois prochain. « Je n'avais pas vécu une telle effervescence depuis le Vietnam des années 1990 », se régale un consultant américain, dans l'avion qui l'amène de Bangkok.

Un pays encore déchiré par les conflits ethniques (cf. CONFERENCE 7)

Tout à leur excitation, les groupes ont tendance à oublier que le pays fait encore face à de complexes défis politiques et sociaux. Il est encore déchiré sur d'immenses pans de son territoire par plusieurs conflits ethniques. La semaine passée, de très violents affrontements ont aussi opposé des musulmans et des bouddhistes dans le centre du pays. Au moins 40 personnes ont été tuées et 9.000 déplacées. Et la transition démocratique est loin d'être achevée. Les militaires ont conservé d'énormes intérêts dans la vie économique.

« Tout le processus a été dessiné, décidé et enclenché par l'armée. Un retour en arrière n'aura pas lieu. Il ne profiterait à personne », modère Romain Caillaud, un expert de Vriens & Partners, installé depuis longtemps dans le pays. Quelques frictions pourraient toutefois être ressenties en 2015 lors de la prochaine élection présidentielle, qu'Aung San Suu Kyi devrait remporter. « Certains de ses proches pourraient être tentés de déterrer des cadavres », pointe un diplomate, qui estime toutefois que l'ancienne icône semble désormais prête à faire beaucoup de compromis avec ses anciens geôliers pour s'assurer un accès au pouvoir. « Ca devrait bien se passer. »

http://business.lesechos.fr/directions-generales/international/0202670713278-la-birmanie-nouvel-eldorado-des-investisseurs-5875.php

 

- Un narco-Etat pas près de disparaître – Courrier International, 28/03/2012.

La destruction de champs de pavot sous l'œil des caméras ne doit pas masquer la réalité : le pays reste, avec la complicité de l'armée et de certains politiques, un des plus gros producteurs d'opium et d'amphétamines.

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A la mi-février, la police a fait une descente dans une maison de Tachilek, bourgade à la frontière avec la Thaïlande. Elle y a saisi 8,7 millions de comprimés d'ecstasy, sans nul doute destinés au marché thaïlandais. Le même jour, un responsable chinois faisait savoir aux médias qu'à la frontière sud-ouest de la Chine, dans la province du Yunnan, limitrophe des Etats birmans Shan et Kachin, les drogues de synthèse - dont les méthamphétamines - étaient en plein boom, tout comme les laboratoires les fabriquant. 



La production de drogues dans cette région n'a jamais vraiment décliné depuis son âge d'or, au début des années 1990, quand la Birmanie était alors le premier producteur mondial d'opium. L'offre s'est simplement diversifiée. La quantité de stimulants de type amphétamine (amphetamine-type stimulants ou ATS) inondant désormais toute l'Asie du Sud-Est est si élevée que, d'après le spécialiste de la Birmanie Desmond Ball [professeur à l'Université nationale d'Australie], le pays pourrait aujourd'hui prétendre au titre de "plus gros narco-Etat au monde" si l'on cumule sa production de drogues de synthèse avec celle d'opium. En 2011, la Birmanie était le deuxième producteur d'opium de la planète après l'Afghanistan, avec 610 tonnes au total, mais probablement le premier en matière de méthamphétamines. 



Et pourtant, c'est toujours l'opium qui occupe le devant de la scène. Mi-février, équipées de débroussailleuses spéciales, les autorités se sont rendues dans les montagnes de l'Etat Shan, suivies de près par des journalistes de l'agence de presse Reuters. L'objectif ? Donner un nouvel élan à la "guerre contre l'opium". Mais ce genre de croisade masque le véritable problème. Vouloir débarrasser le pays de la culture du pavot, c'est bien - si toutefois ces efforts sont sincères, contrairement à ceux déployés par le passé. Mais s'attaquer à ce mal désormais secondaire, voilà qui fait fatalement diversion. "Où donc est passée la guerre contre la méthamphétamine ?" est-on en droit de se demander face à l'ampleur de la production actuelle. La question est sans conteste plus pressante.



Si certains membres du gouvernement cherchent réellement à mettre fin au trafic, les obstacles auxquels ils sont confrontés sont décourageants et touchent à l'essence même de la Birmanie "nouvelle" [celle en voie de démocratisation]. Le fossé le plus saisissant entre les beaux discours des dirigeants et l'état actuel des choses s'illustre par la collusion entre certains officiels et les trafiquants. L'an dernier, une enquête menée par l'organisation Shan Drug Watch a permis de découvrir qu'au moins 7 députés - tous issus du Parti pour l'union, la solidarité et le développement (USDP), actuellement au pouvoir - sont impliqués dans la production et la distribution de narcotiques. 



A l'instar de beaucoup d'autres observateurs, Shan Drug Watch a noté une augmentation de la superficie destinée à la culture du pavot à l'est du pays. L'organisation ose aller où les enquêteurs des Nations unies rechignent à s'aventurer : sur le terrain de la collusion entre autorités et trafiquants. Et c'est on ne peut plus flagrant aujourd'hui pour le marché des méthamphétamines, où les milices soutenues par le gouvernement jouent, semble-t-il, un rôle de plus en plus central. Selon le journaliste Joshua Kurlantzick, l'armée birmane est "étroitement liée à l'exportation de drogues vers la Thaïlande et le Laos. Les militaires aident les trafiquants à franchir les check-points et à échapper aux raids menés par les forces thaïlandaises et les unités de la Drug Enforcement Administration [DEA], l'agence antidrogue américaine."



La perquisition de février dernier - et les 8,7 millions de cachets d'ecstasy saisis - donnera sans doute satisfaction à la Thaïlande en lui montrant que les autorités birmanes ne restent pas les bras croisés. Mais ce genre d'action coup-de-poing pourrait bien, en fin de compte, n'être qu'une goutte d'eau dans la mer. Certains spécialistes estiment qu'en Birmanie la production annuelle de métamphétamines est susceptible, dans un avenir proche, de dépasser le milliard de comprimés. Et, comme s'en inquiète Kurlantzick, les accords de cessez-le-feu conclus avec les minorités ethniques offrent à ces dernières des avantages inédits, "notamment des délais plus longs au cours desquels leurs combattants peuvent se livrer à des activités de trafic de drogue sans guère d'intervention des autorités."



Ajoutons à cela que le trafic est de toute évidence toléré par les plus hautes instances du pouvoir et soutenu par des membres du Parlement - vu par l'Occident comme un forum démocratique naissant -, et l'on obtient le résultat inverse de ce que la "guerre contre l'opium" prétend atteindre : une industrie nationale de la drogue qui, bien loin d'avoir disparu, se retrouve au contraire institutionnalisée. Alors, se focaliser sur l'opium n'a-t-il pas simplement pour but de nous détourner du véritable problème, celui du trafic des méthamphétamines, dans lequel, à l'évidence, trempe le gouvernement du président Thein Sein ?

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http://www.courrierinternational.com/article/2012/03/28/un-narco-etat-pas-pres-de-disparaitre

 

2 juin 2013 7 02 /06 /juin /2013 10:23

 

I- 2007 : LA "REVOLUTION SAFRAN" 

 

- La révolution safran vire au rouge sang – Amnesty international, nov.2007. 

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C’était un espoir couleur safran (…) Il n’aura duré que deux semaines. Les chaudes couleurs des robes des moines sous la pluie de la mousson – des images qui ont fait le tour du monde des écrans de télévision. Isolé depuis des années, le Myanmar s’est soudainement retrouvé sur le devant de la scène.

Les jeunes religieux marchaient à travers Rangoon, à travers Mandalay, à travers Sittwe. Priant d’abord doucement, timidement, puis plus fort, et le poing levé. Pendant deux petites semaines. Leur protestation ne portait en apparence que sur l’augmentation du prix de l’essence et du diesel, arbitrairement décidée par un régime militaire sans scrupules. Mais au fond, il en allait du respect de la dignité humaine, des droits humains, et de tout le reste. Peu à peu, les spectateurs et spectatrices ont osé se mêler au cortège. On a alors pensé que le régime vacillait, que les généraux au pouvoir allaient fléchir pour la première fois depuis vingt ans, depuis la dernière grande révolte, en 1988. Il semblait que les autorités ne savaient plus comment répondre à ce défi moral relayé par les blogs, démultipliés par tant d’images.

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Des ressources convoitées

On ne connaît pas les chiffres exacts de la révolution safran, qui a viré au rouge sang. Après deux semaines, le silence s’est abattu sur le pays. Les deux serveurs internet qui avaient brièvement ouvert le Myanmar sur le monde ont rapidement été mis hors service par le régime. Les blogs et les services de messagerie ont été fermés. Le Myanmar était redevenu ce qu’il avait toujours été, impénétrable, isolé. Un enjeu géopolitique pour ses puissants voisins et un conglomérat d’intérêts économiques inextricablement mêlés.

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Un coup d’oeil rapide sur la carte suffit à expliquer les choses. Le Myanmar s’enfonce comme un coin entre l’Inde et la Chine. Il partage plusieurs milliers de kilomètres de frontières avec les deux pays, qui ne se touchent que tout au nord. Le Myanmar joue donc le rôle d’une zone tampon entre les deux rivaux asiatiques, ces deux grandes puissances en devenir. Il se trouvejuste au milieu d’un champ de forces géostratégiques qui sera peut-être le plus important de la prochaine décennie. Et il possède des ressources que beaucoup convoitent: le pétrole et le gaz.

On comprend pourquoi tous les acteurs de la région, les voisins proches ou éloignés, les grands comme les petits, se donnent si peu de peine pour ramener le régime birman à la raison. Personne ne veut devoir semoncer les généraux. Personne ne veut devoir le faire tout seul. En tout cas pas tant que la junte militaire semble aussi solidement établie. Tous se réfugient derrière un appel à la mesure et à la clémence envers le mouvement de protestation. Appel sans conséquences.

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Le silence des puissants

Les plus grands – la Chine et l’Inde – sont aussi les plus retenus. La région a longtemps été une zone d’influence indienne, ce que la Chine conteste aujourd’hui. Toutes deux ont des vues sur le golfe de Bengale, et, plus loin, sur l’océan Indien. On voit sur la carte à quel point cet accès est important pour le commerce avec l’Occident – pour l’importation d’énergies fossiles en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient aussi bien que pour l’exportation des marchandises fabriquées en Asie.

En passant par le Myanmar, la Chine peut s’épargner un long détour en mer de Chine ainsi que le passage du détroit de Malacca, qui peut être dangereux. C’est un rêve auquel elle tient beaucoup. Depuis de nombreuses années, les Chinois investissent dans les infrastructures birmanes. Ils ont aidé à construire les routes, les ports, les barrages, les aéroports. Sur l’île de Ramree, au large de l’Etat d’Arakan, situé à l’ouest du pays, il est prévu d’établir une plateforme pétrolière reliée par un pipeline à la ville de Kunming et à d’autres encore, plus à l’est. Les contrats sont signés, les travaux devraient commencer avant la fin de l’année. Un grand port est projeté sur cette même île, ainsi qu’un gazoduc qui traversera le Myanmar.

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Mais ç’en est trop pour l’Inde. Delhi craint que la Chine ne prenne le contrôle du golfe du Bengale. Non seulement économiquement, mais aussi militairement. On spécule sur des bases militaires et des postes d’observation que la Chine aurait déjà installés sur la côte ouest du Myanmar. Personne ne peut démêler ce qui est vrai de ce qui relève d’une théorie du complot.

De nombreux intérêts entrent en conflit dans la région. Quels qu’ils soient, ils passent par le Myanmar. Il y en a probablement trop pour que les appels et les déclarations tonitruantes aient un réel effet. Les militaires birmans s’en réjouissent. Ils exercent le pouvoir depuis 1962 sans être dérangés, et ils sont toujours aussi impitoyables. Aucun crime ne leur fait peur. Ainsi la population a été soumise, à coups de déportation, de viols, d’incendies de village, de torture. Les étudiant·e·s qui osent s’exprimer sont persécuté·e·s. Parmi les dictatures asiatiques à la triste réputation, seule la Corée du Nord fait mieux.

Le pillage des généraux

Au cours des décennies, le régime a coupé du monde ce beau pays fertile. L’économie n’a pas cessé de décliner. Au vu des fabuleuses richesses de son sol et de son sous-sol – plantations de thé, pétrole, gaz, pierres précieuses –, le Myanmar devrait être l’un des plus riches pays d’Asie. Il est parmi les plus pauvres, pillé et vampirisé par une nomenklatura kleptomane qui ne recule devant aucun moyen pour asseoir son pouvoir. A Rangoon, elle écrase les démocrates, les fait espionner par des hordes de dénonciateurs grassement payés, qui épient à chaque coin de rue et s’infiltrent partout. Aung San Suu Kyi, icône de l’opposition et prix Nobel de la paix, est en résidence surveillée depuis plus de douze ans.

Au service de la répression, les généraux ont entraîné une des plus grandes armées du monde: ses effectifs se montent à près de 400’000 hommes. Elle engloutit plus de quarante pour cent du budget national; pour l’éducation, il reste tout juste 0,3 pour cent. Logique, lorsque l’objectif est de maintenir la population dans l’ignorance de ses droits.

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La paranoïa des généraux est si grande qu’ils ont déplacé la capitale loin de Yangon (ex-Rangoon) vers l’intérieur du pays. Grâce au travail forcé de milliers de personnes, le général Than Shwe, la plus haute personnalité du gouvernement, a fait surgir une ville de nulle part. Presque un million de fonctionnaires ont été forcés de déménager à Naypyidaw, à 460 kilomètres de l’ancienne capitale. On a dit que Than Shwe, 74 ans, s’est fait conseiller par des astrologues pour déterminer le site de la nouvelle ville. Les familles au pouvoir vivent dans le luxe et leurs enfants étudient à l’étranger.

Tout cela devrait suffire pour une condamnation massive et sans équivoque de ce sombre régime. Pourtant, le Conseil de sécurité de l’ONU se déchire à propos des intérêts économiques et des intérêts stratégiques de deux de ses membres permanents (Chine et Russie). La communauté internationale est seulement parvenue, en fin de compte, à exprimer ses «regrets» à propos de la sanglante répression birmane – et l’asphyxie d’un fragile espoir, couleur safran, qui n’aura duré que deux semaines à l’automne 2007.

http://www.amnesty.ch/fr/actuel/magazine/2007-4/birmanie-myanmar

 

II- EST-ON EN TRAIN D’ASSISTER A UN PRINTEMPS BIRMAN ?

 

- Accélération de l'histoire en Birmanie - Par E.Rush, Le Monde Diplomatique, janvier 2012.

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Depuis que le pouvoir birman se donne des allures de gouvernement civil, tout se précipite : légalisation du parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, libération de prisonniers politiques, visite d’un dirigeant américain pour la première fois depuis un demi-siècle…

Le long du fleuve Yangon, là où jadis allaient et venaient tigres et éléphants, deux garçons âgés de 12 ans s’agitent au milieu d’amas de briques et de débris, à la recherche de métaux à revendre. « Argent », se réjouit l’un deux en brandissant un tube en fer rouillé. Son camarade se baisse et, à l’aide d’un petit marteau, entreprend de débarrasser le bout de ferraille de son enveloppe de rouille. En quelques heures, la veille, le mur dressé à l’époque coloniale entre la ville et le fleuve a été démoli. A l’aube, les plus démunis ont alors accouru pour passer les gravats au crible.

Voici quelques mois, l’Autorité portuaire birmane de Rangoun a annoncé une vaste opération de dragage du fleuve, la première du genre, ainsi qu’un programme d’élargissement du Strand (la route du littoral). Un chantier d’une importance stratégique, puisque celui-ci relie les forêts du Nord au fleuve et constitue de ce fait la principale voie de transport pour le bois, l’une des ressources d’exportation les plus précieuses du pays.

Construit par les Britanniques il y a presque un siècle et demi, le Strand offre sa base au plan orthogonal de la ville — comme un symbole d’ordre tracé le long d’un fleuve lointain. C’était la dernière étape terrestre dans le périple des bois exotiques pillés par la puissance coloniale. Mais désormais, la route s’avère trop étroite et trop fatiguée pour résister au boom commercial qui s’annonce. D’où les travaux, d’un coût total de plusieurs millions de dollars, impliquant la percée d’artères comportant jusqu’à dix voies dans les zones les plus denses de Rangoun.

Destinée à permettre le passage de cargos de trente-cinq mille tonnes, contre quinze mille aujourd’hui, l’opération de dragage devrait, selon ses promoteurs, provoquer un triplement du trafic fluvial. Le port de Rangoun, qui marque la limite entre la Birmanie du Nord et la région de l’Ayeyarwady, pourrait donc renouer avec sa prospérité d’autrefois.

Dans les années 1920 et 1930, Rangoun est en effet le deuxième port d’immigration du monde après New York, une promesse d’eldorado pour les milliers de travailleurs et de marchands venus d’Inde, du Bangladesh, d’Arménie et d’Europe. En peu de temps, la ville se couvre d’écoles, de grands magasins et de bâtiments luxueux, équipés de vitraux et de céramiques d’importation, d’ascenseurs aux portes en fer forgé. Mais cet âge d’or sera de courte durée. Contrairement à New York, Rangoun sombre. Les périodes de prospérité passagère alternent avec les effondrements, un phénomène commun à de nombreuses métropoles au cours du XXe siècle.

Les Britanniques partis, l’économie agonise. Une dictature militaire s’installe, qui maintient d’une main de fer l’unité du territoire, récemment rebaptisé République de l’Union du Myanmar. L’histoire paraît s’être figée. Seuls quelque trois cent mille touristes ont débarqué à l’aéroport international de Rangoun en 2010, et les mouvements migratoires en direction du pays sont devenus quasi inexistants. La Birmanie est aujourd’hui le pays le plus pauvre de l’Asie du Sud-Est. Mais, s’il est un enseignement à tirer des travaux du Strand, c’est que l’Etat birman a décidé de faire son grand retour sur la scène mondiale.

 Publicités à foison
pour des marques étrangères.

Il y a six ans, le Comité pour le développement de la ville de Rangoun (Yangon City Development Committee, YCDC) considérait encore cette route comme un patrimoine à protéger. Le projet du comité suggérait de transférer la majorité des activités portuaires dans la ville de Thilawa, située à vingt-cinq kilomètres, afin de transformer le front de mer en zone piétonne et de rendre leur splendeur aux bâtisses coloniales qui bordent le côté nord de la route. 

Comment concilier la valorisation de ce site historique avec sa transformation en autoroute à marchandises ? A cette question, le directeur des constructions du YCDC donne une réponse évasive : « Désormais, le Strand aura pour seule utilité de permettre, comment dire, le transport. Nous espérons qu’il facilitera la croissance des entreprises de taille moyenne et de l’industrie lourde. »

Déjà se dresse sur les bords de la route une imposante rangée de panneaux publicitaires pour Max Cola, Samsung, le café Gold Roast, du shampoing aux herbes ou du lait en poudre de Nouvelle-Zélande, à destination de la classe moyenne. En ville, le nombre de ménages suffisamment fortunés pour habiller leurs enfants de tee-shirts à la gloire de groupes de rock américains est de toute évidence à la hausse. Mais les jouets en plastique et les programmes de télévision d’importation qui envahissent les boutiques donnent un aperçu incomplet de l’avenir auquel la Birmanie se prépare.

Les travaux d’extension du Strand sont financés par Asia World, un conglomérat dirigé par M. Stephen Law, probablement la deuxième fortune du pays. C’est par lui que transitent la plupart des capitaux chinois injectés dans l’économie locale. Asia World contrôle non seulement les plus gros projets de construction — un oléoduc et un gazoduc sino-birmans, le barrage de Myitsone, le port en eau profonde de Kyaukpyu… —, mais aussi 40 % du trafic de conteneurs passant par Rangoun. L’extension du Strand va stimuler le commerce maritime, et donc permettre à la société d’accroître considérablement ses profits, déjà faramineux. Certains prédisent une hausse de 500 % de ses activités de fret.

En dépit des efforts de l’Etat birman pour nier ses liens avec Asia World, les habitants de Rangoun savent à quoi s’en tenir. La modernisation de la route les laisse d’autant plus indifférents qu’ils doivent composer avec des infrastructures invariablement vétustes. « Les gens s’en moquent, car les projets de ce genre ne servent qu’à attirer des capitaux étrangers dont nous ne verrons jamais la couleur », lâche M. U Zaw Win, un libraire, comme pour résumer l’opinion générale.

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Alors que les autorités focalisent toute leur attention sur le Strand, les pannes d’électricité et les défaillances d’un système d’égout vieux d’un siècle continuent de rendre la vie impossible à la population. Chaque jour, on peut voir de jeunes garçons vêtus de simples shorts déboucher, à mains nues, les fossés qui bordent les ruelles. Les piétons slaloment entre les tas de boue noirâtre jusqu’à ce que les collègues de ces jeunes éboueurs, travailleurs municipaux eux aussi, emportent les immondices dans des brouettes. Un peu plus loin au sud, une arroseuse asperge l’asphalte rutilant de la nouvelle route pour en optimiser la qualité.

Que les ressources naturelles du pays n’existent que pour la vente en gros, cela n’a rien de vraiment neuf. Les richesses minières et agricoles — rubis, or, cuivre, teck, opium... — excitent depuis longtemps la convoitise des marchés étrangers, mais la cadence de leur exportation s’accélère. Au cours de ces vingt dernières années, la junte militaire a peu à peu mis en œuvre une politique d’ouverture au libre-échange qui a eu pour effet de multiplier le commerce par dix. Les capitaux issus de Chine, de Corée du Sud, d’Inde et de nombreux pays membres de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, en anglais Asean) ont afflué, cependant que les ressources naturelles s’évaporaient.

Mais si « investissement » est aujourd’hui le maître mot, la subordination à ses exigences a produit toute une série de changements sociaux pas toujours négatifs.

La Birmanie a ainsi connu en novembre 2010 ses premières élections législatives depuis près de vingt ans. Même si le scrutin ne fut que très modérément démocratique — l’opposante historique et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi n’était pas autorisée à se présenter — et fut marqué par de nombreuses irrégularités, le nouveau Parlement s’est réuni. A la surprise générale, ses membres ont paru prendre au sérieux leur mandat. Non contents de débattre comme de vrais députés, ils ont de surcroît autorisé les journalistes à assister à leur session d’août 2011.

En septembre, le gouvernement a lancé un programme baptisé « Du cash pour les épaves ». Ce dispositif permet à tout propriétaire d’un véhicule vieux de quarante ans d’échanger son bien contre une ristourne de 50 % sur les lourdes taxes d’importation qui rendent impossible l’achat d’une voiture neuve. Un coup de pouce apparemment anodin, mais qui a son importance dans un pays où le parc automobile ressemble encore à un magasin d’antiquités. L’acquisition d’un véhicule construit après 1971 n’est donc plus un privilège réservé à une poignée de protégés du régime.

Plus de six mille prisonniers ont récemment été libérés, dont plusieurs dissidents politiques. Le président Thein Sein a même accepté fin septembre de suspendre le projet de barrage de Myitsone qui faisait l’objet d’une vive contestation de la part des riverains du fleuve Irrawaddy. Le barrage « est contraire à la volonté du peuple », a admis le chef de l’Etat.

Pour certains, ce changement de ton s’explique par le désir du nouveau président de faire étalage de ses pouvoirs. Pour d’autres, il illustre le double jeu des anciens généraux devenus bons gestionnaires, soucieux avant tout de récolter les faveurs — et les dollars — de l’Occident. Les intellectuels ne cachent pas leur soulagement de voir la chape de plomb qui pesait sur eux se soulever un peu, même s’ils restent prudents quant à la suite.

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A qui profiteront
 la rénovation du Strand
et la libéralisation économique ?

Après plusieurs décennies de dictature militaire, il faudra plus que quelques gestes isolés pour convaincre. L’espoir, pour l’avenir, pour ses proches, pour soi-même, a été si longtemps et si fortement rationné que peu de Birmans sont prêts à s’y abandonner sans l’assurance d’un changement profond et durable.

D’où la question qui se pose aujourd’hui : une fois les sanctions économiques d’hier métamorphosées en investissements juteux, qui en récoltera les bénéfices ? Les amis du régime qui se sont approprié 80 % des entreprises publiques lors d’une vente aux enchères éclair organisée à la veille des élections de 2010, depuis les usines à glace jusqu’aux stations-service ? Le milliardaire Law et son groupe Asia World ? Le milliardaire Tay Za et son groupe Htoo (mine, transport maritime, immobilier, hôtellerie) ? Chevron (une des rares compagnies pétrolière américaines opérant en Birmanie, malgré les sanctions) ? Les promoteurs sud-coréens et chinois qui transforment Rangoun en construisant des appartements de luxe érigés en un temps record ? Et, au-delà de ces candidats évidents, les Européens parviendront-ils à nouveau à glaner quelques dollars dans ce coin éloigné du globe ?

Selon le New York Times, des discussions ont eu lieu l’été dernier entre le ministère du commerce birman et le groupe américain Caterpillar, réputé pour son flair et qui fait souvent la pluie et le beau temps auprès des autres investisseurs internationaux. Quelques mois plus tard, au cours de l’automne, le Fonds monétaire international (FMI) a effectué une visite de deux semaines dans le pays, afin de clarifier la question du taux de change (officiellement fixé à 6,5 kyats pour 1 dollar, alors que le billet vert s’échange à 800 kyats dans la rue) et les procédures de transfert de fonds.

Le retour de la Birmanie sur la scène commerciale mondiale finira certainement par effacer son image actuelle. Bientôt, le pays ne paraîtra plus du tout aussi distant ni aussi brutal. On pourrait même penser que la corne d’abondance des investisseurs fournira à la population birmane non seulement un salaire correct et du soda d’importation, mais également les moyens de vivre une fois les réserves de teck épuisées et les derniers rubis transformés en dollars ...

A Rangoun, les travaux de réfection du Strand se sont ralentis avec l’irruption de la saison des pluies. Le soir venu, la route à moitié refaite se peuple d’amateurs de football et de couples venus flâner dans l’air moite. L’électricité, capricieuse, ne cesse de sauter et de repartir. A la belle étoile, devant des téléviseurs alimentés par des groupes électrogènes, des groupes d’amis prennent le thé sur de petites tables en plastique, dégustent des frites de courge et commentent le feuilleton coréen du soir. Toute une ville perchée sur un bout de route, à la lisière d’on ne sait quoi. Une fois le chantier terminé, c’en sera fini de cette promenade publique improvisée. Le cliquetis des claquettes sur l’asphalte cédera la place au vrombissement des semi-remorques.

« Les fortunes gagnées grâce au pillage du teck ont été la force motrice de la colonisation, explique Moe War Than, un intellectuel birman. Aujourd’hui, c’est la même chose, mais avec d’autres bénéficiaires. A ceci près que le réchauffement de la planète rend ce trafic encore plus crucial qu’avant. »

Le cuivre, le bois et l’étain vont désormais descendre par le Strand en direction de pays lointains. Qu’est-ce qui aura vraiment changé, en dehors de la destination finale des exportations et du rythme auquel elles poursuivent la dévastation du paysage ?

http://www.monde-diplomatique.fr/2012/01/RUSH/47172

 

- En Birmanie, une ouverture en demi-teinte – Le Monde, avril 2012.

Les élections partielles du 1er avril 2012 en Birmanie ne remettent pas en cause la suprématie du parti au pouvoir au Parlement, mais elles étaient considérées comme un test majeur dans l'actuel contexte d'ouverture politique.

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Où en est le pays politiquement ? 

Le scrutin avait pour objet de renouveler seulement 48 sièges sur 664, dont 40 dans la Chambre basse, 6 dans la Chambre haute et 2 dans les Assemblées régionales. Il s'agissaitt de remplacer des députés qui ont récemment été appelés à des fonctions ministérielles, non cumulables avec des mandats de législateurs.

L'enjeu de ces élections était d'importance pour un ensemble de raisons. Cette fois-ci, la chef de l'opposition et Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi se présentait au scrutin. Lors des élections générales de novembre 2010 - qui avaient marqué le début d'une évolution "démocratique", après quarante-huit ans de dictature militaire -, le parti de la "dame de Rangoun", la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), avait appelé au boycott. Le processus électoral avait été entaché de multiples fraudes, décrédibilisant les promesses de la junte d'alors de mener l'Union de Myanmar sur la voie d'une "démocratie disciplinée", pour reprendre la phraséologie officielle. La formation des militaires, le Parti pour la solidarité et le développement de l'Union (USDP), avait raflé 76 % des sièges des deux Chambres.

L'année 2011 fut marquée par une ouverture politique sans précédent depuis le coup d'Etat de 1962. Le président Thein Sein a surpris les observateurs et les chancelleries occidentales en multipliant les signes d'une volonté de réformes. Aung San Suu Kyi a accepté de jouer le jeu de cette ouverture en dépit des quinze années qu'elle a passées, de 1989 à 2010, en résidence surveillée à Rangoun, ex-capitale et plus grande ville du pays.

A l'été 2011, elle a rencontré le chef de l'Etat et d'autres caciques d'un régime dont elle fut, durant des lustres, la bête noire. La chef de la NLD se dit confiante, quoique avec des réserves, dans les promesses du gouvernement. Mais ce dernier, issu des élections truquées de 2010, est encore composé en majorité d'anciens généraux, tandis qu'un quota de 25 % reste attribué aux militaires dans chacune des deux Chambres du Parlement.

L'ouverture politique est-elle réelle ?

Ce scrutin était ainsi un test crucial aux yeux des Occidentaux et de tous les pays qui ont accueilli favorablement le processus de réforme. Son déroulement a été observé avec une grande attention alors que des signes inquiétants se sont fait jour : Aung San Suu Kyi s'est plainte de plusieurs irrégularités au cours de la campagne électorale. Elle a accusé l'USDP de forcer des villageois à se rendre aux meetings de ses candidats, tandis que certaines autorités locales ont été soupçonnées de s'apprêter à faire voter les morts...

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La réalité de l'ouverture politique est malgré tout indéniable, surtout venant d'un régime aussi violent et prédateur, fût-il devenu "civil". Après l'"autodissolution" de la junte, le 30 mars 2011, et l'annonce simultanée du retrait de son vieux tyran, le généralissime Than Shwe, le nouveau chef de l'Etat, Thein Sein, a multiplié les annonces de réformes. Création de syndicats libres, loi sur l'autorisation de manifester, assouplissement de la censure, libération de centaines de prisonniers politiques, suspension des travaux d'un barrage très controversé construit par les Chinois dans le nord du pays : le rythme des annonces a été si soutenu qu'il a laissé pantois nombre d'observateurs. Même si la plupart de ces intentions doivent encore être confrontées à l'épreuve des faits.

Dernière promesse en date : le gouvernement a signé le 17 mars avec l'Organisation internationale du travail (OIT) un accord visant à en finir avec le travail forcé en... 2015. Ce qui est mieux que rien, au vu du nombre de Birmans réduits à la condition d'esclaves au cours des dernières décennies.

Le contrôle des militaires sur le pays reste disproportionné : une clause de la Constitution de 2008 permet au chef d'état-major des armées de s'emparer dupouvoir en cas de crise.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2012/03/24/birmanie-une-ouverture-en-demi-teinte_1674877_3216.html


- En Birmanie, l'information devient quotidienne – AFP, avril 2013.

Pour la première fois depuis un demi-siècle, les Birmans ont découvert ce lundi quatre quotidiens privés.

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Ils sont seize à avoir la licence mais seuls quatre ont pour l’instant réussi à se lancer : les Birmans ont découvert ce lundi leurs premiers quotidiens privés, dans un pays où les réformes politiques redessinent chaque jour un peu plus le secteur de l’information.

The Voice, version quotidienne d’un des plus grands magazines du pays, The Union, proche du parti majoritaire, The Golden Fresh Land et The Standard Timesont arrivés dans les kiosques lundi matin, au grand bonheur d’une population de 60 millions d’habitants avide d’une information libérée du joug de la censure.

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«Les gens sont contents de lire des quotidiens pour la première fois», a ainsi estimé Phyu Phyu, marchande de journaux à Rangoun. «The Voice Daily a été épuisé très vite», a-t-elle ajouté, décrivant des stands pris d’assaut dès le petit matin.

Certains titres voulaient absolument être présents pour ce premier jour. «Nous voulions faire partie de cette étape historique», a relevé Aung Soe, un responsable de The Voice. Mais entre faiblesse logistique, inexpérience des rédactions et imprimeries sous-équipées, le défi à relever est immense. «Nous nous sommes préparés pendant six mois pour le quotidien», a-t-il ajouté. Notre plus grand défi, ce sont les ressources humaines. Nous devrons le surmonter.»

Les douze autres élus n’ont de leur côté pas réussi à tenir les délais, comme D-Wave, le journal du parti de l’opposante Aung San Suu Kyi, qui espère publier en juillet.

Et beaucoup s’interrogent sur l’espérance de vie de si nombreux quotidiens concurrents, qui coûtent 200 kyats (moins de 20 centimes d’euro), dans un des pays les plus pauvres de la planète. «C’est bien d’avoir beaucoup de journaux, mais nous craignons qu’ils ne soient pas capables de continuer à long terme», a indiqué à l’AFP le vendeur Kalar Lay. Les gens n’ont pas les moyens de les acheter tous

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«Nous devons attendre de voir comment la population va les accepter», a indiqué de son côté Thiha Saw, de l’hebdomadaire Open News. «Le gouvernement ne peut pas aider le secteur privé parce qu’il est occupé à transformer les médias d’Etat en service public.» Le gouvernement a en effet annoncé il y a quelques mois une réforme des quotidiens d’Etat, considérés comme de simples porte-parole du régime et qui sont vendus deux fois moins chers que les privés.

Le quotidien anglophone New Light of Myanmar, modèle d’un journalisme d’un autre âge qui s’est légèrement dépoussiéré ces deux dernières années, a ainsi lancé un appel d’offre pour trouver un partenaire privé, local ou étranger, et devenir un «journal normal».

Le régime militaire avait nationalisé les quotidiens il y a un demi-siècle. Jusqu’à ce lundi, toutes les publications privées étaient hebdomadaires, n’utilisant que leurs sites internet pour satisfaire la soif d’information. Mais depuis l’auto-dissolution de la junte en mars 2011, les réformes du nouveau gouvernement se sont étendues au secteur des médias. La censure a été abolie en août dernier, des journalistes emprisonnés ont été libérés. Et des sujets tabous, comme les activités de l’opposante Aung San Suu Kyi, font désormais la une. Le Golden Fresh Land a d’ailleurs choisi une photo de l’ancienne prisonnière politique, désormais députée, pour son premier numéro.

Mais malgré ces progrès décrits par Reporters sans frontières comme une «révolution de papier», le pays figure encore, après une remontée de 18 places, au 151e rang sur 179 au classement 2013 de la liberté de la presse de l’organisation. Et les textes destinés à remplacer les lois liberticides d’hier sont toujours en discussion. Dont un, rédigé par le pouvoir sans concertation, qui a soulevé de vives protestations de la part des professionnels.

http://www.liberation.fr/monde/2013/04/01/en-birmanie-l-information-devient-quotidienne_892817

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III- LA QUESTION DES MINORITES. 

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La Birmanie affiche une des plus grandes diversités ethniques au monde. 135 groupes ethniques sont officiellement recensés par le gouvernement, qui totalisent une centaine de langue et de dialectes différents. Bien qu’aucun recensement précis ne soit disponible à ce jour, des évaluations convergentes estiment que les « minorités ethniques » (appellation qui regroupe l’ensemble des groupes n’appartenant pas à l’ethnie majoritaire bamar) représentent aux environs d’un tiers des 52 millions d’habitants que compte le pays.

Outre les Bamars, les Shan, Karen, Karenni, Mon, Kachin, Chin et Rakhine (ou Arakan) constituent les minorités les plus importantes, auxquelles s’ajoutent des Chinois et des Indiens d’immigration plus récente.

Si de nombreuses minorités sont bouddhistes, à l’égal des bamars, certaines d’entre elles sont musulmanes (notamment le long de la frontière avec le Bangladesh, comme les Rohingya), et d’autres, à l’image d’une partie des Karens, se sont converties au christianisme durant la colonisation britannique. Ces clivages religieux constituent des lignes de fracture supplémentaires au regard de la Junte militaire au pouvoir.

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En matière de répartition géographique, les Bamars sont concentrés dans la plaine centrale de l’Irrawaddy, tandis que les minorités peuplent essentiellement les « zones frontières » situées à la périphérie du pays, le long des frontières avec la Thaïlande, le Laos, la Chine, l’Inde et le Bengladesh. Ce constat doit toutefois être nuancé, d’importantes migrations internes ayant diversifié la configuration ethnique, en créant par exemple d’importants foyers de minorités dans les agglomérations de Rangoon ou de Mandalay.

La cohabitation entre les multiples groupes ethniques, et singulièrement entre les différentes minorités et l’ethnie majoritaire bamar, a constitué de longue date l’un des enjeux cruciaux de la difficile édification nationale. L’histoire birmane est ainsi jalonné de méfiance réciproque et de conflits ouverts, entrecoupées de certaines initiatives d’intégration nationale dans un cadre fédéral. Cette histoire a tourné ces dernières années à l’avantage de la Junte militaire bamar au pouvoir, générant une situation humanitaire particulièrement dramatique dans les zones peuplées par les minorités ethniques. A cet égard, l’attention internationale accordée à la répression de l’opposition démocratique par la Junte ne doit pas occulter l’enjeu de la nécessaire intégration des minorités ethniques au processus politique national. La réussite de cette intégration sera décisive pour la construction d’un Etat birman démocratique et en paix.

 

1- Les Shans

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Représentant entre 8 et 10 % de la population birmane, les Shans constituent une minorité ethnique de poids. Démographiquement en premier lieu, ensuite parce qu’ils sont répartis dans un Etat qui les rassemble pour la majorité d’entre eux : l’Etat shan. Un des sept états birmans situé dans l’est de la Birmanie, il est aussi un des plus vastes.

Apparentés aux Thaïs, le terme shan est d’ailleurs dérivé de siam, ancien nom de la Thaïlande, les Shans ont une histoire qui rend leur itinéraire au sein de l’histoire du pays singulier. Installés dans la région au 13ème siècle, venus du Yunnan (dans le sud ouest de la Chine), ils ont d’abord régné sur la haute Birmanie. Leur capitale se situait près de Mandalay, à Ava. L’apogée a duré deux siècles pendant lesquels ils contrôlaient les riches rizières au niveau du cours moyen de l’Irrawaddy. Dans les siècles suivants, ils ont constitué un ensemble de principautés dans les montagnes et hauts-plateaux de l’actuel Etat shan.

Bénéficiant d’une histoire propre qui les a très tôt doté d’une administration structurée et sous l’autorité de princes appelés Saopwa, le peuple shan a coexisté avec de nombreuses autres peuples installés dans les montagnes, comme les Wa, les Pao, les Palaungs, et les Akhas dont certains étaient vassalisés par les princes, tandis que d’autres conservaient leur autonomie.

Les principautés shan ont pu jouir d’une large autonomie lors de l’occupation britannique. Ayant le statut de protectorats, ils se sont tenus à l’écart des mouvements nationalistes birmans. Un accord leur garantissait un droit de sécession au terme d’une période de 10 ans à partir de l’indépendance. Le premier président de la Birmanie démocratique fut un prince shan, Sao Shwe Thaike.

Mais le coup d’état de Ne Win en 1962 abolit le système et le droit de sécession. Depuis cette période, l’Etat shan a été le théâtre d’une multitude de dissidences armées. Les Shans se sont battus dans tous les camps : surtout pour le compte de mouvements nationalistes spécifiquement shan, mais aussi d’armées privées de trafiquants de drogue, comme la Mong Taï Army de Khun Sa, l’un des anciens seigneurs de guerre et trafiquants de drogue les plus célèbres d’Asie du Sud Est. Pendant plus de trente ans, l’homme a contrôlé la culture et le trafic d’opium de la région, tout en clamant qu’il combattait pour l’autonomie de l’ethnie shan. L’Etat shan a également connu des guérillas d’autres ethnies, comme celle des Pao, des Wa, chez qui le Parti Communiste Birman s’était implanté, ou les Palaungs. La production illicite de drogue (héroïne issue du pavot, Méta-amphétamines « Ya-baa ») est une des sources d’alimentation du conflit et gangrène la résolution de celui-ci, puisque cette ressource de poids finance les mouvements de rébellion mais asservit les trafiquants à des tractations opaques avec l’Etat birman et les puissances voisines.

En 2005, certains leaders shan en exil ont prononcé l’indépendance de la Fédération des états shans. Bien que cette déclaration n’ait pas eu d’impact réel pour le peuple shan, l’armée birmane a mené une campagne de répression à l’encontre des Shans vivant en Birmanie. Ils ont eu à faire face des restrictions de leurs mouvements plus nombreuses et une recrudescence des raids dans leurs villages. De nombreux leaders, tant en exil qu’à l’intérieur soutiennent toujours la lutte démocratique d’Aung San Suu Kyi et la ligue shan pour la démocratie, proche de la LND.

Aujourd’hui, plusieurs groupes armés de libération ont signé des accords de cessez le feu. La situation humanitaire reste préoccupante car la population est victime de relocalisations forcées et de multiples exactions : birmanisation forcée, prostitution, abus de drogues, recrudescence des déplacés internes et de migrants illégaux, soumis à de nombreuses formes d’exploitations en Thaïlande.

 

2- Les Karens

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Second groupe ethnique en Birmanie, les karens vivent en majorité dans le delta de l’Irrawaddy et dans l’Etat karen dans l’est de la Birmanie. Peuple d’origine tibéto-birmane, ils sont aujourd’hui près de 7 millions, dont 4 millions dans la plaine de l’Irrawaddy, 2 millions dans le Kawthoolei (Etat karen) et 1 million disséminé dans plusieurs états voisins.

Le peuple karen n’est donc en rien homogène car il est éparpillé en de nombreuses tribus. On compte également 12 sous-groupes répartis dans deux grands groupes, les Karens des plaines et les Karens montagnards. Près de 10 à 15 % des Karens sont chrétiens, les autres sont animistes ou bouddhistes.

Eclairage historique :

L’Etat karen faisait partie des territoires occupés par les Britanniques durant la colonisation. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux karens combattirent aux côtés des soldats anglais, le gouvernement anglais ayant promis l’autonomie aux karens après la guerre. Cependant, lorsque la Birmanie obtint l’indépendance en 1948, les Karens n’eurent pas ce qui leur avait été promis. Le 11 février 1948, plus de 400 000 karens manifestèrent pacifiquement pour demander leur propre terre. Ce jour a été baptisé le Jour National Karen. Les karens ont continué à réclamer l’autodétermination de façon démocratique et pacifique au régime birman, mais en lieu et place de négociation le régime a engagé une guerre à leur encontre.

Sous l’égide de l’Union Nationale Karen (KNU), les Karens prirent les armes le 31 janvier 1949 luttent depuis cette date pour une autonomie politique et pour leur propre survie. Même les droits les plus basiques comme celui d’enseigner la langue karen leur est nié.

Le régime force les villageois à travailler comme esclaves ou pire les utilise comme démineurs humains en les faisant marcher devant les soldats. Dans les dix dernières années, plus de 3000 villages ont été détruits dans l’Etat karen et plus de 200 000 personnes ont trouvé refuge dans la jungle, fuyant l’armée birmane avec très peu de nourriture, sans abri et sans soins.

 

Excellent reportage paru dans Le Monde en 2102 : « Au cœur du pays Karen, dans la jungle birmane » : cliquer ici

 

3- Les Was

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En ce mois d’avril 2009, à l’occasion de l’anniversaire des 20 ans du coup d’Etat qui a renversé le Parti communiste birman, Bao You-Xiang, le leader du Parti uni de l’Etat wa a fait le vœu d’un renforcement l’ « Etat wa ». Le 17 avril est célébré comme le jour de 1989 où les soldats was se révoltèrent contre le Parti Communiste de Birmanie (CPB) auquel les troupes was étaient incorporées depuis les années 60 pour s’émanciper et s’organiser au sein d’un groupe politique, appelé ‘Parti Uni de l’Etat Wa’ (UWSP) . Plus de 20.000 personnes auraient assisté aux célébrations à Panghsang, capitale actuelle de l'UWSA.

Les Was sont une population tribale des hauts plateaux de la région shan, dans le nord-est de la Birmanie. Appartenant au groupe ethnolinguistique Môn-Khmer, les historiens attribuent aux Was d’être parmi les plus anciens habitants de la région, implantés depuis des siècles entre les fleuves de la Salween et du Mékong. Cette ethnie a une réputation redoutable puisque les Was étaient connus comme chasseurs de têtes humaines, puis ils se sont illustrés en suite en tant que valeureux guerriers au sein du Parti communiste birman.

Il n’y a pas d’Etat wa officiellement reconnu en Birmanie. Mais dans les faits, les Was ont obtenu de la junte birmane en 1989 le contrôle total d’une région de l’Etat shan, appelée Région spéciale n° 2, située le long de la frontière chinoise. Ces concessions des militaires birmans à l’égard des Wa s’expliquent par l’importance militaire de l’Armée Unie de l’Etat Wa (United Wa State Army, UWSA), qui, forte de quelques 20.000 hommes, est le plus important groupe ethnique armé de Birmanie. L’UWSA est la branche militaire du Parti Uni de l’Etat Wa. En 1989, l’UWSA a signé un accord de cessez-le-feu avec l’armée bimane et a même appuyé la stratégie de contre-insurrection de l’armée birmane contre la MTA (Mong Tai Army) de Khun Sa durant les années 90.

Depuis les accords de cessez-le-feu, la production d’opium, qui pousse traditionnellement sur les plateaux de l’Etat shan, a grimpé en flèche. Les territoires was sont nichés au cœur du Triangle d’Or, une région transfrontalière entre la Birmanie, le Laos et la Thaïlande et rendue célèbre par les trafics de drogue qui s’y déroulent. Les Was sont un acteur majeur de la production d’opium - la Région spéciale n° 2 aurait produit à elle seule 34% de l’opium de Birmanie en 2003. L’opium est devenu pour les Was de Birmanie, qui pratiquent très peu l’agriculture vivrière, une production de rente, qui permet en grande partie de financer et entretenir les soldats de l’USWA. Toute la structure de l’armée birmane est largement impliquée dans ce trafic hautement lucratif.

En plus de l’opium, les Was sont aujourd’hui les premiers producteurs de yaabaa, une drogue de synthèse type amphétamine très populaire en Thaïlande et dans le reste de l’Asie. L’UWSA serait un des plus importants producteurs de drogue d’Asie du Sud-Est, et à cet égard a été mis sur liste noire par le gouvernement américain. Ces dernières années, il semblerait néanmoins que les ravages de la drogue provoqués au sein de la population locale mais surtout les pressions chinoises aient poussé les leaders was à créer un corridor ‘opium free’ le long de la frontière chinoise et à diminuer le trafic d’héroïne, et les aient incité à diversifier leurs activités: hôtellerie, composants électriques, bâtiment, investissements étrangers dans la sous-région... mais aussi trafic d’armes – les Was sont des marchands d’armes de premier plan – et trafic d’automobiles de luxe volées en Thaïlande, à Singapour ou encore en Malaisie.

Si l’UWSA semblait entretenir de « bonnes » relations avec la junte militaire, principalement basées sur le partage des énormes bénéfices de la drogue et la forte autonomie dont les Was bénéficient, il apparaît que celles-ci se sont refroidies ces derniers temps. Les Was ont récemment défié le régime militaire en refusant le désarmement et les observateurs constatent des tensions grandissantes à l’approche des élections de 2010. La junte birmane souhaiterait notamment incorporer les soldats was à une milice nationale, ce qu’ont refusé catégoriquement les leaders was. Signe de ce net refroidissement, seuls des officiers de second rang représentaient le pouvoir militaire birman lors des cérémonies du 20ème anniversaire, tandis qu’il fut un temps où les généraux de haut rang venaient assister en personne aux célébrations. En parallèle, les leaders was emploient depuis l’année passée le terme de « Gouvernement de l’Etat Wa ». La nouvelle constitution passée en force en 2008 prévoit bien une large autonomie pour la Région spéciale n°2, mais les leaders was ne semblent pas se satisfaire de cette proposition (division d’administration autonome) et poussent au fédéralisme, sur le modèle de la politique des Etats américains (contrôle économique et politique total de la région).

Si l’évincement du pouvoir du Général Khin Nyunt en 2003, artisan des accords de cessez-le-feu et métisse sino-birman, peut être avancé comme l’une des raisons du raidissement des relations entre l’UWSA et la junte au cours de ces dernières années, l’absence d’ouverture politique reste néanmoins la cause la plus probable des tensions avec les groupes signataires de cessez-le-feu. La reddition des soldats et la participation forcée aux élections de 2010 sont les points chauds des négociations entre leaders ethniques et généraux birmans. De même, l’absence de projet politique de la part des généraux, incluant toutes les composantes ethniques du pays, se traduit par une frustration grandissante chez les minorités ethniques.

L’échec des pourparlers risquerait fort de conduire à l’embrasement d’une région déjà aux proies à une forte instabilité, et aboutir à une situation inverse de l’objectif principal clamé par la junte : la désintégration de l’Etat birman.

 

- La puissante minorité des Wa veut son Etat – Le Point, 28 mai 2013.

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Connue pour la force de son armée et ses liens avec la Chine, la minorité ethnique des Wa revendique désormais rien moins qu'un Etat au sein de la fédération de Birmanie, une façon d'accentuer son bras de fer avec le nouveau régime.

Le pays asiatique compte 14 divisions ou Etats, avec dans chacun d'entre eux un gouvernement et un parlement locaux. Mais il n'envisage que timidement une plus ample décentralisation, après des décennies d'une dictature militaire obsédée par l'union, face à des groupes rebelles dispersés aux quatre coins du territoire.

Les Wa constituent la plus puissante armée rebelle du pays, forte de quelque 30.000 hommes, appuyée sur la frontière avec la Chine et accusée de se financer par le trafic de drogue.

Ils entendent bien tirer leur épingle d'un jeu politique complètement remodelé depuis le départ de la junte en 2011 et la mise en place depuis de profondes réformes politiques.

Ils administrent déjà, en toute autonomie, six circonscriptions dans l'Etat Shan, soit environ 800.000 personnes. Mais pour Tone Sann, un porte-parole de l'Armée unie de l'Etat Wa (UWSA), ce "n'est pas suffisant".

"Nous voulons qu'elles soient reconnues comme formant un Etat" à part entière, a-t-il expliqué à l'AFP en marge d'une cérémonie religieuse à Mangpan, en Etat Shan, au cours de laquelle les chefs rebelles ont fait une rare apparition publique.

La demande intervient alors que des accords ont été signés depuis l'an passé entre une dizaine de groupes rebelles et le nouveau régime, qui revendique sa volonté de bâtir une paix durable. Elle émane d'une puissance incontournable, qui a elle-même respecté depuis 1989 un cessez-le-feu tendu.

"Les Wa ont fait preuve dans le passé de leur capacité à obtenir les concessions dont ils avaient besoin", constate Nicholas Farrelly, de l'Australian National University.

Leurs ressources politiques, militaires et économiques en font "une force avec laquelle il faut compter", ajoute-t-il. "En administrant ce qui apparaît comme un fief frontalier indépendant, il est logique que les Wa testent les premiers un nouveau style de décentralisation".

Selon Tone Sann, la requête pour un "Etat Wa" a déjà été déposée par l'UWSA, notamment afin de bénéficier des programmes de développement fédéraux. Elle aurait reçu l'assurance d'un examen devant le parlement.

Pour Sai Pao Nap, un parlementaire du Parti démocratique wa, la promotion administrative permettrait aussi aux Wa de gérer directement leurs relations avec l'Etat sans passer par l'Etat shan. "Je ne pense pas que cela posera des problèmes", a-t-il pronostiqué.

Reste des tensions croissantes, depuis deux ans, entre les Wa et l'armée.

Il y a quelques semaines, un rapport d'IHS Jane's qualifiait même de "fragile" le cessez-le-feu et suggérait que les Wa avaient acheté des hélicoptères aux Chinois dans le cadre d'un "programme de réarmement rapide".

Infirmée par Pékin, l'achat a aussi été démenti par Tone Sann, qui a nié par ailleurs l'importance de la production d'opium et de métamphétamines dans la zone.

Mais le grand voisin, relèvent les observateurs, n'est jamais très loin. La Chine est le "facilitateur et le sponsor du succès" de l'UWSA, estime Farrelly. "C'est une terre frontalière qui se définit par ses complexités et ses ambiguïtés, les Chinois jouant un rôle inévitable dans ce qu'ils considèrent être leur arrière-cour".

Un dossier ethnique sensible de plus pour le président Thein Sein, qui tarde déjà à obtenir la paix avec la dernière guérilla en activité, les Kachins, dans l'extrême-nord du pays.

Les pourparlers avec ces derniers, qui se sont poursuivis mardi, durent depuis des mois sans aboutir et des combats se poursuivent, alimentant l'idée que Naypyidaw reste tenté d'en finir, une fois pour toutes, avec les groupes rebelles.

http://www.lepoint.fr/monde/birmanie-la-puissante-minorite-des-wa-veut-son-etat-28-05-2013-1672916_24.php

 

4- Les Karennis

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Avec plus de 23000 réfugiés, les karenni forment le second groupe de réfugiés restant en Thaïlande après celui des karen. Les karenni (ou karen rouges, aujourd’hui appelés kayah) résident en partie dans la province thaïlandaise de Mae Hong Son, dans le sud de l’état Shan de Birmanie et surtout dans l’état Kayah de Birmanie, où ils représentent la majorité de la population (environ 140 000 des 250 000 habitants). Les autres habitants de l’état Kayah sont les birmans, les shan, les karen, les kayan (padaung) les kayaw (bwe) et quelques autres minorités ethniques parlant le plus souvent des dialectes karen.

Situés entre les shan et les karen, les karenni partagent avec eux certaines coutumes et traditions, reconnaissent quelques ancêtres communs mais n’en sont pas moins un groupe culturellement et historiquement différent. Parlant le kayah ou ses différentes formes dialectales, les karenni doivent leur nom à la couleur de leur costume. Traditionnellement, les femmes karenni portent une robe courte et une pièce d’étoffe rouge couvrant le dos et le torse, retenue à la taille par une grande ceinture de coton blanc. Sous leurs genoux, elles portent des anneaux laqués et parfois des anneaux d’argent.

La majorité des karenni sont aujourd’hui chrétiens, soit baptistes soit catholiques. Quelques uns sont bouddhistes mais l’animisme reste très présent avec et chaque village karenni possède son mat aux esprits, le Ko Thoo Bow. L’élévation de ce pilier donne lieu chaque année vers le mois d’avril à une fête du même nom dans tous les villages karenni et est aujourd’hui devenu une fête de l’état Kayah.

L’état Kayah est souvent appelé état Karenni. A l’origine il y avait six états karenni, dont 3 qui à l’instar des états shans, restèrent indépendants de la Birmanie britannique. Un traité fut signé en ce sens en 1875 entre les britanniques et le roi Mindon. Ces 3 états karenni conservèrent leur indépendance jusqu’en 1947. Ils furent alors regroupés en un seul état, et devinrent membres de l’Union birmane, avec la possibilité inscrite dans la constitution de 1947 de faire sécession et de se constituer en état de droit au terme de dix ans. Mais en août 1948, les troupes birmanes envahirent l’état et assassinèrent U Be Htu Ree, leader karenni favorable à une indépendance complète et chef du gouvernement de résistance karenni (KRG). En 1952, l’ancien état Shan de Mong Pai, dans lequel vivent des communautés Padaungs (Kayan) fut ajouté à l’état karenni et l’ensemble renommé état Kayah. La situation changea à nouveau au début des années 60, quand l’état de Mong Pai fut de nouveau rattaché à l’Etat shan : Finalement l'état Kayah actuel est l'état Karenni de 1948 et correspond aux trois états karenni de 1875.

En 1957, le KRG est refondé par les partisans de l’indépendance karenni et donne naissance au parti progressiste national karenni (KNPP). Ils s’opposent au Kayan new land party (KNLP) et surtout au Karenni national people’s liberation Front (KNPLF), groupe dissident ayant fait scission en 1978, tous deux aujourd’hui alliés à la junte birmane. Des cessez le feu ont été signés par ces deux derniers groupes en 1994. Le KNPP a également signé un cessez-le-feu en 1995, mais il est considéré comme caduc depuis plusieurs années en raison de la reprise du conflit entre ce groupe et l'armée birmane.

Si de 1948 à 1961, de violents conflits ont opposé l’armée birmane aux indépendantistes karenni, l’installation de bases militaires permanentes de l’armée birmane coïncide avec l’implantation de la première grande centrale hydroélectrique de Birmanie, à Lawpita. Des promesses de déve

loppement, d’électricité et d’irrigation sont faites aux karenni, mais elles ne se concrètiserons jamais pour la population. Au contraire, le peuple karenni subit la montée des eaux de la rivière Balu sur laquelle le barrage de Mobye, alimentant la centrale, a été construit. Environ 8000 villageois (majoritairement des kayan) sont déplacés sans compensation. Restrictions d’usage de l’eau, interdiction de pompage, lâchers d’eau destructeurs et inondations non saisonnières viennent endommager le travail des fermiers. L’implantation de la centrale et des baraquements destinés aux ouvriers (venus du centre de la Birmanie et privant les karenni de travail) et l’installation de nouvelles bases militaires pour sécuriser la zone de Lawpita, entraînent le déplacement de nouveaux villageois.

Acheminant l’électricité vers Rangoon ou Mandalay, les pylônes haute tension deviennent la cible du KNPP. L’armée birmane répond en plantant des mines autour des pylônes. En 1990, environ 18000 mines antipersonnelles ont été plantées pour sécuriser la zone de la centrale. L’armée a confié l’entretien des zones minées aux villageois des environs, entraînant ainsi de nombreuses morts et blessures au sein de la population civile.

Parallèlement au développement de la centrale de Lawpita, l’armée applique sa politique des "4 coupes" à l’encontre du KNPP (Il s’agit de les couper des fonds, approvisionnements, informations et recrues que peuvent leur fournir les villageois) en détruisant en 1974 et 1975 24 villages des bords de la Salouen et de la Paï. Dans les années 1980, les combats s’intensifient autour de la Salouen, alors que dans les années 1990, les karenni continuent d’être relocalisés de force.

Après les cessez le feu de 1995, l’année 1996 marque une nouvelle offensive de l’armée birmane dans sa volonté de contrôler l’état Kayah. 212 villages suspectés de soutenir le KNPP sont déplacés intérieurement. Sur ces 212 villages relocalisés, 96 étaient situés sur les rives de la Salouen et de la Pawn, son affluent. Considérant les opérations de 1974 et de 1975, la Salouen, fleuve sacré des karenni qui traverse l’état Kayah du nord au sud, a ainsi été nettoyée de la majeure partie de ses villages. Et la construction du barrage de Weygyi, en aval du fleuve sur la frontière Thaïlande/Birmanie, prive définitivement les karenni d’un éventuel retour sur leurs terres une fois qu’elles seront submergées.

 

5- Les Kachins.

 

Les Kachin veulent "un vrai processus de paix" – Le Monde, 8 mars 2013.

A l'occasion de sa première tournée de dix jours en Europe, qui s'est achevé vendredi 8 mars par l'Italie, le président birman Thein Sein a plaidé pour la levée définitive des sanctions qui frappe son pays, l'un des plus pauvres de laplanète. Ce serait une reconnaissance, a-t-il affirmé, de la politique d'ouverture lancée en 2011, à son arrivée au pouvoir, et qui s'est traduit en particulier par la libération des prisonniers politiques, la fin de la censure et l'entrée de l'opposition au Parlement. " L'existence des sanctions est encore un grand obstacle ", a déclaré Thein Sein à l'issue d'un entretien avec le président du parlement européen, Martin Schulz, mardi 5 mars.

Mais, pour les Kachin, minorité ethnique du nord-est de la Birmanie qui doitfaire face à une forte offensive de l'armée depuis septembre 2012, une telle décision serait prématurée, a jugé Moon Nay Li, coordinatrice de l'Association des femmes Kachin (Kachin Women Association Thaïlande, KWAT), de passage à Paris à l'invitation du CCFD-Terre Solidaire.

En avril 2012, l'Union européenne avait décidé de " suspendre " les sanctions commerciales, économiques et individuelles pour un an, tout en soulignant qu'elle " suivrait de près la situation sur le terrain ".

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En rencontrant le dirigeant birman, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a souligné que d' " importants défis subsistaient, en particulier en ce qui concerne la nécessité d'un accord de paix global dans les zones ethniques "" Sur les 11 groupes armés, nous avons signé des cessez-le-feu avec dix d'entre eux ", a affirmé Thein Sein, dans une interview à la Voix démocratique de Birmanie(DVB). 

Cependant, dans l'Etat Kachin, l'un des plus riches en ressources naturelles du pays et voisin de la Chine, l'armée birmane poursuit ses attaques après avoirrompu un cessez-le-feu vieux de dix-sept ans. Selon Moon Nay Li, " le gouvernement birman parle de paix, mais il fait la guerre contre les Kachin ".

A Paris, la coordinatrice de la KWAT a présenté les conclusions d'un rapport de son organisation sur les exactions commises par l'armée birmane sur les civils depuis septembre 2012.  Au total, 26 civils ont été tués dans des attaques d'artilleries. Des villages et des camps pour les déplacés ont également été détruits. Plus de 100 000 personnes ont fui leurs villages en raison des combats dans l'Etat Kachin : 66 000 se trouvent dans les zones contrôlées par l'Armée kachine pour l'indépendance (Kachin Independence Army, KIA), 40 000 dans celles sous contrôle gouvernemental.

" Les déplacés sont pris au piège entre l'armée birmane et la Chine qui les repousse ", selon Guy Horton, spécialiste de la Birmanie à l'Ecole des études orientales et africaines de l'Université de Londres, de retour de l'Etat Kachin, qui s'est inquiété d' "un désastre humanitaire à venir ".

" Nous réclamons un vrai processus de paix ", explique au Monde Moon Nay Li, dont l'association, basée en Thaïlande, mène un travail d'éducation politique auprès des populations Kachin pour préparer les élections de 2015.

Dans son rapport, KWAT réclame, non seulement la poursuite des sanctions contre le gouvernement birman, mais également une commission d'enquêtesur les crimes de guerre et crimes contre l'humanité perpétrés par l'armée birmane. Thein Sein achève vendredi 8 mars la tournée européenne qui l'a mené successivement en Norvège, Finlande, Autriche, Belgique et Italie.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/03/08/birmanie-les-kachin-veulent-un-vrai-processus-de-paix_1845208_3216.html

 

6- Les Arakanais et les Rohingyas

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Deux groupes ethniques vivent dans l’Etat Rakhine, région côtière de l’ouest de la Birmanie: les Arakanais d’origine tibéto-birmane et de confession bouddhiste, et les Arakanais d’origine persane ou indienne, de religion musulmane pour la plupart (les Rohingyas). Le conflit identitaire entre ces populations musulmane et bouddhiste est ancien et toujours latent. Les bouddhistes revendiquent être les uniques héritiers historiques de l'Etat Rakhine. Peuple non reconnu par le régime birman, les Rohingyas, apatrides et persécutés, vivent confinés le long de la frontière avec le Bangladesh. Nombre d’entre eux ont fui pour trouver refuge dans ce pays.


Des émeutes antimusulmanes font 32 morts en Birmanie – Le Monde, 23 mars 2013.

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Un calme précaire régnait, samedi 23 mars, dans une ville du centre de laBirmanie où durant trois jours ont eu lieu de véritables pogroms antimusulmans qui ont fait au moins trente-deux morts. En dépit de ce relatif retour à la normale à Meiktila, ville située entre la capitale Naypyidaw et Mandalay, cette nouvelle série d'émeutes contre la minorité musulmane pose de nombreuses questions sur la stabilité sociale dans ce pays multi ethnique et pluriconfessionnel engagé sur la voie de la démocratisation : sur la soixantaine de millions de Birmans, environ 4% de la population est musulmane, la plupart des disciples du prophète étant d'origine indienne.

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L'armée patrouillait samedi la ville où des gangs armés de jeunes extrémistes bouddhistes, parfois appuyés par des moines, ont saccagé des mosquées et brulé des commerces musulmans depuis mercredi, après qu'une rixe eut éclaté dans une boutique vendant de l'or. Certaines sources évoquent le meurtre d'un moine bouddhiste, avant le début des émeutes.

Des photographes et journalistes birmans racontent avoir vu des cadavres brûlés gisant le long des rues. Confrontés à des émeutiers, certains ont dûretirer les cartes mémoires de leurs appareils photos ; l'un d'entre eux a été menacé par un moine bouddhiste armé d'un poignard.

Des centaines de musulmans ont trouvé refuge dans un stade de footballprotégé par les forces de l'ordre. De nombreux témoignages font cependant état d'une passivité de ces dernières aux premières heures des émeutes, laissant penser que, de manière délibérée ou non, la police et l'armée se sont montrées impuissantes à ramener le calme et à défendre les musulmans contre ce qui a toutes les apparences d'un pogrom organisé ou incité par des extrémistes locaux.

Cette nouvelle série de violences dirigées contre la minorité musulmane s'est produite après les graves émeutes interconfessionnelles qui avaient éclaté en juin et septembre dans l'Etat de l'Arakhan, au nord-ouest de la Birmanie. Au moins 150 personnes, majoritairement des musulmans, avaient été tuées dans ces incidents provoqués par le viol d'une femme bouddhiste.

En Arakhan, les quelque 800 000 membres de l'ethnie rohingya, composée de musulmans d'origine bengalie, dont beaucoup sont implantés en Birmanie depuis des lustres, représente une minorité réprimée durant de longues années au temps de la junte militaire : les Rohingyas ne jouissent pas de la citoyenneté birmane et sont déchus de la plupart des droits accordés aux 135 autres ethnies du "Myanmar".

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Les émeutes antimusulmanes ne sont cependant pas un phénomène totalement nouveau en Birmanie : durant la colonisation britannique, des centaines de musulmans furent tués lors de semblables pogroms dans les années trente, à une époque où la Grande-Bretagne pratiquait une politique d'immigration consistant à encourager les Indiens à s'établir dans le pays à des fins d'exploitation agricole. Il y avait alors 500 000 Indiens vivant en Birmanie, la moitié d'entre eux étaient musulmans. Plus récemment, les musulmans avaient aussi été les cibles de violences en 1997 et 2001.

Certains spécialistes remarquent que la démocratisation en cours depuis le retrait de la junte militaire au printemps 2011 a permis l'explosion de vieilles rancœurs et de séculaires frustrations d'ordre ethnico-religieuses. L'Etat d'urgence a été imposé à Meiktila et dans les districts environnant par le président birman Thein Sein, une décision qui va permettre à l'armée deramener l'ordre. Le contexte actuel de démocratisation avait eu cependant pour effet de confiner les soldats dans leurs casernes au terme de presque un demi-siècle de junte militaire...

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2013/03/23/birmanie-apres-les-emeutes-un-calme-precaire-regne-a-meiktila_1853189_3216.html

 

- Obama salue les réformes mais s'inquiète des violences ethniques – Le Point, 20 mai 2013.

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Le président américain Barack Obama a salué les réformes politiques et économiques entreprises en Birmanie par son homologue Thein Sein, qui effectuait lundi une visite historique à la Maison Blanche, mais a réclamé la fin des violences anti-musulmanes dans ce pays.

M. Obama, six mois après s'être rendu à Rangoun, a noté que les relations entre les deux pays s'étaient améliorées grâce "aux actions décisives du président Sein pour faire progresser la Birmanie sur le chemin des réformes politiques aussi bien qu'économiques".

Thein Sein a assuré qu'il voulait poursuivre les réformes démocratiques dans son pays, qui a quitté en l'espace de quelques années son statut de paria alors que la junte militaire semblait desserrer son étreinte sur le pouvoir.

En anglais, M. Obama a prononcé à plusieurs reprises le mot "Myanmar" plutôt que "Burma", recourant donc au nom privilégié par l'armée du pays et qui est de plus en plus souvent utilisé par des responsables américains en signe de courtoisie vis-à-vis du gouvernement.

Il a aussi expliqué que Thein Sein avait effectué de "vrais efforts" pour trouver une solution aux violences ethniques qui affectent le pays, mais a surtout fait mention de la minorité musulmane des Rohingyas.

Le président américain a ainsi fait part de sa "profonde inquiétude au sujet des violences communautaires qui ont visé des groupes musulmans en Birmanie". "Le déplacement de populations, la violence les ciblant doivent cesser", a-t-il insisté.

Thein Sein, dont les propos étaient traduits en anglais par un interprète, a de son côté reconnu que son pays devait faire face à de "nombreuses difficultés", et a exprimé sa reconnaissance à M. Obama pour son investissement dans le dossier birman, qui a selon lui favorisé le processus des réformes en cours.

"Pour que la démocratie se développe dans notre pays, il va nous falloir aller de l'avant, et il va nous falloir entreprendre des réformes politiques et économiques", a-t-il énoncé.

Thein Sein a semblé faire écho aux demandes de M. Obama quelques minutes plus tard, lors d'un discours dans une université de Washington, en souhaitant que les violences communautaires et les discriminations cessent dans son pays et en prônant une "cohésion nationale plus large" sans toutefois faire d'allusion directe aux Rohingyas, une minorité musulmane apatride.

Aucun dirigeant birman n'avait reçu les honneurs de la Maison Blanche depuis la visite du général Ne Win en 1966, sous la présidence de Lyndon Johnson, quatre ans après le coup d'Etat militaire qui a plongé la Birmanie dans des décennies d'isolation.

Mais des voix se sont élevées contre cette invitation jugée prématurée, et qui risque de relâcher la pression sur le régime, alors que le bilan de la Birmanie en matière de droits de l'homme est loin d'être satisfaisant et que les forces de l'ordre ont été accusées de passivité lors des récentes violences contre les Rohingyas.

"Le président Obama envoie le message que les crimes contre l'humanité commis par des forces d'Etat contre des minorités ethniques et religieuses en Birmanie seront ignorés par son administration", a dénoncé Jennifer Quigley, directrice d'US Campaign for Burma.

Thein Sein, ancien Premier ministre de la junte devenu chef de l'Etat en 2011, a surpris jusqu'aux plus cyniques en libérant, après son accession au pouvoir, des centaines de prisonniers politiques et en laissant entrer au Parlement Aung San Suu Kyi, opposante historique.

S'exprimant dimanche dans les bureaux de la radio Voix de l'Amérique, Thein Sein a indiqué qu'il dirait à M. Obama que les réformes poursuivent leurs cours et qu'il appellerait à la levée de toutes les sanctions économiques que les Etats-Unis ont pour une large part déjà suspendues.

Les élections de 2015 révèleront la sincérité du régime: les Birmans pourraient décider de porter Aung San Suu Kyi au sommet de l'Etat et forcer les militaires à céder pacifiquement le pouvoir.

http://www.lepoint.fr/monde/birmanie-obama-salue-les-reformes-mais-s-inquiete-des-violences-ethniques-20-05-2013-1670459_24.php

 

- Désunion nationale en Birmanie - par Renaud Egreteau, Le Monde diplomatique, décembre 2012

Depuis la dissolution de la junte du général Than Shwe, en mars 2011, et le tournant réformiste décidé par son successeur, le président Thein Sein, le dialogue a repris entre la majorité birmane (bamar) et les minorités ethniques. Mais la résolution des conflits identitaires est suspendue à trop de facteurs pour que l’on puisse espérer une réconciliation rapide.

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Le président birman Thein Sein, par le truchement de son envoyé spécial, l’ex-général Aung Min, a reconduit la plupart des cessez-le-feu conclus par la précédente junte, en particulier avec la puissante milice des Was, ethnie sinisée du nord du pays impliquée depuis les années 1960 dans la production et le trafic d’opium. Il est surtout parvenu à négocier pour la première fois des accords qu’on peut qualifier d’historiques avec les minorités karen, shan, chin et karennie. Après cette avancée, la « communauté internationale » (Japon et Norvège en tête) s’est montrée prête à soutenir des projets de développement dans les zones fraîchement pacifiées de la frontière birmano-thaïlandaise.

Mais à l’optimisme des premiers mois succède la crainte d’un enlisement des négociations, selon un schéma familier en Birmanie. Les accrochages entre rebelles shans et bataillons de l’armée birmane demeurent fréquents ; les scissions au sein de la communauté karen se multiplient à propos de la poursuite du dialogue. Et, si des pourparlers ont été entamés avec ces groupes de la frontière birmano-thaïlandaise, le conflit kachin s’enlise dans le nord du pays depuis que l’Armée de l’indépendance kachin a repris les armes, en juin 2011. Les combats ont ainsi fait plus de cent mille déplacés kachins, beaucoup cherchant refuge au Yunnan (Chine).

Enfin, les violences à l’endroit des Rohingyas musulmans resurgissent dans l’Etat de l’Arakan (rakhine). Les brutalités récurrentes subies par cette minorité — qui pratique un islam sunnite bien différent de celui rencontré ailleurs dans la région — trahissent un rejet obsessionnel de la part de la majorité arakanaise bouddhiste. Elles s’inscrivent dans des logiques xénophobes héritées d’un passé conflictuel entre communautés bouddhistes et musulmanes.

Six décennies de guerre civile

A la conférence de Panglong, en 1947, les minorités shan, chin et kachin, en acceptant un cadre constitutionnel semi-fédéral, s’étaient vu garantir une forme d’autonomie par la majorité bamar. Les autres minorités n’y furent toutefois pas conviées, et les observateurs karens en refusèrent les conclusions. Depuis l’échec de ces accords, les politiques ethniques des gouvernements centraux (à dominance bamar) n’ont cessé d’alterner des phases de pourparlers et d’autres de contre-insurrection violente menée par l’armée.

Jamais ce cycle n’a pu être rompu par un accord politique durable sur le droit à l’autodétermination des minorités, le partage des ressources et des territoires ou encore l’octroi de droits culturels et religieux par la majorité bamar. Reproduisant la stratégie esquissée dans les années 1990 par le général Khin Nyunt, ex-patron des renseignements militaires jusqu’à son éviction en 2004, M. Thein Sein a de nouveau poussé à une « paix des braves » entre soldats, en attendant un hypothétique règlement sur le fond de la question ethnique.

Trop d’obstacles demeurent, à commencer par la défiance entre la majorité bamar et les minorités ethniques, héritage de six décennies de guerre civile. Les divisions sont moins prononcées au sein de la communauté bamar elle-même : en témoigne la réconciliation en cours entre la hiérarchie militaire et l’opposante Aung San Suu Kyi, dont le père, bamar, fut le fondateur historique de l’armée.

Des années de guérillas ont produit d’excellents chefs militaires kachins, karens et shans qui s’avèrent aujourd’hui de piètres stratèges politiques, incapables de s’accorder sur une vision commune de ce que pourrait être une union politique birmane pacifiée. Côté bamar, on peine à trouver des personnalités prêtes à remettre en cause le discours dominant de l’idéal national : on est birman parce que l’on appartient à une communauté raciale, exclusive et quasi endogamique, fondée sur le bouddhisme. Repenser l’idée de la nation apparaît comme une tâche primordiale. D’autant que la question ethnique est aussi liée à des enjeux territoriaux, et donc économiques. Depuis les années 1940 se sont constituées dans les zones frontalières de véritables économies de guerre. Pacifier la périphérie, c’est se heurter à de vastes intérêts locaux et transfrontaliers.

Une nouvelle opposition émerge

Tandis que la Birmanie cherche à rouvrir son économie sur le monde, son territoire riche en ressources naturelles attise à nouveau les convoitises. Or les zones périphériques du pays, en particulier les Etats shan et kachin, sont particulièrement riches en bois, pierres précieuses et minerai, ainsi qu’en potentiel hydraulique. Les communautés ethniques locales luttent pour ne pas voir leurs territoires pillés par la majorité bamar — c’est-à-dire par l’armée et quelques conglomérats qui lui sont proches — ou par des compagnies étrangères, surtout chinoises et thaïlandaises. Tant que la Birmanie ne pourra assurer un développement équitable et justement réparti, les logiques prédatrices, mafieuses et oligarchiques des économies de guerre locales risquent de perdurer, compromettant l’hypothèse de relations interethniques pacifiées.

24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 19:05

 

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I) ENTRE BOUDDHISME RENONCANT...

... ET CAPITALISME CONQUERANT.

 

■ Les institutions de base de la société thaïlandaise sont la famille, la monarchie et le clergé bouddhique

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Le poids relatif des différentes religions :

* Bouddhistes = 90 % de la population.

* Musulmans = 5 % (dont 80 % dans le sud du royaume)

* Chrétiens (surtout dans le Nord)

* Thaïlandais d'origine indienne (hindouistes ou sikhs)

 

II) LA CROISSANCE, A QUEL PRIX ?

 

■ Forces et réussites de l’économie thaïlandaise :

     01) Un meilleur environnement économique local :

          - Rétablissement de l’équilibre budgétaire

          - Réduction de la dette extérieure

          - Limitation des prêts non performants

          - Assainissement du secteur bancaire

     02) Remboursement du prêt accordé par le FMI

     03) Lancement de grands travaux

     04) Réception d’I.D.E. (Investissements Directs à l'Etranger)

     05) Diminution voire disparition des droits de douane au sein de l’ASEAN.

     06) Rapprochement avec les pays voisins

     07) Signature d’accords de libre-échange

 

■ Faiblesses et dysfonctionnements de l’économie thaïlandaise :

     01) Déficit du commerce extérieur (hausse du prix du pétrole / grippe aviaire / tsunami de 2004)

     02) Instabilité politique (cf IIIe partie de la conférence)

     03) Concurrence des voisins (Vietnam et Chine)

     04) Inégalités du système scolaire

     05) Prostitution

     06) Crise de la paysannerie et exode rural

 

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■ Sur la question de la prostitution, lire l’article « La prostitution féminine en Thaïlande, ancrage historique ou phénomène importé.

 

http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers4/010017376.pdf

 

3) INCERTITUDES POLITIQUES…

 

■ Chronologie depuis 1932 :


- 1932 : un coup d'Etat met fin à la monarchie absolue ; Le roi est obligé d'accepter un parlement et une constitution. L'armée va dès lors jouer un rôle prédominant dans la vie politique thaïlandaise.

- 1939 : le Siam prend le nom de Thaïlande.

- 1941-1944 : sous la houlette du colonel Pibul Songgram, le régime s'allie avec le Japon. Après les revers successifs du Japon, Pibul Songgram est contraint de démissionner.

- 1947 : retour au pouvoir, par un coup d'Etat militaire, de Pibul Songgram. Il engage un rapprochement avec les Etats-Unis. Les militaires resteront au pouvoir jusqu'en 1973.

- 1950 : couronnement de Bhumipol Adulayet sous le nom de Rama IX.

- 1954 : la Thaïlande est membre fondateur de l'Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est, l'OTASE, pacte militaire pro-occidental.

- 1973 : instauration d'un régime parlementaire.

- 1976 : une junte militaire s'empare du pouvoir.

- 1979 : afflux de réfugiés après l'invasion du Cambodge par le Vietnam.

- 1980 : le général Prem Tinsulanond devient Premier ministre.

- 1988 : le général Chatichai Choonhavan lui succède.

- 1991 : nouveau coup d'Etat militaire.

- 1992 : au cours du printemps, plusieurs semaines de manifestations d'opposants et d'étudiants aboutissent à une révision constitutionnelle qui réduit le pouvoir des militaires. Après des élections législatives en septembre, Chuan Leekpai, leader du Parti démocrate, est nommé premier ministre.

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 - 1995 : victoire du Parti de la Nation Thaïe aux élections ; le gouvernement chute un an plus tard, accusé de corruption.

- 1996 : le Parti des aspirations nouvelles remporte les législatives anticipées.

- 1997 : à l'instar de plusieurs pays d'Asie du Sud-est, la Thaïlande est frappée par une grave crise financière. Un plan de redressement drastique est instauré sous l'égide du FMI. Chuan Leekpai redevient Premier ministre. 

- Janvier 2001 : les élections sont remportées par le parti du magnat des télécommunications, Thaksin Shinawatra, qui est nommé Premier ministre.

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- Août 2001 : Thaksin Shinawatra, accusé en décembre 2000 de malversations financières, par une commission anti-corruption, est acquitté par la Cour constitutionnelle. 

 Janvier 2004 : début d'une flambée de violences dans les provinces à majorité musulmane du sud.
- Octobre 2004 : à la suite d'une manifestation dans la région musulmane de Narathiwat, 87 personnes sont tuées dont 78 étouffés lors de leur transport vers une base militaire.

- Décembre 2004 : la Thaïlande est durement frappée par un tsunami qui fait plus de 5400 morts ou disparus et ravage les régions côtières, détruisant les villages de pêcheurs et les stations touristiques. 

- Février 2005 : le parti Thaï Rak Thaï du Premier ministre remporte 65% des voix à l'occasion des élections législatives.

- Mai 2005 : série d'assassinats dans les provinces à majorité musulmane du sud.  
- Janvier 2006 : la contestation grandit après la vente à un consortium singapourien, par la famille de Thaksin Shinawatra des parts qu'elle détenait dans le géant des télécoms Shin Corp. Elle a eu recours à des sociétés écrans pour ne pas payer d'impôt sur les plus-values.

- Février 2006 : des dizaines de milliers de manifestants réclament à Bangkok la démission du premier ministre. Thaksin Shinawatra dissout la Chambre basse du Parlement.

- 2 avril 2006 : le parti du Premier ministre remporte les élections législatives, boycottées par les trois partis d'opposition, avec près de 56% des suffrages exprimés.

- 4 avril 2006 : Thaksin Shinawatra annonce sa démission pour désamorcer la crise politique.
- 8 mai 2006 : la Cour constitutionnelle invalide les élections du 2 avril et ordonne la tenue d'un nouveau scrutin.

- 23 mai 2006 : Thaksin Shinawatra reprend ses activités à la tête du gouvernement.

- 12 juin 2006 : 60ème anniversaire de l'intronisation du roi Bhumibol de Thaïlande. Le roi a vu défiler 20 Premiers ministres, 15 Constitutions et 17 coups d'Etat. 

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- 25 août 2006 : le Premier ministre accuse des officiers d'avoir tenté de l'assassiner, après la découverte d'une voiture piégée près de son domicile.

- 19 septembre 2006 : Thaksin Shinawatra est renversé par un coup d'Etat militaire. La loi martiale est imposée. 

- Printemps 2007: série d'attentats dans les provinces à majorité musulmane du sud. Depuis janvier 2004 les violences ont fait plus de 2 000 victimes dans cette région.

- 30 mai 2007 : dissolution du parti de l'ancien premier Ministre Thaksin Shinawatra, le Thai Rak Thai (TRT), reconnu coupable de fraude électorale lors des élections d'avril 2006. L'ex-Premier ministre et une centaine de responsables du TRT sont interdits d'activité politique pendant cinq ans.

- 19 août 2007 : 58% des électeurs disent « oui » au référendum organisé par la junte sur une nouvelle Constitution. Celle-ci vise à garantir les prérogatives de la classe bureaucratique et militaire regroupée autour du Palais royal.

- 23 décembre 2007 : large victoire aux élections législatives du Parti du pouvoir du peuple (PPP) au sein duquel se sont regroupés les partisans de Thaksin Shinawatra. 

- 28 janvier 2008 : Samak Sundaravej, leader du Parti du pouvoir du peuple, est élu Premier ministre par le Parlement.

- 28 février 2008 : l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra rentre d'exil.

- 8 juillet 2008 : ouverture du procès pour corruption de Thaksin Shinawatra.

- 11 août 2008: Thaksin Shinawatra quitte la Thaïlande pour échapper aux poursuites judiciaires.
- Fin août 2008 : après des mois de mobilisation contre le gouvernement, les opposants royalistes de l'Alliance populaire pour la démocratie (PAD) occupent le siège du gouvernement. Ils exigent la démission du Premier ministre Samak Sundaravej, qu'ils présentent comme l'homme de paille de Thaksin Shinawatra.

- 2 septembre 2008 : l'état d'urgence est décrété à Bangkok après de violents affrontements entre opposants, vêtus de jaune et partisans du gouvernement parés de rouge.

- 9 septembre 2008 : Samak Sundaravej est contraint à la démission par la Cour constitutionnelle pour avoir présenté une émission culinaire pendant son mandat.

- 17 septembre 2008: Somchai Wongsawat, beau-frère de Thaksin Shinawatra, est élu Premier ministre par le parlement.

- 7 octobre 2008 : violents affrontements entre la police et les manifestants de l'Alliance du peuple pour la démocratie (PAD) qui assiégent depuis la veille le Parlement.

- 21 octobre 2008 : la Cour Suprême condamne Thaksin Shinawatra à deux ans de prison pour conflit d'intérêt dans le cadre d'une transaction immobilière au profit de son épouse. Il se trouve alors au Royaume-Uni où il demande l'asile politique.

- 25 novembre 2008 : durcissant leur mouvement, les opposants nationalistes et royalistes de la PAD occupent les aéroports internationaux et les axes de communication de la capitale.

- 2 décembre 2008 : la Cour constitutionnelle dissout le parti au pouvoir, reconnu coupable de fraude électorale, et interdit au Premier ministre toute activité politique pendant cinq ans.
- 14 décembre 2008 : le chef de l'opposition, Abhisit Veijjajiva est désigné Premier ministre par le Parlement.  

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- 24 février 2009 : 10 000 "chemises rouges" (les partisans de l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra) réclament la dissolution du parlement et la tenue d'élections.

- 26 mars 2009 : des milliers de chemises rouges qui réclament la dissolution du parlement et la tenue d'élections législatives anticipées encerclent les bureaux du chef du gouvernement. Le 28, l'ancien Premier ministre en exil Thaksin Shinawatra appelle ses partisans à se soulever contre le gouvernement.
- 1er avril 2009 : le gouvernement se déclare ouvert à des négociations avec Thaksin Shinawatra, dont des milliers de partisans, encerclent toujours le siège du pouvoir à Bangkok.

- 8 avril 2009 : 40 000 manifestants pro-Thaksin exigent le départ du gouvernement.

- 4 novembre 2009 : la nomination de l'ex-Premier ministre en exil, Thaksin Shinawatra, comme conseiller du gouvernement cambodgien provoque une crise entre les deux pays.

- Décembre 2009 : l'armée thaïlandaise expulse 4 000 membres de l'ethnie minoritaire des Hmongs vers leur pays d'origine, le Laos.   

- 26 février 2010 : la Cour suprême saisit plus de la moitié de la fortune de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra (1,4 milliard de dollars) considérant qu'il a profité de sa position politique pour s'enrichir.
- Mars-avril 2010 : nouvelle vague de manifestations de "chemises rouges" réclamant la démission du gouvernement. Le 10 avril, apès la déclaration de l'Etat d'urgence, les violences et les tirs à balles réelles font plus de 20 morts dont cinq soldats.

- Mai 2010: hausse de la tension à Bangkok où les manifestants occupent un quartier du centre de la capitale; l'état d'urgence est décrété dans cinq nouvelles provinces. "Seh Daeng", le général rebelle et pro-"rouges", est victime d'un tir de sniper à Bangkok le 17 mai. Le 19, l'armée donne l'assaut pour reprendre le contrôle du centre de la capitale, faisant 16 morts. 88 personnes ont été tuées depuis le début de la crise en mars. le 24, les autorités, émettent un mandat d'arrêt contre l'ex-Premier Thaksin Shinawatra pour "terrorisme", l'accusant d'être impliqué dans les violences en marge des manifestations des "chemises rouges". 

 

http://www.lexpress.fr/actualite/monde/asie/chronologie-de-la-thailande-1932-2010_480461.html

 

■ Biographie du roi, interdite en Thaïlande, de Paul HANDLEY, The King Never Smiles: A Biography of Thailand's Bhumibol Adulyadej

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■ Le prince héritier Maha Vajiralongkorn

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IV) BILAN ET PERSPECTIVES…

 

■ Défis à relever :

     01) Des écarts qui ne cessent de croître…

          - …entre la capitale et la province

          - …entre le centre et les marges

          - …entre les riches et les pauvres

     02) Le manque de main d’œuvre qualifiée

     03) Les pratiques de la classe politique

 

■ Malgré tout, des signes d’ouverture :

     01) Un certain processus de démocratisation

     02) Une hiérarchie autoritaire désormais contestée

4 février 2013 1 04 /02 /février /2013 20:28

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I- UN ENVIRONNEMENT INTERNATIONAL STABLE ET FAVORABLE…

 

■ A.S.E.A.N. : Association des Nations du Sud-Est Asiatique. Organisation politique, économique et culturelle regroupant 10 pays du sud-est asiatique : Bruneï, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar (Birmanie), Philippines, Singapour, Thaïlande, Viêt Nam.


03■ Le temple de Preah Vihear, objet de discorde entre le Cambodge et la Thaïlande.

 

 « Le temple de Preah Vihear, dédié à Shiva, se trouve au bord d’un plateau qui domine la plaine du Cambodge. Composé d'une série de sanctuaires reliés par un système de chaussées et d'escaliers s'étendant sur un axe de 800 m, le temple date de la première moitié du XIe siècle. Son histoire complexe remonte cependant au IXe siècle, époque à laquelle un ermitage a été fondé. Ce site est particulièrement bien préservé, essentiellement en raison de sa situation reculée. L'ensemble est exceptionnel pour son architecture, adaptée à la fois aux contraintes naturelles du site et aux fonctions religieuses du temple, ainsi que pour la qualité des ornementations de pierre sculptée ».

http://whc.unesco.org/fr/list/1224

04 Voir l’article de Héloïse de Montety : « Preah Vihear, les origines du conflit entre Cambodge et Thaïlande », 2011.

00'Les affrontements à la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande ont redoublé de violence depuis quatre jours. Selon les sources, entre 6 et 8 personnes ont été tuées, 45 ont été blessées et des milliers de villageois ont été contraints de se déplacer. C’est un conflit de souveraineté territoriale sur fond d’enjeux politiques. Il concerne une parcelle de 4,6 km² sur laquelle est érigé un temple du XIe siècle.

Depuis plus d’un siècle, le temple de Preah Vihear est au cœur d’un litige territorial. Son origine réside dans la délimitation de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande par les Français, lors de la conquête de l’Indochine en 1907, qui attribue géographiquement le temple aux Khmers. 

En 1953, lorsque les forces coloniales françaises se retirent du Cambodge, l’armée thaïlandaise revendique alors la propriété de Preah Vihear, investissant les lieux. Le Cambodge décide alors de porter l’affaire devant la Cour de justice internationale de La Haye qui rend son jugement en 1962 : Preah Vihear, et le terrain adjacent, sont attribués au royaume khmer.

05Près de 50 ans plus tard, cette parcelle est toujours au cœur des litiges frontaliers, avec en filigrane les tensions politiques, et notamment la montée de l’ultranationalisme, tant à Bangkok qu’à Phnom Penh. Le conflit est ravivé en 2008, lorsque Phnom Penh réclame l’inscription de Preah Vihear au patrimoine mondial de l’Unesco. Perçue comme une provocation par les Thaïlandais, la demande déclenche les premiers affrontements armés.

Mais cette première semaine de février 2011 est la plus meurtrière depuis le début du conflit. La cause de ces nouveaux heurts est due, selon l’armée thaïlandaise, à un « malentendu », et pour l’instant, chaque camp accuse l’autre d’avoir lancé les hostilités.

Le Premier ministre cambodgien, Hun Sen appelle le Conseil de sécurité de l’ONU à tenir une réunion d’urgence pour faire « cesser les agressions ». Il accuse également l’artillerie thaïlandaise d’avoir provoqué l’effondrement d’une aile du bâtiment.

Pour son homologue thaïlandais, Abhisit Vejjajiva, il s’agit d’affirmer la souveraineté de son pays. Il parle de simples contre-attaques. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, quant à lui, s’est dit profondément préoccupé par la situation et a exhorté les deux parties « à observer un cessez-le-feu et à rechercher une solution durable à la crise ».

 http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20110207-preah-vihear-origines-conflit

 

II- UNE LENTE « RENAISSANCE »…

 

A- Une situation fragile…

 

■ Quelques statistiques permettent de prendre la mesure de la gravité du sort des 13,5 millions de Cambodgiens :

Indicateur de Développement Humain : 137e rang mondial

Revenu annuel moyen : 260 $ / hab.

Mortalité infantile : 106 ‰

Mortalité maternelle : 9 ‰

Espérance de vie : 55 ans

Part de la population vivant au-dessous du seuil de pauvreté : 36%

Part des enfants souffrant de retard de croissance et de sous-alimentation : 50 %

Part de la population ayant accès à l'eau potable : 40 %

Nombre de morts et blessés par les mines chaque mois : 100

 

■ Données démographiques :

 

- Evolution de la population depuis 1960.

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- Croissance annuelle de la population depuis 1960.

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 - Evolution de la population urbaine (en pourcentage de la population totale) depuis 1960.

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 - Population des agglomérations de plus de 1 million d’habitants, depuis 1060.

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 ■ Les trois quarts des Cambodgiens vivent de l'agriculture, secteur dans lequel se situe la plus grande pauvreté. Une agriculture peu productive et peu diversifiée, dans laquelle la production de riz représente 88 % des récoltes.

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Le secteur industriel. L’industrie textile emploie une main d’œuvre bon marché.

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Le secteur du tourisme. L’exemple d’Angkor – Photographies personnelles.

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B- Obstacles et enjeux.

 

■ La déforestation - La forêt pourtant est la première richesse naturelle du pays.

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■ Autres dysfonctionnements :

- la spoliation des terres,

- la braderie des biens publics,

- l’exploitation de la main d’œuvre,

- le trafic de drogues,

- le trafic d’êtres humains,

- une démocratie au point mort,

- et bien sûr la corruption.

 

■ Le travail des enfants. Cf article ci-dessous, écrit par Elaine Moore, journaliste basée à Phnom Penh, et Allan Dow du Bureau régional de l’OIT pour l’Asie basé à Bangkok (l’article est illustré par des photographies personnelles).

21« Par une chaude après-midi dans la capitale cambodgienne Phnom Penh, Leap, âgée de 10 ans, fait signe aux touristes juchés sur le dos d’un lourd éléphant. Proposant des gâteaux de riz et des confiseries dans un panier trop grand pour ses petits bras et qu’elle a bien des difficultés à porter, elle marche le long d’une route près du Palais royal doré. Cela fait déjà cinq heures que Leap travaille, et il est probable qu’elle sera encore là à minuit. Travaillant seule, Leap est une petite fille vulnérable qui n’est jamais allée à l’école et qui aura de la chance si elle parvient à gagner deux dollars dans sa journée. Leap dit qu’elle n’a pas le choix. Si elle arrête de travailler, sa mère et ses petits frères auront faim.

Dans un autre quartier de la ville, Doung Paeaktra, 7 ans, est accroupi près de la rivière, triant un tas de déchets. Il cherche du plastique qu’il pourra vendre à un recycleur. Orphelin de père, une mère qui reste à la maison pour s’occuper d’un nouveau-né, Doung est l’unique soutien de famille.

L’accès à l’éducation s’est amélioré au Cambodge mais le recours au travail des enfants persiste – Leap et Doung sont deux de ces enfants à la traîne. Alors que le taux de scolarisation est passé de 75 % en 1997 à 91 % en 2005, la plupart des enfants qui vont à l’école continuent de mener de front scolarité et travail.

Pour beaucoup d’autres encore, la situation est vraiment désespérée et la triste réalité d’enfants cambodgiens privés d’une enfance heureuse est monnaie courante.

A travers tout le pays, les enfants des familles les plus déshéritées sont employés à des tâches dangereuses qui constituent un danger permanent. Plus de 313 000 enfants sont pris au piège des pires formes d’exploitation (…). D’autres passent des heures dans les marais salants, travaillent en usine, ou chargent des charrettes de briques pour répondre à la demande d’une industrie du bâtiment en plein essor. Une étude financée par l’OIT en 2003 avait établi que, dans la capitale cambodgienne, un enfant sur 10 de plus de 7 ans travaillait comme domestique (…).

22Les normes internationales du travail de l’OIT spécifient que seuls des travaux légers, non dangereux, peuvent être accomplis par des jeunes âgés de 15 à 17 ans, mais de nombreux enfants cambodgiens, leurs parents et souvent les employeurs, ne connaissent pas cette règle ou l’ignorent simplement au quotidien (…)

Coopérant avec le gouvernement royal du Cambodge et ses partenaires sociaux, l’Organisation internationale du Travail (OIT) reconnaît que le seul moyen de permettre à des enfants comme Leap et Doung de cesser de travailler c’est de remplacer le revenu qu’ils rapportent à la maison.

« Dans bien des cas, les familles des enfants qui travaillent souhaitent les envoyer à l’école, mais elles ont du mal à survivre quand l’argent que procurait le travail de l’enfant fait défaut, en particulier quand il y a une urgence à la maison comme la naissance d’un enfant ou un décès dans la famille», explique le conseiller technique en chef du Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC) au Cambodge.

L’une des réponses de l’OIT a été de lancer un plan de création de moyens de subsistance pour aider à diminuer, voire à éliminer, la dépendance de la famille vis-à-vis du revenu de ses enfants. Ce programme de l’IPEC encourage les parents et d’autres adultes des familles les plus pauvres du pays à s’unir pour créer des groupes d’épargne.

23Dans un petit village du sud du Cambodge, les femmes du cru expliquent comment leur groupe d’épargne les a aidées à mettre sur pied de petites entreprises et leur a aussi dispensé une formation en finance et administration (…). Chacune des 25 familles du groupe verse une contribution de un à 5 $ par mois. Une fois que suffisamment d’argent a été accumulé, elles peuvent demander un prêt jusqu’à 200 000 riels (50 $) pour mettre en place une micro-entreprise et augmenter leurs revenus.

Travaillant avec des ONG locales, des ministères et le Projet pour le développement des entreprises de femmes et l’égalité entre les sexes, le projet de l’IPEC a organisé des groupes d’entraide dans sept provinces à travers le Cambodge.

Plus de 160 groupes ont ainsi été mis en place et 18 280 enfants qui travaillent ou qui en sont menacés ont été retirés (…) et sont maintenant scolarisés (…). Les brochures touristiques qualifient le Cambodge de « royaume des merveilles ». Et c’est le cas. Bientôt, il sera peut-être aussi un « royaume sans travail des enfants ».

www.ilo.org

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■ Les mines : Sur le sujet, voir le dossier intitulé : « Les mines au Cambodge : Les Cambodgiens et les Nations-Unies face à un risque majeur ».

http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers4/010017369.pdf

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III- Une vie politique agitee

 

A- Repères historiques depuis l’independance

 

■ Norodom Sihanouk.

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Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Norodom_Sihanouk

Sur la mort de Sihanouk, lire l'article du Monde : ici

■ Pol Pot.

26

Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Pol_Pot

 

■ Evacuation de Phnom Penh. Photographie exposée au musée S-21 (Tuol Sleng) de Phnom Penh.

28■ Norodom Sihamoni.

30Biographie : http://fr.wikipedia.org/wiki/Norodom_Sihamoni

 

B- Que reste-t-il des Khmer rouges ?

 

■ Carte du Cambodge, réalisée avec des ossements de victimes du régime khmer rouge, un temps exposée au musée de Tuol Sleng.

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■ Le site S 21 de Tuol Sleng, que dirigeait Douch, est le symbole du régime des Khmers rouges.

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■ Portraits de victimes du régime khmer rouge. Musée de Tuol Sleng.


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LAOS-map

 

I- LA CONSTRUCTION DE LA NATION LAOTIENNE

A- Du protectorat français à l’indépendance

03■ Henri MOUHOT découvre Luang Prabang. Extrait de son récit, 1860. Mouhot mourra l’année suivante à l’âge de 35 ans, et sera enterré dans le village de Ban Phanom, à une dizaine de kilomètres de Luang Prabang. 

« La situation est des plus agréables, les montagnes qui resserrent le Mékong au-dessus comme au-dessous de cette ville forment une vallée circulaire dessinant une arête de neuf milles de largeur, qui a dû être jadis un bassin fermé et encadrent un tableau ravissant qui rappelle les beaux lacs de Cosme ou de Genève... La ville est bâtie sur les deux rives du fleuve. Mais la partie droite ne compte que quelques habitations. La partie la plus considérable entoure un mont isolé qui a cent et quelques mètres de hauteur et au sommet duquel on a établi une pagode... Les Laotiens sont paisibles, soumis, patients, sobres, confiants, crédules, superstitieux, fidèles, simples et naïfs. Les femmes sont généralement mieux qu'au Siam. Elles portent une seule courte jupe de coton et parfois un morceau d'étoffe de soie sur la poitrine... Leur musique est très douce, harmonieuse et sentimentale ; il ne faut que trois personnes pour former un concert mélodieux. L'un joue un orgue en bambou, l'autre chante des romances avec l'accent d'un homme inspiré et la troisième frappe en cadence des lames d'un bois sonore dont les cliquetis font bon effet... ».

Biographie d’Henri MOUHOT : http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_Mouhot

 

■ Quelques repères historiques :

* La préhistoire : cliquez ici

* Le pays Lao avant le XIVe siècle : cliquez ici

 * Le royaume du Lan Xang (du XIVe au XIXe siècle) : cliquez ici 

* La colonisation française : cliquez ici

 * La première et la deuxième guerre d'Indochine : cliquez ici

Hô-Chi-Minh :04

  

B- La « République démocratique populaire lao »

■ Repères historiques (suite) :

* La prise de pouvoir par les communistes : cliquez ici

* Le retour à la paix et au capitalisme sous domination communiste : cliquez ici

 * Le Laos depuis les années 2000 : cliquez ici

 

C- La question des minorités.

Les minorités ethniques. La population du Laos est composée de 68 ethnies selon les ethnologues (47 répertoriées par le Front lao d'édification nationale). Officiellement, ces ethnies sont classées en trois groupes principaux :

- Les Lao Lum, ou "Lao des plaines" (68 % de la population), dont fait partie l'ethnie lao proprement dite qui parle le lao (ou laotien) ainsi que les ethnies similaires qui utilisent le Tai (Tai Lu, Tau Neua, Tai dam, Tai Deng, etc.). Le lao, appartient au groupe tai des langues taïes-kadaïes ;

- Les Lao Theung ou "Lao des versants", parfois appelés péjorativement Kha (mot qui signifie "esclave" en Lao, traduisant leur statut défavorisé dans la société), de langue môn-khmer (environ 22 %) ; Les Môn-Khmers (ou Austro-Asiatiques) incluant 31 groupes ethniques : Kuemu (Khmou ou Khmu), Pray, Singmou, Khom, Thene, Idou, Bit, Lamed, Samtao, Katang, Makong, Try, Trieng, Ta-oi, Yeh, Brao, Harak, Katou, Oi, Krieng, Yarou, Yeh, Souai, Gnaheune, Lavy, Kabkae, Khmer, Toum, Ngouane, Meuan et Kri.

- Les Lao Sung ou "Lao des sommets" (9 %), nom qui regroupent les Hmong, principale ethnie minoritaire du pays et les Yao (ou Mien), tous deux de langue hmong-mien et de tibéto-birmans. Les Sino-Tibétains incluant huit groupes : Akha, Sing, Sali, Lahou, Sila, Hayi, Lolo et Hor...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Laos#D.C3.A9mographie

05■ « Les Hmongs, population abandonnée et ballotée par l'Histoire », par Nicolas Vescovacci, 29-12-2009.

 « Au moment de la guerre d'Indochine, les Hmongs, populations montagnardes, qui ne représentent aujourd'hui que quatre millions de personnes, ont en partie pris fait et cause pour la France. Toutefois, après la débâcle de Dien Bien Phu en 1954, le gouvernement français s'est  détourné d'eux. Les Hmongs sont, pour la première fois, abandonnés. Dans les années 60, la guerre au Vietnam bat son plein. Une partie des Hmongs du Laos est recrutée par la CIA pour participer à une guerre secrète contre les Nord-Vietnamiens. En 1975, les Américains se retirent du pays. La guerre est perdue. Les Hmongs sont, pour la deuxième fois, abandonnés à leur sort.

Persécutions

Héritage de la guerre froide : les Hmongs sont considérés depuis cette époque comme des traitres et persécutés comme tels par les autorités laotiennes. En trente ans, des dizaines de milliers de personnes ont fui vers la Thaïlande afin de trouver refuge dans le royaume. En 2004, quatre à cinq mille Hmongs débarquent dans le nord-est du pays. Un village, celui de Huay Nam Khao va alors se transformer en un camp insalubre de réfugiés, contrôlé par l'armée thaïlandaise. Médecins Sans Frontières est l'une des rares organisations à travailler dans ce camp où Marie-Pierre Allier, la présidente de MSF s'est rendue plusieurs fois.

06L'armée manipule l'aide humanitaire et à Bangkok les autorités ont déjà fait le choix du Laos au détriment des populations Hmong. Fin 2007, les gouvernements laotiens et thaïlandais signent d’ailleurs un accord sur le rapatriement des Hmongs.

Tous les prétextes semblent bons pour rapatrier ceux que la Thaïlande considère donc comme des immigrants économiques illégaux. D'après certains témoignages, certains Hmongs vont jusqu'à pratiquer l'automutilation pour éviter d'être expulsés de force. En mai 2008, la situation dans le camp de Huay Nam Khao dégénère. Des dizaines de Hmongs entament une grève de la faim. Un incendie se déclenche et ravage une partie des habitations de fortune des réfugiés. Le 30 mai 2008, l'ONG « Urgence Humanitaire Asie », reçoit un appel à l'aide de l'un des représentants Hmongs qui habite dans le camp.

Du camp, ce responsable Hmong en appelle aux Etats-Unis et à la France pour qu'ils interviennent afin d'empêcher une expulsion programmée. Aucune réponse ! Aucun soutien formel, ni de Paris, ni de Washington. Estimant ne plus pouvoir travailler dans de bonnes conditions, Médecins Sans Frontières quitte le camp de Huay Nam Khao à la fin du mois de mai 2009.

Acharnement ?

Pourquoi les Hmongs sont-ils victimes de tant d'acharnement de la part des autorités thaïlandaises? D'abord, les Hmongs sont peu nombreux. Ce sont des populations montagnardes marginalisées qui ne présentent aucun enjeu stratégique majeur. Sauf pour la Thaïlande qui a décidé de solder un héritage vieux de la guerre froide ; et ce, 07pour une raison principale : les relations économiques avec le Laos.

La Thaïlande exporte chaque année près de deux milliards de dollars de marchandises vers le régime communiste. Le royaume est le premier partenaire commercial du Laos. En 2006, les deux pays renforcent leurs liens économiques et comme par hasard c'est à cette époque que la Thaïlande durcit le ton vis-à-vis de la communauté Hmong installée sur son territoire.

Intérêts économiques

Autre élément: depuis plusieurs années, le Laos et la Thaïlande réalisent ensemble le plus grand barrage hydroélectrique d'Asie du Sud-Est, le barrage de Nam Teun 2, situé sur le territoire laotien. Cet ouvrage construit par un consortium emmené par Electricité de France doit entrer en service dans les prochaines semaines. Or, 95% des 1 070 mégawatts de puissance affichée seront exportés vers la Thaïlande. C'est ce qui s'appelle un partenariat stratégique! Dans ce contexte, les intérêts de quelques milliers de Hmongs expulsés vers le Laos ne pesaient pas lourd.

Certes, les condamnations internationales ont fusé, mais rien concrètement n’a été fait pour empêcher l’expulsion des Hmongs considérés comme des traitres dans leur pays.

08Résignation et désespoir

La résignation et le profond désespoir de Vanida Thepsouvanh, la présidente du Mouvement lao pour les droits de l'homme, s'expliquent lorsque l'on s'intéresse de près aux populations qui ont été expulsées. Ce mardi, le Haut commissariat aux réfugiés révélait que parmi les Hmongs expulsés, il y a avait 158 personnes : beaucoup de femmes et d'enfants que le HCR avait répertoriés dans la catégorie des réfugiés politiques. Pour l’organisation onusienne, la Thaïlande a violé la Convention internationale qui protège les réfugiés.

Seulement, le royaume n'a jamais signé ce texte et se protège en affirmant que son gouvernement a reçu des assurances de la part du Laos. Selon les autorités laotiennes les Hmongs seront amnistiés et bien traités. Certains d'entre eux pourraient même être réinstallés dans un pays tiers. Demande à laquelle la Thaïlande n'a jamais accédée quand ces populations étaient sur sol !

De son côté, le HCR n'a aucune représentation au Laos et donc aucun moyen de superviser un éventuel processus de réinstallation dans un pays d’accueil. Personne ne sait aujourd’hui comment ces Hmongs seront pris en charge par le régime communiste. Et beaucoup d’organisations craignent pour la vie de ces réfugiés ballotés par l’histoire ».

http://www.rfi.fr/contenu/20091229-hmong-expulsion-terminee

 

II- Pauvreté et retard de développement

A- Une situation économique inquiétante…

■ Quelques données statistiques pour mesurer le développement du pays.

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■ « En descendant le Mékong », par Xavier Monthéard, Le Monde Diplomatique, août 20008.

« Au XIXe siècle, les Français, cherchant une voie de pénétration vers la Chine, voulurent dominer le Mékong. Ils se heurtèrent à l’étrécissement du fleuve et aux récifs, dans les terres de confins situées aux portes de l’empire du Milieu. L’enseigne de vaisseau Mazeran exprimait bien leur rage de pionniers, lorsqu’il écrivait, en novembre 1896 : « Malheureusement, de grands plateaux de roches obstruent son lit et ne livrent passage que par un étroit chenal sinueux de trente mètres. (...) Avec le fulmicoton encore en ma possession, et la dynamite que je compte recevoir prochainement, j’ai l’intention, dès que les eaux me seront favorables, de (...) supprimer cet obstacle ».

3937222dhyeiPour l’essentiel, il échoua. Comme quelques-uns avant lui, et d’autres depuis. Le XXe siècle, conflits obligent, ne modifia pas la situation : le haut Mékong reste inexploité, particulièrement dans le Triangle d’or. L’entrelacement des populations, l’intrication des chemins muletiers et l’âpreté du relief profitent aux trafics en tout genre, en particulier ceux de l’opium et des métamphétamines.

Au tournant du XXIe siècle pourtant, les autorités chinoises annonçaient, pour la portion du Mékong située sur leur sol (soit 2 130 kilomètres, près de la moitié de sa longueur), une politique de grands travaux : barrages, dérochages à la dynamite, dragage des bancs de sable... Ce qui suscita les protestations d’écologistes inquiets pour le dernier grand fleuve du monde quasiment intact, à la biodiversité unique, immense réserve pour les soixante-dix millions de personnes vivant de sa pêche (3 % de toutes les captures mondiales, 17 % hors mer !). Le tollé redoubla lorsqu’il devint clair que ces profondes modifications ne se limiteraient pas aux contrées tibétaines et yunnanaises.

Pékin a obtenu l’aval des trois autres Etats riverains de cette partie du fleuve pour certains aménagements, via la signature du Joint Committee on Coordination of Commercial Navigation (JCCCN). Cet accord concurrence celui de la Commission du Mékong, dont la Chine n’est pas signataire. L’argument avancé est de sécuriser la navigation, favoriser le commerce et le tourisme, dans le droit-fil de la modernisation des voies de communication entreprise sur les réseaux routiers et ferroviaires régionaux. Le capitaine de vaisseau laotien Bounphet Phommachanh, qui participe à ces opérations, les détaillait ainsi, en mars 2008 : « Entre Jinghong et Chiang Saen, les rapides les plus dangereux ont déjà été reconnus et traités ; des récifs et de petites îles, éliminés. Donc la navigation devient possible presque sans interruption, et plus seulement durant la saison des pluies. »

Se constituera-t-il pour autant une autoroute fluviale, bras armé d’une Chine hégémonique, prédatrice des ressources hydrauliques et irresponsable ? A Vientiane, Mme Bérengère Prince, conseillère technique à la Commission du Mékong, nuance cette interprétation : « Depuis 2004, des échanges réciproques de données hydrométéorologiques ont lieu. Et nous espérons commencer une coopération technique sur certains tronçons du fleuve. En définitive, les principaux changements pour le Mékong résident bien moins dans l’accroissement du trafic fluvial que dans la modification du débit naturel opérée par les barrages. »

Cinq cents kilomètres au nord-ouest de la capitale laotienne, en cette fin de saison sèche, le haut Mékong est surtout fréquenté par quelques cargos vieillissants et par les pirogues à moteur proposant des déplacements rapides et dangereux aux touristes. Quatre fois par semaine, un petit ferry assure pourtant, pour une cinquantaine de passagers, une liaison sans escale entre la Chine et la Thaïlande.

Ce bateau, le premier du genre, fait figure de défricheur, lorsqu’il fend une forêt primaire fantastiquement posée sur les flancs de montagnes basses. Passé la portion chinoise, entre Jinghong et Guanlei, des récifs épars parsèment toujours la voie ; le débit comme la déclivité varient brusquement. Entre Birmanie et Laos, après les rapides, le manque d’eau pose problème : le navire sera même ensablé deux heures durant ; des sondages à la perche devront être effectués jusqu’à l’arrivée. Après Xiengkok, quelques villages ponctuent un trajet aux horizons plus ouverts. La nuit tombe. Un gigantesque bouddha illuminé apparaît sur la droite : la Thaïlande, forcément. Puis Ton Pheung, côté laotien. Le bateau ne s’arrête pas. Il entrera dans Chiang Saen, sur la rive opposée, avec quatre heures de retard. Il y a encore loin avant que cette partie du Mékong devienne le carrefour économique attendu... »

http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/MONTHEARD/16166

 

B- Solutions et perspectives

■ Le tourisme est en croissance régulière depuis le milieu des années 1990. Il impose une amélioration des infrastructures, financée en partie par des investissements thaïlandais et chinois.

Photographies projetées lors de la conférence (photos personnelles) :

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C-Vientiane : le prix de la modernisation

26■ « Vientiane, l’éveil d’une ville», par Xavier Monthéard et Olivier Leduc-Stein, Le Monde Diplomatique, août 20008.

« Le ciel éclate soudain et déverse un orage de mousson. La chaussée se transforme en pataugeoire. Coups de klaxon secs, crissements de freins… Un embouteillage se forme instantanément. Des 4 x 4 flambant neufs viennent s’engluer dans le flot des motos, qui jouent à touche-touche. On n’avance plus, sauf à slalomer. Les touk-touk pétaradent. Bangkok, Hanoï, sans doute ? Non, un matin de semaine ordinaire, à Vientiane, au Laos, sur le boulevard Kouvieng. Une telle scène semblait impossible, il y a encore cinq ou six ans. Mais Vientiane, la « perle de l’Asie », la « capitale la plus tranquille du continent », fait son entrée dans la « modernité ».

Vientiane prospère. Vientiane s’ouvre. Les autorités de la République démocratique populaire lao (RDPL), un des derniers régimes officiellement communistes du globe, à parti unique, jouent en partie leur crédibilité — intérieure et internationale — sur la réussite de la ville. Elles souhaitent en faire un modèle, tant sur le plan économique que culturel, sans délaisser les aspects sociaux (éducation, environnement, santé). Etouffant dans l’œuf, au passage, toute velléité d’opposition politique. Car à quoi bon, n’est-ce pas ?, instituer le multipartisme, si le Parti révolutionnaire populaire lao – héritier du Pathet Lao et au pouvoir depuis la révolution de 1975 – conduit le pays sur le chemin du développement et de la prospérité ? Avec en ligne de mire les vingt-cinquièmes Jeux de l’Asie du Sud-Est (SEA Games), que Vientiane accueillera pour la première fois, en décembre 2009, la situation actuelle et les enjeux sont ici, toutes proportions gardées, similaires à ceux qu’a connus Pékin lors de la préparation des Jeux olympiques.

28Dans un souci de respectabilité, le gouvernement laotien travaille avec des partenaires de marque : organisations internationales (agences onusiennes), agences de coopération étrangères (notamment l’Agence française de développement [AFD] et la Japan International Cooperation Agency [JICA]), Banque asiatique de développement, etc. Vientiane, ainsi, peut désormais s’afficher comme une capitale internationale apte à recevoir, par exemple, de grandes conférences, et non plus apparaître comme la cité marginale qu’elle fut longtemps, décrite en ces termes par l’historien américain et militant progressiste Howard Zinn, quand il s’y rendit en 1968, pendant la guerre du Vietnam, pour soutenir la cause pacifiste : « Dan et moi passâmes donc une semaine très étrange à Vientiane, dans un hôtel miteux, sur les rives du Mékong, à la frontière de la Thaïlande. Vientiane ressemblait au Casablanca de la seconde guerre mondiale : une ville truffée de drogue, d’espions et de conspirations internationales. Chaque grande puissance mondiale y possédait une ambassade et, après leur journée de travail, les attachés d’ambassade se retrouvaient dans les cafés noirs et sombres de la ville.  »

30Après 1975, l’isolement prévalut jusqu’aux années 2000. Depuis, la ville a été choisie, en juin 2003, pour abriter le siège de la Commission du Mékong, l’organisme interétatique chargé de veiller à la santé et au bon usage partagé du fleuve. Fin 2004, la RDPL accueillait le 10e sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (Anase, en anglais Asean), après l’avoir rejointe en 1997, en même temps que le Vietnam, son « grand frère » et allié traditionnel, indéfectible, depuis les tout débuts du conflit indochinois, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Tout récemment encore se tenait dans la capitale laotienne le 3e sommet de la Région du Grand Mékong (en anglais Greater Mekong Subregion, GMS), l’organisation qui regroupe depuis 1992 les pays riverains du fleuve ainsi que des représentants de la BAD ; les partenaires y ont signé le plan d’action quinquennal dit « de Vientiane » (2008-2012).

Mais, le Laos restant un pays très pauvre, l’aide internationale et l’engagement financier des Etats voisins sont cruciaux. Les investissements directs étrangers augmentent spectaculairement ces dernières années, notamment en provenance de la Chine, du Vietnam et de la Thaïlande. La plupart de ces fonds nouveaux concourent à la réalisation d’infrastructures manquantes.

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 III- ENTRE COOPERATION ET DEPENDANCE.

A- Le Laos dans son environnement régional : l’exemple thaïlandais

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■ Naissance d’un carrefour de communications régional : « Et bientôt le train sifflera au Laos », par Par Xavier Monthéard, Le Monde Diplomatique, août 2008.

« C’est le seul pays d’Asie sans chemin de fer. Il est pauvre, dépourvu d’accès à la mer, et encore marqué par des décennies de guerre (française, puis américaine). Pourtant, il aspire à devenir une plate-forme régionale de communications en profitant de l’intensification du commerce entre la Chine, la Thaïlande et le Vietnam. Sans craindre le paradoxe, le Laos s’engage donc dans une politique de grands travaux. Symbole des symboles, le train fera prochainement son entrée à Vientiane, la capitale.

Hualamphong, gare centrale de Bangkok. Sous la verrière, comme partout en Thaïlande, d’imposants portraits du roi Bhumibol Adulyadej regardent la foule. Le train pour le Laos part au crépuscule. Dans les voitures, les sièges marron, recouverts de mauvais skaï, sont démesurément larges. Certains passagers y dormiront ; d’autres se hisseront sur d’étroites couchettes bientôt dressées par les agents de service. Les dernières vues de la cité des Anges s’égrènent : des taudis, puis des taudis encore — l’envers de son modernisme. Douze longues heures initiatiques commencent, entre fumée de cigarettes, arrêts intempestifs, remue-ménage incessant. Mais le voyageur n’atteindra pas sa destination. Le train stoppe en effet côté thaïlandais, à Nong Khai.

Au petit matin, il faut donc bondir dans un touk-touk (cyclo-taxi à moteur) jusqu’au Mékong ; franchir la douane thaïlandaise ; traverser en bus le pont de l’Amitié ; régler les formalités laotiennes de visa ; enfin, rallier Vientiane, située à 12 kilomètres, en négociant le prix de la course. Sous une chaleur torride ou un déluge de mousson — les plus fréquentes conditions climatiques du lieu —, on goûte pleinement l’anomalie : le Laos est l’unique Etat d’Asie dépourvu de chemin de fer.

Le pont de l'amitié :

33Cette singulière absence jure avec l’ambition stratégique affichée par les autorités : transformer le pays en nœud de communications, et troquer l’ancien statut d’« Etat-tampon » entre des puissances que l’histoire a souvent connues expansionnistes contre une position de carrefour incontournable. Paradoxalement, son enclavement profite à présent au pays : le gouvernement, non sans habileté, inscrit tous ses travaux intérieurs dans le cadre régional de l’Asie du Sud-Est. Ses voisins, concurrents, sont pressés d’investir. Le Laos, au centre d’une dynamique qui le dépasse, se modernise vite, et à moindres frais. Le Petit Poucet sera-t-il dévoré ? Peut-être pas. Car le double héritage du XXe siècle — la colonisation en Indochine, la guerre du Vietnam — a, dans cette partie du globe, cimenté des alliances et sédimenté des rivalités qui endiguent la sauvagerie monotone du capitalisme mondialisé.

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B- Des liens étroits avec la France

■ Le barrage de Nam Theun 2

34« Le projet hydroélectrique de Nam Theun 2 est le plus grand d'Asie du Sud-Est. Il s'agit d'un barrage de 1 075 mégawatts sur la Nam Theun, un affluent du Mékong coulant au centre du Laos. Il est destiné à approvisionner la région, et plus 35particulièrement la Thaïlande, en électricité. Le coût d'un tel projet est estimé à 1,4 milliard de dollars. Il est dirigé par un consortium, la Nam Theun 2 Power Company (NTPC), dans lequel EDF détient 35% des parts. L'entreprise publique Électricité du Laos en détient 25%, à égalité avec l'entreprise thaïlandaise Electricity Generating Public Company Limited. La compagnie Italian-Thai Development Public Company Limited détient quant à elle 15% des parts. Depuis 2005, EDF est à la tête du consortium. L'opération est soutenue par la Banque mondiale, qui se porte garante du projet en cas de nationalisation ou d'expropriation par le gouvernement laotien avant la f36in de la durée de la concession (25 ans à partir de la mise en service du barrage). Les débouchés économiques de ce projet sont problématiques. La Thaïlande a déjà renégocié plusieurs fois le prix auquel elle s'engageait à acheter l'électricité, notamment lors de la crise asiatique de 1997. Le marché thaïlandais est vital pour ce projet : environ 95% de l'électricité produite sera vendue à la Thaïlande à partir de juin 2008, et rapporteraient au Laos environ 80 millions de dollars par an. Le projet est contesté par une série de groupes écologistes et politiques. Les « Amis de la Terre » qui estiment que le projet n'est économiquement pas viable et que le coût écologique est trop fort pour le pays. L'antenne thaïlandaise du WWF craint que le projet ne mette en danger les 200 à 300 éléphants sauvages qui vivent sur le plateau de Nakai, qui doit être partiellement inondé. Le Mouvement lao pour les Droits de l'Homme, représentant l'opposition expatriée au régime communiste de Vientiane, est également opposé au projet, jugeant que les retombées économiques ne serviront pas à sortir le pays de la pauvreté en raison de la corruption. »

http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrage_de_Nam_Theun_2

 C- L’influence grandissante de la Chine

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Deux articles sur la zone de BOTEN, à la frontière entre le Laos et la Chine :

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 ■ « Laos Vegas », par Pascale NIVELLE, Libération, avril 2007.

« A l'automne, Alundith a repéré la petite annonce dans un journal de la capitale laotienne : «Casino chinois recrute croupiers dans le nord du Laos». Des journaux de Vientiane en disaient un peu plus sur ce projet pharaonique, rien moins qu'un futur Las Vegas dans la jungle, près de la frontière chinoise. Le casino est la première pièce d'une «zone économique spéciale» destinée à devenir avant dix ans un mini Etat avec supermarchés duty free, hôtels cinq étoiles, usines propres, golf et parc d'attraction. En plein coeur du Triangle d'or (1), royaume de l'argent et des trafiquants d'opium, l'affaire a un bel avenir. Une concession de trente ans a été accordée aux investisseurs.

L'étudiant, avec beaucoup d'autres, a aussitôt lâché sa licence d'économie pour tenter sa chance à Golden Boten City. Formé pendant dix semaines à Vientiane, il a manié la roulette, les cartes et les dés, appris les règles du baccara, déclamé en chinois «les jeux sont faits» et intégré les bases du langage des croupiers. Dans son bagage, il avait un gilet rouge, un noeud papillon et plusieurs chemises blanches.

Il est arrivé le 1er janvier de cette année. La «ville d'or» lui est apparue en pleine forêt tropicale, au tournant d'une route de montagne. En fait de ville, un unique et massif hôtel abritant le casino : une barre de couleur jaune, surmontée de quatre clochetons qui ressemblent à des miradors.

D'abord, Alundith a surtout vu le marécage d'un chantier semé d'ordures et de bidonvilles, d'où surgissent des centaines d'ouvriers au visage fermé. Personne ne le comprenait : «Je me suis demandé où j'étais tombé. On est au Laos, mais tout le monde parlait chinois, des directeurs aux ouvriers !» On l'a conduit à sa «chambre», un dortoir au toit de fer bleu vif, bourré de lits superposés, quarante pensionnaires par unité. «Vous n'y serez pas tous en même temps, a expliqué un chef. Ici, on fait les trois-huit, le casino est ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre.» Piétinant dans la poussière rouge, désoeuvrés, des centaines d'autres jeunes, filles et garçons, découvraient eux aussi le royaume.

«Avant, on allait en Birmanie»

39La vie à Golden Boten City a commencé pour 400 jeunes croupiers et autant d'hôtesses. Loin de tout, payés entre 100 et 150 dollars par mois pour sourire sept jours sur sept aux clients du casino. En pleine jungle, dans l'usine à jouer de Boten, engranger des heures supplémentaires est plus tentant que de traîner sans but durant son congé hebdomadaire. Chaque jour ressemble donc au précédent. La seule animation est l'étrange relève de la garde des croupiers en rouge et noir, qui se croisent toutes les huit heures sur le chemin défoncé du casino. Les joueurs ne s'aventurent jamais jusqu'aux dortoirs.

Les clients sont arrivés alors que les peintures de l'hôtel Royal Jinlun, 266 chambres mais pas de restaurant, n'avaient pas fini de sécher. La rumeur d'un nouveau casino surgi en quelques mois s'est vite propagée dans la région. Des 4x4 et de grosses berlines ont commencé à passer la frontière. Les joueurs, à peine fatigués par un éprouvant voyage sur les routes cahoteuses du Xishuangbanna (sud du Yunnan, Chine), ont filé vers les salles de jeu. Impatients d'en découdre, comme en manque. «Le jeu est interdit en Chine, sauf à Macao. Avant, on pouvait aller en Birmanie dans des casinos comme celui-là qui avaient poussé à la frontière, explique le manager d'une salle de machines à sous. Mais le gouvernement a tout fait fermer. Du coup,les joueurs viennent ici. Ce sont les mêmes jeux. Et les mêmes propriétaires.» Le jeune directeur commercial de l'hôtel parle de son patron chinois, Huang Ming Xian, avec des étoiles dans les yeux : «Avant, il avait le plus gros casino de Birmanie.» L'hôtel-casino, pas terminé, aurait déjà coûté 60 millions de yuans, un dixième de ce qui doit être investi au total dans la zone par des Coréens et d'autres Chinois : «Ce n'est que la première phase, il y aura bientôt trois hôtels cinq étoiles, quatre autres à quatre étoiles et trois casinos supplémentaires.» Les travaux de terrassement sont en cours, on parle de déplacer la frontière de 22 kilomètres pour installer ce petit Andorre.

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40■ « Boten, le nouveau Laos Vegas », par Emilie Darnaud et Nathaël Rusch, Metro, juin 2009.

« Le gouvernement laotien a cédé la ville de Boten, au nord du pays, à des entrepreneurs chinois pour en faire leur petit Las Vegas.

A peine animée par quelques joueurs de Mahjong, la ville de Boten a des airs de no man’s land. Prenant vie soudainement lorsque des croupiers y déboulent par dizaines en vestons colorés. C’est le changement de ronde, "toutes les 8 heures car le casino est ouvert 7 jours sur 7, 24 heures sur 24", explique un manager tout sourire en pointant une barre d’immeuble rectangulaire dont on peine à croire que c’est le fameux Golden Boten City.

Et qui ne laisse rien présager de ce qui se trame chaque jour dans cette minuscule ville, entourée par la jungle laotienne à un kilomètre de la frontière chinoise. D’ailleurs, ici, ce n’est déjà plus le Laos. Depuis l’ouverture du casino, il y a deux ans et demi, les bâtiments, la monnaie ou le fuseau horaire de la ville sont devenus chinois. Et la nouvelle Boten, le terrain de jeu de milliers de chinois privés de jeux d’argent par leur gouvernement.

Vegas Low Cost ?

41Tout se joue donc entre les murs du casino, derrière un portique électronique. Là, entassés dans des salles enfumées, les joueurs jettent violemment leurs cartes sur les tapis verts élimés de tables brinquebalantes. Chaque salle est identique puisque seul le baccara est au menu en dehors de quelques machines à sous ou roulettes électroniques. A certaines tables, des joueurs munis d’oreillettes parient pour de riches chinois qui misent de chez eux en observant la table via Internet. Installés à Boten pour des jours ou des semaines, ils ne sortent du casino que pour manger ou boire de l’alcool (interdit à l’intérieur). Quant aux joueurs d’un soir, ils déambulent en short et claquettes, ignorant les fuites au plafond et écrasant leurs cigarettes sur la moquette fleurie.

"Je viens souvent du Yunnan pour jouer. C’est comme si j’étais en Chine, le casino en plus. D’ailleurs, nous n’avons même pas besoin de visa !", raconte l’homme d’une cinquantaine d’années en agitant une barquette en plastique où s’entassent pêle-mêle cigarettes aux filtres dorés et jetons à plusieurs 0. Car sous des apparences de mauvaise contrefaçon de Las Vegas, les sommes jouées au Golden Boten City n’ont rien à envier aux casinos de Macao ou d’ailleurs. "Certains joueurs dépensent 20 000 euros par soirée", confie un croupier laotien qui en gagne tout juste 200 par mois.

Envers du décor apparent

Thailandais, laotiens, vietnamiens et bien sûr chinois se sont rués dans cette ville-casino en pleine expansion. « Malgré un diplôme de tourisme, je travaillais comme réceptionniste dans mon pays. Ici, j’assiste l’ingénieur sons et lumières du cabaret pour un salaire identique et les chinois me donnent parfois des jetons avec lesquels je peux payer dans les boutiques», raconte Phamg, 23 ans, arrivé de Thailande un mois plus tôt.

Les travailleurs viennent de loin pour ces quelques jetons supplémentaires. Tout comme ces jeunes femmes qui, perchées sur de trop hauts talons, traînent leurs silhouettes anorexiques devant le casino, entre les tables de restaurants ou jusqu’aux hôtels pour distribuer des cartes de visite. Imprimées et livrées par leurs proxénètes, les cartes se ressemblent toutes. Seul un chiffre permet de distinguer une fille d’une autre.

Mais les tenanciers de cette usine à jeux se moquent bien d’en dissimuler la part sombre. Soigneusement alignés par rangées, les baraquements des employés font face au casino. Croupiers, gardiens ou femmes de chambres s’entassent à 4 ou 5 dans des pièces aux fenêtres grillagées et semblables aux dortoirs d’une zone industrielle chinoise.

Hors des frontières, la nouvelle Boten se révèle une ville transit pour des gens venus chercher ici ce qu’ils ne trouvent chez eux : l’adrénaline du jeu pour les uns, du travail pour les autres. Mais la ville a aussi ses fantômes. Des histoires sordides se murmurent ça et là : "Il paraît que des gens se font tuer lorsqu’ils s’endettent. Les créanciers les pendent aux ventilateurs ou les jettent par la fenêtre, poignés attachés. Mais, je n‘ai rien dit", s’empresse d’ajouter l’homme en regardant autour de lui. "De toute façon, qui s’en préoccupe ? Il n’y a pas vraiment de lois ici, ni laotiennes, ni chinoises. C’est une zone de non droit", finit-il par souffler avant de filer perdre son uniforme dans la masse.

Expropriation

Créée de toutes pièces il y a plus de deux ans et demi, la nouvelle ville de Boten est le résultat d’une concession de 30 ans accordée par le gouvernement laotien à son voisin et ami, la Chine. Les villageois de l’ancienne Boten ont simplement été sommés de se déplacer 7 kilomètres plus loin pour permettre à des entrepreneurs chinois d’y établir les bases d’une "zone économique spéciale".

léments centraux de cette zone, l’hôtel et le casino ont été construits en premier. Puis se sont succédés quelques investissements de taille comme un deuxième casino pour les moins fortunés, un cabaret et d’autres hôtels.

Boten a ainsi permis la création de plus d’un millier d’emplois entre les deux casinos et le grand hôtel de 600 chambres qui est plein à 90 % toute l’année.

Mais trois ans après le début des travaux, Boten n’est pas encore la ville moderne et touristique espérée. La motivation principale des visiteurs reste le casino puisque les jeux d’argent sont interdits sur tout le territoire chinois. Toutefois, de nouveaux projets sont en cours : un centre commercial de bijoux, un terrain de golf et peut-être même un jour, d’après certaines rumeurs, un aéroport "international" dans la petite bourgade voisine de Na Toei."

http://www.metrofrance.com/infos/boten-le-nouveau-laos-vegas/pifi!vOw9jOVWRnuR8y4mIX4EtQ/